Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

İçerik hem türkçe hem fransızcadır. Siz takipçilerin katkılarıyla gelişecektir blog yazıları. Fransız yazarların eserlerinin tanıtımı kimilerinin özetleri, farklı dönemlerden yazarlar ve eserleri hakkında analiz ve yorumlarla çeşitlendireceğiz blogumuzu. Klasik edebiyata olduğu kadar çağdaş metinlere de önem vereceğiz yeni yazarları işleyeceğiz eserlerinden alıntılar yapacağız. Kimi zaman bir dönemi ele alacağız, bazen de Fransa ile ilgili genel bilgiler, tanıtımlar yapacağız. Katkılarınızı bekliyoruz...

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

15 Aralık 2010 Çarşamba

 POEMES HOMERIQUES

On appelle "poèmes homériques" deux longues épopées de vingt-quatre chants chacune: L'ILIADE, de 15.000 vers raconte les combats devant Troie (XIIème siècle avant J.C) et la ruine de la citadelle après un siège de dix ans; L'ODYSSEE de 12.000 vers est le récit des longs voyages que dut faire pendant dix ans l'un des Grecs, Ulysse (Odusseus en grec), pour retrouver Ithaque, sa patrie. Ces oeuvres étaient attribuées au poète aveugle, Homère, que plusieurs cité grecques prétendaient avoir vu naitre. Si Homère a existé, ce fut probablement un aède du IXème siècle qui chantait ses vers en s'accompagnant d'une cithare, avant peut-être que fût inventé l'écriture. Homère n'a probablement composé qu'une partie de l'Iliade et ce sont d'autres aèdes qui ont peu à peu enrichi le texte primitif et composé l'Odyssée; celle-ci témoignerait, sur un fond légendaire et merveilleux, des périples qu'accomplirent les Grecs, pour leur commerce, dans toute la Méditerrannée. Jusqu'à l'époque historique, les rhapsodes ont continué à chanter les récits homériques qui charmaient les Grecs, soit par fragments, soit dans leur intégralité lors des Panathénées; et le récit durait plusieurs jours.

L'Iliade et l'Odyssée constituent pour nous un précieux tableau de la vie grecque aux temps héroïques, avec ses passions violentes, presque barbares et déjà sa tendance à concevoir un idéal plus humain de justice, avec aussi sa foi naïve pour les dieux qui personnifient les forces naturelles et se mêlent sans cesse à la vie des hommes; et ces deux poèmes sont les premiers témoignages d'un art fait d'équilibre et d'harmonie que les Grecs nous transmettront.

Les principaux héros sont pour les Grecs, Agamemnon, roi de Mycènes, et son frère Ménélas, roi de Sparte, dont l'épouse Hélène a été enlevée par Pâris, fils de Priam, et c'est la cause officielle de la guerre; le vieux Nestor représente la sagesse, Achille, roi des Myrimindos, la bravoure, Ulysse, roi d'Ithaque, la ruse; en face d'eux le vieux roi Priam est défendu par ses cinquante fils, dont Hector est le plus vaillant.
 LA QUERELLE DES CHEFS  

Voici le début de l'Iliade: la colère d'Achille contre Agamemnon pendant que la peste ravage l'armée grecque.

La Colère d'ACHILLE
 Qui des dieux les mit aux prises en telle querelle et bataille? Le fils de Létô et de Zeus. C'est lui qui, courroucé contre le roi, fit par toute l'armée grandir un mal cruel, dont les hommes allaient mourant; cela parce que le fils d'Atrée avait fait affront à Chrysès, son prêtre. Chrysès était venu aux fines nefs des Achéens pour racheter sa fille, porteur d'une immense rançon et tenant en main, sur son bâton d'or, les bandelettes de l'archer Apollon; et il suppliait tous les Achéens, mais surtout les deux fils d'Atrée, bons rangeurs de guerriers:
"Atrides, et vous aussi, Achéens aux bonnes jambières, puissent les dieux, habitants de l'Olympe, vous donner de détruire la ville de Priam, puis de rentrer sans mal dans vos foyers! Mais à moi, puissiez-vous aussi rendre ma fille! et, pour ce, agréez la rançon que voici, par égard pour le fils de Zeus, pour l'archer Apollon".

Lors tous les Achéens en rumeur d'acquiescer: qu'on ait respect du prêtre! que l'on agrée la splendide rançon! Mais cela n'est point du goût d'Agamemnon, le fils d'Atrée. Brutalement il congédie Chrysès, avec rudesse il ordonne:

"Prends garde, vieux, que je ne te rencontre encore près des nefs creuses, soit à y trainer aujourd'hui, ou à y revenir demain. Ton bâton, la parure même du dieu pourraient alors ne te servir de rien. Celle que tu veux je ne la rendrai pas. La vieillesse l'atteindra auparavant dans mon palais, en Argos, loin de sa patrie. Va, et plus ne n'irrite, si tu veux partir sans dommage".

Il dit et le vieux, à sa voix, prend peur et obéit. Il s'en va en silence, le long de la grève où bruit la mer, et quand il est seul, instamment le vieillard implore sire Apollon, fils de Létô aux beaux cheveux:
"Entends-moi, dieu de l'arc d'argent, qui protèges Chrysé et Cilla la divine, et sur Ténédos règnes souverain! O Sminthée, si jamais j'ai pour toi brûlé de gras cuisseaux de taureaux et de chèvres, accomplis mon désir: fassent les traits payer mes pleurs aux Danaens!".

APOLLON
Il dit: Phoebos Apollon entend sa prière, et il descend des cimes de l'Olympe, le coeur en courroux, ayant à l'épaule, avec l'arc, le carquois aux deux bouts bien clos; et les flèchent sonnent sur l'épaule du dieu courroucé, au moment où il s'ébranle et s'en va, pareil à la nuit. Il vient se poster à l'écart des nefs, puis lâche son trait. Un son terrible jaillit de l'arc d'argent. Il s'en prend aux mulets d'abord, ainsi qu'aux chiens rapides. Après quoi, c'est sur les hommes qu'il tire et décoche sa flèche aiguë; et les bûchers funèbres, sans relâche, brûlent par centaines.

Neuf jours durant, les traits du dieu s'envolent ainsi à travers l'armée. Le dixième jour, Achille appelle les gens à l'assemblée. La déesse aux bras blancs, Hérée, vient de lui mettre au coeur cette pensée. Elle a souci des Danaens à les voir mourir de la sorte. Lors donc que tous sont là, formés en assemblée, Achille aux pieds rapides se lève et leur dit:
"Fils d'Atrée, j'imagine que nous allons bientôt, rejetés loin du but, retourner sur nos pas -du moins si nous pouvons échapper à la mort: guerre et peste frappant ensemble finiront par avoir raison des Achéens! Allons, interrogeons un divin ou un prêtre -voire un interprète de songes: le songe aussi est message de Zeus. C'est lui qui nous dira d'où vient ce grand courroux de Phoebos Apollon, s'il se plaint pour un voeu, une hécatombe omise; et nous verrons alors s'il répond à l'appel du fumet des agneaux et des chèvres sans tache, et s'il veut bien, de nous, écarter le fléau".
Homère, L'Iliade, I, 8-69:
Traduction de Paul Mazon. Les Belles Lettres
ULYSSE ET LES SIRENES

L'Odyssée raconte le retour dans son royaume du plus rusé des chefs grecs, Ulysse, après la prise de Troie. Le roi d'Ithaque (une des iles Ioniens), époux de Pénélope et père de Télémaque, est en butte à la colère de Neptune (Poséidon), dont il a aveuglé un des fils, le Cyclope Polyphème. Aussi doit-il errer dix ans sur les flots avant de pouvoir rejoindre les siens. Pourtant, protégé par Athéné, il trouvera des compensations à ses épreuves, comme la touchante et magnifique hospitalité que lui donne le roi des Phéaciens Alkinoos, sa femme Arété et leur fille Nausicaa, après son naufrage sur leur ile (Corcyre, aujourd'hui Corfou), voisine de celle d'Ithaque, où il sera ensuite ramené par leurs soins. Pour fêter l'étranger, Alkinoos a réuni les chefs phéaciens et fait célébrer des jeux sportifs suivis d'un festin: Ulysse, alors, a révélé son nom et raconté ses extraordinaires aventures chez les Lotophages où il pouvait perdre la mémoire, chez les Cyclopes, où tous les Grecs auraient péri sans l'astuce de leur chef, Chez Calypso, enfin, aux extrémités "occidentales de la Méditerrannée". C'est en regagnant la Grèce qu'après avoir échappé aux sortilèges de Circé et être descendu aux Enfers il rencontre les Sirènes.

Je reviens au vaisseau et je presse mes gens de remonter à bord et de larguer l'amarre. On s'embarque à la hâte; on va s'asseoir aux bancs; pour pousser le navire à la proue azurée, la déesse bouclée, la terrible Circé, douée de voix humaine, nous envoie un vaillant compagnon dans la brise qui vient gonfler nos voiles et quand ayant à bord rangé tous les agrès, on n'a plus qu'à laisser mener le vent et le pilote, je fais part à mes gens des soucis de mon coeur:

ULYSSE. -Amis, je ne veux pas qu'un ou deux seulement connaissent les arrêts que m'a transmis Circé, cette toute divine. Non!... Je veux tout vous dire, pour que, bien avertis, nous allions à la mort ou tâchions d'éviter la Parque et le trépas. Donc, son premier conseil est de fuir les Sirènes, leur voix ensorcelante et leur prairie en fleurs; seul, je puis les entendre; mais il faut que, chargé de robustes liens, je demeure immobile, debout sur l'emplanture, serré contre le mât, et si je vous priais, si je vous commandais de desserrer les noeuds, donnez un tour de plus!

Je dis et j'achevai de prévenir mes gens jusqu'à l'heure où, bientôt, le bon vent qui poussait le solide navire mit près des Sirènes. Soudain, la brise tombe; un calme sans haleine s'établit sur les flots qu'un dieu vient endormir. Mes gens se sont levés; dans le creux du navire, ils amènent la voile et, s'asseyant aux rames, ils font blanchir le flot sous la pale en sapin.

Alors, de mon poignard en bronze, je divise un grand gâteau de cire; à pleines mains, j'écrase et pétris les morceaux. La cire est bientôt molle entre mes doigts puissants.
De blanc en blanc, je vais leur boucher les oreilles; dans les navires alors, me liant bras et jambes, ils me fixent au mât, debout sur l'emplanture et chacun en sa place, la rame bat le flot qui blanchit sous les coups.
Nous passons en vitesse. Mais les Sirènes voient ce rapide navire qui bondit tout près d'elles. Soudain, leurs fraiches voix entonnent un cantique:

LE CHOEUR. -Viens ici! viens à nous! Ulysse tant vanté! l'honneur de l'Achaïe!... Arrête ton croiseur: viens écouter nos voix! Jamais un noir vaisseau n'a doublé notre cap sans ouïr les doux airs qui sortent de nos lèvres; puis on s'en va content et plus riche en savoir, car nous savons les maux, tous les maux que les dieux, dans les champs de Troade, ont infligés aux gens et d'Argos et de Troie, et nous savons aussi tout ce que voit passer la terre nourricière.

Elles chantaient ainsi et leurs voix admirables me remplissent le coeur du désir d'écouter. Je fronçais les sourcils pour donner à mes gens l'ordre de me défaire. Mais tandis que, courbés sur la rame, ils tiraient, Euryloque venait, aidé de Périmède, resserrer mes liens et mettre un tour de plus. Nous passons et bientôt, l'on n'entend plus les cris ni les chants des Sirènes. Mes braves gens alors se hâtent d'enlever la cire que j'avais pétrie dans leurs oreilles, puis de me détacher.
Homère, L'Odyssée, XII, 144-200.
Traduction de Victor Bérard. Les Belles Lettres

14 Aralık 2010 Salı

 LE MYTHE D'ŒDIPE


ŒDIPE & ANTIGONE
 Fils de Laïos et Jocaste, souverains de Thèbes, Œdipe est abandonné dans les montagnes dès sa naissance après que l'oracle a prédit qu'il tuerait son père et épouserait sa mère. Il est recueilli par un berger, qui le confie ensuite au roi de Corinthe, Polybe (Polybos).

Plus tard, un autre oracle lui prédit qu'il sera le meurtrier de son père. Pensant que Polybos est son vrai père, Œdipe fuit pour éviter que la prédiction ne se réalise. Au hasard des chemins, il croise son père Laïos et ses serviteurs. Laïos, devenu vieillard, lui commande, un peu trop impérieusement, de s'écarter de son chemin. Œdipe, qui a le sang vif, le tue donnant finalement raison à l'oracle.

Arrivé à Thèbes, il rencontre le Sphinx, qui pose une énigme à tous les voyageurs et dévore ceux qui ne savent pas répondre, bloquant ainsi l'accès à la ville et interdisant toute arrivée de vivres. En voyant Œdipe, le sphinx lui pose la désormais célèbre énigme : « Quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » Œdipe répond aussitôt : « L'homme qui, enfant, marche à quatre pattes, adulte sur ses deux jambes et vieillard en s'appuyant sur une canne. » Vaincu, le sphinx se tue en se précipitant d'une falaise. Œdipe sauve ainsi la ville de Thèbes, et devient un héros que les habitants récompensent en lui donnant pour épouse la veuve reine de Thèbes — Jocaste, sa mère. Il prend ainsi la place de son père et devient roi de Thèbes. Œdipe et Jocaste auront deux fils : Étéocle et Polynice, et deux filles : Ismène et Antigone.

Plus tard, Thèbes étant ravagée par la peste, les oracles sont consultés pour connaître l'origine du mal. Ils révèlent que l'épidémie est une punition divine, qui durera tant que l'assassin de Laïos ne sera pas châtié. Œdipe fait rechercher le meurtrier, mais finit par se rendre compte que c'est lui qui a tué le roi. Jocaste se suicide en apprenant qu' Œdipe est son fils, et lui même se crève les yeux et renonce à la royauté. Quelques années plus tard, il est chassé de Thèbes. Sa fille Antigone l'accompagne et lui sert de guide. Il meurt en Attique sous la protection de Thésée. Ses fils se disputant le trône d' Œdipe, celui-ci avant de mourir les maudit et prédit qu'ils s'entretueront.
 ŒDIPE-ROI DE SOPHOCLE

Alors que Œdipe est le roi de Thèbes, devant son palais, des citoyens sont venus lui demander de l’aide face à la peste qui décime le royaume et qui rend stériles aussi bien l’agriculture que les animaux et les femmes.
Puisqu’il souffre lui aussi de cette situation, Œdipe veux y remédier et annonce qu’il a déjà envoyé Créon, le frère de sa femme Jocaste, pour consulter l’oracle à ce propos.

Au retour de Créon, ce dernier explique que selon l’oracle, la peste viendrait du meurtre non élucidé de l’ancien roi de Thèbes, Laïos. Alors Œdipe s’engage à faire toute la lumière sur cet événement, et il décide de mener une enquête pour découvrir et punir les coupables. A cet effet, il convoque Tirésias, un devin, qui bien qu’aveugle, possède la faculté de clairvoyance sans doute utile à son enquête. Tout d’abord Tirésias refuse de dévoiler ce qu’il sait. Mais après y avoir été forcé, Tirésias révèle qu’ Œdipe est lui-même le coupable qu’il recherche. Le devin précise que le coupable est en même temps frère et père de ses enfants, fils et époux de la femme qui l’a mis au monde.

JOCASTE
Loin de pouvoir assimiler une telle accusation, Œdipe soupçonne plutôt que Tirésias et Créon complotent pour tenter de lui ravir le trône. Mais Jocaste apaise la querelle naissante et banalise les propos de Tirésias: personne ne saurait, sans risquer de se tromper, interpréter correctement les oracles. Elle en veut pour preuve qu’une prédiction annonçait que Laïos devait mourir de la main de son fils, et que, selon les dires d’un serviteur rescapé, Laïos fut assassiné par des brigands, au croisement des chemins de Delphes et de Daulis.
Mais Œdipe n’est pas satisfait pour autant. Il se souvient d’une époque lointaine, lorsqu’au cours d’une fête, un ivrogne avait raconté qu’il était un enfant trouvé. Pourtant, Œdipe a toujours cru que ses parents étaient Polybe et Mérope, roi et reine de Corinthe. Tourmenté par cette déclaration contradictoire, il était allé interroger l’oracle. Mais ce dernier, au lieu de lui répondre, prédit qu’il épouserait sa mère, engendrerai une descendance maudite et qu’il tuerait son père.

Pour éviter que ne s’accomplisse ce tragique destin, au lieu de retourner à Corinthe vers ceux qu’il prenait toujours pour ses parents, il prit une autre direction. A un carrefour, il rencontra un homme qui ressemblait à celui décrit par Jocaste. Ce denier lui disputa la priorité du passage, si bien qu’en se défendant, Œdipe le tua.

Pour faire toute la lumière sur cette affaire, Œdipe ordonne que l’on retrouve le serviteur rescapé, celui qui, à l’époque, prétendit que Laïos fut tué par des brigands. Mais voici qu’arrive un messager en provenance de Corinthe. Il annonce la mort du roi Polybe, victime de la maladie et de la vieillesse. Cette nouvelle soulage Œdipe puisqu’il pense avoir échappé à la prédiction qu’il tuera son père. Toutefois, le messager lui dit que ce n’était pas là un souci fondé, étant donnée qu’il l’avait lui-même trouvé dans la montagne, et que Polybe n’était pas son vrai père. Il explique qu’à cette époque, sur le Mont Cithéron, il avait rencontré un berger de la maison de Laïos qui lui avait confié un petit enfant aux pieds percés. L’ayant ramené à Corinthe, Polybe et Mérope décidèrent d’adopter et lui donnèrent le mon d’ Œdipe, eu égard à ses pieds enflées par leurs blessures.

A la suite de ces révélations, Jocaste est soucieuse et elle demande à Œdipe de ne pas poursuivre ses recherches. Mais Œdipe est déterminé à connaître la vérité. Il veut savoir s’il est de basse extraction, par exemple le fils d’un esclave du royaume de Thèbes puisqu’il s’agit bien là de sa patrie d’origine. D’ailleurs, comment expliquer autrement les recommandations de Jocaste d’arrêter là son enquête, si ce n’est que de supposer qu’elle puisse rougir d’orgueil face à une humble origine qui pourrait être la sienne. Il poursuivra son enquête, parce que de toute façon, s’estimant comme fils de la Fortune, (la généreuse), lui-même n’en conçoit aucune honte.

Or, voici que l’on amène le serviteur qui prétendait que Laïos fut assassiné par des brigands. Aussitôt, le messager de Corinthe reconnaît en lui l’homme rencontré sur le Mont Cithéron, celui-là même qui lui confia Œdipe alors qu’il n’était qu’un nouveau-né. Forcé à parler, le vieux serviteur avoue que ce nouveau-né n’était autre que le fils de Laïos et de Jocaste, condamné à périr, pendu par les pieds et abandonné à la merci des animaux sauvages, à cause de la prédiction qu’il tuerait ses parents. Mais comme il fut pris de pitié pour cet enfant, au lieu de l’abandonner, il le confia à cet inconnu venu de Corinthe.

Maintenant Œdipe réalise qu’il est lui-même le fils de Laïos et de Jocaste, et que malgré lui, il a bel et bien commis le parricide et l’inceste comme cela avait été prédit par l’oracle. En plus du choc que lui vaut cette révélation, voilà qu’on lui annonce que Jocaste s’est pendue. Arrivé sur les lieux du drame, fou de douleur, il se crève les yeux avec les broches qui retenaient les vêtements de celle qui fut à la fois sa mère et son épouse.

Au comble de la souffrance, Œdipe demande à être exilé et abandonné à son sort maudit, comme cela aurait dû se faire longtemps auparavant. Cependant, Créon souhaite d’abord interroger l’oracle pour savoir ce qu’il convient de faire.
EXTRAIT DE LA PIECE "OEDIPE ROI" DE SOPHOCLE

A la fin de la pièce, un messager raconte ce qui est arrivé à Oedipe quand il a compris la situation

Il fait le tour de notre groupe; il va, il vient, nous suppliant de lui fournir une arme, nous demandant où il pourra trouver "l'épouse qui n'est pas son épouse, mais qui fut un champ maternel à la fois pour lui et pour ses enfants". Sur quoi un dieu sans doute dirige sa fureur, car ce n'est certes aucun de ceux qui l'entouraient avec moi. Subitement, il poussa un cri terrible et comme mené par un guide, le voilà qui se précipite sur les deux vantaux de la porte, fait fléchir le verrou qui saute de la gâche, se rue enfin au millieu de la pièce... La femme est pendue! Elle est là, devant nous, étranglée par le noeud qui se balance au toit... Le malheureux à ce spectacle pousse un gémissement affreux. Il détache la corde qui pend, et le pauvre corps tombe à terre... C'est un spectacle alors atroce à voir. Arrachant les agrafes d'or qui servaient à draper ses vêtements sur elle, il les lève en l'air et il se met à en frapper ses deux yeux dans leurs orbites. "Ainsi ne verront-ils plus, dit-il, ni le mal que j'ai subi, ni celui que j'ai causé; ainsi les ténèbres leur défendront-elles de voir désormais ceux que je n'eusse pas dû voir, et de connaitre ceux que, malgré tout j'eusse voulu connaitre!". Et tout en clamant ces mots, sans répit, les bras levés, il se frappait les yeux, et leurs globes en sang coulaient sur sa barbe. Ce n'était pas un suintement de gouttes rouges, mais une noire averse de grêle et de sang, inondant son visage!... Le désastre a éclaté, non par sa seule faute, mais par le fait de tous deux à la fois: c'est le commun désastre de la femme et de l'homme. Leur bonheur d'autrefois était hier encore un bonheur au sens vrai du mot: aujourd'hui au contraire, sanglots, désastre, mort et ignomie, toute tristesse ayant un nom se rencontre ici désormais: pas une qui manque à l'appel!
Sophocle, Oedipe Roi, Vème siècle avant J.C.
Traduction Paul Mazon, Les Belles Lettres, 1962
 LE MYTHE D'OEDIPE
 INTERPRETE PAR SIGMUND FREUD

La pièce n'est autre chose qu'une révélation progressive et très adroitement mesurée -comparable à une psychanalyse- du fait qu'Oedipe lui-même est le meurtrier de Laïos, mais aussi le fils de la victime et de Jocaste. Epouvanté par les crimes qu'il a commis sans le vouloir, Oedipe se crève les yeux et quitte sa patrie. L'oracle est accompli.

Oedipe Roi est ce qu'on appelle une tragédie du destin; son effet tragique serait dû au constraste entre la toute-puissante volonté des dieux et les vains efforts de l'homme que le malheur poursuit. (...)

Sa destinée nous émeut parce qu'elle aurait pu être la nôtre, parce qu'à notre naissance l'oracle a prononcé contre nous cette même malédiction. Il se peut que nous ayons tous senti à l'égard de notre mère notre première impulsion sexuelle, à l'égard de notre père notre première haine; nos rêves en témoignent. Oedipe qui tue son père et épouse sa mère, ne fait qu'accomplir un des désirs de notre enfance. Mais, plus heureux que lui, nous avons pu, depuis lors, dans la mesure où nous ne sommes pas devenus névropathes, détacher de notre mère nos désirs sexuels et oublier notre jalousie à l'égard de notre père. Nous nous épouvantons à la vue de celui qui a accompli le souhait de notre enfance, et notre épouvante a toute la force du refoulement qui depuis lors s'est exercé contre ces désirs. Le poète, en dévoilant la faute d'Oedipe, nous oblige à regarder en nous-mêmes et à y reconnaitre ces impulsions qui, bien que réprimées, existent toujours.
Sigmund Freud, L'interprétation des rêves, traduction I. Meyerson, 1926

13 Aralık 2010 Pazartesi

 LITTERATURE ANTIQUE 


HOMERE
 HOMERE
Aujourd'hui il est impossible d'affirmer qu'Homère ait réellement existé ou pas. Il aurait été un poète ("aède" en Grèce antique), originaire de Chios ayant vécu au VIIIème siècle avant Jésus-Christ. L'auteur de l'Iliade et d'Odyssée, il était représenté comme un vieil homme aveugle, voyageant de ville en ville pour déclamer ses vers. Au cours de l'Antiquité, d'abord en Grèce puis à Rome, l'Iliade était appris par tous les écoliers.

L'épopée apparait dans toutes les civilisations avec les mêmes caractères fondamentaux. Ainsi, en Grèce antique, Homère, aède -chanteur- mythique, chanta dans l'Iliade les exploits légendaires des guerriers grecs devant la ville de Troie. Son récit se concentre autour de la colère d'Achille, le plus valereux des Grecs: celui-ci est furieux contre son chef, qui lui a arraché une belle prisonnière et il boude les combats. Son ami Patrocle néanmoins lui emprunte ses armes et s'engage dans la bataille. Mais le destin veut que Patrocle meure, afin qu'Achille, pour le venger, retourne dans la mêlée et tue Hector, le meurtrier de son ami, avant de mourir à son tour dans la gloire du combat.


PATROCLE
 Dans le texte ci-dessous, on voit Patrocle, succomber sous les coups des hommes et des dieux
Trois fois il s'élance, émule de l'ardent Arès, en poussant des cris effroyables: trois fois il tue neuf hommes. Une quatrième fois encore, il bondit pareil à un dieu. Mais, à ce moment, se lève pour toi, Patrocle, le terme de ta vie. Phoebos vient à toi, à travers la mêlée brutale. Il vient, terrible -et Patrocle ne le voit pas venir à travers le tumulte, car Apollon marche vers lui, couvert d'une épaisse vapeur. Il s'arrête derrière Patrocle; il lui frappe le dos, les larges épaules, du plat de la main. Les yeux aussitôt lui chavirent. Phoebos Apollon fait choir alors son casque de sa tête. Le casque au long cimier, sous les pieds des chevaux, roule avec fracas; le panache se souille de poussière et de sang. Eût-il été admis naguère que ce casque  à crins de cheval fût jamais souillé de poussière? C'était d'un héros divin, c'était d'Achille alors qu'il protégeait la tête et le front charmants. Mais aujourd'hui Zéus l'octroie à Hector, afin qu'il le porte sur son propre front, à l'heure où sa perte est proche. La longue pique de Patrocle se brise toute dans ses mains, la lourde et grande et forte pique, coiffée de bronze. Son haut bouclier, son baudrier même, de ses épaules tombent à terre. Sire Apollon, fils de Zéus, lui détache sa cuirasse. Un vertige prend sa raison; ses glorieux membres sont rompus; il s'arrête, saisi de stupeur. Par derrière alors, dans le dos, entre les épaules, un Dardanien vient le frapper, à bout portant, d'un bronze aigu.
Homère, Iliade XVI, v.784-807, traduction Paul Mazon, Belles-Lettres, 1936



ACHILLE

ACHILLE MASSACRE LES TROYENS
Dryops s'abbatit devant les pieds d'Achille. Mais Achille le laissa, et atteignit d'un coup de lance au genou, le brave et grand Démouchos fils de Philétor, qu'il immobilisa; puis avec sa grande épée, il le perça et lui ôta la vie. (...) Il atteignit encore Trôs, le fils d'Alastor. Mais celui-ci vint droit auprès d'Achille et lui prit les genoux, espérant qu'il épargnerait, le laisserait en vie et ne le tuerait point, prenant en pitié son âge égal au sien. L'insensé! il ne savait pas qu'il ne devait point persuader Achille, car celui-ci n'était pas un mortel au coeur doux, ni une âme tendre, mais un guerrier d'une inexorable violence. Des ses mains donc, le Troyen lui touchait les genoux, ardent à la supplication, mais Achille lui porta un coup d'épée au foie. Le foie jaillit au-dehors; le sang noir, qui en découlait, lui brûla les entrailles, et l'obscurité s'étendit sur ses yeux, dès le moment que la vie lui manqua.
En s'approchant de lui, Achille ensuite blessa Moulios d'un coup de lance à l'oreille, et la pointe de la lance sortit aussitôt par l'autre l'oreille. Puis il porta son épée contre Echélos fils d'Agénor, et le blessa au millieu de la tête. L'épée tout entière se tiédit sous le sang, et la mort empourprée et l'impérieux destin s'emparèrent de ses yeux. Deucalion ensuite fut atteint par Achille, là où se réunissent les tendons du coude, et la pointe de bronze lui traversa le bras. Deucalion, alourdi par son bras, voyant la mort devant lui, attendit Achille. Et Achille alors, portant un coup d'épée au cou de sa victime, en projeta au loin la tête avec le casque. La moelle jaillit aussitôt des vertèbres et Deucaillon resta étendu sur la terre.
Homère, Iliade, Chant XX, traduction Mario Meunier, ©Ed. Albin Michel, 1956

 MARTIAL

Poète latin d'origine espagnole, Martial (vers 40- vers 104) vint achever ses études à Rome où il demeura, menant une vie de flatteur et de quémandeur pour subsister. Par ses épigrammes, il obtint la célébrité et fut l'ami de tous les écrivains de son temps.

Avec l'oeuvre de Martial, le sens du mot "épigramme", va changer: désignant d'abord tout poésie brève, il deviendra synonyme de raillerie satirique. L'oevre de Martial se compose de courtes pièces en vers, qui célèbrent ou, plus fréquemment, attaquent des personnages dont l'évocation prend l'aspect de caricatures.

La seule obligation de l'épigramme est de lâcher le trait mordant à la fin, pour que rien n'en affaiblisse l'effet; le plus souvent aussi le mot de la fin est inattendu ou déguisé, pour piquer la curiosité. Mais en dehors de ces deux règles, Martial s'est appliqué à diversifier le plus possible les dimensions et les procédés de ses petites pièces. Quand le poète se donne plus d'espace, il développe un portrait, une scène, qui s'achève sur une brusque antithèse. Il s'adresse à un ami supposé, à un contradicteur feint; ou fait la leçon à un original.

Quelques épigrammes de Martial (traduction de Pierre Richard)

Contre Vacerra
Tu n'admires, Vacerra, que les anciens et ne loues que les poètes morts. Je t'en demande bien pardon, Vacerra: te plaire be vaut pas de mourir.

En latin, l'épigramme Contre Vacerra:
In Vacerram
Miraris veteres, Vacerra, solos
Nec laudos, nisi mortuos, poetas
Ignoscas petimus, Vacerra: tanti
Non est, ut placeam tibi, perire.
(Livre VIII, 69)

Contre un ami sans humanité
Pour que tes blêmes arbres fruitiers transplantés de Cilicie n'aient pas à craindre la gelée et qu'un vent trop vif ne morde pas ce tendre verger, une serre fait obstacle à la brise et laisse entrer un soleil pur, une lumière sans mélange. Mais à moi on me donne une chambre dont la fenêtre ne ferme pas et dans laquelle Borée lui-même ne voudrait pas rester. C'est ainsi, cruel, que tu installes un vieil ami? Mieux vaudrait pour moi être l'hôte d'un de tes arbres.
(Livre VIII, 14)

A Sparsus
Pourquoi je gagne souvent le petit fond de ma sèche Nomente et le lare modeste de ma maison des champs? Tu me le demandes? Pour le pauvre, Sparsus, par moyen à la Ville, de méditer ni de dormir. Comment tenir, dis-moi, avec les maitres d'école le matin, les boulangers la nuit, et le marteau des chaudronniers tout le jour? Ici, c'est le changeur qui passe son temps à faire sonner sur son sale comptoir de la monnaie au coin de Néron. Là, c'est le batteur de lin d'Espagne qui, de son fléau brillant, l'écrase sur sa pierre usée. C'est sans arrêt, la troupe fanatique des prêtres de Bellone, le naufragé bavard portant, suspendu au cou, sa tirelire, et le juif instruit par sa mère à mendier, et le chassieux débitant d'alllumettes soufrées. Qui peut compter le temps perdu à Rome pour le sommeil dira le nombre de mains qui frappent sur des bassins de cuivre, quand l'éclipse de lune est conjurée par le fuseau de Colchide.
Toi, Sparsus, tu ne connais pas ces misères, tu ne peux pas les connaitre, bien douillet dans le domaine de Pétilius, un vrai royaume, d'où une terrasse domine les sommets à l'entour. Tu as la campagne en pleine ville, ton vigneron est Romain et l'automne n'est pas plus  fécond sur les coteaux de Falerne. A l'intérieur de tes portes, tu peux faire des courses en char. Au fond de ton palais, le sommeil et le repos, que ne trouble aucune voix humaine. Et le jour n'y entre qu'avec ta permission.
Moi, les rires des nombreux passants me réveillent et Rome est à mon chevet. Dégoûté, fatigué, quand je veux dormir, je vais à ma campagne.
(Livre XII, 57)

12 Aralık 2010 Pazar

 JEAN DE LA FONTAINE

Il est né en 1621 à Château-Thierry. Il commence ses études au collège de Château-Thierry, avec son condisciple François Maucroix, ami de toujours. Il les termine à Paris.
Il rentre ensuite à l'Oratoire. N'étant pas fait pour les études religieuses, il quitte l'Oratoire 18 mois plus tard. Il s'en souviendra ainsi : "Desmares s'amusait à lire son Saint-Augustin, et moi, mon Astrée."

Il revient à Château-Thierry. Enthousiasmé par les Odes de Malherbe, il passe ses nuits à apprendre ses vers par coeur et, le jour, il va les déclamer dans les bois. Son père est très heureux des premiers vers écrits par son fils. C'est l'époque aussi des longues promenades dans la campagne, des rencontres avec les bergères, et des aventures galantes avec les jeunes dames de Château-Thierry.

Entre 1645 et 1647, Jean de La Fontaine est à Paris où il étudie le droit avec Maucroix et Antoine Furetière. A ce moment, il fréquente une société d'amis jeunes et lettrés avec Tallemant des Réaux (le futur auteur des Historiettes), Paul Pellisson (qui sera secrétaire et ami de Fouquet, puis Académicien), Patru (avocat et lexicologue), Antoine Rambouillet de La Sablière (qui épousera Marguerite Hessein, la future protectrice de La Fontaine). Cette libre académie de jeunes "palatins" se nomme la "Table ronde".

En 1647, poussé par son père, La Fontaine épouse Marie Héricart. Charles, le fils unique du couple naît en 1653. Mademoiselle de La Fontaine (Les femmes mariées, non nobles, mais bourgeoises étaient appelées ainsi et non "dames") se pique de littérature et fréquente à Château-Thierry  une "Académie" de beaux esprits, ou salon littéraire, comme cela était fréquent à l'époque. Une lettre de Jean Racine à La Fontaine, du 4 juillet 1661 évoque cette académie : "...Je fais la même prière à votre Académie de Château-Thierry, surtout à Mlle de La Fontaine. Je ne lui demande aucune grâce pour mes ouvrages..."

C'est en 1654 , que La Fontaine publie, sans signature, son premier ouvrage qui paraîtra en librairie: "L'Eunuque", adapté de Térence, comédie en 5 actes et en vers. Sa vocation s'affirme. Tallemant des Réaux, dans ses "Historiettes", en 1658, qualifie La Fontaine de "garçon de belles-lettres, qui fait des vers, grand rêveur".

Après la mort du père de La Fontaine en 1658, qui laisse une succession très embrouillée, les deux époux se séparent de biens, d'un commun accord. La Fontaine est vraisemblablement introduit par Jacques Jannart, son oncle par alliance, très proche du jeune couple, auprès de Nicolas Fouquet. La Fontaine offre à Fouquet, surintendant des finances, son poème "Adonis", manuscrit, calligraphié par Nicolas Jarry, rehaussé d'un dessin par François Chauveau, le futur illustrateur des Fables.

Quelques mois après, en 1659, Fouquet confie à La Fontaine le soin de composer un ouvrage à la gloire de Vaux-le-Vicomte : ainsi naîtra "Le Songe de Vaux", que la chute du surintendant laissera inachevé. En outre, Jean s'engage à donner pension poétique à Fouquet, payée en madrigaux, ballades, sonnets et autres vers.
Vers 1660, La Fontaine entre en relation avec Jean Racine, qui fait à Paris ses débuts poétiques et vient de publier l' ode "La Nymphe de la Seine" à l'occasion de l'entrée à Paris de Marie-Thérèse d'Espagne, future femme de Louis XIV. D'Uzès, où il restera deux ans, Racine rappelle à La Fontaine le temps où ils se voyaient "tous les jours".
De 1658 à 1661, le poète habite à Paris, chez Jannart, avec sa femme, ou à Château-Thierry pour y exercer ses charges. C'est dans sa ville natale, entre 1659 et 1660 qu'il fait représenter par des amis sa pièce "Les Rieurs du Beau-Richard" (Le Beau-Richard est un carrefour où l'on s'assemble pour bavarder à Château-Thierry et commenter la vie locale). A Vaux, La Fontaine retrouve Pellisson, Madeleine de Scudéry, Maucroix, Charles Perrault, Saint-Evremond, il se lie avec Brienne, fréquente les plus grands artistes, des financiers, parmi lesquels le banquier Herwarth.

Le 17 août 1661, Fouquet donne une fête somptueuse en l'honneur du roi accompagné de toute la famille royale. La Fontaine y assiste. Molière y présente pour la première fois "Les Fâcheux". La Fontaine en fait une relation dans la Lettre à Maucroix, alors à Rome, chargé de mission par Fouquet . L'envie, la jalousie et le désir d'affirmer le nouveau pouvoir personnel du roi motivent l'arrestation de Fouquet le 5 septembre 1661. Une autre lettre de La Fontaine à Maucroix relate cette arrestation et montre la profonde émotion de La Fontaine. En 1662  "l'élégie Aux Nymphes de Vaux" où le poète exprime sa peine et son attachement à Fouquet est publiée anonymement.
"Pleurez, Nymphes de Vaux.....
Les destins sont contents: Oronte est malheureux"
(Oronte est le nom emprunté pour désigner Fouquet). Pendant toute sa vie, La Fontaine restera fidèle au surintendant, et demande la clémence à Louis XIV dans son "Ode au roi".

En 1663, l'oncle Jannart, proche de Fouquet est envoyé en exil à Limoges. La Fontaine l'accompagne. Ce sera le plus long voyage de La Fontaine. Nous pouvons le suivre par les "Lettres à sa femme" rédigées au cours de ce voyage. Il décrit, entre autres, la Loire à Orléans, Blois, Amboise, Tours, Poitiers. Ces six lettres ne seront publiées qu'après la mort du poète. De retour à Château-Thierry à la fin de l'année, il fait sa cour à la jeune Marie-Anne Mancini, duchesse de Bouillon, la nouvelle châtelaine. Elle est férue de poésie, espiègle et vive, a un nez retroussé: La Fontaine est conquis.
"Nez troussé? C'est un charme encor selon mon sens,
C'en est même un des plus puissants."
Ils deviennent très amis. Elle réussit à imposer le poète à toute sa famille, tous reconnaissent son talent. Grâce à l'appui de la duchesse de Bouillon, La Fontaine va obtenir un emploi et s'établir à Paris, où son génie littéraire va s'épanouir.

De 1664 à 1672, La Fontaine est gentilhomme servant au palais du Luxembourg, chez la duchesse douairière d'Orléans. C'est une période d'intense production, même si beaucoup des oeuvres qu'il fait éditer à ce moment sont écrites depuis longtemps. La Fontaine semble fréquenter quelques salons, notamment celui de l'Hôtel de Nevers près du Pont-Neuf , dont Mmes de Sévigné et de Lafayette, La Rochefoucauld sont les familiers.

1665 voit paraître la première édition des "Contes et Nouvelles en Vers" de M. de La Fontaine. Un deuxième recueil est publié en 1666, un troisième en 1671. C'est un succès. En 1668, les Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine sont dédiées au dauphin âgé de 8 ans. Le vers célèbre "Je me sers d'animaux pour instruire les hommes" est inclus dans la dédicace. Ce recueil contient 124 fables, réparties en 6 livres. Les vignettes qui les illustrent sont de François Chauveau. Le recueil reçoit un immense succès. En 1669, paraissent "Les Amours de Psyché et de Cupidon", poème dédié à la duchesse de Bouillon et "Adonis", qui avait été offert à Fouquet en 1658. En 1672, La duchesse douairière d'Orléans meurt; La Fontaine perd sa charge de gentilhomme servant.

En 1672, après la mort de la duchesse douairière, La Fontaine n'a plus d'emploi. L'année suivante, Madame de La Sablière l'accueille chez elle. Il y restera 20 ans, jusqu'à la mort de sa protectrice qui vit séparée de son mari. Dans son hôtel de la rue Neuve-des-Petits-Champs, elle reçoit une société brillante et assez libre. Madame de Sévigné l'appelle assez méchamment "la tourterelle". Iris est le nom que lui réserve La Fontaine dans ses vers. La Fontaine y rencontre des savants, il est passionné par les sujets scientifiques qui sont abordés.
L'année suivante, le succès d' Alceste, opéra de Lulli est compromis par une cabale. Mme de Montespan et sa soeur Mme de Thiange conseillent à Lulli de changer de librettiste et de remplacer Quinault par La Fontaine. Lulli accepte à contrecoeur. La Fontaine travaille quatre mois sur l'opéra "Daphné", sans satisfaire Lulli. Il abandonne. C'est l'origine du poème satirique "Le Florentin". La même année, en 1674, paraissent sans privilège ni permission, "les Nouveaux Contes de Monsieur de La Fontaine". Ils sont plus licencieux que les précédents et mettent en cause des moines, soeurs etc. La vente en est interdite l'année suivante. La Fontaine vend sa maison natale Ce qui lui permet de s'acquitter de ses dettes. En 1678 et 1679 paraissent deux nouvelles éditions des fables: L'édition de 1678, ajoute à celle de 1668 les nouveaux livrets qui correspondent aux livres 7 et 8 de nos éditions actuelles.  Celle de 1679, les livrets qui correspondent aux livres 9, 10 et 11 des éditions modernes. Ces 87 fables nouvelles sont dédiées à Mme de Montespan, maîtresse du roi, avec des messages concernant les grands problèmes de l'époque.

Poète reconnu, les membres de l'Académie Française élisent La Fontaine comme successeur au fauteuil de Colbert le 15 novembre 1683, mais le roi retarde la réception officielle. Elle est effective le 2 mai 1684 et La Fontaine occupe le fauteuil N°24 . La réception de Boileau a lieu le 1er juillet de la même année. Le roi avait attendu cette élection pour rendre officielle celle de La Fontaine. En 1685 sont édités les Ouvrages de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et de La Fontaine.

En 1693 est publié le dernier recueil des fables: c'est le livre XII des éditions actuelles. Il est dédié au duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, alors âgé de 12 ans. La plupart des 29 fables de ce dernier recueil avaient été publiées à partir de 1684, dans le "Mercure Galant" notamment. En 1692, La Fontaine tombe gravement malade. Le 13 avril 1695 : La Fontaine meurt. Il est inhumé  au cimetière des Saints-Innocents.
FABLES DE JEAN DE LA FONTAINE

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Je chante les héros dont Esope  est le père,
Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons:

LE DAUPHIN
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes;
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux,
Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,
Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes,
Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,
Quelque autre te dira d'une plus forte voix
Les faits de tes aïeux et les vertus des rois.
Je vais t'entretenir de moindres aventures,
Te tracer en ces vers de légères peintures;
Et si de t'agréer je n'emporte le prix,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris


L'AMOUR ET LA FOLIE
Tout est mystère dans l'amour,
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance:
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici:
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'aveugle que voici
(C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière,
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien;
J'en fais juge un amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble:
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le conseil des dieux;
L'autre n'eut pas la patience;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris:
Les dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les juges d'enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas:
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas:
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande:
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du public, celui de la partie,
Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.



LA COUR DU LION
Sa Majesté lionne un jour voulut connaître
De quelles nations le ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L'écrit portait
Qu'un mois durant le roi tiendrait
Cour plénière, dont l'ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta
D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine:
Il se fut bien passé de faire cette mine;
Sa grimace déplut: le monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur:
Il n'était ambre, il n'était fleur
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encor punie:
Ce Monseigneur du lion-là
Fut parent de Caligula.
Le renard étant proche: «Or cà, lui dit le sire,
Que sens-tu? dis le moi: parle sans déguiser.»
L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume: il ne pouvait que dire
Sans odorat; bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement:
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.


LE LOUP ET L'AGNEAU
La raison du plus fort est toujours la meilleure:
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.
-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle;
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
-Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte et puis le mange,
Sans autre forme de procès.


LA POULE AUX OEUFS D'OR
L'avarice perd tout en voulant tout gagner.
Je ne veux, pour le témoigner,
Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,
Pondait tous les jours un oeuf d'or.
Il crut que dans son corps elle avait un trésor:
Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable
A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,
S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.
Belle leçon pour les gens chiches!
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus,
Qui du soir au matin sont pauvres devenus,
Pour vouloir trop tôt être riches!

11 Aralık 2010 Cumartesi

 LA FABLE

Genre littéraire attesté dans le monde entier -à l'instar du conte, et appartenant comme lui à la plus ancienne tradition orale-, la fable apparait en Occident dès l'Antiquité. Le légendaire fabuliste grec Esope (6ème siècle av.J.C) suivi plus tard par l'écrivain latin Phèdre, en fixe les caractéristiques: court récit en prose mettant en scène des animaux et illustrant un morale. Elle apparait en France dès le Moyen-Age mais c'est La Fontaine, au 17ème siècle qui lui donne ses lettres de noblesse. Il l'écrit en vers et joue habilement de sa double fonction, divertissante et didactique: il renouvelle l'art du récit en faisant disparaitre l'aspect rhétorique derrière le naturel et la gaieté, en donnant souvent la parole aux animaux, en sollicitant la vue et l'ouïe de ses lecteurs, en jouant des niveaux de langue, et des changements de rythmes et de registres.
La morale n'est pas pour autant oubliée: la fiction amène toujours une vérité, souvent condensée dans une formule frappante, et la fantaisie permet, à l'occasion, de faire accepter la satire. Mais la portée de la fable est plus vaste: l'attitude humaine des animaux dénonce implicitement le comportement animal des humains. A travers son "ample comédie à cent actes divers/Et dont la scène est l'univers ("Le Bûcheron et Mercure") ce sont les travers des hommes de tous les temps que vise le fabuliste.
 LA VIE D'ÉSOPE
 -Écrite par Jean De La Fontaine-


(Envoi de Jean de La Fontaine à Monseigneur le Dauphin ) 
HOMERE

Nous n'avons rien d'assuré touchant la naissance d'Homère et d'Ésope. A peine même sait-on ce qui leur est arrivé de plus remarquable. C'est de quoi il y a lieu de s'étonner, vu que l'histoire ne rejette pas des choses moins agréables et moins nécessaires que celle-là. Tant de destructeurs de nations, tant de princes sans mérite, ont trouvé des gens qui nous ont appris jusqu'aux moindres particularités de leur vie; et nous ignorons les plus importantes de celles d'Ésope et d'Homère, c'est-à-dire des deux personnages qui ont le mieux mérité des siècles suivants. Car Homère n'est pas seulement le père des Dieux, c'est aussi celui des bons poètes. Quant à Ésope, il me semble qu'on le devait mettre au nombre des sages dont la Grèce s'est vantée, lui qui enseignait la véritable sagesse, et qui l'enseignait avec bien plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et des règles. On a véritablement recueilli les vies de ces deux grands hommes; mais la plupart des savants les tiennent toutes deux fabuleuses, particulièrement celle que Planude a écrite. Pour moi, je n'ai pas voulu m'engager dans cette critique. Comme Planude vivait dans un siècle où la mémoire des choses arrivées à Ésope ne devait pas être encore éteinte, j'ai cru qu'il savait par tradition ce qu'il a laissé. Dans cette croyance, je l'ai suivi sans retrancher de ce qu'il a dit d'Ésope que ce qui m'a semblé trop puéril, ou qui s'écartait en quelque façon de la bienséance.


ESOPE
Ésope était Phrygien, d'un bourg appelé Amorium. Il naquit vers la cinquante-septième olympiade, quelque deux cents ans après la fondation de Rome. On ne saurait dire s'il eut sujet de remercier la nature, ou bien de se plaindre d'elle: car en le douant d'un très bel esprit, elle le fit naître difforme et laid de visage, ayant à peine figure d'homme, jusqu'à lui refuser presque entièrement l'usage de la parole. Avec ces défauts, quand il n'aurait pas été de condition à être esclave, il ne pouvait manquer de le devenir. Au reste, son âme se maintint toujours libre et indépendante de la fortune.
Le premier maître qu'il eut l'envoya aux champs labourer la terre; soit qu'il le jugeât incapable de toute autre chose, soit pour s'ôter de devant les yeux un objet si désagréable. Or il arriva que ce maître étant allé voir sa maison des champs, un paysan lui donna des figues: il les trouva belles, et les fit serrer fort soigneusement, donnant ordre à son sommelier, appelé Agathopus, de les lui apporter au sortir du bain. Le hasard voulut qu'Ésope eut affaire dans le logis. Aussitôt qu'il y fut entré, Agathopus se servit de l'occasion, et mangea les figues avec quelques-uns de ses camarades; puis ils rejetèrent cette friponnerie sur Ésope, ne croyant pas qu'il se pût jamais justifier, tant il était bègue, et paraissait idiot. Les châtiments dont les Anciens usaient envers leurs esclaves étaient fort cruels, et cette faute très punissable. Le pauvre Ésope se jeta aux pieds de son maître; et se faisant entendre du mieux qu'il put, il témoigna qu'il demandait pour toute grâce qu'on sursît de quelques moments sa punition. Cette grâce lui ayant été accordée, il alla quérir de l'eau tiède, la but en présence de son Seigneur, se mit les doigts dans la bouche, et ce qui s'ensuit, sans rendre autre chose que cette eau seule. Après s'être ainsi justifié, il fit signe qu'on obligeât les autres d'en faire autant. Chacun demeura surpris: on n'aurait pas cru qu'une telle invention pût partir d'Ésope. Agathopus et ses camarades ne parurent point étonnés. Ils burent de l'eau comme le Phrygien avait fait, et se mirent les doigts dans la bouche; mais ils se gardèrent bien de les enfoncer trop avant. L'eau ne laissa pas d'agir, et de mettre en évidence les figues toutes crues encore et toutes vermeilles. Par ce moyen Ésope se garantit: ses accusateurs furent punis doublement, pour leur gourmandise et pour leur méchanceté.
 
Le lendemain, après que leur maître fut parti, et le Phrygien étant à son travail ordinaire, quelques voyageurs égarés (aucuns disent que c'étaient des prêtres de Diane) le prièrent, au nom de Jupiter Hospitalier, qu'il leur enseignât le chemin qui conduisait à la ville. Ésope les obligea premièrement de se reposer à l'ombre; puis leur ayant présenté une légère collation, il voulut être leur guide, et ne les quitta qu'après qu'il les eut remis dans leur chemin. Les bonnes gens levèrent les mains au ciel, et prièrent Jupiter de ne pas laisser cette action charitable sans récompense. À peine Ésope les eut quittés, que le chaud et la lassitude le contraignirent de s'endormir. Pendant son sommeil, il s'imagina que la Fortune était debout devant lui, qui lui déliait la langue, et par même moyen lui faisait présent de cet art dont on peut dire qu'il est l'auteur. Réjoui de cette aventure, il s'éveilla en sursaut; et en s'éveillant: "Qu'est ceci? dit-il; ma voix est devenue libre; je prononce bien un râteau, une charrue, tout ce que je veux."
 
Cette merveille fut cause qu'il changea de maître. Car, comme un certain Zénas, qui était là en qualité d'économe et qui avait l'œil sur les esclaves, en eut battu un outrageusement pour une faute qui ne le méritait pas, Ésope ne put s'empêcher de le reprendre, et le menaça que ses mauvais traitements seraient sus: Zénas, pour le prévenir et pour se venger de lui, alla dire au maître qu'il était arrivé un prodige dans sa maison, que le Phrygien avait recouvré la parole, mais que le méchant ne s'en servait qu'à blasphémer, et à médire de leur seigneur. Le maître le crut, et passa bien plus avant: car il lui donna Ésope, avec liberté d'en faire ce qu'il voudrait. Zénas de retour aux champs, un marchand l'alla trouver, et lui demanda si pour de l'argent il le voulait accommoder de quelque bête de somme. "Non pas cela, dit Zénas: je n'en ai pas le pouvoir; mais je te vendrai, si tu veux, un de nos esclaves." Là-dessus ayant fait venir Ésope, le marchand dit: "Est-ce afin de te moquer que tu me proposes l'achat de ce personnage? On le prendrait pour une outre." Dès que le marchand eut ainsi parlé, il prit congé d'eux, partie murmurant, partie riant de ce bel objet. Ésope le rappela, et lui dit: "Achète-moi hardiment: je ne te serai pas inutile. Si tu as des enfants qui crient et qui soient méchants, ma mine les fera taire: on les menacera de moi comme de la bête." Cette raillerie plut au marchand. Il acheta notre Phrygien trois oboles, et dit en riant: "Les Dieux soient loués! Je n'ai pas fait grande acquisition, à la vérité, aussi n'ai-je pas déboursé grand argent."
 
Entre autres denrées, ce marchand trafiquait d'esclaves; si bien qu'allant à Éphèse pour se défaire de ceux qu'il avait, ce que chacun d'eux devait porter pour la commodité du voyage fut départi selon leur emploi et selon leurs forces. Ésope pria que l'on eût égard à sa taille; qu'il était nouveau venu, et devait être traité doucement. "Tu ne porteras rien, si tu veux", lui repartirent ses camarades. Ésope se piqua d'honneur, et voulut avoir sa charge comme les autres. On le laissa donc choisir. Il prit le panier au pain: c'était le fardeau le plus pesant. Chacun crut qu'il l'avait fait par bêtise; mais dès la dînée le panier fut entamé, et le Phrygien déchargé d'autant; ainsi le soir, et de même le lendemain; de façon qu'au bout de deux jours il marchait à vide. Le bon sens et le raisonnement du personnage furent admirés.

Quant au marchand, il se défit de tous ses esclaves, à la réserve d'un grammairien, d'un chantre et d'Ésope, lesquels il alla exposer en vente à Samos. Avant que de les mener sur la place, il fit habiller les deux premiers le plus proprement qu'il put, comme chacun farde sa marchandise. Ésope, au contraire, ne fut vêtu que d'un sac, et placé entre ses deux compagnons, afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs se présentèrent, entre autres un philosophe appelé Xantus. Il demanda au grammairien et au chantre ce qu'ils savaient faire: "Tout", reprirent-ils. Cela fit rire le Phrygien, on peut s'imaginer de quel air. Planude rapporte qu'il s'en fallut peu qu'on ne prît la fuite, tant il fit une effroyable grimace. Le marchand fit son chantre mille oboles, son grammairien trois mille; et en cas que l'on achetât l'un des deux, il devait donner Ésope par-dessus le marché. La cherté du grammairien et du chantre dégoûta Xantus. Mais, pour ne pas retourner chez soi sans avoir fait quelque emplette, ses disciples lui conseillèrent d'acheter ce petit bout d'homme qui avait ri de si bonne grâce: on en ferait un épouvantail; il divertirait les gens par sa mine. Xantus se laissa persuader, et fit prix d'Ésope à soixante oboles. Il lui demanda, devant que de l'acheter, à quoi il lui serait propre, comme il l'avait demandé à ses camarades. Ésope répondit: "À rien", puisque les deux autres avaient tout retenu pour eux. Les commis de la douane remirent généreusement à Xantus le sou pour livre, et lui en donnèrent quittance sans rien payer. Xantus avait une femme de goût assez délicat, et à qui toutes sortes de gens ne plaisaient pas: si bien que de lui aller présenter sérieusement son nouvel esclave, il n'y avait pas d'apparence, à moins qu'il ne la voulût mettre en colère et se faire moquer de lui. Il jugea plus à propos d'en faire un sujet de plaisanterie, et alla dire au logis qu'il venait d'acheter un jeune esclave le plus beau du monde et le mieux fait. Sur cette nouvelle, les filles qui servaient sa femme se pensèrent battre à qui l'aurait pour son serviteur; mais elles furent bien étonnées quand le personnage parut. L'une se mit la main devant les yeux, l'autre s'enfuit, l'autre fit un cri. La maîtresse du logis dit que c'était pour la chasser qu'on lui amenait un tel monstre; qu'il y avait longtemps que le philosophe se lassait d'elle. De parole en parole, le différend s'échauffa jusqu'à tel point que la femme demanda son bien et voulut se retirer chez ses parents. Xantus fit tant par sa patience, et Ésope par son esprit, que les choses s'accommodèrent. On ne parla plus de s'en aller, et peut-être que l'accoutumance effaça à la fin une partie de la laideur du nouvel esclave.

Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paraître la vivacité de son esprit: car quoiqu'on puisse juger par là de son caractère, elles sont de trop peu de conséquence pour en informer la postérité. Voici seulement un échantillon de son bon sens et de l'ignorance de son maître. Celui-ci alla chez un jardinier se choisir lui-même une salade. Les herbes cueillies, le jardinier le pria de lui satisfaire l'esprit sur une difficulté qui regardait la philosophie aussi bien que le jardinage. C'est que les herbes qu'il plantait et qu'il cultivait avec un grand soin ne profitaient point, tout au contraire de celles que la terre produisait d'elle-même, sans culture ni amendement. Xantus rapporta le tout à la Providence, comme on a coutume de faire quand on est court. Ésope se mit à rire, et ayant tiré son maître à part, il lui conseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avait fait une réponse ainsi générale parce que la question n'était pas digne de lui: il le laissait donc avec son garçon, qui assurément le satisferait. Xantus s'étant allé promener d'un autre côté du jardin, Ésope compara la terre à une femme qui, ayant des enfants d'un premier mari, en épouserait un second qui aurait aussi des enfants d'une autre femme. Sa nouvelle épouse ne manquerait pas de concevoir de l'aversion pour ceux-ci, et leur ôterait la nourriture, afin que les siens en profitassent. Il en était ainsi de la terre, qui n'adoptait qu'avec peine les productions du travail et de la culture, et qui réservait toute sa tendresse et tous ses bienfaits pour les siennes seules: elle était marâtre des unes, et mère passionnée des autres. Le jardinier parut si content de cette raison, qu'il offrit à Ésope tout ce qui était dans son jardin.

Il arriva quelque temps après un grand différend entre le philosophe et sa femme. Le philosophe, étant de festin, mit à part quelques friandises, et dit à Ésope: "Va porter ceci à ma bonne amie." Ésope l'alla donner à une petite chienne qui était les délices de son maître. Xantus, de retour, ne manqua pas de demander des nouvelles de son présent, et si on l'avait trouvé bon. Sa femme ne comprenait rien à ce langage: on fit venir Ésope pour l'éclaircir. Xantus, qui ne cherchait qu'un prétexte pour le faire battre, lui demanda s'il ne lui avait pas dit expressément: "Va-t'en porter de ma part ces friandises à ma bonne amie." Ésope répondit là-dessus que la bonne amie n'était pas la femme, qui pour la moindre parole menaçait de faire un divorce: c'était la chienne qui endurait tout, et qui revenait faire caresses après qu'on l'avait battue. Le philosophe demeura court, mais sa femme entra dans une telle colère qu'elle se retira d'avec lui. Il n'y eut parent ni ami par qui Xantus ne lui fît parler, sans que les raisons ni les prières y gagnassent rien. Ésope s'avisa d'un stratagème. Il acheta force gibier, comme pour une noce considérable, et fit tant qu'il fut rencontré par un des domestiques de sa maîtresse. Celui-ci lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Ésope lui dit que son maître, ne pouvant obliger sa femme de revenir, en allait épouser une autre. Aussitôt que la dame sut cette nouvelle, elle retourna chez son mari, par esprit de contradiction ou par jalousie. Ce ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours faisait de nouvelles pièces à son maître, et tous les jours se sauvait du châtiment par quelque trait de subtilité. Il n'était pas possible au philosophe de le confondre.

Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur, et rien autre chose. "Je t'apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave." Il n'acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l'entrée, le second, l'entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ces mets; à la fin ils s'en dégoûtèrent. "Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur? - Et qu'y a-t-il de meilleur que la langue? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police; on instruit; on persuade; on règne dans les assemblées; on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. - Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l'attraper), achète-moi demain ce qui est de pire: ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier." Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde: "C'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l'on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les Dieux, de l'autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance." Quelqu'un de la compagnie dit à Xantus que véritablement ce valet lui était fort nécessaire, car il savait le mieux du monde exercer la patience d'un philosophe. "De quoi vous mettez-vous en peine? reprit Ésope. - Et trouve-moi, dit Xantus, un homme qui ne se mette en peine de rien."

Ésope alla le lendemain sur la place, et voyant un paysan qui regardait toutes choses avec la froideur et l'indifférence d'une statue, il amena ce paysan au logis. "Voilà, dit-il à Xantus, l'homme sans souci que vous demandez." Xantus commanda à sa femme de faire chauffer de l'eau, de la mettre dans un bassin, puis de laver elle-même les pieds de son nouvel hôte. Le paysan la laissa faire, quoiqu'il sût fort bien qu'il ne méritait pas cet honneur; mais il disait en lui-même: "C'est peut-être la coutume d'en user ainsi." On le fit asseoir au haut bout: il prit sa place sans cérémonie. Pendant le repas, Xantus ne fit autre chose que blâmer son cuisinier; rien ne lui plaisait: ce qui était doux, il le trouvait trop salé, et ce qui était trop salé, il le trouvait doux. L'homme sans souci le laissait dire et mangeait de toutes ses dents. Au dessert on mit sur la table un gâteau que la femme du philosophe avait fait: Xantus le trouva mauvais, quoiqu'il fût très bon. "Voilà, dit-il, la pâtisserie la plus méchante que j'aie jamais mangée; il faut brûler l'ouvrière, car elle ne fera de sa vie rien qui vaille: qu'on apporte des fagots. - Attendez, dit le paysan, je m'en vais quérir ma femme: on ne fera qu'un bûcher pour toutes les deux." Ce dernier trait désarçonna le philosophe, et lui ôta l'espérance de jamais attraper le Phrygien.

Or, ce n'était pas seulement avec son maître qu'Ésope trouvait occasion de rire et de dire de bons mots. Xantus l'avait envoyé en certain endroit; il rencontra en chemin le magistrat, qui lui demanda où il allait. Soit qu'Ésope fût distrait, ou par une autre raison, il répondit qu'il n'en savait rien. Le magistrat, tenant à mépris et irrévérence cette réponse, le fit mener en prison. Comme les huissiers le conduisaient: "Ne voyez-vous pas, dit-il, que j'ai très bien répondu? Savais-je qu'on me ferait aller où je vais?" Le magistrat le fit relâcher, et trouva Xantus heureux d'avoir un esclave si plein d'esprit.

Xantus, de sa part, voyait par là de quelle importance il lui était de ne point affranchir Ésope, et combien la possession d'un tel esclave lui faisait d'honneur. Même un jour, faisant la débauche avec ses disciples, Ésope, qui les servait, vit que les fumées leur échauffaient déjà la cervelle, aussi bien au maître qu'aux écoliers. "La débauche de vin, leur dit-il, a trois degrés: le premier de volupté, le second, d'ivrognerie, le troisième, de fureur." On se moqua de son observation et on continua de vider les pots. Xantus s'en donna jusqu'à perdre la raison et à se vanter qu'il boirait la mer. Cela fit rire la compagnie. Xantus soutint ce qu'il avait dit, gagea sa maison qu'il boirait la mer tout entière; et pour assurance de la gageure, il déposa l'anneau qu'il avait au doigt. Le jour suivant, que les vapeurs de Bacchus furent dissipées, Xantus fut extrêmement surpris de ne plus trouver son anneau, lequel il tenait fort cher. Ésope lui dit qu'il était perdu, et que sa maison l'était aussi par la gageure qu'il avait faite. Voilà le philosophe bien alarmé. Il pria Ésope de lui enseigner une défaite. Ésope s'avisa de celle-ci.

Quand le jour que l'on avait pris pour l'exécution de la gageure fut arrivé, tout le peuple de Samos accourut au rivage de la mer pour être témoin de la honte du philosophe. Celui de ses disciples qui avait gagé contre lui triomphait déjà. Xantus dit à l'assemblée: "Messieurs, j'ai gagé véritablement que je boirais toute la mer, mais non pas les fleuves qui entrent dedans. C'est pourquoi que celui qui a gagé contre moi détourne leurs cours, et puis je ferai ce que je me suis vanté de faire." Chacun admira l'expédient que Xantus avait trouvé pour sortir à son honneur d'un si mauvais pas. Le disciple confessa qu'il était vaincu et demanda pardon à son maître. Xantus fut reconduit jusqu'en son logis avec acclamations.

Pour récompense, Ésope lui demanda la liberté. Xantus la lui refusa, et dit que le temps de l'affranchir n'était pas encore venu; si toutefois les Dieux l'ordonnaient ainsi, il y consentait: partant, qu'il prît garde au premier présage qu'il aurait étant sorti du logis; s'il était heureux, et que, par exemple, deux corneilles se présentassent à sa vue, la liberté lui serait donnée; s'il n'en voyait qu'une, qu'il ne se lassât point d'être esclave. Ésope sortit aussitôt. Son maître était logé à l'écart, et apparemment vers un lieu couvert de grands arbres.À peine notre Phrygien fut hors qu'il aperçut deux corneilles qui s'abattirent sur le plus haut. Il en alla avertir son maître, qui voulut voir lui-même s'il disait vrai. Tandis que Xantus venait, l'une des corneilles s'envola. "Me tromperas-tu toujours? dit-il à Ésope. Qu'on lui donne les étrivières!" L'ordre fut exécuté. Pendant le supplice du pauvre Ésope, on vint inviter Xantus à un repas: il promit qu'il s'y trouverait. "Hélas! s'écria Ésope, les présages sont bien menteurs! Moi, qui ai vu deux corneilles, je suis battu; mon maître, qui n'en a vu qu'une, est prié de noces." Ce mot plut tellement à Xantus qu'il commanda qu'on cessât de fouetter Ésope; mais quant à la liberté, il ne se pouvait résoudre à la lui donner, encore qu'il la lui promît en diverses occasions.

Un jour, ils se promenaient tous deux parmi de vieux monuments, considérant avec beaucoup de plaisir les inscriptions qu'on y avait mises. Xantus en aperçut une qu'il ne put entendre, quoiqu'il demeurât longtemps à en chercher l'explication. Elle était composée des premières lettres de certains mots. Le philosophe avoua ingénument que cela passait son esprit. "Si je vous fais trouver un trésor par le moyen de ces lettres, lui dit Ésope, quelle récompense aurai-je?" Xantus lui promit la liberté, et la moitié du trésor. "Elles signifient, poursuivit Ésope, qu'à quatre pas de cette colonne nous en rencontrerons un." En effet, ils le trouvèrent, après avoir creusé quelque peu dans la terre. Le philosophe fut sommé de tenir parole; mais il reculait toujours. "Les Dieux me gardent de t'affranchir, dit-il à Ésope, que tu ne m'aies donné avant cela l'intelligence de ces lettres; ce me sera un autre trésor plus précieux que celui lequel nous avons trouvé. - On les a ici gravées, poursuivit Ésope, comme étant les premières lettres de ces mots: , etc.; c'est-à-dire: Si vous reculez quatre pas et que vous creusiez, vous trouverez un trésor. - Puisque tu es si subtil, repartit Xantus, j'aurais tort de me défaire de toi: n'espère donc pas que je t'affranchisse. - Et moi, répliqua Ésope, je vous dénoncerai au roi Denys; car c'est à lui que le trésor appartient, et ces mêmes lettres commencent d'autres mots qui le signifient." Le philosophe, intimidé, dit au Phrygien qu'il prît sa part de l'argent, et qu'il n'en dît mot; de quoi Ésope déclara ne lui avoir aucune obligation, ces lettres ayant été choisies de telle manière qu'elles enfermaient un triple sens, et signifiaient encore: En vous en allant, vous partagerez le trésor que vous aurez rencontré. Dès qu'ils furent de retour, Xantus commanda que l'on enfermât le Phrygien, et que l'on lui mit les fers aux pieds, de crainte qu'il n'allât publier cette aventure. "Hélas! s'écria Ésope, est-ce ainsi que les philosophes s'acquittent de leurs promesses? Mais faites ce que vous voudrez, il faudra que vous m'affranchissiez malgré vous."

Sa prédiction se trouva vraie. Il arriva un prodige qui mit fort en peine les Samiens. Un aigle enleva l'anneau public (c'était apparemment quelque sceau que l'on apposait aux délibérations du conseil) et le fit tomber au sein d'un esclave. Le philosophe fut consulté là-dessus, et comme étant philosophe, et comme étant un des premiers de la République. Il demanda temps, et eut recours à son oracle ordinaire: c'était Ésope. Celui-ci lui conseilla de le produire en public, parce que, s'il rencontrait bien, l'honneur en serait toujours à son maître; sinon, il n'y aurait que l'esclave de blâmé. Xantus approuva la chose, et le fit monter à la tribune aux harangues. Dès qu'on le vit, chacun s'éclata de rire; personne ne s'imagina qu'il pût rien partir de raisonnable d'un homme fait de cette manière. Ésope leur dit qu'il ne fallait pas considérer la forme du vase, mais la liqueur qui y était enfermée. Les Samiens lui crièrent qu'il dît donc sans crainte ce qu'il jugeait de ce prodige. Ésope s'en excusa sur ce qu'il n'osait le faire. La Fortune, disait-il, avait mis un débat de gloire entre le maître et l'esclave: si l'esclave disait mal, il serait battu; s'il disait mieux que le maître, il serait battu encore. Aussitôt, on pressa Xantus de l'affranchir. Le philosophe résista longtemps.À la fin le prévôt de ville le menaça de le faire de son office, et en vertu du pouvoir qu'il en avait comme magistrat: de façon que le philosophe fut obligé de donner les mains. Cela fait, Ésope dit que les Samiens étaient menacés de servitude par ce prodige, et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifiait autre chose qu'un roi puissant qui voulait les assujettir.

Peu de temps après, Crésus, roi des Lydiens, fit dénoncer à ceux de Samos qu'ils eussent à se rendre ses tributaires: sinon, qu'il les y forcerait par les armes. La plupart étaient d'avis qu'on lui obéît. Ésope leur dit que la Fortune présentait deux chemins aux hommes: l'un, de liberté, rude et épineux au commencement, mais dans la suite très agréable; l'autre, d'esclavage, dont les commencements étaient plus aisés, mais la suite laborieuse. C'était conseiller assez intelligiblement aux Samiens de défendre leur liberté. Ils renvoyèrent l'ambassadeur de Crésus avec peu de satisfaction. Crésus se mit en état de les attaquer. L'ambassadeur lui dit que, tant qu'ils auraient Ésope avec eux, il aurait peine à les réduire à ses volontés, vu la confiance qu'ils avaient au bon sens du personnage. Crésus le leur envoya demander, avec la promesse de leur laisser la liberté s'ils le lui livraient. Les principaux de la ville trouvèrent ces conditions avantageuses, et ne crurent pas que leur repos leur coûtât trop cher quand ils l'achèteraient aux dépens d'Ésope. Le Phrygien leur fit changer de sentiment en leur contant que, les Loups et les Brebis ayant fait un traité de paix, celles-ci donnèrent leurs Chiens pour otages. Quand elles n'eurent plus de défenseurs, les Loups les étranglèrent avec moins de peine qu'ils ne faisaient. Cet apologue fit son effet: les Samiens prirent une délibération toute contraire à celle qu'ils avaient prise.

Ésope voulut toutefois aller vers Crésus, et dit qu'il les servirait plus utilement étant près du roi, que s'il demeurait à Samos. Quand Crésus le vit, il s'étonna qu'une si chétive créature lui eût été un si grand obstacle. "Quoi! voilà celui qui fait qu'on s'oppose à mes volontés!" s'écria-t-il. Ésope se prosterna à ses pieds. "Un homme prenait des Sauterelles, dit-il; une Cigale lui tomba aussi sous la main. Il s'en allait la tuer comme il avait fait les Sauterelles. "Que vous ai-je fait? dit-elle à cet homme: je ne ronge point vos blés; je ne vous procure aucun dommage; vous ne trouverez en moi que la voix, dont je me sers fort innocemment." Grand roi, je ressemble à cette cigale: je n'ai que la voix, et ne m'en suis point servi pour vous offenser." Crésus, touché d'admiration et de pitié, non seulement lui pardonna, mais il laissa en repos les Samiens à sa considération.

En ce temps-là, le Phrygien composa ses Fables, lesquelles il laissa au roi de Lydie, et fut envoyé par lui vers les Samiens, qui décernèrent à Ésope de grands honneurs. Il lui prit aussi envie de voyager, et d'aller par le monde, s'entretenant de diverses choses avec ceux que l'on appelait philosophes. Enfin il se mit en grand crédit près de Lycérus, roi de Babylone. Les rois d'alors s'envoyaient les uns aux autres des problèmes à résoudre sur toutes sortes de matières, à condition de se payer une espèce de tribut ou d'amende, selon qu'ils répondraient bien ou mal aux questions proposées: en quoi Lycérus, assisté d'Ésope, avait toujours l'avantage et se rendait illustre parmi les autres, soit à résoudre, soit à proposer.

Cependant notre Phrygien se maria; et, ne pouvant avoir d'enfants, il adopta un jeune homme d'extraction noble, appelé Ennus. Celui-ci le paya d'ingratitude, et fut si méchant que d'oser souiller le lit de son bienfaiteur. Cela étant venu à la connaissance d'Ésope, il le chassa. L'autre, afin de s'en venger, contrefit des lettres par lesquelles il semblait qu'Ésope eût intelligence avec les rois qui étaient émules de Lycérus. Lycérus, persuadé par le cachet et par la signature de ces lettres, commanda à un de ses officiers nommé Hermippus que, sans chercher de plus grandes preuves, il fit mourir promptement le traître Ésope. Cet Hermippus, étant ami du Phrygien, lui sauva la vie et, à l'insu de tout le monde, le nourrit longtemps dans un sépulcre, jusqu'à ce que Nectanebo, roi d'Égypte, sur le bruit de la mort d'Ésope crut à l'avenir rendre Lycérus son tributaire. Il osa le provoquer, et le défia de lui envoyer des architectes qui sussent bâtir une tour en l'air, et par un même moyen, un homme prêt à répondre à toutes sortes de questions. Lycérus ayant lu les lettres et les ayant communiquées aux plus habiles de son État, chacun d'eux demeura court; ce qui fit que le roi regretta Ésope, quand Hermippus lui dit qu'il n'était pas mort, et le fit venir. Le Phrygien fut très bien reçu, se justifia, et pardonna à Ennus. Quant à la lettre du roi d'Égypte, il n'en fit que rire, et manda qu'il enverrait au printemps les architectes et le répondant à toutes sortes de questions.

Lycérus remit Ésope en possession de tous ses biens, et lui fit livrer Ennus pour en faire ce qu'il voudrait. Ésope le reçut comme son enfant, et pour toute punition lui recommanda d'honorer les Dieux et son prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret; parler peu et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre aux malheurs; avoir soin du lendemain, car il vaut mieux enrichir ses ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis pendant son vivant; surtout n'être point envieux du bonheur ni de la vertu d'autrui, d'autant que c'est se faire du mal à soi-même. Ennus, touché de ces avertissements et de la bonté d'Ésope, comme d'un trait qui lui aurait pénétré le cœur, mourut peu de temps après.

Pour revenir au défi de Nectanebo, Ésope choisit des aiglons, et les fit instruire (chose difficile à croire), il les fit, dis-je, instruire à porter en l'air chacun un panier, dans lequel était un jeune enfant. Le printemps venu, il s'en alla en Égypte avec tout cet équipage, non sans tenir en grande admiration et en attente de son dessein les peuples chez qui il passait. Nectanebo, qui, sur le bruit de sa mort, avait envoyé l'énigme, fut extrêmement surpris de son arrivée. Il ne s'y attendait pas, et ne se fût jamais engagé dans un tel défi contre Lycérus s'il eût cru Ésope vivant. Il lui demanda s'il avait amené les architectes et le répondant. Ésope dit que le répondant était lui-même, et qu'il ferait voir les architectes quand il serait sur le lieu. On sortit en pleine campagne, où les aigles enlevèrent les paniers avec les petits enfants, qui criaient qu'on leur donnât du mortier, des pierres, et du bois. "Vous voyez, dit Ésope à Nectanebo, je vous ai trouvé les ouvriers; fournissez-leur des matériaux." Nectanebo avoua que Lycérus était le vainqueur. Il proposa toutefois ceci à Ésope: "J'ai des Cavales en Égypte qui conçoivent au hennissement des Chevaux qui sont devers Babylone. Qu'avez-vous à répondre là-dessus?" Le Phrygien remit sa réponse au lendemain, et retourné qu'il fut au logis, il commanda à des enfants de prendre un Chat, et de le mener fouettant par les rues. Les Égyptiens, qui adorent cet animal, se trouvèrent extrêmement scandalisés du traitement que l'on lui faisait. Ils l'arrachèrent des mains des enfants, et allèrent se plaindre au roi. On fit venir en sa présence le Phrygien. "Ne savez-vous pas, lui dit le roi, que cet animal est un de nos Dieux? Pourquoi donc le faites-vous traiter de la sorte? - C'est pour l'offense qu'il a commise envers Lycérus, reprit Ésope: car, la nuit dernière, il lui a étranglé un Coq extrêmement courageux et qui chantait à toutes les heures. - Vous êtes un menteur, repartit le roi; comment serait-il possible que ce Chat eût fait en si peu de temps un si long voyage? - Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos Juments entendent de si loin nos Chevaux hennir, et conçoivent pour les entendre?"

En suite de cela le roi fit venir d'Héliopolis certains personnages d'esprit subtil, et savants en questions énigmatiques. Il leur fit un grand régal où le Phrygien fut invité. Pendant le repas, ils proposèrent à Ésope diverses choses, celle-ci entre autres. Il y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douze villes, chacune desquelles à trente arcs-boutants; et autour de ces arcs-boutants se promènent, l'une après l'autre, deux femmes, l'une blanche, l'autre noire. "Il faut renvoyer, dit Ésope, cette question aux petits enfants de notre pays. Le temple est le monde; la colonne, l'an; les villes, ce sont les mois; et les arcs-boutants, les jours, autour desquels se promènent alternativement le jour et la nuit."

Le lendemain, Nectanebo assembla tous ses amis. "Souffrirez-vous, leur dit-il, qu'une moitié d'homme, qu'un avorton soit la cause que Lycérus remporte le prix, et que j'aie la confusion pour mon partage?" Un d'eux s'avisa de demander à Ésope qu'il leur fît des questions de choses dont ils n'eussent jamais entendu parler. Ésope écrivit une cédule par laquelle Nectanebo confessait devoir deux mille talents à Lycérus. La cédule fut mise entre les mains de Nectanebo toute cachetée. Avant qu'on l'ouvrît, les amis du prince soutinrent que la chose contenue dans cet écrit était de leur connaissance. Quand on l'eut ouverte, Nectanebo s'écria: "Voilà la plus grande fausseté du monde; je vous en prends à témoin tous tant que vous êtes. - Il est vrai, repartirent-ils, que nous n'en avons jamais entendu parler. - J'ai donc satisfait à votre demande", reprit Ésope. Nectanebo le renvoya comblé de présents, tant pour lui que pour son maître. Le séjour qu'il fit en Égypte est peut-être cause que quelques-uns ont écrit qu'il fut esclave avec Rhodopé, celle-là qui, des libéralités de ses amants, fit élever une des trois pyramides qui subsistent encore, et qu'on voit avec admiration: c'est la plus petite, mais celle qui est bâtie avec le plus d'art.

Ésope, à son retour dans Babylone, fut reçu de Lycérus avec de grandes démonstrations de joie et de bienveillance. Ce roi lui fit ériger une statue. L'envie de voir et d'apprendre le fit renoncer à tous ces honneurs. Il quitta la cour de Lycérus, où il avait tous les avantages qu'on peut souhaiter, et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycérus ne le laissa point partir sans embrassements et sans larmes, et sans faire promettre sur les autels qu'il reviendrait achever ses jours auprès de lui.

Entre les villes où il s'arrêta, Delphes fut une des principales. Les Delphiens l'écoutèrent fort volontiers, mais ils ne lui rendirent point d'honneurs. Ésope, piqué de ce mépris, les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde. On s'imagine de loin que c'est quelque chose de considérable; de près, on trouve que ce n'est rien. La comparaison lui coûta cher. Les Delphiens en conçurent une telle haine et un si violent désir de vengeance (outre qu'ils craignaient d'être décriés par lui) qu'ils résolurent de l'ôter du monde. Pour y parvenir, ils cachèrent parmi ses hardes un de leurs vases sacrés, prétendant que par ce moyen ils convaincraient Ésope de vol et de sacrilège, et qu'ils le condamneraient à la mort. Comme il fut sorti de Delphes et qu'il eut pris le chemin de la Phocide, les Delphiens accoururent comme gens qui étaient en peine. Ils l'accusèrent d'avoir dérobé leur vase. Ésope le nia avec des serments: on chercha dans son équipage, et il fut trouvé. Tout ce qu'Ésope put dire n'empêcha point qu'on ne le traitât comme un criminel infâme. Il fut ramené à Delphes chargé de fers, mis dans les cachots, puis condamné à être précipité. Rien ne lui servit de se défendre avec ses armes ordinaires et de raconter des apologues; les Delphiens s'en moquèrent. "La Grenouille, leur dit-il, avait invité le Rat à la venir voir; afin de lui faire traverser l'onde, elle l'attacha à son pied. Dès qu'il fut sur l'eau, elle voulut le tirer au fond, dans le dessein de le noyer, et d'en faire ensuite un repas. Le malheureux Rat résista quelque peu de temps. Pendant qu'il se débattait sur l'eau, un Oiseau de proie l'aperçut, fondit sur lui, et l'ayant enlevé avec la Grenouille, qui ne se put détacher, il se reput de l'un et de l'autre. C'est ainsi, Delphiens abominables, qu'un plus puissant que nous me vengera: je périrai, mais vous périrez aussi." Comme on le conduisait au supplice, il trouva moyen de s'échapper, et entra dans une petite chapelle dédiée à Apollon. Les Delphiens l'en arrachèrent. "Vous violez cet asile, leur dit-il, parce que ce n'est qu'une petite chapelle, mais un jour viendra que votre méchanceté ne trouvera point de retraite sûre, non pas même dans les temples. Il vous arrivera la même chose qu'à l'Aigle, laquelle, nonobstant les prières de l'Escarbot, enleva un Lièvre qui s'était réfugié chez lui; la génération de l'Aigle en fut punie jusque dans le giron de Jupiter." Les Delphiens, peu touchés de tous ces exemples, le précipitèrent.


JEAN de LA FONTAINE
Peu de temps après sa mort, une peste très violente exerça sur eux ses ravages. Ils demandèrent à l'oracle par quels moyens ils pourraient apaiser le courroux des Dieux. L'oracle leur répondit qu'il n'y en avait point d'autre que d'expier leur forfait, et satisfaire aux mânes d'Ésope. Aussitôt, une pyramide fut élevée. Les Dieux ne témoignèrent pas seuls combien ce crime leur déplaisait: les hommes vengèrent aussi la mort de leur sage. La Grèce envoya des commissaires pour en informer, et en fit une punition rigoureuse.
Jean de La Fontaine

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)