JEAN FROISSART
Jean Froissart est un chroniqueur et poète, né à Valenciennes vers 1333, mort à Chimay vers 1410. On ne connaît exactement ni les parents de Froissart ni les dates de sa naissance et de sa mort. Les renseignements qu'on trouve dans ses poésies et dans sa chronique sont incomplets et on n'en a guère d'autres. On sait qu'il y avait beaucoup de Froissart dans le Hainaut, notamment à Beaumont et à Valenciennes, où naquit le célèbre écrivain. On croit que, devenu orphelin dès l'enfance, il fut élevé par un de ses parents, monnayeur à Valenciennes. Il fit ses études nécessaires pour entrer dans le clergé, mais il préférait au latin les romans d'amour et de chevalerie. Il éprouva une passion précoce pour une dame de haut rang, qu'il a chantée dans deux petits poèmes, l'Espinette amoureuse et le Buisson de Jonèce. Après la mort de son protecteur, Jean de Beaumont en 1356, il fit un premier voyage en Angleterre, où il fut bien accueilli par la nièce de ce seigneur, Philippe de Hainaut, femme du roi Édouard III. Revenu à Valenciennes, il se mit à recueillir des matériaux pour écrire l'histoire de son temps, à l'imitation de son maître, le chanoine Jean Lebel, chroniqueur de J. de Beaumont.
Pendant ses voyages, qui ne sont pas tous connus, il vit beaucoup d'événements et de personnages importants: le pape Clément VI à Avignon et le dauphin Charles à Paris, en 1364, Édouard III, les poètes J. Gower et G. Chaucer et le roi de France Jean Il en Angleterre, où il était encore quand ce prince y revint, comme captif, en 1363; le sacre de Charles V à Reims, le roi David Bruce en Écosse, le duc Jean IV de Montfort en Bretagne, le prince Noir et J. Chandos à Bordeaux, Pétrarque, le roi Pierre 1er de Chypre et le pape Urbain V, en Italie, où il avait suivi le duc de Clarence, un des fils d'Edouard III. Il vécut ensuite à Bruxelles, auprès de Wenceslas de Luxembourg, duc de Brabant, dont il fut le poète attitré, et à Beaumont, auprès de Guy Il de Châtillon, comte de Blois, amis des lettres, qui encouragèrent ses travaux. Il connut à la cour de Bruxelles Philippe de Maizières et Eustache Deschamps. En 1371, il fut nommé curé d'Estinnes, près de Binche, et vint se fixer dans ce village, où il continua d'une manière plus suivie la première rédaction de ses chroniques, « à la prière et requeste » de Robert de Namur, beau-frère du roi Édouard III. Cet ouvrage était déjà connu quand l'auteur accompagna Wenceslas à Reims, au sacre de Charles VI; le duc d'Anjou, on ne sait pour quel motif, en fit saisir une copie à Paris le 12 décembre 1381. Wenceslas étant mort, Froissart s'attacha davantage au comte de Blois, qui le prit pour chapelain et lui donna un canonicat à Chimay.
Quelques années après, on le trouve à Bourges, puis à l'Écluse avec le duc de Berry , à Blois avec Guy de Châtillon, à Orthez, où Gaston Phébus, comte de Foix, tenait une cour brillante, à Bordeaux, avec le duc de Lancastre, à Toulouse, à Avignon, à Valence, à Lyon et à Riom, où Jeanne de Boulogne, qu'il accompagnait, épousa le vieux duc de Berry, à Paris, où il vit l'entrée d'Isabeau de Bavière, à Bruges et à Middlebourg, où il allait chercher des informations sur les affaires d'Espagne et du Portugal, de nouveau à Paris, lors de la tentative d'assassinat dirigée contre Olivier de Clisson, à Abbeville, auprès de Charles VI et de Louis d'Orléans, lors des conférences de Leulinghen, en Angleterre, avec Richard lI et les ducs d'York et de Gloucester, à Saint-Omer, au mariage de Richard II et d'lsabel de France. On croit qu'il se retira ensuite à l'abbaye de Cantimpré, dans le voisinage de Cambrai, dont l'évêque était l'illustre Pierre d'Ailly, et enfin qu'il passa ses dernières années à Chimay. Insouciant, peu ménager de ses écus, parfois besogneux, fréquentant volontiers les tavernes, amoureux des tournois, des festins et des fêtes, mais avide surtout de voir et de savoir, il avait pu satisfaire ses goûts, grâce à la munificence de ses protecteurs.
Sa Chronique de France, d'Angleterre, d'Écosse et d'Espagne, divisée en 4 livres, commence à l'année 1325 et finit en 1400, à la mort de Richard II. Elle raconte tous les principaux événements qui se sont passés dans ces trois quarts de siècle. Froissart est surtout le chroniqueur de la chevalerie, dont il a vu la splendeur et la décadence. Il se complaît au récit des tournois et des batailles, mais il fait aussi connaître une multitude de familles, de personnages remarquables et donne de curieux détails sur les pays qu'il a parcourus, Sa chronique est reproduite dans de nombreux manuscrits qui montrent que l'auteur, outre une première rédaction révisée, en a écrit, à d'assez longs intervalles, deux autres, qui présentent des additions et des suppressions, des changements et même des contradictions très notables. Ainsi, dans la deuxième et surtout dans la troisième rédaction, il imite moins J. Lebel et se montre moins favorable à l'Angleterre. Sans être un historien, Froissart est plus qu'un simple annaliste. Il ne se borne pas à enregistrer les faits; il juge les humains, les institutions, les moeurs.
Doué d'un esprit vif, pénétrant et observateur, il a beaucoup vu par lui-même; il a interrogé les témoins oculaires; il a multiplié ses « enquestes »; il n'a rien négligé pour être bien informé. Il est véridique et sincère, comme le prouvent ses diverses rédactions, et il indique les sources auxquelles il a puisé des renseignements. Il a une très haute idée de sa mission et de ses devoirs; il s'efforce d'être impartial, tout en subissant des influences qui ont successivement contribué à modifier ses idées. Les erreurs de noms, de lieux, de dates abondent dans Froissart; aussi les critiques ont-elles parfois diminué la valeur historique de son oeuvre, mais elle n'en reste pas moins le tableau le plus animé, le plus vivant et le plus précieux du 14ème siècle. Le style de Froissart a une variété, un coloris, une franchise naïve, un entrain belliqueux, parfois une émotion qui donnent à ses récits un caractère original et un intérêt presque toujours soutenu. Ses poésies sont aujourd'hui assez oubliées; pourtant on y trouve, avec des longueurs un peu fastidieuses, des détails gracieux et des traits piquants. Elles ont contribué, autant que ses autres oeuvres, à le rendre célèbre parmi ses contemporains. Il a inspiré, dans l'un et l'autre genre, des imitateurs, comme Monstrelet, qui a continué sa chronique. L'ESPINETTE AMOUREUSE
Droitement sur l'heure de prime,
S'ébattait une demoiselle
A lire un roman. Moi vers elle
M'en vins et lui dit doucement
Par son nom: "Ce roman, comment
L'appelez-vous, ma belle et douce?"
Elle cloï atant la bouche;
Sa main dessu le livre adoise.
Lors répondit comme courtoise
Et me dit: "De Cleomadès
Est appelé; il fut bien fait
Et dicté amoureusement.
Vous l'oirez; si direz comment
Vous plaira, dessus votre avis".
Je regardai lors son doux vis,
Sa couleur fraiche et ses verts yeux.
On n'oserait souhaiter mieux;
Car chevelis avait plus blonds
Qu'un lin ne soit, tout à point longs,
Et portait si très belles mains
Que bien s'en passerait de moins
La plus frische dame du monde.
Vrai Dieu! comme lors ert belle et monde,
De gai maintien et de gent corps!
"Belle dis-je, adonc je m'accords
A ce que je vous ouïe lire
N'est sont d'instrument ni de lyre
Où je prenne un si grand ébat".
Et la demoiselle s'embat
En un lieu qui donnait à rire.
Or ne vous saurais-je pas dire
Le doux mouvement de sa bouche.
Il semble qu'elle n'y atouche
Tant rit suave et doucement;
Et non mie trop longuement,
Mais à point, comme la mieux née
Du monde et tout la mieux serée,
Et bien garnie de doctrine,
Car elle était à point entrine
En regard, en parole, en fait.
Et quand elle eut lut une espace,
Elle me requit par sa grâce
Que je vousisse un petit lire.
Adonc lisit tant seulement
Des feuilles, ne sais deux ou trois.
Elle l'entendait bien, entrois
Que je lisais, Dieu li mire!
Adonc laissâmes nous le lire.
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