Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

İçerik hem türkçe hem fransızcadır. Siz takipçilerin katkılarıyla gelişecektir blog yazıları. Fransız yazarların eserlerinin tanıtımı kimilerinin özetleri, farklı dönemlerden yazarlar ve eserleri hakkında analiz ve yorumlarla çeşitlendireceğiz blogumuzu. Klasik edebiyata olduğu kadar çağdaş metinlere de önem vereceğiz yeni yazarları işleyeceğiz eserlerinden alıntılar yapacağız. Kimi zaman bir dönemi ele alacağız, bazen de Fransa ile ilgili genel bilgiler, tanıtımlar yapacağız. Katkılarınızı bekliyoruz...

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

25 Şubat 2011 Cuma


 FUNERAILLES D'UN LAPIN  

Judith, l'héroïne de Poussière, est en train d'évoquer le temps de sa jeunesse, où elle retrouvait dans une merveilleuse campagne anglaise, des camarades: Mariella, Charlie, Roddy, Julien, Martin. Beaucoup sont morts et morte cette époque heureuse. Mais Judith revit tour à tour tel ou tel de ses chers souvenirs. On remarquera avec quelle sensibilité et quelle exactitude, nuancée,de mystère par la poésie du rêve, Rosamund Lehmann (née en 1903) a peinte cette épisode.

Parmi les inconsistantes images émergeant de ce temps lointain, celle de Roddy était restée la plus proche, la plus nette, la plus singulière.
Elle se revoyait avec lui dans une terre inculte, semer de trous crayeux de ronces murissantes, de fougères et de genêts: le curieux parfum des fleurs de ronce, faible mais insidieux terrestre et pourtant irréel, était troublant.
Elle contemplait avec horreur un lapin mort gisant dans le sentier. Il était étalé sur le flanc, ses petites pattes fragiles mollement étendues, et la blancheur secrète de son doux pelage à demi révélée. L'un deux -lequel? elle ne put jamais se rappeler- disait:
-Non, je n'aurais jamais cru le toucher!
C'était comme si elle entendait parler dans un mauvais rêve.
-Comment avez-vous fait? dit la voix de Roddy.
_ Eh bien! il était assis; je me suis approché en rempant, et je lui ai jeté une pierre pour le faire partir; je ne voulais pas lui faire de mal.
Mais j'ai dû le frapper en plein derrière l'oreille... en tout cas il est mort sur-le-champ. C'est un pur hasard. Je ne pourrais refaire la même chose quand j'essaierais toute ma vie.
-Hum! dit Roddy, drôle de chose!
 Il se tenait les mains dans les poches, le visage pareil à un masque, regardant le cadavre étendu à ses pieds. Le soleil vacillait et s'assombrissait. La bruyère brillait d'un éclat métallique, l'herbe se décolorait, les arbres sifflaient, Judith se débattait dans un cauchemar.
-Alors, qu'est-ce que je vais faire? dit la voix.
-Je m'en occuperait, répondit Roddy.
 Ensuite, elle et lui furent seuls. Elle se baissa et toucha la fourure.
La bête était morte, bien morte. Elle tomba à côté sur les genoux et pleura.
-Voyons, ne faites pas ça! dit Roddy presque aussitôt. Il ne pouvait supporter les larmes. Elle pleura d'autant plus, avec des terribles sanglots qui venaient du creux de l'estomac.
-Il ne l'a pas fait exprès, on n'y peut rien dit Roddy (...). Tenez nous allons l'emporter à la maison et lui faire les funerailles.

Il cueillit d'immenses feuilles de fougères, il en enveloppa doucement le lapin. Elle le ramassa, elle le porterait bien qu'elle défaillit presque au contact de ce corps tendre et menu. Elle pensait: "Je tiens dans mes bras quelque chose qui est mort: c'était vivant il y a un instant, et maintenant c'est... qu'est-ce que c'est?" et elle se sentait suffoquée, noyée.

Ils partirent. Pleurante, pleurante, elle portat ce cadavre du haut de la colline jusqu'au jardin et Roddy marchait en silence à côté d'elle. Il s'écarta et creusa un trou sous un buisson de lauriers, au plus épais du massif. Mais quand ils arrivèrent  à l'acte final, la mise en terre, elle ne put absolument pas le supporter. Elle avait perdu toute possession d'elle-même, elle n'était plus qu'une tourmente de sanglots et de larmes.

-Finissez je vous en prie, répéta Roddy d'une voix tremblante. Elle se calma subitement, saisie, s'apercevant qu'il était lui-même sur le point de s'abandonner. Il ne pouvait supporter qu'elle eût du chagrin (...) Vite elle lui laissa prendre le corps et il l'emporta.
 Il fut longtemps absent. Quand il revint, il l'a prit par le bras et dit:
-Venez voir
Sous le buisson de lauriers, en tête du petit tertre funèbre, il avait dressé une magnifique tablette. C'était un couvercle de boite à gâteaux en étaint poli net et brillant, surlequel au moyen d'un marteau et d'un clou il avait gravé ces mots: "A la mémoire d'un lapin".

La paix, le réconfort affluèrent en elle. Le lapin, reposait dans toute cette ombre tranquille et verte, sous la voûte sculpturale de grandes feuilles rigides, fraiches, et vernies: non plus terrible et pathétique, mais dignifiée par sa table commémorative, abrité, dans le sein de la terre clémente et protectrice, hors de l'atteinte des mouches, des gamins, et de l'éclat ironique du soleil. Tout était bien, il n'y avait plus là rien de triste.

Rosamund Lehmann. Poussière.

24 Şubat 2011 Perşembe


NUIT DE NOEL

Nicolas Gogol (1809-1852), auteur de Tarass Boulba, poème romanesque en prose à la gloire des Cosaques du XVIIème siècle, écrivit plusieurs recueils de nouvelles, dont les Veillées d'Ukraine, auxquelles appartient cette "Nuit de Noël", l'un des textes les plus populaires de la littérature russe; vous pourrez y admirer l'heureuse alliance du merveilleux et du réalisme.
Il fait une belle nuit froide et lumineuse. Et tout à coup le ciel s'obscurcit... C'est qu'une sorcière Solokha, s'est glissée dans le ciel pour ramasser les étoiles et jouer ainsi un bon tour aux paysans superstititeux qui s'apprêtent à célébrer Noël. Imitant la sorcière, un diable essaye de dérober la lune.

Le diable se glissait tout doucement vers la lune et déjà il était sur le point de la saisir, quand il retira précipitamment la main comme s'il s'était brulé, se suça le bout des doigts, agita un pied et courut de l'autre côté de la lune. Là, il sauta de nouveau en arrière et retira brusquement la main. Pourtant, sans se laisser décourager par toutes ces déconvenues le rusé diable n'abandonna pas ses espiègleries. S'étant approché par surprise, il saisit la lune à deux mains. Se soufflant dans les doigts et faisant toutes sortes de grimaces, il l'a fit sauter d'une paume dans l'autre à la manière d'un paysan qui aurait sorti de ses mains nues une braise du feu pour allumer sa pipe. Enfin, il fourra précipitamment la lune dans sa poche et, comme si de rien n'était, poursuivit sa route.

A Dikanka, personne ne savait que le diable avait volé la lune. Il est juste de dire que le copiste communal, comme il sortait à quatre pattes du cabaret, avait vu la lune se mettre à danser dans le ciel sans raison apparente, et il en assurait le village tout entier jurant ses grands dieux qu'il avait vu. Mais les bons gens branlaient le chef et même se moquaient de lui (...).

Le froid avait augmenté et en haut, il était devenu si vif que le diable sautillait d'un sabot sur l'autre et soufflait dans ses poings pour essayer de réchauffer un peu ses doigts engourdis. Rien d'étonnant d'ailleurs à ce qu'il gelât, lui qui passait sa vie en enfer, où, comme chacun sait, il fait bien moins froid que chez nous en hiver, et où, coiffé d'un bonnet et se tenant devant l'âtre ainsi qu'un vrai maitre-queux, il faisait rôtir les pêcheurs avec le même plaisir qu'une bonne femme met à griller des saucisses à Noël!

La sorcière elle-même sentit le froid, bien qu'elle fût chaudement habillée. C'est pour cette raison que levant les bras, elle ramena un pied en arrière et , ayant pris la posture d'un patineur qui file à toute allure sans faire le moindre mouvement, elle descendit dans l'air comme si elle glissait sur une abrupte paroi de glace et s'engouffra tout droit dans une cheminée.

Prenant le même chemin le diable suivit (...). Cependant, s'étant retourné, il vit, déjà à une bonne distance de son isba, le vieux Tchoub qui cheminait bras dessu bras dessous avec son compère. Sur-le-champ le diable bondit de la cheminée, leur barra la route et se mit à faire voler de tous côtés des tas de neige gelée. Une tourmente de neige se leva; toute l'atmosphère prit une apparence laiteuse; la neige voltigeait par-tout et sans ordre; elle menaçait de coller aux piétons les yeux, la bouche et les oreilles. Le diable en profita pour s'enfiler alors dans la cheminée (...).

Au moment où l'agile élégant, parait d'une queue et d'une barbiche de bouc, avait volé hors de la cheminée pour s'y engouffrer de nouveau bientôt après, la musette qu'il portait pendue au côté et dans laquelle il avait caché l'astre subtilisé s'accrocha dans le poêle et s'ouvrit; la lune, profitant de l'occasion, s'échappa par la cheminée et monta majestueusement dans le ciel. Tout s'éclaira. Il n'y avait plus trace de tourmente. La neige scintilla comme un vaste champ d'argent parsemé d'étoiles de cristal. Le froid diminuait apparremment de rigueur. Des troupes de garçons et de jeunes filles parurent qui portaient des sacs. Des chants retentirent et rares étaient les chaumières sous les fenêtres desquelles ne se pressaient pas ces chanteurs de noëls.

Nicolas Gogol, Veillées d'Ukraine
  
JUDE ET LES CORBEAUX

L'écrivain anglais Thomas Hardy (1840-1928) a consacré son art à peindre le malheur de ceux qui sont écrasés par l'injustice des hommes ou par un destin trop sévère. Son dernier roman Jude L'Obscur (1895) est l'histoire d'un de ces mal compris. A douze ans, Jude, orphelin, est hébergé par une tante qui ne l'aime guère. Les seules marques d'intérêt qu'il ait reçues lui sont venues du maitre d'école, Mr. Phillotson, qui, au grand chagrin de Jude, vient de quitter le village, non sans recommander à l'enfant: "Soit bien sage, soit bon pour les animaux et les oiseaux". Justement, Jude se rend à son travail qui consiste à chasser les corbeaux des champs ensemencés.

Escaladant  la haie du fond du jardin, il prit un sentier vers le nord et arriva sur le plateau près d'une vaste conque solitaire où l'on venait de semer du blé; il y descendit, car c'était là qu'il travaillait pour Mr. Troutham, le fermier.

Tout autour de lui, la masse brune du champ montait droit dans le ciel et se perdait dans le brouillard qui en cachait les bords, renforçant l'impression de solitude. Peu de choses rompaient la monotonie du paysage: une meule de l'an passé se dressant sur les terres labourées les corbeaux qui s'envolaient à son approche et le sentier qui venait du village. Bien des membres de sa famille avaient autrefois arpenté ce sentier, mais maintenant, ceux qui passaient par là, l'enfant ne les connaissait même pas.
-"Comme c'est laid ici!" murumura-t-il.
Les sillons encore frais ressemblaient aux lignes d'une pièce de velours côtelé toute neuve et donnaient à cette vaste étendue un aspect mesquinement utilitaire. Tous les accidents de terrain avaient disparu; plus la moindre trace d'histoire: ne restait que celle des quelques derniers mois. Et pourtant à chaque motte de terre, à chaque pierre, s'attachaient des souvenirs innombrables -échos des chansons entendues lors des moissons passés, paroles échangées (...). Mais de tout cela ni Jude, ni les corbeaux qui l'entouraient n'avaient cure: ils ne voyaient là qu'un terrain dénudé bon champ de travail pour l'un, bon grenier de provisions pour les autres.

Le gamin se tenait au pied de la meule et, toutes les deux ou trois secondes, faisait résonner son claquet ou sa crécelle. A chaque coup, les corbeaux cessaient de picorer et s'élevaient lentement, battant avec lourdeur l'air de leurs ailes luisantes comme des cottes de mailles, puis tournoyaient en le regardant avec circonspection et enfin recommençaient leur repas à distance respectueuse.

Il secouait si bien son claquet que son bras lui faisait mal et à la fin, il sentit en son coeur une grande sympathie pour les désirs contrariés des oiseaux.  Il lui semblait que, comme lui, il vivait dans un monde hostile. Pourquoi les effrayer? Ils prenaient de plus en plus à ses yeux l'apparence de douze amis de protégés -les seuls amis auxquels il inspirât un smeblant d'intérêt, car sa tante lui avait souvent dit qu'elle ne se souciait pas de lui. Il cessa son vacarme et les oiseaux s'abattirent sur le sol.

"Pauvres petits chéris! dit Jude tout haut, vous aurez à diner je le veux. Il y en a assez pour nous tous. Le fermier Troutham peut supporter de vous en laisser un peu. Mangez donc, mes chers petits oiseaux régalez-vous!"

Ils mangeaient en effet, petites taches noires sur la terre brunâtre et Jude se réjouissait de leur appétit. Un fil magique de camaraderie les unissait à lui: leurs vies chétives et mélancoliques ressemblaient fort à la sienne.

Il avait fini par jeter son claquet loin de lui comme un instrument vil et abject, offensant pour les oiseaux et pour lui-même puisqu'il était leur ami. Soudain, il sentit au bas de sa culotte un coup violent suivi d'un claquement retentissant qui annonça à ses sens stupéfiés que le claquet avait servi d'arme offensive. Les oiseaux et Jude sursautèrent simultanément et les yeux effarés de ce dernier contemplèrent le fermier Troutham en personne, dont le visage cramoisi flamboyait au-dessus du pauvre Jude tout tremblant tandis qu'il brandissait le claquet.

"Ah oui, vraiment!" "Mangez chers petits oiseaux" Attends un peu, je vais te chatouiller les culottes et nous verrons si tu as encore envie de dire: "mangez, chers petits oiseaux". Et tu as trainassé chez le maitre d'école au lieu de venir ici, n'est-ce pas? C'est ainsi que tu gagnes tes douze sous en chassant les corbeaux?"

Tout en déversant cette rhétorique passionnée aux oreilles de Jude, Troutham avait attrapé sa main gauche dans la sienne et faisant tournoyer à bout de bras son petit corps frêle autour de lui, frappait sa partie postérieure avec le plat du claquet. Le champs résonnait de l'écho des coups qu'il administrait.

"Non Monsieur, non, je vous en prie", criait l'enfant, aussi impuissant devant cette impusion centrifuge imprimée à son corps qu'un poisson accroché à l'hameçon et balancé au bout de la ligne; il apercevait la colline, la meule, le champ, le sentier et les corbeaux qui tournoyaient autour de lui en une course circulaire terrifiante: "Je ... Je... Monsieur je pensais seulement... Il y avait tant de grains dans le champ... Je les ai vu semer... Que les corbeaux pouvaient en prendre un peu pour leur diner... Et cela ne vous ferait pas tort, Monsieur... Et Mr Phillotson m'a dit d'être bon pour eux... Oh! oh! oh!"

Cette explicaition véridique sembla exaspérer le fermier encore plus que si Jude avait tout nier avec énergie; il frappait toujours et faisait tournoyait le gamin. Le bruit de l'instrument se propageait à travers champs, jusqu'aux oreilles des laboureurs éloignés -qui en déduisirent que Jude travaillait avec une grande énergie- il parvenait même à travers le brouillard jusqu'à la tour de  l'église flambant neuve pour laquelle le fermier avait généreusement souscrit voulant ainsi témoigner de son amour pour Dieu et son prochain.

Enfin, Troutham se fatigua de frapper et déposant le gamin tremblant, lui tendit douze sous, salaire de sa journée, et lui enjoginit de rentrer chez lui et de ne jamais remettre les pieds dans un de ses champs.

Thomas Hardy, Jude L'Obscure.
Traduction de F. W. Laparra

23 Şubat 2011 Çarşamba

 LE BAIN FORCE  

L'écrivain soviétique Boris Leonidovich Pasternak (1890-1960) compte parmi les plus grands poètes russes, mais c'est un roman publié en Italie, Le Docteur Jivago, parru en 1957, qui le fit connaitre mondialement. Pour des raisons politiques, le poète ne crut pas devoir accepter le prix Nobel de littérature qui lui fut décerné en 1958. Dans cet extrait de son roman, Nika, -bientôt 14 ans et qui en a assez d'être un petit garçon- et Nadia, son ainée d'un an, font une promenade en bâteau.

Le bord de l'étang était envahi de nénuphars. La barque entailla cette masse avec un bruissement sec. Dans les déchirures du feuillage aquatique l'eau de l'étang suintait, comme du jus de pastèque dans le triangle de l'entaille.

Les deux enfants se mirent à cueillir des nénuphars. Ils saisirent l'un et l'autre la même tige résistante et élastique. Elle les attira l'un contre l'autre. Leur tête se cognèrent. Comme par une gaffe, la barque fut entrainée contre le rivage. Les tiges s'emmêlaient et se racourcissaient, les fleurs blanches au coeur vif comme un jaune d'oeuf sanglant s'enfonçaient sous l'eau et en émergeaient ruisselantes.

Nadia et Nika continuaient à cueillir des fleurs inclinant de plus en plus la barque et presque couchés côte à côte sur le rebord affaissé.
-J'en ai assez d'aller en classe, dit Nika. Il est temps de commencer à vivre: gagner sa vie, être indépendant.
-Et moi qui voulais justement te demander de m'expliquer les équations du second degré. Je suis si nulle en algèbre que ça a failli finir par un examen de passage.
Nika crut entendre dans ces mots on ne sait quelle pointe. Bien sûr elle le remettait à sa place en lui rappelant combien il était encore petit. Les équations du second degré! Et eux qui n'avaient pas seulement mis le nez dans l'algèbre.
Piqué au vif, mais sans le laisser paraitre, il demanda avec une indifférence jouée -et il comprit au même instant combien sa question était sotte:
-Quand tu seras grand qui épouseras-tu?
-Oh, c'est encore si loin. Probablement personne. Je n'y ai pas encore pensé pour le moment.
-Je t'en prie, ne va pas t'imaginer que ça m'intéresse tellement.
-Alors pourquoi le demandes-tu?
-Idiote

Ils commencèrent à se disputer. Nika se souvint de sa misogynie de ce matin. Il menaça Nadia de la noyer, si elle n'arrêtait pas de dire des impertinences. -Essaie un peu! dit Nadia. Il l'a prit à bras le corps. Ils se mirent à lutter. Ils perdirent l'équilibre et tombèrent à l'eau.

Tous deux savaient nager, mais les nénuphars s'accrochaient à leurs bras et leurs jambes, et ils n'avaient pas encore pied; enfin, pataugeant dans la vase, ils parvinrent à grimper sur la berge. L'eau ruissealait de leurs chaussures et de leurs poches. Le plus fatigué des deux était Nika.

Si cela leur était arrivé un peu plus tôt, pas plus tard, qu'au printemps dernier, s'ils étaient trouvés comme maintenant assis côte à côte trempés comme une soupe, après une équipée de ce genre, ils se seraient disputés, ils auraient ri aux éclats, ils auraient certainement fait du bruit.

Mais ils se taisaient et respiraient à peine, écrasés par l'absurdité de l'aventure. Nadia était révoltée et ruminait son indignation, et Nika avait mal dans tout le corps, comme si on lui avait brisé bras et jambes et enfoncé les côtes à coups de bâtons.
Enfin à voix basse, comme une grande personne, Nadia laissa tomber ces mots:  "Fou que tu es!" -Et lui, comme une grande personne également, dit: "Je te demande pardon".
Ils remontèrent vers la maison, suivis par une trace humide, comme deux barriques de porteurs d'eau.

B. L. Pasternak, Le Docteur Jivago
LES SOUVENIRS DE TANTE VERONIQUE

Fils d'un garde forestier, Ernst Wilchert est né en 1887 dans une rude province de la Prusse-Orientale, la Masurie. Déporté à Buchenwald par les Nazis, il a évoqué sa captivité dans la Forêt des morts et Messe  sans nom qui montre que la haine peut toujours devenir amour. Il est mort en 1950. Dans Des forêts et des Hommes il raconte des épisodes de son enfance, sa passion de la nature, certes, mais aussi le climat de féerie qui l'enveloppait grâce à certains êtres comme tante Véronique qui évoquait pour lui une enfance encore plus lointaine, plus rude, mais aussi plus merveilleuse, ici le souvenir des anciens fêtes paysannes.

(...) Ah, le Carnaval..., disait-elle, il s'y passe tant de choses, vois-tu dont ils ne savent rien de nos jours. Regarde tes parents: ils font trois milles en traineau, mettent leurs masques et se déguisent en chasseur et Chaperon Rouge et ils dansent et causent tant et plus, puis s'enroulent de nouveau dans leur fourrure et reprennent le traineau pour rentrer chez eux. Quand j'étais jeune il y a quarante ans, il n'y avait pour nous ni traineau ni fourrure. Ma soeur et moi nous devions faire le ménage, traire les vaches, abrever les veaux jusqu'à la nuit. Et alors on nous permettait de sortir les costumes, les souliers, les bas, un mouchoir de poche, nous mettions dans une corbeille en ligne tout ce qu'il nous fallait. "Et la trompette demandait mon père, vous l'avez aussi?". Oui, nous l'avions la trompette. Et nous voilà parties. Deux milles, mon petit Andréas, et le vent chassait tellement la neige qu'il ne restait pas trace de notre passage derrière nous. Nous chantions à deux voix et après chaque chanson nous changions de côté pour n'avoir pas les mains gelées. Quand la chanson était trop longue nous sautions un couplet. Avec "Tout les bois font silence...", c'était le plus dur. Je crois qu'il y a douze couplets. Ainsi pendant trois heures mon petit Andréas et ensuite nous dansions toute la nuit. J'étais en tzigane et tous les jeunes forestiers me faisaient dire la bonne aventure. Et pour le retour, encore à pied. Et avant le lever du soleil, le fourneau devait être allumé et, tout en trayant les vaches, nous chantions encore, mais pas "Tous les bois font silence". Ça ne convenait pas pour l'étable.
-Et la trompette? demandai-je au bout d'un moment. Est-ce que tu jouais dans l'orchestre, tante Véronique?
Elle laissa tomber ses aiguilles mes regarda.
-Un orchestre? Mais, Andréa, en tant de choses, tu es tellement déformé pour ton âge. Un orchestre! Nous avions de la musique, mais pas d'orchestre. Un violon, une clarinette, et une contrebasse. Dans la grande salle du ciel, il n'y en aura guère plus, sans doute... non, la trompette était pour les loups.
-Pour... tante Véronique!
-Oui pour les loups. De ce temps-là ils hurlaient dans les bois quand les hivers étaient rigoureux, et lorsqu'ils venaient trop près nous posions la corbeille, je prenais la trompette et je soufflais. Cela devait faire une terrible musique, car ils n'osaient pas approcher. Mais il fallair réchauffer l'embouchure, sans quoi plus moyen de décoller les lèvres..., tu ne veux pas le croire? Et bien, viens-ici... tu vois, maintenant? Je tenais l'instrument dans mes mains, un vieil instrument terni cabossé, mais du métal sombre, le souffle magique des temps disparus passait, glacé, dans mes mains, et je croyais distinguer des taches sombres, le sang des loups peut-être (...)

Ernst Wiechert, Des Forêts et des Hommes

22 Şubat 2011 Salı


 WILHELM MEISTER
 (VOCATION THEATRALE)

Dans ses ouvrages, le grand écrivain Allemand Goethe (1749-1832) s'est souvent inspiré de souvenirs personnels. C'est le cas pour son roman, Wilhelm Meister. Pour expliquer l'attrait de son héros pour le théâtre, il lui prête ses souvenirs d'enfance. Un soir de Noël, il assiste à une scène de marionnettes qui met en scène la lutte de David contre Goliath.

Chacun s'était installé et se taisait; un sifflet donna le signal, le rideau se leva  et découvrit l'intérieur d'un temple tout décoré de rouge. Le grand prêtre Samuel fit son entré avec Jonathan, et leurs voix alternées et bizarres me parurent infiniment vénérables. Bientôt après, se fut l'arrivée de Saül, cruellement embarassé par l'insolence du guerrier géant qui l'avait défié lui et les siens. Et ma joie, quand je vis s'avancer le fils d'Isai à la taille de nain, avec sa houlette, sa panetière et sa fronde, et s'écriant: "Tout-Puissant roi et seigneur, que personne ne se décourage à cause de ce Philistin; si Votre Majesté veut bien me le permettre, je marcherai au devant du géant et je me mesurerai avec lui". Le premier acte était terminé et les spectateurs brûlaient d'apprendre ce qui allait advenir. Chacun désirait que la musique cessât bien vite. Enfin le rideau se releva. David vouait la chair du géant aux oiseaux du ciel et aux animaux de la terre; le Philistin se moquait de lui et frappait violement le sol des deux pieds, et pour finir il tomba comme une bûche, donnant ainsi à toute l'action un dénouement splendide. Et tandis que les vierges chantaient: "Saül a frappé ses mille et David ses dix-mille!", que l'on apportait la tête du géant devant le petit berger victorieux; tandis qu'on lui donnait pour épouser la charmante fille du roi malgré toute ma joie, je ne pouvais me consoler de voir cet heureux prince doté d'une taille de nain. Car, fidèle à la tradition gigantesque Goliath et du petit David, on ne s'était pas fait faute de leur donner à tous deux bonne mesure pour leur taille (...).
Puis le rideau tombeau, la porte se referma, et tout le petit auditoire se hâta, dans une sorte d'ivresse et tout chancelant, de gagner son lit; mais je sais que moi, je ne pus m'endormir que j'aurais voulu en savoir davantage et que je fis mille questions, ne pouvant me résoudre à laisser partir la gouvernante qui nous avait reconduits dans nos chambres.

Le lendemain matin, hélas, l'échafaudage magique avait disparu, le voile mystique avait était retiré, la fameuse porte était redevenue le simple passage d'une pièce dans l'autre, et de tant d'aventures, il ne restait pas la moindre trace. Mes frères et mes soeurs étaient tout à leurs jouets, tandis que j'errais seul, de-ci de-là, sans pouvoir admettre qu'il n'y eut plus que c'est deux chambranles, là où tant de miracles s'étaient déroulées hier (...).

A la grande joie de Wilhelm, on organise une seconde représentation.

Alors que la première fois tout était absorbé par la joie et la surprise de la nouveauté, cette deuxième représentation apportait les plaisirs d'une étude attentive et d'un examen minutieux. Comment cela se faisait-il? -tout était là, pour moi, désormais. Je soupçonnais bien, dès la première fois que les marionnettes ne parlaient pas elles-mêmes; qu'elles ne pussent se mouvoir toutes seules. Je le supposais aussi; mais pourquoi tout cela était-il si charmant, pourquoi semblait-il qu'elles fussent douées de voix et de gestes propres? Et où donc se trouvaient les lumières et les "acteurs"? Toutes ces énigmes m'agitaient d'autant plus que j'eusse voulu me trouver en même temps parmi les enchantés et les enchanteurs avoir mes mains dissimulées dans le jeu tout en goûtant les joies de l'illusion en spectateur.

La pièce était terminée on faisait les préparatifs pour l'épilogue, les spectateurs s'étaient levés et bavardés entre eux. Je me rapprochait de la porte et au craquement qui venait de l'intérieur, je compris qu'on était en train de ranger quelque chose. Je soulevai la tenture inférieure et glissai un regard entre les tréteaux. Ma mère m'aperçut et me fit reculer. Mais j'avais eu le temps de voir qu'on emballait dans le même tiroir amis et ennemis SaÜl et Goliath et toute la bande, et ma curiosité, à demi satisfaite, s'en trouva aiguisée d'autant. De plus, à ma grande surprise j'avais distingué le lieutenant fort affairé dans le sanctuaire. Et dès lors, Polichinelle eut beau se démener, mon intérêt était ailleurs. Je me perdis dans une profonde méditation: depuis ma découverte je me sentais à la fois plus calme et plus agitée que naguère. J'avais appris quelquechose et il me semblait désormais que je ne savais rien du tout, et j'avais raison: Le rapport m'échappait qui est, en définitive l'essentiel de toute connaissance.
(Il découvre bientôt la boite où sont rangées les marionnettes, puis le livret et apprend à les animer)

Wolfgang Goethe, Wilhelm Meister.
Traduction Groethoysen, du Colombier, Briode

 DAVID ET GOLIATH

Au temps du roi Saül au Xème siècle av. J-C. les Hébreux étaient en guerre contre les Philistins, habitant de Sud de la Palestine. Les deux armées se préparaient à la bataille, quand un Philistin d'une taille énorme -six coudées et un empan, plus de trois mètres- s'avança: c'était Goliath.
Il demanda aux hébreux de choisir un homme pour le combattre et il les défiait ainsi: "S'il peut me battre et qu'il me tue nous vous seront assujettis, mais si je l'emporte et que je le tue, vous nous serez assujettis et vous nous servirez". Les Israëlites saisis d'une grande crainte, s'enfuirent devant lui. Or David, jeune berger de Béthléem était venu au camp des Juifs pour apporter des provisions à ses frères soldats de Saül, Il entendit le défi et voulut le relever. Il se fit conduire devant le roi Saül.

David dit à Saul: "Que personne ne perde de courage à cause de lui! Ton serviteur ira se battre contre le Philistin". Mais Saül répondit à David: "Tu ne peux pas marcher contre ce Philistin pour lutter avec lui car tu n'es qu'un enfant et lui, il est un homme de guerre depuis sa jeunesse". Mais David dit à Saül: "Quand ton serviteur faisait paitre les brebis de son père et que venait un lion ou un ours qui enlevait une brebis du troupeau je le poursuivais, je le frappais et j'arrachais celle-ci de sa gueule. Et s'il se dressait contre moi, je le saisissait par les poils du menton et je le frappais à mort. Ton serviteur a tué le lion et l'ours, il en sera de ce Philistin comme de l'un d'eux puisqu'il a défié les troupes du Dieu vivant". David dit encore: "Yahvé qui m'a sauvé de la griffe du lion et de l'ours, me sauvera des mains de ce Philistin". Alors Saül dit à David: " Va et que Yahvé soit avec toi!".

Saül revêtit David de sa tenue militaire, lui mit sur la tête un casque de bronze et lui fit endosser une cuirasse. Il ceignit David de son épée, par-dessus sa tenue, mais Davis essaya vainement de marcher car il n'était pas entrainé et il dit à Saül: "Je ne puis pas marcher avec cela car je n'y suis pas entrainé". On l'en débarassa donc.

David prit son bâton en main il se choisit dans le torrent cinq pierres bien lisses et les mit dans son sac de berger, sa giberne. Puis, la fronde à la main il marcha vers le Philistin. Le philistin s'approcha de plus en plus prèd de David, précédé du porte-bouclier. Le Philistin tourna les yeux vers David, et lorsqu'il le vit, il le méprisa, car il était jeune -il était roux, un jeune homme de bel apparence. Le Philistin dit à David: "Suis-je un chien pour que tu viennes contre moi avec des bâtons?" Et le Phillistin maudit David par ses dieux. Le Philistin dit à David: "Viens vers moi que je donne ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes des champs!". Mais David répondit au Philistin: "Tu marches contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi je marche contre toi au nom de Yahvé Sabaot, le Dieu des troupes d'Israël, que tu as défiées. Aujourd'hui, Yahvé te livrera en ma main, je te tuerai et je te décapiterai, je donnerai aujourd'hui même ton cadavre et les cadavres de l'armée philistine aux oiseaux du ciel et aux bêtes sauvages. Toute la terre saura qu'il y a un Dieu en Israël, et toute cette assemblée saura que ce n'est pas par l'épée ni par la lance que Yahvé donne la victoire car Yahvé est maitre du combat il vous livre entre nos mains".

Dès que Philistin s'avança et marcha au-devant de David, celui-ci sortit des lignes et courut à la rencontre du Philistin. Il mit la main dans son sac et en prit une pierre qu'il tira avec la fronde. Il atteignit le Philistin au front; la pierre s'enfonça dans son front et il tomba la face contre terre. Ainsi David triompha du Philistine avec la fronde et la pierre: il frappa le Philistine et le fit mourir; il n'y avait pas d'épée entre les mains de David. David courut et se tint debout sur le Philistin; saisissant l'épée de celui-ci, il la tira du fourreau, il acheva le Philistin et lui trancha la tête. Les Philistins voyant que leur champion était mort, s'enfuirent. Les hommes d'Israël et de Juda se mirent en mouvement, poussèrent le cri de guerre et poursuivirent les Philistins jusqu'aux approches de Gat et jusqu'aux portes d'Egron.

LA BIBLE, I, SAMUEL 17-18

21 Şubat 2011 Pazartesi


 A MALIN, MALIN ET DEMI...


Jean Boccace (Giovanni Boccacio), né en 1313 et mort en 1375, est le premier des grands conteurs européens. Dans son oeuvre la plus célèbre, qu'il a intitulée "Le Décaméron" (mot d'origine grecque signifiant les 10 journées), il imagine que, pour se soustraire à la terrible épidemie de peste qui désole la ville de  Florence, en 1348, sept nobles dames  et trois jeunes gentilshommes sont allés chercher refuge dans la campagne environnante, où ils respirent un air pur et se divertissent agréablement en racontant des histoires plaisantes ou tragiques. Chacun d'eux disant à son tour la sienne, chacune des dix journées qu'ils passent ensemble et consacrée à l'audition de dix "nouvelles". Voici l'une de ces cent nouvelles.

Il y avait à Florence un individu que tout le monde appelait Ciacco: c'était bien l'homme le plus glouton qu'on ait jamais vu. Comme il se trouvait dans l'impossibilité de supporter les dépenses qu'exigeait sa gloutonnerie mais qu'il avait d'assez bonnes façons et qu'il était plein d'esprit, il se fit non pas précisément homme de cour, mais diseur de bons mots, et se mit à fréquenter chez ceux qui étaient riches et se délectaient à manger de bonnes choses: il y allait très souvent diner et souper, sans qu'on l'y eût toujours inviter.

Il y avait pareillement en ce temps-là à Florence un nommé Biondello-tout petit de sa personne, fort, élégant et plus soigné qu'une mouche, avec sa coiffe sur la tête et une jolie parure de cheveux blonds bien peignés sans qu'il y en eùt un seul de travers- qui pratiquait le même métier de Ciacco.

Or, un matin de carème, ce Biondello, étant allé au marché au poisson y achetait deux énormes lamprois pour messire Vieri de Cerchi, quand il fut aperçu de Ciacco, qui, s'approchant, lui dit:
-Qu'est-ce que ça veut dire?
- A quoi Biondello répondit:
-Hier soir on en a envoyé trois autres bien plus belles que celles-ci avec un esturgeon, à messire Corso Donati; mais comme ça ne suffisait pas pour le repas qu'il veut donner à quelques gentilshommes il m'a fait acheter ces deux autres. N'y viendras-tu pas?
-Bien sûr que j'y viendrai, répondit Ciacco.

Quand le moment lui sembla venu, il s'en fut donc chez messire Corso et le trouva avec quelques siens voisins qui n'étaient pas encore à table. L'autre lui demandant ce qu'il venait faire, il répondit:
-Messire, je viens diner avec vous et votre compagnie.
Et messire Corso de lui dire:
-Sois le bienvenu, et, puisqu'il est temps, allons manger.
Ils se mirent donc à table et eurent en premier lieu des pois chiches et du thon salé, puis une friture d'Arno, sans plus.
Ciacco, comprenant la tromperie de Biondello, n'en fut pas peu furieux en lui-même et se promit de la lui faire payer.
Quelques jours après, il rencontra Biondello qui avait déjà fait rire maintes gens avec ce bon tour. L'autre, l'ayant vu, le salua et en riant, lui demanda comment il avait trouvé les lamprois de messire Corso; à quoi Ciacco répondit:
-Avant huit jours, tu le sauras beaucoup mieux dire que moi.
Et, sans laisser trainer l'affaire, après avoir quitté Biondello il convint d'un prix avec un rusé compère, lui donna une bonbonne de verre, puis le mena près de la terasse des Cavicciuli, et, lui montrant là un chevalier nommé messire Filippo Argenti, homme grand, nerveux, et fort, dédaigneux, emporté et irrittable plus que nul autre, il lui dit:
-Tu vas aller vers lui avec cette fiasque en main, et tu lui diras ceci: "Messire, Biondello m'envoiet à vous pour vous prier qu'il vous" plaise de mettre dans cette fiasque tout le rubis de votre bon vin vermeil, car il veut prendre un peu de bon temps avec ses acolytes".
Et prends bien garde qu'il ne porte les mains sur toi, car il te mettrait mal en point, et tu aurais ainsi gâté mes affaires.
Le compère dit:
-Ai-je autre chose à dire?
-Non, dit Ciacco. Va donc, quand tu auras dit ça, retourne ici vers moi avec la fiasque, et je te paierai.
Le compère se mit en route et fit son ambassade à messire Filippo. Messire Filippo en entendant le drôle, s'imagina -car il en fallait peu pour le faire monter- que Biondello connaissait bien, voulait se moquer de lui, et son visage s'empourpra de colère.
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire de rubis et d'acolytes?
Que le diable vous emporte toi et lui!
En disant ces mots, il se leva et étendit le bras pour agripper le compère; mais le compère qui se tenait sur ses gardes, fut plus preste: il prit la fuite et par un autre chemin s'en retourna vers Ciacco, qui avait vu toute la scène, et à qui il rapporta ce qu'avait dit messire Filippo.
Ciacco, satisfait, paya, le compère et n'eut plus de cesse qu'il n'eût retrouvé Biondello.
-As-tu était ces temps-ci à la terasse des Cavicciuli? lui dit-il
-Mais non, répondit Biondello, pourquoi me demandes-tu ça?
-Parce que, dit Ciacco, je puis te dire que messire Filippo te fais chercher partout mais je ne sais pas ce qu'il te veut.
-Bien, dit alors Biondello, j'y vais, je lui parlerai.
Biondello une fois parti, Ciacco marcha sur ses pas pour voir comment l'affaire allait tourner.
Messire Filippo n'ayant pu rejoindre le compère, était resté dans une fureur terrible, et il ruminait en lui-même sa rage, ne pouvant des paroles qu'avait dites le compères, rien tirer d'autres sinon que Biondello, à la demande de qui que se fut, se moquait proprement de lui. Il en était à se ronger ainsi quand survint Biondello. Sitôt qu'il le vit, il se porta à sa rencontre et lui lança au visage un grand coup de poing.
-Misère de moi, messire! dit Biondello, qu'est ceci?
Messire Filippo, le prenant par les cheveux, lui avait déchiré la coiffe sur la tête avait jeté son capuchon par terre, et, tout en lui administrant une forte rosée:
-Traitre, disait-il, tu le verras bien, ce que c'est. Qu'es-ce que c'est que cette histoire de rubis et d'acolytes que tu m'a envoyé raconter? Me prends-tu pour un enfant qu'on puisse piper comme un oiseau?
Et, tout en parlant, avec ses poings, qui paraissaient de fer il lui labourait le visage sans lui laisser sur la tête un seul cheveu en place, puis, le roulant dans la fange, il lui mit en pièces tous les habits qu'il avait sur le dos; et il y allait de si bon coeur que Biondello, après ses premiers mots, ne pu pas une seule fois prendre la parole ni demander pourquoi il le traitait ainsi. Il l'avait bien entendu parler de ce rubis et de ces acolytes mais il ne savait ce que cela voulait dire.
A la fin, quand messire Filippo l'eut bien battu au millieu de la foule qui les entourait on eut toutes les peines du monde à le lui arracher des mains, ébouriffé et mal en point comme il l'était. On lui dit pourquoi messire Filippo l'avait ainsi traité, on lui fit reproche de ce qu'il lui avait envoyé dire, on lui dit enfin qu'il devait maintenant bien connaitre messire Filippo et savoir qu'il n'était pas homme à admettre la plaisanterie.
Biondello en geignant s'excusait et disait que jamais il n'avait envoyé  demander de vin à messire Filippo mais quand il se fut un peu remis dans son assiette, triste et dolant, il s'en retourna chez lui s'avisant que c'était là l'ouvrage de Ciacco.
Et quand, après nombres de jours, les bleus de son visage étant enfin partis, il commença à sortir de chez lui, il advint que Ciacco le rencontra et en riant, lui demanda:
-Alors, Biondello, que penses-tu de vin de messire Filippo?
Biondello répndit:
-Ce que tu as pensé, j'espère, des lamprois de messire Corso.
-Il ne tient qu'à toi désormais, dit alors Ciacco: chaque que fois que tu voudras à me donner à manger aussi bien que tu l'as fait, moi, je te donnerai à boir aussi bien que tu as bu.
Biondello, reconnaissant qu'il lui était plus facile d'en vouloir à Ciacco que d'agir contre lui, pria Dieu de faire entre eux la paix et se garda dorénavant de lui jouer un autre tour.

Boccace, Le Décaméron, Neuvième journée, Nouvelle VIII

19 Şubat 2011 Cumartesi


 SCENE D'UNE VIE DE CHIEN 



L'hiver n'était pas très froid, mais l'humidité le pénétrait jusqu'à l'os. Assis sur le trottoir devant le supermarché de banlieue, Pierre attendait le geste de charité de ses concitoyens. Il avait posé son béret basque à ses pieds et il tenait à la main un carton sur lequel il avait écrit en lettres capitales J'AI FAIM.

La nuit tombait vite en cette saison. Il n'était pas sûr que les chalands qui entraient dans le grand magasin et en ressortaient fussent capables de lire ce qu'il avait écrit sur le carton. De plus ils étaient, eux-mêmes transis et pauvres. Pas au point d'éprouver la faim, mais pauvres quand même. De sorte qu'au bout de deux heures Pierre n'avait récolté dans son béret que trois francs. Même pas de quoi s'acheter une baguette de pain. Et Pierre avait vraiment faim. Très faim. Il n'avait rien mangé depuis la veille. Il avait arpenté la cité toute la journée dans l'espoir de décrocher un petit boulot. En été, les propriétaires des pavillons l'engageaient parfois pour des travaux de jardinage. Les commerçants lui confiaient à l'occasion le lavage de leurs voitures. Mais, en hiver, cette misérable banlieue se refermait sur elle-même comme une huître. Et ce n'était pas les locataires des HLM qui avaient besoin de ses services. Oui, il avait marché et marché et ne s'était heurté, toute la journée, qu'à des refus, des mines renfrognées et des portes closes. Mais marcher sans manger vous creuse davantage et, de plus, vous affaiblit. A la fin, la tête vous tourne et vos jambes flageolent.
Pierre n'avait pas de métier qualifié, pas de parents qui eussent pu lui offrir un soutien. Voici deux ans, chassé par le chômage, il avait quitté sa Corrèze natale pour monter à Paris. Depuis, il avait connu déboires sur déboires. Une spirale de mécomptes qui l'avait tiré vers le bas. II avait dépéri au point qu'il ne pouvait même plus solliciter un emploi précaire de manutentionnaire ou de manœuvre. Les patrons et les contremaîtres lui préféraient des hommes plus robustes : un coup d'œil à sa maigreur et à sa mine hâve et il se retrouvait sur le trottoir. D'ailleurs, les petits entrepreneurs étaient durement touchés par la crise. Et ceux qui tenaient le coup remplaçaient les manœuvres par des robots.
Il faut avoir un domicile pour bénéficier d'une aide sociale. Depuis longtemps, Pierre n'avait plus un véritable logis. II partageait une cabane de chantier abandonnée avec Emile, le clochard. Il défendait malgré tout sa dignité, avec ce qui lui restait d'énergie. Emile lui servait de repoussoir. Déambuler en guenilles, puer comme un bouc, noyer son vague à l'âme dans le pinard, non et non ! Il n'admettait pas une telle déchéance ! Aussi aiguisait-il le rasoir hérité de son grand-père sur un silex jusqu'à pouvoir l'utiliser même sans crème à raser. Tard le soir il lavait tant bien que mal son linge dans les toilettes de la gare avec ce qui restait de savon dans les distributeurs automatiques. Mais, pour le reste, force lui était de faire la manche comme Emile et de souffrir, comme en ce moment, de faim et de froid.

Le supermarché allait fermer dans une demi-heure. Des femmes, mais surtout des hommes - célibataires ou père de familles - que le RER avait crachés après leur journée de travail, s'y précipitaient. Ils en ressortaient avec des sacs de plastique contenant les victuailles destinées au repas du soir. La course contre le temps avait accéléré le passage des clients dans les deux sens. Mais, à cause de cette précipitation même, aucune pièce de monnaie ne tombait plus dans le béret de Pierre. Les hommes et les femmes le frôlaient sans lui jeter le moindre regard. Le jeune mendiant se souvint du commentaire d'Emile inspiré par sa longue expérience de clochard. C'est pas qu'ils manquent de cœur, mais ils sont pressés. Ils ne te voient même pas. Peut-être que si tu étais un chien... Avec le barouf que fait Brigitte Bardot pour la défense des bêtes...

Pierre n'était pas un chien. Mais il ressentait la faim comme n'importe quelle bête. Même qu'elle lui donnait des crampes d'estomac. Il rêvait d'un beau rôti et avalait sa salive. De quel droit les uns mangeaient et les autres pas ? Tout comme un chien, il avait envie non pas d'un bout de baguette, mais d'un plat de viande.
N'y tenant plus, il se leva, ramassa son béret, glissa les trois francs qui s'y trouvaient dans sa poche, et entra dans le grand magasin...
... Poussant le tourniquet., il longea les caisses devant lesquelles les gens faisaient la queue, et chercha des yeux le rayon qui exposait les aliments pour chiens et chats. L'ayant découvert, il y alla tout droit et s'empara d'une grosse boîte de Pal. Après quoi, il s'assit par terre au milieu des étalages, et ouvrit la boîte avec son canif, et commença à en avaler goulûment le contenu en se servant de ses doigts. Le produit — un hachis de bas morceaux de viande — lui parut exquis. Pierre s'en remplissait l'estomac sans mâcher, avec la hâte de l'affamé, mais son palais, qui n'avait plus perçu le goût de la viande depuis longtemps, ne s'en délectait pas moins.
Au bout d'un moment, il se trouva entouré de quelques clients. Les uns écarquillaient les yeux devant le spectacle insolite, d'autres ricanaient bêtement, quelques-uns s'en indignaient. Impassible, Pierre continuait à vider la boîte. Soudain, il fut secoué rudement par l'épaule. En se retournant, il constata qu'il était flanqué de deux malabars, qu'il identifia aussitôt comme étant des vigiles. Les deux hommes le regardaient d'un air féroce. Ils étaient vêtus d'une sorte d'uniforme sur lequel était fixée une plaque en cuivre portant le sigle de la chaîne à laquelle appartenait la grande surface.
— Alors, comme ça ! l'apostropha l'un des deux hommes. On ne se gêne plus ! On vole au vu et au su de tout le monde !
En guise de réponse, Pierre se leva et retourna les poches de son manteau râpé et de son pantalon tout froissé.
- Comme vous voyez, messieurs, je n'ai rien volé.
- Et cette boîte ?
- Je ne l'ai pas volée. Je l'ai mangée.
- Tu l'as mangée ! ... Mais est-ce que tu l'as payée ?
- Non ! Est-ce qu'un chien paye sa pitance ?
Déconcerté, le vigile qui l'interrogeait -une brute d'une cinquantaine d'années aux sourcils touffus et à la moustache blanche - mit quelques secondes à trouver la réplique.
- Le chien, non. Mais son maître, oui.
- Mais moi, je n'ai pas de maître, observa Pierre doucement. De nouveau, le vigile hésita.
- Tu n'es pas un chien, que je sache.
- Pourquoi n'en serais-je pas un ?Je mène une vie de chien et je viens de me nourrir avec une pitance de chien.
Les clients qui les entouraient firent entendre quelques murmures. II y eut même une ou deux exclamations d'apitoiement.
-Allez, assez ergoté ! s'écria le vigile à bout d'arguments. Tu vas nous suivre gentiment au commissariat ou nous t'y traînerons de force... et n'essaie surtout pas de t'enfuir! ...
Le vigile avait saisi Pierre par la manche.
- Pourquoi ne m'attachez-vous pas avec une laisse ? Comme ça, vous serez sûrs que je ne m'échapperai pas ! Estomaqué par tant d'insolence, le vigile était devenu tout rouge.
- Non d'un chien ! hurla t-il. Je me demande ce qui m'empêche de ... Il avait, levé le poing. Pierre grogna en montrant les crocs et se mit à aboyer. . La surprise, plutôt que la peur, fit reculer les vigiles d'un pas. Un homme avait suivi la scène de loin. Il vint se planter devant les deux hommes en uniforme. Il était encore jeune, bien vêtu et rasé de près. Son regard énergique, son menton volontaire reflétaient l'autorité, il tenait à la main un billet de cinquante francs.
- Tenez, mon brave, dit-il en s'adressant au vigile qui avait levé le poing. Vous irez à la caisse payer cette boîte et vous me rendrez la monnaie.
- Vous étiez là, monsieur le commissaire ? s'exclama le vigile au comble de : la stupeur. Nous voulions justement vous amener cet individu qui ...
- Comme vous voyez, ce n'est plus la peine.
- Mais c'est un voleur ! Un individu dangereux !
- Dangereux ! je ne le pense pas. Mais il pourrait le devenir, je vous conseille de garder la mesure. Sinon, nous serons bientôt entourés de chiens enragés...

ANDRÉ KEDROS

18 Şubat 2011 Cuma


LE SECRET DU BONHEUR

Certain négociant envoya son fils apprendre le Secret du Bonheur auprès du plus sage de tous les hommes. Le jeune garçon marcha quarante jours dans le désert avant d'arriver finalement devant un beau château, au sommet d'une montagne. C'était là que vivait le Sage dont il était en quête.

Au lieu de rencontrer un saint homme, pourtant, notre héros entra dans une salle où se déployait une activité intense: des marchands entraient et sortaient, des gens bavardaient dans un coin, un petit orchestre jouait de suaves mélodies, et il y avait une table chargée de mets les plus délicieux de cette région du monde. Le Sage parlait avec les uns et les autres, et le jeune homme dut patienter deux heures durant avant que ne vint enfin son tour.

Le Sage écouta attentivement le jeune homme lui expliquer le motif de sa visite, mais lui dit qu'il n'avait alors pas le temps de lui révéler le Secret du Bonheur. Et il lui suggéra de faire un tour de promenade dans le palais et de revenir le voir à deux heures de là.

"Cependant, je veux vous demander une faveur", ajouta le Sage, en remettant au jeune homme une petite cuiller, dans laquelle il versa deux gouttes d'huile: "Tout au long de votre promenade, tenez cette cuiller à la main, en faisant en sorte de ne pas renverser l'huile".

"Le jeune homme commença à monter et descendre les escaliers du palais, en gardant toujours les yeux fixés sur le cuiller. Au bout de deux heures, il revint en présence du Sage. Alors, demanda celui-ci, avez-vous vu les tapisseries de Perse qui se trouvent dans ma salle à manger? Avez-vous vu le parc que le Maitre des Jardiniers a mis dix ans à créer? Avez-vous remarqué les beaux parchemins de ma bibliothèque?"

Le jeune homme, confus, dut avouer qu'il n'avait rien vu du tout. Son seul souci avait été de ne point renverser les gouttes d'huile que le Sage lui avait confiées. "Eh bien, retourne faire connaissance des merveilles de mon univers, lui dit le Sage. On ne peut se fier à un homme si l'on ne connait pas la maison qu'il habite." Plus rassuré maintenant, le jeune homme prit le cuiller et retourna se promener dans le palais, en prêtant attention, cette fois, à toutes les oeuvres d'art qui étaient accorchées aux murs et aux plafonds. Il vit les jardins, les montagnes alentour, la délicatesse des fleurs, le raffinement avec lequel chacune des oeuvres d'art était disposée à la place qui convenait. De retour auprès du Sage, il relata de façon détaillée tout ce qu'il avait vu.

"Mais où sont les deux gouttes d'huile que je t'avais confiées? demanda le Sage. Le jeune homme, regardant alors le cuiller, constata qu'il les avait renversées. "Eh bien, dit alors le Sage des Sages, c'est là le seul conseil que j'aie à te donner: le secret du bonheur est de regarder toutes les merveilles du monde, mais sans jamais oublier les deux gouttes d'huile dans le cuiller."
Paulo COELHO, L'Alchimiste,
traduit du portugais du Brésil par Jean Orecchioni

17 Şubat 2011 Perşembe


PAUVRE PETIT GARÇON


Comme d'habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n'était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve. On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu'il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l'appelaient Laitue. Mais d'habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d'immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n'était pas le cas de Dolfi; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité .

Ce jour-là, le bambin surnommé Laitue avait un fusil tout neuf qui tirait même de petites cartouches, inoffensives bien sûr, mais c'etait quand même un fusil ! Il ne se mit pas à jouer avec les autres enfants car d'ordinaire ils le tracassaient, alors il préférait rester tout seul dans son coin, même sans jouer. Parce que les animaux qui. ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s'amuser tout seuls, mais l'homme au contraire n'y arrive pas et s'il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s'empare de lui. Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi épaulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosité, c'était plutôt une invitation, comme s'il avait voulu leur dire : "Tiens, tu vois, moi aussi aujourd'hui j'ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ? " Les autres enfants éparpillés dans l'allée remarquèrent bien le nouveau fusil de Dolfi. C'était un jouet de quatre sous mais il était flambant neuf et puis il était différent des leurs et cela suffisait pour susciter leur curiosité et leur envie. L'un d'eux dit :
" Hé ! vous autres ! vous avez vu la Laitue, le fusil qu'il a aujourd'hui ? "
Un autre dit :
" La Laitue a apporté son fusil seulement pour nous le faire voir et nous faire bisquer mais il ne jouera pas avec nous. D'ailleurs il ne sait même pas jouer tout seul. La Laitue est un cochon. Et puis son fusil, c'est de la camelote ! .
" Il ne joue pas parce qu'il a peur de nous ", dit un troisième.
Et celui qui avait parlé avant :
" Peut-être, mais n'empêche que c'est un dégoûtant ! "
Mme Klara était assise sur un banc, occupée à tricoter, et le soleil la nimbait d'un halo. Son petit garçon était assis, bêtement désoeuvré, à côté d'elle, il n'osait pas se risquer dans l'allée avec son fusil et il le manipulait avec maladresse. Il était environ trois heures et dans les arbres de nombreux oiseaux inconnus faisaient un tapage invraisemblable, signe peut-être que le crépuscule approchait.
" Allons, Dolfi, va jouer, l'encourageait Mme Klara, sans lever les yeux de son travail.
- Jouer avec qui ?
- Mais avec les autres petits garçons, voyons ! vous êtes tous amis, non ?
- Non, on n'est pas amis, disait Dolfi. Quand je vais jouer ils se moquent de moi.
- Tu dis cela parce qu'ils t'appellent Laitue ?
- Je veux pas qu'ils m'appellent Laitue !
- Pourtant moi je trouve que c'est un joli nom. A ta place, je ne me fâcherais pas pour si peu. " Mais lui, obstiné :
" Je veux pas qu'on m'appelle Laitue ! "

Les autres enfants jouaient habituellement à la guerre et ce jour-là aussi. Dolfi avait tenté une fois de se joindre à eux, mais aussitôt ils l'avaient appelé Laitue et s'étaient mis à rire. Ils étaient presque tous blonds, lui au contraire était brun, avec une petite mèche qui lui retombait sur le front en virgule. Les autres avaient de bonnes grosses jambes, lui au contraire avait de vraies flûtes maigres et grêles. Les autres couraient et sautaient comme des lapins, lui, avec sa meilleure volonté, ne réussissait pas à les suivre. Ils avaient des fusils, des sabres, des frondes, des arcs, des sarbacanes, des casques. Le fils de l'ingénieur Weiss avait même une cuirasse brillante comme celle des hussards. Les autres, qui avaient pourtant le même âge que lui, connaissaient une quantité de gros mots très énergiques et il n'osait pas les répéter. Ils étaient forts et lui si faible. Mais cette fois lui aussi était venu avec un fusil. C'est alors qu'après avoir tenu conciliabule les autres garçons s'approchèrent :
" Tu as un beau fusil, dit Max, le fils de l'ingénieur Weiss. Fais voir. "
Dolfi sans le lâcher laissa l'autre l'examiner.
" Pas mal ", reconnut Max avec l'autorité d'un expert.
Il portait en bandoulière une carabine à air comprimé qui coûtait au moins vingt fois plus que le fusil. Dolfi en fut très flatté. " Avec ce fusil, toi aussi tu peux faire la guerre, dit Walter en baissant les paupières avec condescendance.
-" Mais oui, avec ce fusil, tu peux être capitaine ", dit un troisième. Et Dolfi les regardait émerveillé. Ils ne l'avaient pas encore appelé Laitue. Il commença à s'enhardir. Alors ils lui expliquèrent comment ils allaient faire la guerre ce jour-là. Il y avait l'armée du général Max qui occupait la montagne et il y avait l'armée du général Walter qui tenterait de forcer le passage. Les montagnes étaient en réalité deux talus herbeux recouverts de buissons ; et le passage était constitué par une petite allée en pente. Dolfi fut affecté à l'armée de Walter avec le grade de capitaine. Et puis les deux formations se séparèrent, chacune allant préparer en secret ses propres plans de bataille. Pour la première fois, Dolfi se vit prendre au sérieux par les autres garçons. Walter lui confia une mission de grande responsabilité : il commanderait l'avant-garde. Ils lui donnèrent comme escorte deux bambins à l'air sournois armés de fronde et ils l'expédièrent en tête de l'armée, avec l'ordre de sonder le passage. Walter et les autres lui souriaient avec gentillesse.  Alors Dolfi se dirigea vers la petite allée qui descendait en pente rapide. Des deux côtés, les rives herbeuses avec leurs buissons. Il était clair que les ennemis, commandés par Max, avaient dû tendre une embuscade en se cachant derrière les arbres. Mais on n'apercevait rien de suspect.
" Hé ! capitaine Dolfi, pars immédiatement à l'attaque, les autres n'ont sûrement pas encore eu le temps d'arriver, ordonna Walter sur un ton confidentiel. Aussitôt que tu es 'arrivé en bas, nous accourons et nous y soutenons leur assaut. Mais toi, cours, cours le plus vite que tu peux, on ne sait jamais... "
Dolfi se retourna pour le regarder. Il remarqua que tant Walter que ses autres compagnons d'armes avaient un étrange sourire. Il eut un instant d'hésitation.
" Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il.
- Allons, capitaine, à l'attaque!" intima le général .
Au même moment, de l'autre côté du fleuve invisible, passa une fanfare militaire. Les palpitations émouvantes de la trompette pénétrèrent comme un flot de vie 'dans le coeur de Dolfi qui serra fièrement son ridicule petit fusil et se sentit appelé par la gloire.
" A l'attaque, les enfants ! " cria-t-il, comme il n'aurait jamais eu le courage de le faire dans des conditions normales. Et il se jeta en courant dans la petite allée en pente. Au même moment un éclat de rire sauvage éclata derrière lui. Mais il n'eut pas le temps de se retourner. Il était déjà lancé et d'un seul coup il sentit son pied retenu. A dix centimètres du sol, ils avaient tendu une ficelle. Il s'étala de tout son long par terre, se cognant douloureusement le nez. Le fusil lui échappa des mains. Un tumulte de cris et de coups se mêla aux échos ardents de la fanfare. Il essaya de se relever mais les ennemis débouchèrent des buissons et le bombardèrent de terrifiantes balles d'argile pétrie avec de l'eau. Un de ces projectiles le frappa en plein sur l'oreille le faisant trébucher de nouveau. Alors ils sautèrent tous sur lui et le piétinèrent. Même Walter, son général, même ses compagnons d'armes !
" Tiens ! attrape, capitaine Laitue." Enfin il sentit que les autres s'enfuyaient, le son héroïque de la fanfare s'estompait au-delà du fleuve. Secoué par des sanglots désespérés il chercha tout autour de lui son fusil. Il le ramassa. C n'était plus qu'un tronçon de métal tordu. Quelqu'un avait fait sauter le canon, il ne pouvait plu servir à rien. Avec cette douloureuse relique à la main, saignant du nez, les genoux couronnés, couvert de terre de la tête aux pieds, il alla retrouver sa maman dans l'allée.
".Mon Dieu ! Dolfi, qu'est-ce que tu as fait ? " Elle ne lui demandait pas ce que les autres lu avaient fait mais ce qu'il avait fait, lui. Instinctif dépit de la brave ménagère qui voit un vêtement complètement perdu. Mais il y avait aussi l'humiliation de la mère : quel pauvre homme deviendrait ce malheureux bambin ? Ouelle misérable destinée l'attendait ? Pourquoi n'avait-elle pas mis au monde, elle aussi, un de ces garçons blonds et robustes qui couraient dans le jardin ? Pourquoi Dolfi restait-il si rachitique ? Pourquoi était-il toujours si pâle ? Pourquoi était-il si peu sympathique aux autres ? Pourquoi n'avait-il pas de sang dans les veines et se laissait-il toujours mener par les autres et conduire par le bout du nez ? Elle essaya d'imaginer son fils dans quinze vingt ans. Elle aurait aimé se le représenter en uniforme, à la tête d'un escadron de cavalerie, ou donnant le bras à une superbe jeune fille, ou patron d'une belle boutique, ou officier de marine. Mais elle n'y arrivait pas. Elle le voyait toujours assis un porteplume à la main, avec de grandes feuilles de papier devant lui, penché su le banc de l'école, penché sur la table de la mai son, penché sur le bureau d'une étude poussiéreuse. Un bureaucrate, un petit homme terne. Il serait toujours un pauvre diable, vaincu par 1a vie. " Oh ! le pauvre petit ! " s'apitoya une jeune femm élégante qui parlait avec Mme Klara. Et secouant la tête, elle caressa le visage défait de Dolfi. Le garçon leva les yeux, reconnaissant, il essaya de sourire, et une sorte de lumière éclaira un bref instant son visage pâle. Il y avait toute l'amère solitude d'une créature fragile, innocente, humiliée, sans défense ; le désir désespéré d'un peu d consolation ; un sentiment pur, douloureux et très beau qu'il était impossible de définir. Pendant un instant - et ce fut la dernière fois - il fut un petit garçon doux, tendre et malheureux qui ne comprenait pas et demandait au monde environnant un peu de bonté. Mais ce ne fut qu'un instant. " Allons, Dolfi, viens te changer ! " fit la mère en colère, et elle le traîna énergiquement à la maison. Alors le bambin se remit à sangloter à coeur fendre, son visage devint subitement laid, un rictus dur lui plissa la bouche. " Oh ! ces enfants ! quelles histoires ils font pour un rien ! s'exclama l'autre dame agacée en les quittant. Allons, au revoir, madame Hitler ! "

DINO BUZZATI, "Le K"

16 Şubat 2011 Çarşamba


DIEU CREE LA MERE

Dieu appela son ange le plus cher et lui présenta un modèle de mère. L'ange n'aima pas ce qu'il vit.
-Vous avez trop travaillé, Seigneur, vous ne savez plus ce que vous faites, dit l'ange. Regardez! Baiser spécial qui guérit toutes les maladies, six paires de mains pour cuisiner, laver, repasser, caresser, tenir, nettoyer. Cela ne marchera pas!
-Le problème, ce ne sont pas les mains, rétorqua Dieu. Ce sont les trois paires d'yeux que j'ai dû mettre: une pour voir son enfant à travers les portes fermées et le protéger des fenêtres ouvertes, une autre pour montrer sa sévérité quand il faudra lui donner une éducation solide, et la troisième pour lui témoigner une temdresse et un amour constants, malgré tout le travail qu'elle aura!
L'ange examina le modèle de mère plus attentivement.
-Et ça, qu'est-ce que c'est?
-Un dispositif d'autoguérison. Elle n'aura pas le temps d'être malade, elle devra s'occuper de son mari, des enfants, de la maison.
-Je ne pense qu'il vaut mieux vous reposer un peu Seigneur, dit l'ange. Et revenir au modèle standard, avec deux bras, deux yeux etc.

Dieu donna raison à l'ange. Après qu'il se fut reposé, il transforma la mère en une femme normale. Mais il avertit l'ange:
-J'ai dû lui donner une volonté si forte qu'elle aura l'impression d'avoir six bras, trois paires d'yeux et un système d'autoguérison. Sinon elle ne sera pas capable de s'acquitter de sa tâche.
L'ange examina de près. Cette fois, à son avis, Dieu avait réussi. Mais soudain, il nota une faille:
-Elle se vide. Je pense, Seigneur, que de nouveau vous avez mis trop de choses dans ce modèle.
-Elle ne se vide pas. Cela s'appelle une larme.
-A quoi cela sert-il?
-A exprimer la joie, la tristesse, la déception, la douleur, l'orgueil, l'enthousiasme.
-Seigneur, vous êtes un génie! s'exclama l'ange. C'était justement ce qui manquait pour compléter le modèle.
Dieu, d'un air sombre, répliqua:
-Ce n'est pas moi qui l'y ai mise. Lorsque j'ai assemblé les morceaux, la larme est apparue toute seule.
L'ange félicita tout de même le Tout-Puissant, et les mères furent créées.

Paulo COELHO, "Dieu crée la mère", in Sol en si, histoires d'enfances,
traduit par F. Marchand-Sauvagnargues, 1998

15 Şubat 2011 Salı

 LA QUERELLE
 DES ANCIENS ET DES MODERNES

Dès le début du XVIIème siècle apparaissent des signes de l'esprit moderne qui va provoquer, à partir de 1687, une importante querelle littéraire. Sous Louis XIII, les écrivains indépendants revendiquent la liberté totale de leur inspiration et Boisrobert, comparant Homère à un chanteur de carrefour, trouve les anciens "sans goût et sans délicatesse".

Se plaçant l'un et l'autre au point de vue scientifique, Descartes et Pascal ont substitué au respect stérile de l'autorité des anciens l'idée de la souveraineté de la raison, dont les conquêtes successives justifient la croyance au progrès. Pascal compare toute la suite des hommes à un même homme qui subsiste toujours et apprend continuellement: "Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance de l'homme proprement; et comme nous avons joint à leurs connaissances l'expérience des siècles qui les ont survis, c'est en nous que l'on peut trouver cette antiquité que nous révérons dans les autres" (Traité du Vide). Du progrès dans les sciences, on allait tirer l'idée du progrès artistique.

Par réaction contre l'abus du merveilleux païen, des poètes puisèrent leurs sujets dans la Bible et l'histoire religieuse, et l'on en vint à proclamer qu'une littérature reposant sur les vérités du christianisme devait être supérieure à toute littérature païenne. C'est Desmartes de Saint-Sorlin qui, dans ses préfaces de Clovis, des Délices de l'Esprit, de Marie-Magdeleine et dans sa Défense du Poème héroïque, affirma le plus vivement la valeur poétique de l'Ecriture, la supériorité du merveilleux chrétien sur le merveilleux païen, la prééminence des modernes sur les anciens. C'était, plus d'un siècle avant Chateaubriand, la thèse du Génie du christianisme. Mais Boileau, Corneille, Saint-Evremond protestèrent contre l'impiété qu'il y aurait à égayer par des ornements les mystères terribles du christianisme et contre l'emploi d'un merveilleux moins charmant que le merveilleux païen. Avant de mourir, Desmarets confiait à Charles Perrault le soin de libérer la littéraire de l'influence antique.

Vers 1680, les "Modernes" se font plus entreprenants. L'érudit Charpentier rédige, pour les tableaux de Versailles, des inscriptions en français: d'où une querelle, où il proclame "l'excelence de la langue française" et la supériorité de l'art moderne. Un neveu de Corneille, Fontenelle, attaque les anciens; à son tour, Saint-Evremond conteste la nécessité de les imiter éternellement. Mais ce sont les frères Perrault, brouillés de longue date avec Boileau qui vont pousser à fond l'offensive contre les anciens.

A l'Académie, le 27 janvier 1687, Charles Perrault présente le Siècle de Louis le Grand, poème où il critique les anciens, loue les contemporains et proclame la supériorité du siècle de Louis XIV sur celui d'Auguste. Soutenu par les académiciens, il est attaqué par les partisans des anciens.

Boileau s'indigne dans deux épigrammes injurieuses: La Fontaine réplique plus sérieusement dans l'Epitre à Huet; l'année suivante, La Bruyère défend les anciens dans son Discours sur Théophraste et railles les modernes.

Mais les "Modernes", qui disposent d'un journal, Le Mercure Galant, poussent à fond leur attaque. Fontenelle reprend la thèse du progrès dans sa Digression sur les Anciens et les Modernes: son éléction à l'Académie est saluée comme une victoire. Quant à Perrault, il ressemble ses arguments dans ses Parallèles des Anciens et des Modernes.

En 1693, Boileau publie l'Ode pindarique sur la prise de Namur, précédée d'un Discours où il expose les mérites des anciens et sa doctrine de l'imitation; l'année suivante, il écrit la satire X contre les Femmes, qui soutiennent les modernes; Perrault lui répond par une Apologie des Femmes. En 1694 enfin, dans ses Réflexions sur Longin, Boileau se tire d'une situation délicate en invoquant l'épreuve des siècles: il admire les modernes, ses amis, mais évite de les comparer aux anciens.

La querelle s'apaisa grâce au grand Arnauld, qui réconcilia les deux adversaires: dans une Lettre à Perrault, Boileau se montra moins intransigeant, et Perrault moins acerbe dans le Dialogue V des Parallèles.

Vingt ans plus tard, le conflit renaissait à propos d'Homère, Mme Dacier, savante helléniste, avait publié une traduction en prose des vingt-quatre chants de l'Iliade. Houdart de la Motte, qui ne savait pas le grec, tira de cette traduction une Iliade en vers en douze chants. Mme Dacier protesta dans un traité des Causes de la corruption du goût; La Motte répliqua modérément dans ses Réflexions sur la critique, soutenu par des érudits comme les abbés de Pons, Terrasson et d'Aubignac, qui doutait même de l'existence d'Homère. C'est Fénelon qui pacifia les esprits dans sa Lettre à l'Académie, où il loue les modernes tout en admirant vivement les anciens.
LA THESE DES MODERNES

Dans le Siècle de Louis le Grand, Perrault refuse d'admirer sans réserve les anciens: "Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous". "On peut n'adorer pas toute l'antiquité". Perrault en appelle au témoignage des mondains et surtout des femmes rebutées par les traductions de Platon qui "commence à devenir quelquefois ennuyeux", et par le "galimatias" de Pindare. Depuis que, grâce au télescope et au microscope, "mille mondes nouveaux ont été découverts", la physique d'Aristote lui-même parait ridicule.

Selon Perrault, c'est par manque d'esprit critique qu'on applaudit "à mille grossières": on admire les anciens sur la foi d'hommes dont on révère assez l'autorité pour les croire sur parole. Les Savants se sont libérés dans ce dangereux principe: ils étudient la physique, la médecine, l'astronomie dans la nature et non dans Aristote, Hippocrate et Ptolémée. Les Artistes, à leur tour, doivent conquérir leur indépendance, sauf (prudente réserve!) dans les questions religieuses et politiques: "Partout ailleurs la raison peut agir en souveraine et user de ses droits. Quoi donc! il nous sera défendu de porter notre jugement sur les ouvrages d'Homère et de Virgile, de Démosthène et de Cicéron, et d'en juger comme il nous plaira parce que d'autres avant nous en ont jugé à leur fantaisie?"

Fontenelle, de son côté, insiste sur le danger de se soumettre à l'autorité: "Rien n'arrête tant le progrès des choses, rien ne borne tant les esprits, que l'admiration excessive des anciens... Si l'on allait s'entêter en jour de Descartes et le mettre à la place d'Aristote, ce serait à peu près le même inconvéniant".

Pourquoi les modernes seraient-ils inférieurs aux anciens? L'argument théorique de la permanence des lois de la nature est un de ceux qui reviennent le plus souvent. C'est peut-être Fontenelle qui l'a le mieux affirmé: "Toute la question générale de la prééminence entre les anciens et les modernes étant une fois bien entendue se réduit à savoir si les arbres qui étaient autrefois dans nos campagnes étaient plus grands que ceux d'aujourd'hui. En cas qu'ils aient été, Homère, Platon, Démosthène ne peuvent être égalés dans ces derniers siècles: mais si nos arbres sont aussi grands que ceux d'autrefois, nous pouvons égaler Homère, Platon et Démosthène... La nature a entre les mains une certaine pâte qui est toujours la même, qu'elle tourne et retourne sans cesse en mille façons, et dont elle forme les hommes, les animaux et les plantes; et certainement elle n'a point formé Platon, Démosthène ni Homère d'une argile plus fine et mieux préparée que nos philosophes, nos orateurs et nos poètes d'aujourd'hui". Ainsi l'antériorité n'est pas une marque de supériorité: "Les anciens ont tout inventé, c'est sur ce point que leurs partisans triomphent: donc ils avaient beaucoup plus d'esprit que nous; point de tout mais ils étaient avant nous... Si l'on nous avait mis en leur place nous aurions inventé".

Supériorité des modernes
La nature est toujours la même en général dans toutes ses productions; mais les siècles ne sont pas toujours les mêmes; et, toutes choses pareilles, c'est un avantage à un siècle d'être venu après les autres". Ainsi Perrault n'hésite pas à admettre que les arts suivent la loi du progrès au même titre que les sciences: "Nous ne comparons pas les hommes avec les hommes qui se sont toujours ressemblé et qui se ressembleront toujours, c'est-à-dire que les grands génies d'un siècle, regardés en eux-mêmes et dans leurs talents purement naturels, sont toujours égaux aux grands génies d'un autre siècle; mais nous comparons les ouvrages des anciens avec ceux des modernes, et l'avantage d'être venus les derniers est si grand que plusieurs ouvrages des modernes, quoique leurs auteurs soient d'un génie médiocre, valent mieux que plusieurs ouvrages des plus grands hommes de l'antiquité".

L'avantage des modernes sur les anciens tient à leur connaissance supérieure des règles d'art, des préceptes transmis et enrichis de siècle en siècle depuis l'antiquité. Ce porgrès est sensible dans la peinture et la sculpture: "La peinture en elle-même est aujourd'hui plus accomplie que dans le siècle de Raphaël, parce que, du côté de clair-obscur, de la dégradation des lumières et des diverses bienséances de la composition, on est plus instruit et plus délicat qu'on ne l'a jamais été. De même, en littérature les anciens n'avaient pas toutes les règles que nous avons". Ainsi, à génie égale, un moderne doit être supérieur à un ancien.

Dans l'ardeur de la polémique Perrault s'est laissé entrainer à affirmer la prééminence de tous les modernes dans tous les genres, "par cette raison générale qu'il n'y a rien que le temps ne perfectionne". Il proclame la supériorité de Corneille, Molière, Pascal, La Fontaine, La Bruyère mais aussi celle de Voiture, Sarasin, Saint-Amant, Benserade; il prend un malin plaisir à réhabiliter les victimes de Boileau, les Cotin, Scudéry, Quinault, Chapelain; il n'hésite pas à placer Lemaitre au dessus de Démosthème et de Cicéron! Dans son enthousiasme il va jusqu'à se réjouir de voir le siècle de Louis XIVème "parvenu en quelque sorte au sommet de la perfection". Plus raisonnable Fontenelle se garde d'arrêter au XVIIème siècle la chaine du progrès. Pour lui, comme pour Pascal, l'humanité est comparable à un homme qui atteint maintenant sa maturité, mais "cet homme-là n'aura point de vieillesse: il sera toujours également capable des choses auxquelles sa jeunesse était propre, et il sera toujours de plus en plus de celles qui conviennent à l'âge de virilité: les vues saines de tous les bons esprits qui se succèderont s'ajouteront toujours les uns aux autres".

Les idées des Anciens
Les partisans des anciens comptaient parmi les plus grands écrivains du siècle: ils furent pourtant longs à exprimer les arguments valables, et peu adroits dans leurs répliques. Boileau avait commencé par comparer ses adversaires à des sauvages Hurons ou "Topinambous"; trop longtemps il se contenta d'injurier Perrault et ses amis.

C'est que cette querelle engageait dans la confusion faussait la véritable portée des problèmes. Les "Modernes" en étaient venus à exagérer ridiculement leur thèse, mais ils avaient, sur le plan théorique, l'argument irréfutable de la permanence des lois naturelles. De leur côté, les "Anciens", ne pouvant accepter la discussion théorique abordant les questions sous l'angle pratique, avec leurs préoccupations d'écrivains: ils se demandent si, en fait, les écrivains modernes sont supérieurs aux anciens, s'il est possible de les comparer, s'il est souhaitable d'abandonner l'imitation de l'art antique.

Sourds les uns et les autres aux arguments adverses, ils ne donnent jamais l'impression d'une discussion serrée où l'on pourrait tour à tour marquer les points des deux adeversaires. Aussi convient-il d'étudier, non pas la thèse des "Anciens", mais les idées que cette querelle leur a fait préciser et qui éclairent l'art classique.

Dans l'Epitre à Huet, La Fontaine formule les idées essentielles des grands classiques. Comme lui, Racine, Boileau, La Bruyère ont le culte des anciens. Ils ne nient pas les mérites des écrivains modernes, mais Homère et Virgile sont leur "dieux du Parnasse".

Les Anciens doivent être pris pour modèles: "Arts et guides, tout est dans les Champs-Elysées", et, selon La Fontaine "on s'égare en voulant tenir d'autres chemins". Ce n'est pas par préjugé ou par routine que les classiques imitent les anciens; La Fontaine s'appuie sur son expérience personnelle: il a failli "se gâter" en immitant un moderne -Voiture- et c'est l'exemple des anciens qui l'a ramené au bon sens: "Horace, par bonheur, me dessilla les yeux". S'inspirer des anciens, s'est donc se prémunir contre les erreurs de la préciosité et de l'enflure ou du burlesque, pratiquer "l'art de la simple nature". "Reprendre enfin le simple et le naturel".

Loin d'être aveugle, cette imitation soumise aux grands principes de la raison et du naturel, n'aliène en rien l'originalité de l'auteur moderne. Pour Boileau, l'étude des chefs-d'ouvre consacrés par les siècles révèle aux modernes les règles de l'art: c'est la connaissance de ces règles qui guident les écrivains et permet aux critiques de juger seinement les contemporains.

Les partisans des anciens soulignent malicieusement que les meilleurs écrivains modernes sont justement ceux qui ont imité les anciens. La Fontaine fait nottament allusion à Boileau, Racine et Molière. Quant à La Bruyère, il souligne l'ingratitude de Perrault et de ses amis à l'égard des anciens.

Champion des anciens Boileau ne peut pourtant nier la valeur des meilleurs écrivains modernes, ses propres amis, comme lui fervent admirateurs de l'Antiquité. Il se tire d'affaire par des considérations sur la nécessité d'attendre l'approbation de la postérité pour établir le vrai mérite des ouvrages: "L'Antiquité d'un écrivain n'est pas un titre certain de son mérite; mais l'antique et constante admiration qu'on a toujours eue pour ses ouvrages est une preuve sûre et infaillible qu'on les doit admirer... Le gros des hommes à la longue ne se trompe point sur les ouvrages de l'esprit. Il n'est plus question, à l'heure qu'il est de savoir si Homère, Platon, Cicéron, Virgile sont des hommes merveilleux; c'est une chose sans contestation puisque vingt siècles en sont convenus; il s'agit de savoir en quoi consiste ce merveilleux qui les a fait admirer de tant de siècles, et il faut trouver moyen de le voir, ou renoncer aux belles lettres, auxquels vous devez croire que vous n'avez ni goût ni génie, puisque vous ne sentez point ce qu'ont senti tous les hommes". Ainsi, la raison est, comme le veulent les "Modernes", l'arbitre souverain des ouvrages de l'esprit mais le jugement de la raison qui peut être égarer par les modes ou les engouements d'une époque, doivent être confirmés à travers les siècles pour acquérir une valeur définitive. Il est donc imprudent de comparer à un auteur ancien un écrivain moderne sur lequel nos jugements ne sont que provisoires et restent sujets à révision. Ne commence-t-on pas à découvrir les défauts de Corneille et à lui préférer Racine? "La Postérité jugera qui vaut le mieux des deux; car je suis persuadé que les écrits de l'un et de l'autre passeront aux siècles suivants: mais jusque-là ni l'un ni l'autre ne doit être mis en parallèle avec Euripide et avec Sophocle, puisque leurs ouvrages n'ont point encore le sceau qu'ont les ouvrages d'Euripide et de Sopchocle, je veux dire l'approbation de plusieurs siècles". C'est par cette argumentation habile mais un peu flottante que Boileau contestait le principe même des Parallèles des Anciens et les Modernes.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)