Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

3 Şubat 2011 Perşembe


JACQUES-BENIGNE BOSSUET (1627 - 1704)

Bossuet naquit à Dijon en 1627, d'une famille de magistrats remarquable par le bon sens, l'activité et la foi. Il fit ses études au collège des Jésuites de Dijon, où il se signala comme un élève studieux et réfléchi: bos suetus aratro (boeuf habitué à la charrue), disait-on de lui par plaisanterie. En 1642, il entra au collège de Navarre, à Paris, où il étudia pendant deux ans la philosophie et pendant cinq ans la théologie, sous la direction de Nicolas Cornet. Il complétait son éducation en voyant le monde: il assistait à la représentation des pièces de Corneille avec son ami Rancé, et il était présenté dans les salons, à l'hôtel Vendôme et à l'hôtel de Rambouillet où, d'après la tradition, il prononça un petit sermon improvisé. En 1648, il fut ordonné sous-diacre; pendant la retraite qui précéda cet acte définitif, Bossuet se reprochant le partage qu'il avait fait de lui-même entre Dieu et le monde, brise avec son passé et écrit sa Méditation sur la Brièveté de la Vie, qui est déjà d'une pensée mûrie et d'une expression parfaite.

En 1652, Bossuet est ordonné prêtre après avoir fait une retraite à Saint-Lazarre, sous la direction de saint Vincent de Paul. Ses relations avec Vincent de Paul, qui devinrent vite de l'intimité, durèrent jusqu'à la mort du saint et exercèrent sur Bossuet une influence profonde. Le prêtre y gagna de se détacher de la subtilité et de la spéculation pour se porter à l'action et à l'apostolat; le prédicateur y apprit les véritables caractères de l'éloquence évangélique. Quelques mois après son ordination, Bossuet partit pour Metz et devint bientôt après archidiacre de l'église cathédrale.

Le séjour de Bossuet à Metz dura sept ans et lui permit d'achever sa formation au contact de la réalité. Sans doute, il reprend et continue ses études théologiques; mais il voit le peuple, il rencontre sur sa route les protestants et il réfute le catéchisme d'un de leurs ministres, Paul Ferri; il prêche souvent. Ses sermons de cette époque ont de la subtilité scolastique et du mauvais goût; mais ces défauts s'atténuent vite et le Panégyrique de saint Bernard est déjà un chef-d'oeuvre.

En 1659, Bossuet se fixe à Paris, où saint Viencent de Paul l'appelait et, pendant dix ans, il est le prédicateur en vogue des grandes églises et de la chapelle royale. D'abord attaché à la méthode de son maitre Vincent de Paul, il prononce le panégyrique de saint Paul et le Sermon sur l'Eminente Dignité des Pauvres, qui sont des modèles d'éloquences simple. Puis dans le Carême des Minimes et dans le Carême des Carmélites il cherche sa voie, un genre plus élevé et plus noble qui puisse plair à un auditoire aristocratique sans s'éloigner cependant de l'austérité de l'Evangile. Il apparait qu'il l'a trouvé dans le Carême du Louvre dont les sermons sur le Mauvais Riche, la Providence, l'Ambition, la Mort sont des chefs-d'oeuvre définitifs. Le Carême du Louvre consacre l'autorité de Bossuet, qui prêche ensuite plusieurs fois devant la Cour, l'Avent du Louvre, le Carême de Saint-Germain, l'avent de Saint-Germain. Il est appelé à prononcer l'Oraison funèbre de la Reine d'Angleterre en 1669 et de la Duchesse d'Orléans en 1670. Il obtient l'évêché de Condom et il est choisi par le roi pour être le précepteur du Dauphin. Ces distinctions marquent à quel point l'éloquence de Bossuet avait été appréciée par la Cour.

Le Dauphin, élève de Bossuet, était né en 1661. Il était lent d'esprit, indifférent, distrait et parfois d'une humeur bizarre. Bossuet n'arriva pas à l'éveiller ni à l'intéresser aux idées. Cependant, comme Bossuet avait travaillé à former un roi et que son élève mourut en 1711 sans avoir régné, on ne peut pas dire si cette éducation échoua radicalement.

Bossuet se proposa pour but de former un roi et de ce but il fit dépendre son programme, l'esprit de son enseignement et de la formation morale. Le programme fut allégé des matières qui parurent moins nécessaires, comme le grec, et étendu dans le sens des sciences historiques et politiques. L'enseignement était donné d'une manière pratique, le maitre se préoccupant avant tout de montrer à l'élève ce qu'un roi pouvait tirer de chaque discipline. L'éducation morale et religieuse fut conduite avec une grande hauteur de vues: prêtre, Bossuet se garda bien d'inspirer à son élève une piété ecclésiastique, mais il s'attacha à lui montrer dans la religion la règle suprême de la conduite du roi.

Pour assurer l'unité de cette éducation, Bossuet enseignait tout lui-même, secondé par Daniel Huet qui lui avait été adjoint, et il écrivit tous les livres nécessaires à son élève, en particulier une histoire de France, le Discours sur l'Histoire Universelle pour lui donner des vues générales sur l'histoire des peuples, le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même pour lui donner des notions de philosophie, la Politique tirée de l'Ecriture Sainte pour l'initier aux principes du gouvernement des peuples. Ainsi donc, si l'élève ne profita pas de cet effort, Bossuet en retira un grand bénéfice: à quarante ans, il refit ses études profanes et acquit une connaissance sérieuse des deux antiquités. Théologien à la fois et humaniste, il devient ainsi, comme Boileau, un vrai classique, ayant fait dans sa conscience chrétienne la synthèse harmonieuse des deux sagesses, la païenne et la chrétienne.

Pendant qu'il présidait à l'éducation du Dauphin, Bossuet vivait à la Cour: mais il n'avait pas l'esprit courtisan. A Versailles, il se tenait à l'écart dans "l'allée des philosophes", et, lorsque les circonstances l'obligèrent à traiter avec le roi, il le fit avec une grande indépendance et un tranquille courage. Il aimait et admirait Louis XIV et il le louait publiquement comme l'étiquette et sa conviction le lui commendaient; mais quand le roi oublia la morale chrétienne, Bossuet, sans hésiter, lui en rappela les rigueurs.

Aussi cet homme illustre qui avait joué un rôle si éclatant, fut-il nommé à un des évêchés les moins importants de France, à Meaux. Il s'appliqua à l'administrer, à le viser et à l'évangéliser par ses sermons, ses lettres pastorales, et par un catéchisme qu'il voulut rédiger lui-même.

Cependant la Cour n'oubliait pas son éloquence et dans les grandes circonstances c'est à lui qu'il était fait appel. C'est ainsi qu'il prononça l'oraison funèbre de Marie-Thérèse, d'Anne de Gonzague, princesse Palatine, de Michel le Tellier, du prince de Condé. En fait il était reconnu par tous comme le chef de l'Eglise de France. Lorsque, en 1681, la question du Gallicanisme ayant divisé les esprits, une assemblée du Clergé fut convoquée qui paraissait tentée de faire un schisme, Bossuet fut chargé de prononcer le discours d'ouverture (Sermon sur l'Unité de l'Eglise) et de rédiger la déclaration finale. Il ne contenta entièrement aucun des deux partis, mais il sut éviter à la France le malheur d'un schisme.

Les protestants eux-mêmes s'inclinaient devant cette autorité de Bossuet. C'est ce qui lui permit de reprendre avec eux une discussion doctrinale et d'essayer de leur prouver par l'Histoire des Variations la nécessité d'une église infaillible pour maintenir l'unité et d'établir ainsi le caractère infaillible de l'Eglise Romaine. Un des plus grands esprits du protestantisme, Leibnitz, entra en correspondance avec lui et un moment Bossuet crut entrevoir la réalisation du rêve de toute sa vie: l'union des Eglises protestantes et de l'Eglise Romaine.

Mais dans les dernières années du XVIIème siècle et de sa vie, Bossuet se sent pris d'une grande tristesse. Il entrevoit que la grandeur de la France n'est plus qu'une façade et que la société se désagrège; les grandes oeuvres qu'il a tentées ou échouent ou sont remises en question. Les libertins, qu'il a cru réduire au silence, sont plus nombreux que jamais et ils ont la prétention nouvelle d'appuyer leur incrédulité sur la science; du millieu des croyants, du sein même de l'Eglise, il s'élève des esprits curieux et subtils qui raffinent  sur la doctrine et soulèvent des questions où il va de toute la foi. Alors, en libéral qui se repent, en vieillard désenchanté et pressé, Bossuet accentue le ton de sa polémique qui devient âpre et emportée; découragé de faire des concessions qui ont mal tourné, il condamne avec une certaine intempérence toutes les manifestations de l'activité humaine qui ne vont pas à Dieu. C'est ainsi qu'il proscrit le théâtre dans les Maximes et Réflexions sur la Comédie, la poésie et la philosophie dans le Traité de la Concupiscence; c'est ainsi qu'il poursuit les nouveuax critiques de la Bible dans la personne de Richard Simon (Défense de la tradition et des Saints Pères) et les quiétistes dans la personne de Fénelon (Instruction sur les états d'Oraison, 1697; Relation sur le Quiétisme, 1698)

Au millieu de toutes ces discussions pénibles, à mesure que la mort approchait, il semble que Bossuet donnait plus libre cours à une source de poésie tendre et colorée qui était au fond de son coeur et qu'il avait contenue jusque-là. Elle s'épanchait dans ses lettres de direction et dans ses oeuvres de piété, comme les Méditations sur l'Evangile, les Elévations sur les Mystères, la Préparation à la Mort. Il mourut le 12 avril 1704. Comme son secrétaire, l'abbé Le Dieu, à cette heure dernière, lui parlait de sa gloire, il eut la force de l'interrompre avec sévérité et il lui dit: "Cessez ce discours, demandons pardons à Dieu de nos péchés".

Comme on a pu le voir, Bossuet est avant tout un apôtre; c'est là que se trouve l'unité de sa vie. Il n'a pas écrit une ligne, il n'a pas fait une démarche, qui ne fût un acte et un acte de prêtre. S'il a publié certaines de ses oeuvres, ce n'est pas qu'il fût à un degré quelconque atteint de vanité littéraire, c'est qu'il les jugeait utiles.

Cet apôtre était un honnête homme. Il voulait le bien et il ne voulait l'atteindre que par des moyens loyaux et clairs. Il s'est trompé quelquefois; mais on ne peut pas relever chez lui quoi que ce soit qui ressemble au mensonge, à la ruse, à la duplicité.

Cet honnête homme n'était pas un saint. Il aimait la vie large qui s'harmonisait avec sa majesté naturelle. Il était attaché à ses idées et il les défendait avec âpreté. Il avait conscience de son rôle de protecteur de la vérité, et surtout dans les dernières années de sa vie, il confondait volontiers sa cause avec celle de la doctrine: de là chez lui, de la hauteur et parfois même de l'emportement.

 ORAISON FUNEBRE DE
 HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE

Le 30 juin 1670, Henriette d'Angleterre, épouse de "Monsieur", Philippe d'Orléans, frère du roi, meurt brutalement, à l'âge de 26 ans. Bossuet prononce son oraison funèbre le 21 août, dans la basilique de Saint-Denis. Après avoir énoncé dans l'exorde le thème développé dans son sermon (vanité de l'homme sans Dieu), il dresse un portrait de la jeune défunte.

Et certainement, messieurs, si quelquechose pouvait élever les hommes au-dessus de leur infirmité naturelle: si l'origine qui nous est commune souffrait quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, qu'y aurait-il dans l'univers de plus distingué que la princesse dont je parle? Tout ce que peuvent faire non seulement la naissance et la fortune, mais encore les grandes qualités de l'esprit, pour l'élévation d'une princesse, se trouve rassemblée et puis anéanti dans la nôtre. De quelque côté que je suive les traces de sa glorieuse origine, je ne découvre que des rois, et partout je suis ébloui de l'éclat des plus augustes couronnes. Je vois la maison de France, la plus grande sans comparaison de tout l'univers, et à qui les plus puissantes maisons peuvent bien céder sans envie, puisqu'elles tâchent de tirer leur gloire de cette source. Je vois les rois d'Ecosse, les rois d'Angleterre, qui ont régné depuis tant de siècles sur une des plus belliqueuses nations de l'univers, plus encore par leur courage que par l'autorité de leur sceptre. Mais cette princesse, née sur le trône, avait l'esprit et le coeur plus hauts que sa naissance. Les malheurs de sa maison n'ont pu l'acabler dans sa première jeunesse; et dès lors, on voyait en elle, une grandeur qui ne devait rien à la fortune. Nous disions avec joie que le Ciel l'avait arrachée comme par miracle des mains des ennemis du roi son père pour la donner à la France: don précieux, inestimable présent si seulement la possession en avait été plus durable! Mais pourquoi ce souvenir vient-il m'interrompre? Hélas! nous ne pouvons un moment arrêter les yeux sur la gloire de la princesse, sans que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer  de son ombre. O mort! éloigne-toi de notre pensée, et laisse-nous tromper pour un peu de temps la violence de notre douleur par le souvenir de notre joie. Souvenez-vous donc, Messieurs, de l'admiration que la princesse d'Angleterre donnait à toute la cour: votre mémoire vous la peindra mieux, avec tous ses traits et son incomparable douceur, que ne pourront jamais faire toutes mes paroles. Elle croissait au millieu des bénédictions de tous les peuples, et les années ne cessaient de lui apporter de nouvelles grâces (...)

Que si son rang la distinguait, j'ai eu raison de vous dire qu'elle était encore plus distinguée par son mérite. Je pourrais vous faire remarquer qu'elle connaissait si bien la beauté des ouvrages de l'esprit, que l'on croyait avoir atteint la perfection quand on avait su plaire à Madame: je pourrais encore ajouter que les plus sages et les plus expériementés admiraient cet esprit vif et perçant qui embrassait sans peine les plus secrets intérêts. Mais pourquoi m'entendre sur une matière où je puis tout dire en un mot? Le roi, dont le jugement est une règle toujours sûre, a estimé la capacité de cette princesse et l'a mise par son estime au-dessus de tous nos éloges.

Cependant, ni cette estime, ni tous ces grands avantages n'ont pu donner atteinte à sa modestie. Tout éclairée qu'elle était, elle n'a point présumé de ses connaissances, et jamais ses lumières ne l'ont éblouie. Rendez témoignage à ce que je dis, vous que cette grande princesse a honorés de sa confiance. Quel esprit avez-vous trouvé plus élevé? mais quel esprit avez-vous trouvé plus docile? (...) Elle étudiait ses défauts; elle aimait qu'on lui en fit des leçons sincères: marque assurée d'une âme forte que ses fautes ne dominent pas, et qui ne craint point de les envisager de près par une secrète confiance des ressources qu'elle sent pour les surmonter. C'était le dessein d'avancer dans cette étude de sagesse qui la tenait si attachée à la lecture de l'histoire, qu'on appelle avec raison la sage conseillère des princes. (...) Là notre admirable princesse étudiait les devoirs de ceux dont la vie compose l'histoire: elle y perdait insensiblement le goût des romans et de leurs fades héros; et soigneuse de se former sur le vrai, elle méprisait ces froides et dangereuses fictions. Ainsi, sous un visage riant, sous cet air de jeunesse qui semblait ne promettre que des jeux, elle cachait un sens et un sérieux dont ceux qui traittaient avec elle étaient surpris.
BOSSUET

2 Şubat 2011 Çarşamba


 EXTRAITS DES OEUVRES DE "PASCAL"

Les Provinciales - "L'ironie au service de la vérité"
Ses adversaires lui ayant reproché de se moquer des choses saintes, Pascal leur répond que l'ironie est une arme légitime lorsqu'elle sert à discréditer l'erreur; il profite de l'occasion pour redoubler ses attaques contre les "opinions extravagantes" des causistes. On admirera sa dialectique aussi brillante que serrée.

Quoi! mes Pères, les imaginations de vos écrivains passeront pour les vérités de la foi, et on ne pourra se moquer des passages d'Escobar et des décisions si fantasques et si peu chrétiennes de vos autres auteurs, sans qu'on soit accusé de rire de la religion? Est-il possible que vous ayez osé redire si souvent une chose si raisonnable? Et ne craignez-vous point, en me blâmant de m'être moqué de vos égarements, de me donner un nouveau sujet de me moquer de ce reproche, et de le faire retomber sur vous-mêmes, en montrant que je n'ai pris sujet de rire que de ce qu'il y a de ridicule dans vos livres; et qu'ainsi, en me moquant de votre morale, j'ai été aussi éloigné de me moquer des choses saintes, que la doctrine de vos causistes est éloigné de la doctrine sainte de l'Evangile?

En vérité, mes Pères il y a bien de la différence entre rire de la religion et rire de ceux qui la profanent par leurs opinions extravagantes. Ce serait une impiété de manquer de respect pour les vérités que l'esprit de Dieu a révélées; mais ce serait une autre impiété de manquer de mépris pour les faussetés que l'esprit de l'homme leur oppose.

Car, mes Pères, puisque vous m'obligez d'entrer en ce discours, je vous prie de considérer que comme les vérités chrétiennes sont dignes d'amour et de respect les erreurs qui leur sont contraires sont dignes de mépris et de haine parce qu'il y a deux choses dans la vérité de notre religion, une beauté divine qui leur rend aimable, et une sainte majesté qui les rend vénérable, et qu'il y a aussi deux choses dans les erreurs, l'impiété qui les rend horribles, et l'impertinence qui les rend ridicules. Et c'est pourquoi, comme les saints ont toujours pour la vérité ces deux sentiments d'amour et de crainte et que leur sagesse est toute comprise entre la crainte qui en est le principe, et l'amour qui en est la fin, les saints ont aussi pour l'erreur ces deux sentiments de haine et de mépris, et leur zèle s'emploi également à repousser avec force la malice des impies et à confondre avec risée leur égarement et leur folie.
XIème Provinciale


Les Pensées - Grandeur de Jésus-Christ: Les Trois "Ordres"
Certains s'étonnent de la bassesse de Jésus-Christ: un Dieu fait homme ne devrait-il pas surpasser tous les hommes? Pascal va montrer que la grandeur de Jésus est d'un autre ordre que les "grandeurs charnelles ou spirituelles" et supérieure à celles-ci. L'exposé, en cette matière délicate, est d'une netteté et d'une logique parfaites. Mais quand il proclame la vraie grandeur de Jésus-Christ, l'âme de Pascal vibre si intensément que chez lui la logique perd sa froideur pour se résoudre en élans de charité. C'est déjà le lyrisme mystique que nous découvrirons dans le "Mystère de Jésus".

La distance infinie des corps aux esprits figure, la distance infiniment plus infini des esprits à la charité car elle est surnaturelle. Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur  des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse, qui n'est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différents de genre.
Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire, leur lustre et non nul besoin des grandeurs charnelles où elles n'ont pas de rapport. Ils ont vu non des yeux, mais des esprits, c'est assez.

Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et non nul besoin des grandeurs charnelles spirituelles ou elles n'ont nul rapport car ils n'y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps ni des esprits curieux: Dieu leur suffit.

Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n'a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh! qu' il a éclaté aux esprits!

Jésus-Christ sans biens et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n'a point donner d'invention, il n'a point régné; mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Oh! qu'il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du coeur et qui voient la sagesse.

Il eut était inutile à Archimède de faire le prince dans ses livres de géométrie quoiqu'il le fût.
Il eut été inutile à Notre Seigneur Jésus-Christ pour éclater dans son règne de sainteté de venir en roi; mais il y est bien venu avec l'éclat de son ordre!

Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de Jésus-Christ comme si cette bassesse était du même ordre duquel est la grandeur qu'il venait faire paraitre. Qu'on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l'éléction des siens, dans leur abandon, dans sa secrète réssurection et dans le reste on le verra si grand qu'on n'aura pas sujet de se scandaliser d'une bassesse qu'il n'y est pas.

Mais il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles comme s'il n'y avait pas des spirituelles; et d'autres qui n'admirent que les spirituelles, comme s'il n'y en avait pas d'infiniment plus hautes dans la sagesse.
Tous les corps, le firmement, les étoiles, la terre et ses royaumes ne valent pas le moindre des esprits; car il connait tout cela, et soi; et les corps rien.

Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent le moindre mouvement de charité. Cela est d'un ordre infiniment plus élevé.
De tous les corps ensemble on ne saurait en faire réussir une petite pensée: cela est impossible, et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible, et d'un autre ordre, surnaturel.

EXTRAITS "DES MEMOIRES"
 DE SAINT-SIMON

La tragi-comédie de la cour
Un homme est mort. Est-il quelqu'un pour le pleurer sincèrement? Non, d'après Saint-Simon, car cet homme est Monseigneur, le Grand Dauphin, fils de Louis XIV et la mort de l'héritier du trône est un événement politique. L'entourage du prince pleure... ses ambitions déçues: la coterie de son fils, le duc de Bourgogne, dont fait  partie Saint-Simon, cache à grand'peine une joie indecente; les autres courtisans restent parfaitement indifférents. Quelle pénétration dans le coup d'oeil! Quelle vision saisissante de la cour et de l'humanité! Mais nous somes gênés par l'égoïsme féroce de l'auteur et par sa tendance à juger les autres d'après lui-même en leur réfusant à priori tout sentiment désintéressé. Et nous ne pouvons nous empêcher de songer au spectacle divertissant qu'il dut donner lui-même un an plus tard, lorsque la mort du duc de Bourgogne vint ruiner ses propres espérances.

Tous les assistants étaient des personnages vraiment expressifs; il ne fallait qu'avoir des yeux sans aucune connaissance de la cour, pour distinguer les intérêts peints sur les visages, ou le néant de ceux qui n'étaient de rien: ceux-ci tranquilles à eux-mêmes, les autres pénétrés de douleur ou de gravité et d'attention sur eux-mêmes, pour cacher leur élargissement et leur joie....

Les premières pièces offraient les mugissements contenus des valets désespérés de la perte d'un maitre si fait exprès pour eux, et pour les consoler d'une autre qu'ils ne prévoyaient qu'avec transissement, et qui par celle-ci devenait la leur propre. Parmi eux s'en remarquaient d'autres des plus éveillés de gens principaux de la cour, qui étaient accourus aux nouvelles, et qui montraient bien à leur air de quelle boutique ils étaient balayeurs.

Plus avant commençait la foule des courtisans de toute espèce. Le plus grand nombre, c'est-à-dire les sots, tiraient des soupirs de leur talons, et, avec des yeux égarés et secs, louaient Monseigneur, mais toujours de la même louange, c'est-à-dire de bonté, et plaignaient le roi de la perte d'un si bon fils. Les plus fins d'entre eux, ou les plus considérables s'inquiétaient déjà de la santé du roi. Ils se savaient bon gré de conserver tant de jugement parmi ce trouble, et n'en laissent pas douter par la fréquence de leurs répétitions. D'autres, vraiment affligés, et de cabale frappée, pleuraient amèrement, ou se contenaient avec un effort aussi aisé à remarquer que les sanglots. Les plus forts de ceux-là, ou les plus politiques, les yeux fichés à terre, et reclus en des coins, méditaient profondément aux suites d'un événement si peu attendu, et bien davantage sur eux-mêmes. Parmi ces diverses sortes d'affligés, point ou peu de propos; de conversation, nulle; quelque exclamation parfois échappée à la douleur et parfois répondue par une douleur voisine, un mot en un quart d'heure, des yeux sombres ou hagards, des mouvements de mains moins rare qu'involontaires, immobilité du reste presque entière; les simples curieux et peu soucieux presque nuls, hors les sots qui avaient le caquet en partage, les questions, et le redoublement du désespoir des affligés, et l'importunité pour les autres. Ceux qui déjà regardaient cet événement comme favorable avaient beau pousser la gravité jusqu'au maintien chagrin et austère, le tout n'était qu'un voile clair, qui n'empêchait pas de bons yeux  de remarquer et de distinguer tous leurs traits. Ceux ci se tenaient aussi tenaces en place que les plus touchés, en garde contre l'opinion, contre la curiosité, contre leur satisfaction, contre leurs mouvement;s mais leurs yeux suppléaient au peu d'agitation de leur corps. Des changements de posture, comme des gens peu assis ou mal debout; un certain soin de s'éviter les uns les autres, même de se rencontrer des yeux; les accidents momentanés qui arrivaient de ces rencontres; un je ne sais quoi de plus libre en toute la personne, à travers le soin de se tenir et de se composer; un vif, une sorte d'étincelant autour d'eux les distinguait malgré qu'ils en eussent.

Monsieur et son  confesseur
Voici une excellente scène de comédie. Saint-Simon sans rien perdre de sa verve habituelle, ne se montre ici ni injurieux ni haineux dans ces commérages. Aussi le passage est-il franchement gai: la lecture ne laisse aucun arrière-goût d'amertume. Cette conversion de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, précéda de peu sa mort.

Il avait depuis quelque temps un confesseur, qui, bien que jésuite, le tenait de plus court qu'il pouvait. Il lui représentait fort souvent qu'il ne se voulait pas damner pour lui, et que si sa conduite lui paraissait trop dure il n'aurait nul déplaisir de lui voir prendre un autre confesseur. A cela il ajoutait qu'il prit bien garde à lui, qu'il était vieux, usé de débauche, gras, court de cou, et que, selon toute apparence, il mourrait d'apoplexie, et bientôt. C'étaient là d'épouvantables paroles pour un prince le plus volupteux et le plus attaché à la vie qu'on eut vu de longtemps, qu'il avait toujours passée dans la plus molle oisiveté, et qui était le plus incapable par nature d'aucune application, d'aucune lecture sérieuse, ni de rentrer en lui-même. Il craignait le diable, il se souvenait que son précédent confesseur n'avait pas voulu mourir dans cet emploi et qu'avant sa mort il lui avait tenu les mêmes discours, L'impression qu'ils lui firent le força de rentrer un peu en lui-même et de vivre d'une manière qui depuis quelque temps pouvait passer pour serrer à son égard.  Il faisait à reprises beaucoup de prières, obéissait à son confesseur, lui rendait compte de la conduite qu'il lui avait prescrite sur son jeu, sur ses autres dépenses, et sur bien d'autres choses, souffrait avec patience sur ses fréquents entretiens, et y réfléchissait beaucoup. Il en devint triste, abattu, et par là moins qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire encore comme trois ou quatre femmes, en sorte que tout le monde s'aperçut bientôt de ce grand changement.

1 Şubat 2011 Salı


SAINT-SIMON (1675 - 1755)

Bien que l'oeuvre de Saint-Simon ait été écrite au XVIIIème siècle, il convient de rattacher cet écrivain à l'époque sur laquelle il a porté son témoignage, celle du classicisme finissant.

Saint-Simon est né à Paris en 1675. Son père l'éduque dans l'admiration de Louis XIII à qui sa famille doit toute sa noblesse. Après un court passage à l'armée, il démissionne, jugeant qu'il ne monte pas assez vite en grade. Il vient à la cour et loge à Versailles. Bien que très vaniteux et très fier de sa noblesse, il se fait un devoir d'assister au lever et au coucher du roi et de suivre en tout point l'étiquette, comme un courtisan servile.

Après la mort de Louis XIV, l'arrivée au pouvoir de son ami le duc d'Orléans lui donne enfin le rôle politique qu'il attendait. Il fait partie du conseil de régence, et est chargé d'une ambassade extraordinaire en Espagne pour demander la main de l'Infante pour Louis XV.

A la mort du régent, on le prie de quitter la cour où il s'était rendu insupportable. Il se retire chez lui, tantôt à Paris, tantôt en Normandie, jusqu'à sa mort, tout occupé à rédiger ses Mémoires.

LES MEMOIRES
Grand lecteur de mémoires pendant sa jeunesse, Saint-Simon commence dès l'âge de 19 ans à noter au jour le jour ce qu'il entreprend de mettre en forme les notes accumulées. Il consacre douze ans à ce travail, sachant que le lecteur ne demande pas aux mémoires la même chose qu'à l'histoire; les mémoires servent à nous faire pénétrer dans les coulisses de l'histoire: "On voudrait y voir les princes avec leurs maitresses, et les ministres dans leur vie journalière. Outre une curiosité si raisonnable, on en connaitrait bien mieux les moeurs du temps et le génie des monarques".
A sa mort, tous ses biens sont saisis par ses créanciers. Plus tard, ses écrits sont mis sous séquestre par ordre du roi. Ce n'est qu'au XIXème siècle que les Mémoires de Saint-Simon auront le droit d'être publiées.

Saint-simon s'était donné pour tâche de "savoir le mieux qu'il pourrait les affaires de son temps". Poussé par une curiosité insatiable, adorant regarder (ses yeux ont une mémoire fidèle et il s'est lui-même défini comme un "voyeux"), il a mis par écrit tout ce que sa position sociale lui a permis de voir. Il a beau être fier et vaniteux, il parle peu de lui et se cantonne dans le rôle du témoin qui observe. Il excelle dans l'art du portrait. Les acteurs qu'il nous montre sont les gens de la cour à fin du règne de Louis XIV et au début du règne de Louis XV. Les anecdotes se succèdent, tantôt tristes, tantôt plaisantes, comme cette scène où Louis XIV s'emporte  contre son ministre Louvois: "Le roi fut à l'instant et contre son naturel, si transporté de colère qu'il se jetta sur les pincettes de la cheminée, et en allait charger Louvois, sans madame de Maintenon qui se jeta aussitôt entre eux deux en s'écriant: "Ah! Sire, qu'allez-vous faire? et lui ôta les pincettes des mains".

Mais sa gourmandise pour les détails lui fait prendre au sérieux des faits insignifiants, tandis qu'il donne à de grands événements des explications mesquines. Il n'a que haine et mépris pour le régime de Louis XIV et ses ministres bourgeois qui ont pris la place de la noblesse; dépité, il écrit que celle-ci n'est désormais plus "bonne qu'à se faire tuer" à la guerre et "n'a d'autre choix que de croupir dans une mortelle et ruineuse oisiveté", alors qu'elle a vocation d'être la vraie conseillère du roi. Il n'est cependant pas malveillant par principe et sait se montrer généreux et sensible aux misères des petits gens accablées d'impôts.

Observateur très doué, ses récits et tableaux sont pleins de formes, d'images et de mouvements. Ses portraits des personnages de la cour ont beaucoup de relief. Sa vraie grandeur vient de ce qu'il considérait lui-même comme des défauts: ses négligences de style, ses répétitions, la longueur de phrases désarticulées. Cette indifférence aux règles du bon usage fait la modernité et la vitalité de ce style très personnel. Saint-Simon a écrit  l'une des oeuvres les plus originales de la prose française et Chateaubriand disait de lui: "il a écrit à la diable pour l'immortalité".

EXTRAITS DES « MEMOIRES »

Les princesses firent deux nouveautés: le roi à Trianon mangeait avec les dames, et donnait assez souvent aux princesses l'agrément d'en nommer deux chacune; il leur avait donné l'étrange distinction de faire manger leurs dames d'honneur; ce qui continua toujours d'être refusé à celles des princesses du sang, c'est-à-dire de Mme la Princesse, et de Mme la princesse de Conti, sa fille. À Trianon, Mme la princesse de Conti, fille du roi, lui fit trouver bon qu'elle nommât ses deux filles d'honneur pour manger, et elles furent admises: elle était la seule qui en eût. L'autre nouveauté fut dans leurs signatures. Toutes trois ajoutaient à leur nom légitimée de France. Mme la duchesse de Chartres et Mme la Duchesse supprimèrent cette addition, et par là signèrent en plein comme les princesses du sang légitimes. Cet appât ne tenta point Mme la princesse de Conti. Elle ne perdait point d'occasion de faire sentir aux deux autres princesses qu'elle avait une mère connue et nommée, et qu'elles n'en avaient point; elle crut que cette addition la distinguait en cela d'autant plus que les deux autres la supprimaient, et elle voulut la conserver.
................
Le roi eut un anthrax au cou qui ne parut d'abord qu'un clou et qui bientôt après donna beaucoup d'inquiétudes. Il eut la fièvre et il fallut en venir à plusieurs incisions par reprises. Il affecta de se laisser voir tous les jours et de travailler dans son lit presqu'à son ordinaire. Toute l'Europe ne laissa pas d'être fort attentive à un mal qui ne fût pas sans danger: il dépêcha un courrier au duc de La Rochefoucauld en Angoumois, où il était allé passer un mois dans sa belle maison de Verteuil, et lui manda sa maladie et son désir de le revoir, avec beaucoup d'amitié. Il partit aussitôt, et sa faveur parut plus que jamais. Comme il ne se passait rien en Flandre, et qu'il n'y avait plus lieu de s'y attendre à rien, le roi manda aux maréchaux de Villeroy et de Boufflers de renvoyer les princes dès que le prince d'Orange aurait quitté l'armée, ce qui arriva peu de jours après.
............
Mme la Dauphine avait une fille d'honneur d'un chapitre d'Allemagne, jolie comme le jour, et faite comme une nymphe, avec toutes les grâces de l'esprit et du corps. L'esprit était fort médiocre, mais fort juste, sage et sensée, et avec cela une vertu sans soupçon. Elle était fille d'un comte de Lovestein et d'une soeur du cardinal de Furstemberg qui a tant fait de bruit dans le monde, et qui était dans la plus haute considération à la cour. Ces Lovestein étaient de la maison palatine, mais d'une branche mésalliée par un mariage qu'ils appellent de la main gauche, mais qui n'en est pas moins légitime. L'inégalité de la mère fait que ce qui en sort n'hérite point, mais a un gros partage, et tombe du rang de prince à celui de comte. Le cardinal de Furstemberg, qui aimait fort cette nièce, cherchait à la marier. Elle plaisait fort au roi et à Mme de Maintenon qui se prenaient fort aux figures. Elle n'avait rien vaillant, comme toutes les Allemandes. Dangeau, veuf depuis longtemps d'une soeur de la maréchale d'Estrées, fille de Morin le Juif, et qui n'en avait qu'une fille dont le grand bien qu'on lui croyait l'avait mariée au duc de Montfort, se présenta pour une si brande alliance pour lui, et aussi agréable. Mlle de Lovestein, avec la hauteur de son pays, vit le tuf à travers tous les ornements qui le couvraient, et dit qu'elle n'en voulait point. Le roi s'en mêla, Mme de Maintenon, Mme la Dauphine; le cardinal son oncle le voulut et la fit consentir. Le maréchal et la maréchale de Villeroy en firent la noce, et Dangeau se crut électeur palatin.

31 Ocak 2011 Pazartesi


MADAME DE LA FAYETTE (1634 - 1693)

Le nom de madame de La Fayette reste indissociablement lié à son oeuvre maitresse: La princesse de Clèves. Considérée par certains comme le premier roman de la littérature française, cette oeuvre reste sans conteste le chef-d'oeuvre du roman précieux.

Marie-Madelaine de La Vergne est née à Paris. Elle fréquente la meilleure société et se fait remarquer par sa beauté et son intelligence. Scarron la décrit ainsi: "Toute lumineuse et toute précieuse". En 1655, elle épouse le comte de La Fayette, beaucoup plus âgé qu'elle, et qui est fort occupé par l'administration de ses domaines en Auvergne. Au bout de trois ans, elle revient se fixer définitivement à Paris. Bien accueillie à la cour, elle devient l'une des intimes d'Henriette d'Angleterre, belle-soeur du roi. Chez elle, elle reçoit une société choisie: madame de Sévigné, le cardinal de Retz et surtout La Rochefoucauld, qui devient le plus fidèle de ses amis. Conseillée par des hommes de lettres, elle se met à écrire, sans jamais pourtant signer ses oeuvres. Mais peu à peu, la mort de ses amis l'isole du monde; elle mène une vie retirée et de plus en plus austère, d'où l'influence janséniste n'est pas absente.

SES OEUVRES

La Princesse de Montpensier
Cette nouvelle raconte l'histoire d'une femme qui lutte contre l'amour défendu. Sans aller jusqu'à tromper son mari, elle découvre pourtant qu'elle a cessé d'être pure dans son coeur. Le style est sobre et les sentiments y sont dépeints avec beaucoup de vérité.

Zaïde
Publié sous la signature d'un homme, c'est un roman baroque en deux parties, parues successivement. Il prolonge le courant du roman héroïque, auquel il emprunte le décor espagnol.

La Princesse de Clèves
C'est encore un livre qui parait sans la mantion du nom de madame de La Fayette. Une vraie campagne publicitaire, orchestrée par les salons, assure cependant le succès de l'ouvrage.

Présentée à la cour d'Henri II, mademoiselle de Chartres éblouit tout le monde par sa beauté. Le jeune prince de Clèves en tombe amoureux et obtient sa main, bien que la jeune fille n'éprouve guère plus que de l'estime pour lui. A l'occasion d'un bal, elle fait la connaissance du duc de Nemours. C'est le début d'une grande passion, si forte qu'elle l'avoue à son mari. Miné par la jalousie, monsieur de Clèves meurt de chagrin. Le duc de Nemours se fait de plus en plus pressant. La princesse de Clèves lui avoue son amour, mais lui déclare que son devoir lui interdit de l'épouser. Elle se retire dans une maison religieuse.

L'action du roman se déroule sous les règnes d'Henri II et de François II au XVIème siècle. Madame de La Fayette s'est documentée sérieusement sur l'époque et les personnages qu'elle fait revivre: Henri II, Cathérine de Médicis, Marie Stuart, et... La trame historique est une contrainte romanesque à laquelle sait se plier l'auteur: ainsi, l'éqtiquette interdit à madame de Clèves de s'absenter longuement de la cour. Mais sur ce fond historique se superpose l'image d'une autre cour, celle de Louis XIV, et tout ce que madame de La Fayette a pu observer personnellement de la vie des princes.

Les personnages de madame de La Fayette mettent l'honneur au-dessus de toutes choses. Torturés par la passion amoureuse, ils n'osent jamais s'abandonner. L'héroisme de leur sacrifice rappelle la tragédie cornélienne. Cette morale n'a pas d'assise religieuse, elle repose sur les seules conventions sociales, et lorsque la princesse de Clèves se retire dans un couvent, c'est plus pour fuir le monde qui l'a tant fait souffrir que pour se retourner vers Dieu.

Bien que brève, cette oeuvre est construite selon la technique du roman précieux: quatre épisodes secondaires s'intercalent dans l'intrigue principale. Des procédés peu classiques, parce que peu vraisemblables, sont utilisés pour mener le développement de l'histoire: conversation surprise au bon moment, lettre égarée, portrait dérobé, etc. Le langage est typiquement précieux avec une abondance d'adjectifs en -able et de superlatifs.

L'aveu de la princesse
 Le code de l'amour relève aussi de la préciosité. Le duc de Nemours est un homme délicat et galant. Le vocabulaire amoureux est celui de la carte du Tendre de mademoiselle de Scudéry: "estime", "reconnaissance", "inclination". Le tragique nait de "l'inclination" du prince de Clèves pour une jeune femme qui n'a pour lui que de "l'estime" et de la "reconnaissance", alors qu'entre elle et le duc de Nemours existe une forte "inclination" réciproque.

Au millieu des interminables romans du XVIIème siècle -L'Astrée, Le Grand Cyrus, Clélie- , La princesse de Clèves, oeuvre très brève, est le seul à retenir encore notre attention. Cette brièveté, légère et précise comme une esquisse fait la modernité du livre qui reste cependant typique du genre précieux.

 EXTRAITS DE
 "LA PRINCESSE DE CLEVES"

La Rencontre au Bal
Cette scène fait pendant à la précédente: nouveau coup de foudre mais cette fois sera partagé. Ces deux êtres sont faits l'un pour l'autre et semblent prédestinés à s'aimer. Mais le malheur veut que Mme de Clèves ne soit plus libre. On notera dans ce texte la finesse de l'analyse psychologique.

Mme de Clèves avait ouïe parler de ce prince à tout le monde, comme de ce qu'il y avait de mieux fait et de plus agréable à la cour; et surtout Mme la Dauphine le lui avait dépeint d'une sorte, et lui en avait parlé tant de fois, qu'elle lui avait donné de la curiosité et même de l'impatience de le voir. Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se retrouver au bal et au festin royal qui se faisaient au Louvre. Lorsqu'elle arriva l'on admira sa beauté et sa parure; le bal commença; et comme elle dansait avec M. de Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelq'un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Clèves acheva de danser et pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un qu'elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit par-dessus quelques sièges pour arriver où l'on dansait. Ce prince était fait d'une sorte qu'il était difficile de n'être pas surpris de le voir quand on augmentait encore l'air brillant qui était dans sa personne; mais il était aussi difficile de voir Mme de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement.


M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s'éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vus et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaitre. Ils les appelèrent quand ils eurent fini, sans leur donner le loisir de parler à personne, et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient et s'ils ne s'en doutaient point. "Pour moi, madame, dit M. de Nemours, je n'ai pas d'incertitude; mais comme Mme. de Clèves n'a pas les mêmes raisons pour deviner qui je suis que celles que j'ai pour la reconnaitre, je voudrais bien que Votre Majesté eût la bonté de lui apprendre mon nom. -Je crois, dit Mme la Dauphine, qu'elle le sait aussi bien que vous savez le sien-. Je vous assure, madame, reprit Mme de Clèves, qui paraissait un peu embarassée, que je ne devine pas si bien que vous pensez. -Vous devinez fort bien, répondit Mme la Dauphine; et il y a même quelque chose d'obligeant pour M. de Nemours, à ne pas vouloir avouer que vous le connaissez sans jamais l'avoir vu". La reine les interrompit pour faire continuer le bal: M. de Nemours prit la reine Dauphine. Cette princesse était d'une parfaite beauté et avait paru telle aux yeux de M. de Nemours, avant qu'il allât en Flandre; mais, de tout le soir, il ne put admirer que Mme de Clèves.

L'AVEU
Craignant que l'attitude de son héroine ne parut invraisemblable, l'auteur nous a longuement préparés à cette scène capitale. Tout concourt à rendre cet aveu paisible: la sincérité innée de la princesse de Clèves  et le prix que son mari attache à cette vertu, ainsi que les dernières recommandations que sa mère lui a adressées avant de mourir. "Il n'y a que vous de femme au monde, lui dit un jour la dauphine, qui fasse confidence à son mari de toutes les choses qu'elle sait". Elle a déjà envisagé à plusieurs reprises de tout dire à son mari, mais sans pouvoir s'y résoudre encore. Maintenant cet aveu si courageux, si difficile est devenu inévitable si elle ne veut pas succomber, car son époux la presse de revenir à la cour, qu'elle a quittée pour ne plus rencontrer Nemours. Pourtant dans le débat littéraire pour ou contre l'aveu qui suivit la publication du roman et passionna l'opinion, la majorité des lecteurs condamna l'aveu, en le jugeant "extravagant".
La scène se passe à Coulommiers, dans un pavillon. Par un artifice qui nous gêne aujourd'hui, il se trouve que Nemours assiste, dissimulé, à cet entretien confidentiel.

Ne me contraignez point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous avouer, quoique j'en ai eu plusieurs fois le dessein. Songez seulement que la prudence ne veut pas qu'une femme de mon âge, et maitresse de sa conduite, demeure exposée au millieu de la cour. -Que me faites-vous envisager, madame? s'écria M. de Clève! je n'oserais vous le dire de peur de vous offenser". Mme de Clèves ne répondit point, et son silence achevant de confirmer son mari dans ce qu'il avait pensé: "Vous ne me dites rien, reprit-il, et c'est me dire que je ne me trompe pas. - Eh bien, monsieur lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à un mari; mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons pour m'éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de faiblesse et je ne craindrais pas d'en laisser paraitre, si vous me laissiez la liberté de me retirer de la cour, ou si j'avais encore Mme de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande mille pardons, si j'ai des sentiments qui vous déplaisent: du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que, pour faire ce que je fais, il faut avoir plus d'amitié et plus d'estime pour un mari que l'on n'en a jamais eu: conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore, si vous pouvez.

M. de Clèves était demeuré, pendant tout ce discours, la tête appuyée sur ses mains, hors de lui-même, et il n'avait pas songé à faire relever sa femme. Quand elle eut cessé de parler, qu'il la vit à ses genoux, le visage couvert de larmes, et d'une beauté si admirable, il pensa mourir de douleur, et l'embrassant en la relevant: "Ayez pitié de moi vous-même, madame, lui dit-il, j'en suis digne, et pardonnez si dans les premiers moments d'une affliction aussi violente qu'est la mienne, je ne réponds pas comme je dois à un procédé comme le vôtre. Vous me paraissez plus digne d'estime et d'admiration que tout ce qu'il y a  jamais eu de femmes au monde; mais aussi je me trouve le plus malheureux homme qui ait jamais existé. Vous m'avez donné de la passion dès le premier moment que je vous ai vue; vos rigueurs et votre possession n'ont pu éteindre, elle dure encore: je n'ai jamais pu vous donner de l'amour, et je vois que vous craignez d'en avoir pour un autre. Et qui est-il, madame, cet homme heureux qui vous donne cette crainte? Depuis quand vous plait-il? Qu'a-t-il fait pour vous plaire? Quel chemin a-t-il trouvé pour aller à votre coeur? Je m'étais consolé en quelque sorte de ne l'avoir pas touché, par la pensée qu'il était incapable de l'être. Cependant un autre fait ce que je n'ai pu faire; j'ai tout ensemble la jalousie d'un mari après un procédé comme le vôtre. Il est trop noble pour ne pas me donner une sûreté; il me console même comme votre amant. La confiance et la sincérité que vous avez pour moi sont d'un prix infini: vous m'estimez assez pour croire que je n'abuserai pas de cet aveu. Vous avez raison, madame, je n'en abuserai pas et je ne vous en aimerai pas moins. Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donnée à son mari; mais madame, achevez, et apprenez-moi qui est celui que vous voulez éviter. -Je vous supplie de ne me le point demander, répondit-elle; je suis résolue de ne pas vous le dire, et je ne crois que la prudence ne veut pas que je vous le nomme. -Ne craignez point, madame, reprit M. de Clèves; je connais trop le monde pour ignorer que la considération d'un mari n'empêche pas que l'on ne soit amoureux de sa femme. On doit hair ceux qui le sont, et non pas s'en plaindre; et, encore une fois, madame, je vous conjure de m'apprendre ce que j'ai envie de savoir. -Vous m'en presseriez inutilement, répliqua-t-elle; j'ai de la force pour taire ce que je ne crois pas devoir dire. L'aveu que je vous ai fait n'a pas été par faiblesse, et il faut plus de courage pour avouer cette vérité qui pour entreprendre de la cacher.

Madame de La Fayette

29 Ocak 2011 Cumartesi


LES DEUX VILLAGES

Depuis longtemps, de part et d'autre d'un large fleuve d'Afrique, deux villages se faisaient face. Ils étaient à peu près de même importance mais les conditions du fleuve à cet-endroit-là, rendaient la tarversée très difficile: courant et remous violents présence de crocodiles, de serpents vénimeux et même (disait-on de mauvais esprits)

Très rare étaient les audacieux qui, à la nage ou en barque, avaient tenté de passer d'un village à l'autre. Et aucun, jamais, n'était revenu, ce qui rendait les tentatives de plus en plus rares. Les deux villages qui s'appelaient OGADAOU et OUADAGO, se contentaient de se regarder à distance, de voir les fumées qui s'élevaient de telle ou telle case, le vol des oiseaux, les nuages. On apercevait parfois une ou deux silouhettes, là-bas sur l'autre rive, des barques longeants le bord du fleuve, quelque feu la nuit et les rapports s'arrêtaient là.

Un jeune habitant de OGADAOU, qui s'appelait Bakari, se sentait fasciné depuis son plus jeune âge par la présence de cet autre village, qui constituait à vrai dire son seul horizon, et qu'il rêvait de visiter un jour.

Quand il eut dix-huit ou vingt ans, il décida de tenter à son tour l'aventure de la traversée. Il s'y prépara soigneusement, creusant une pirogue la nuit, prévoyant une pagaie de rechange, un large et long couteau en cas d'attaque d'animaux aquatiques, ainsi que des amulettes contre les esprits. Il s'entraina de son mieux le long de la rive où il habitait s'aventurant même dans des remous dangereux, et il acquit, dans ce domaine, une véritable dextérité.

Quand il se sentit prêt, un matin, à l'aube, il quitta sans bruit la maison familiale, ses parents, sa jeune femme, le bébé qui venait de naitre - et s'élança sur le fleuve. Il avait gardé le secret sur sa tentative. Une force irrésistible, qu'il ne pouvait pas définir, l'attirait de l'autre côté du fleuve.

A sa surprise, la traversée fut plutôt calme. Les rapides et les courants paraissaient moins tumultueux et effrayants que lorsqu'on les observait de la rive. C'est à peine si Bakari sentit quelques secousses, qu'il sut dominer sans trop de peine. Il aperçut aussi quelques hippopotames tranquilles et des crocodiles qui laissèrent passer la pirogue dans une totale indifférence. Quant aux esprits, aucune trace.

Il mit pied à terre de l'autre côté, tira sa pirogue sur le sable et marcha jusqu'au village. Il se trouvait sur un territoire familier, très familier même: la même végétation, bien sûr, mais aussi les mêmes alignements de cases, les mêmes arbres, la même terre, les mêmes filets de pêche séchant au soleil du matin.

Des villageois commençaient à sortir, à prendre leurs utiles pour aller aux chmaps, tandis que les femmes secouaient les nattes devant les portes. Bakari, en s'avançant crut reconnaitre certains des habitants - ses voisins. Il reconnut aussi les cases, un tronc d'arbre abbatu, un chien à la patte cassée.

Surpris, il se retrourna pour regarder de l'autre côté du fleuve. S'était-il trompé? Avait-il cru traverser le fleuve, et les courants l'avaient-ils rejeté sur la rive même qu'il venait de quitter? Il s'avança un peu plus loin. Un habitant du village, le salua au passage en l'appelant par son nom. Bakari sut qu'il le connaissait, et même depuis longtemps. Cet homme aux cheveux gris était un ami de son père.

De plus en plus étonné, se sentant parfaitement à l'aise dans ces ruelles où il marchait pour la première fois, Bakari se trouva soudainement devant sa propre maison, qu'il venait de quitter une heure plus tôt. Il hésita à entrer, quand il vit sa propre mère sortir, un court balai à la main. En achevant de nettoyer son devant de porte, elle salua son fils en l'appelant par son nom et en souriant. Elle lui demanda d'où il venait. Il ne répondit que par un geste vague, en montrant le fleuve. Il entra dans la case, d'où jaillissaient les gémissements d'un bébé. Il trouva sa jeune femme qui s'apprêtait à donner le sein, et qui ne parut nullement surprise de voir son mari à cet endroit-là, à cette heure-là. Un sentiment proche de la tranquillité l'envahissait, effaçant les questions qui pouvaient le harceler, le gêner. Ses paupières s'appesantissaient. Sa femme lui demanda s'il avait soif. Il accepta un verre d'eau. Puis il s'endormit.

Bakari est resté dans ce village, celui qui s'appelle OUADAGO. Il a reprit son travail de paysan dans des champs dont il connait tous les secrets. Il a retrouvé son chien, ses utiles, sa barque - avec laquelle il va pêcher de temps en temps le long de la rive. Il vieillit. Sa femme est de nouveau enceinte. Par moments, il s'arrête et se tient immobile au bord du fleuve, les yeux longument fixés sur l'autre village là-bas. Il songe de plus en plus à y revenir, mais le fleuve lui parait terriblement agité et plein de bêtes dangereuses.

Sans doute a-t-il renoné à le traverser une nouvelle fois mais ce n'est pas sûr.

28 Ocak 2011 Cuma


MADAME DE SEVIGNE (1626 - 1696)

Madame de Sévigné n'a écrit ni tragédie ni roman ni poésie, mais elle a excellé dans l'art épistolaire. Elle a écrit plus de mille lettres à des personnages importants de l'époque et surtout à sa fille. Cet ensemble varié et spirituel constitue la vivante chronique de tout un quart de siècle.

Marie de Rabutin-Chantal est née à Paris. Orpheline de bonne heure, elle est élevée par un oncle qui lui fait donner une éducation soignée -elle apprend l'italien, l'espagnol, le latin-. Mariée à un jeune seigneur en 1644, elle devient marquise de Sévigné. Elle fréquente les salons, où elle brille par son charme et son esprit. Elle engage une correspondance avec des personnalités de l'époque: madame de La Fayette, le cardinal de Retz. Ses lettres sont déjà fort appréciées. Elle a 26 ans lorsque son mari est tué en duel. Par la suite, elle s'occupe beaucoup de ses enfants et surtout de sa fille. Lorsque celle-ci se marie en 1671 et suit son époux à Grignan, dans le Midi de la France, elle lui écrit de longues lettres, au moins deux par semaine, depuis Paris, mais aussi de Bretagne où elle possède un château. Lorsque madame de Sévigné meurt en 1696, elle a écrit près de 1200 lettres, réparties sur une trentaine d'années. Certaines ont été pendues, beaucoup d'autres n'ont été publiées qu'au cours du  XVIIIème et du XIXème siècle.

Dans cette correspondance, nous voyons vivre et évoluer pendant trente ans une personnalité, un peu comme dans les Essais de Montaigne, mais les préoccupations et le ton sont différents. Elle apparait spirituelle, enjouée; elle a tendance à voir les choses sous leur côté agréable. Sa tendresse pour sa fille, la force de ses amitiés nous sont livrées sans fard.

Elle a été marquée par le courant précieux de l'Hôtel de Rambouillet, sans en prendre les défauts. Elle garde l'imagination vive et une gaieté naturelle. Elle nous dit ses goûts, ses lectures, ses préférences. Elle admire mademoiselle de Scudéry et Corneille; elle se trompe parfois, comme en témoigne le peu d'intérêt qu'elle accorde à Racine: "Ce n'est pas pour les siècles à venir". Sans être austère, elle est attirée par le jansénisme et Pascal. Chose rare à l'époque classique, elle sait nous dire aussi son émerveillement pour la nature et la beauté des saisons.

Sa situation mondaine met madame de Sévigné en mesure d'être bien renseignée sur tout, et elle se fait un plaisir de renseigner à son tour ses correspondants. Elle raconte les événements qui agitent la cour et la capitale: procès du surintendant Fouquet, mort de Turenne, exécution de La Brinvilliers, etc. De façon plus vivante que dans des mémoires, elle nous donne la chronique du règne de Louis XIV, avec, semaine par semaine, tous les commérages et les faits divers. Pendant ses séjours en province, son écriture est proche de celle du reportage: elle raconte comment on  voyage, comment les paysans font les foins, la thérapeutique des eaux à Vichy. Elle montre aussi le climat spirituel et moral de l'époque: la portée du cartésianisme sur les esprits, l'influence du jansénisme, le malaise d'une noblesse encore secouée par l'échec de la Fronde.

Il y a chez Madame de Sévigné un désir très fort de briller et de plaire. L'art épistolaire est à la mode au XVIIème siècle et l'auteur sait que ses lettres, si elles sont bien tournées, ont des chances d'être lues publiquement dans les salons de la bonne société. Il y a donc peu de réelles confidences et de détails intimes: ces lettres ont un caractère social. La futilité et le bavardage sont, à certains moments, inévitables, mais la coquetterie littéraire n'altère pas les trois qualités principales de sont style: la vivacité, le naturel et la variété. L'élocution aisée, la spontanéité, de jolies trouvailles d'expression font le charme de son écriture. Sous sa plume rien n'est banal, elle a le don de la mise en scène et l'art de trouver chaque fois le côté accrocheur des choses.

Les lettres de madame de Sévigné sont autant de tableaux des gens et des choses de son époque. On y voit vivre une femme brillante et à l'aise dans son millieu. Elle fait partie de ce que l'on appelle les auteurs mondains.

LETTRES DE MADAME DE SEVIGNE

De 1670 à 1680, un énorme scandale agite Paris; il s'agit de l'Affaire des poisons. La marquise de Brinvilliers, accusée de meurtre, révèle sous la torture les détails de cette affaire, qui touche des personnages imprtants de la cour. Trente-quatre condamnations à mort sont prononcées et exécutées, notamment celle de la Brinvilliers que nous raconte ci-dessous madame de Sévigné.

Enfin c'en est fait, la Brinvilliers est en l'air. Son pauvre petit corps a été jeté, après l'exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent, de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés. Elle fut jugée dès hier. Ce matin, on lui a lu son arrêt, qui était de faire amende honorable à Notre-Dame et d'avoir la tête coupée, son corps brûlé, les cendres au vent. On l'a présentée à la question, elle a dit qu'elle n'en était pas besoin, et qu'elle dirait tout. En effet, jusqu'à cinq heures du soir elle a conté sa vie, encore plus épouvantable qu'on ne le pensait. Elle a empoisonné dix fois de suite son père (elle ne pouvait en venir à bout), ses frères et plusieurs autres. Et toujours l'amour et les confidences mêlés partout. Elle n'a rien dit contre Pennautier. Après cette confession, on n'a pas laissé de lui donner la question dès le matin, ordinaire et extraordinaire; elle n'en a pas dit davantage. Elle a demandé à parler à Monsieur le Procureur général; elle a été une heure avec lui. On ne sait point encore le sujet de cette conversation. A six heures on l'a menée, nue en chemise et la corde au cou, à Notre-Dame faire l'amende honorable. Et puis on l'a remise dans le même tombeau, où je l'ai vue, jetée à reculons sur de la paille, avec une cornette basse et sa chemise, un docteur auprès d'elle, le bourreau de l'autre côté. En vérité, cela m'a fait frémir. Ceux qui ont vu l'exécution disent qu'elle a monté sur l'échafaud avec bien du courage. Pour moi, j'étais sur le pont de Notre-Dame avec la bonne d'Escars; jamais il ne s'est vu tant de monde, ni Paris si ému ni si attentif. Et demandez-moi ce qu'on a vu, car pour moi je n'ai vu qu'une cornette, mais enfin ce jour était consacré à cette tragédie. J'en saurai demain davantage, et cela vous reviendra.
Lettre à madame Grignan (17 juillet 1676)


Encore un petit mot de Brinvilles. Elle est morte comme elle a vécu, c'est-à-dire résolument. Elle entra dans le lieu où l'on devait lui donner la question, et voyant trois seaux d'eau: "C'est assurément pour me noyer, car de la taille dont je suis, on ne prétend pas que je boive tout cela". Elle écouta son arrêt, dès le matin, sans frayeur ni sans faiblesse; et sur la fin, elle le fit recommencer, disant que ce tomberau l'avait frappée d'abord, et qu'elle en avait perdu l'attention pour le reste. Elle dit à son confesseur par le chemin, de faire mettre le bourreau devant elle, "afin de ne point voir, dit-elle, ce coquin de Desgrez qui m'a prise". Il était à cheval devant le tombereau. Son confesseur la reprit de ce sentiment; elle dit: "Ah, mon Dieu! Je vous en demande pardon; qu'on me laisse donc cette étrange vue". Et monta seule et nu-pieds sur l'échelle et sur l'échafaud, et fut un quart d'heure mirodée, rasée, redressée, par le bourreau; ce fut un grand murmure et une grande cruauté. Le lendemain on cherchait ses os, parce que le peuple disait qu'elle était sainte.
Lettre à madame de Grignan (22 juillet 1676)


Madame de Sévigné est profondément chrétienne; elle pratique l'examen de conscience et les lectures pieuses. Dans cette lettre à sa fille, abordant le grand sujet des fins dernières de l'homme, sans nuire aucunement à sa gravité, et lui imprime cependant ce tour vif et primesautier qui lui est propre. Et comme elle est humaine dans son humilité sans raideur.

A Paris, mercredi 16 mars 1672
Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime toujours bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants; mais je suis encore plus dégoutée de la mort: je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle, que si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui m'embarrasse: je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il faut que j'en sorte, cela m'assomme; et comment en sortirai-je? Par où? Par quelle porte? Quand sera-ce? En quelle disposition? Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée? Aurai-je un trasport au cerveau? Mourrai-je d'un accident? Comment serai-je avec Dieu? Qu'aurai-je à Lui présenter? La crainte, la nécessité feront-elles mon retour vers Lui? N'aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur? Que puis-je espérer? Suis-je digne du paradis? Suis-je digne de l'enfer? Quelle alternative! Quel embarras! Rien n'est si fou que de mettre son salut dans l'incertitude; mais rien n'est si naturel, et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre. Je m'abime dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible que je haïs plus la vie parce qu'elle m'y mène, que par les épines qui s'y rencontrent. Vous me direz que je veux vivre éternellement. Point du tout; mais si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice: cela m'aurait ôté bien des ennuis et m'aurait donné le Ciel bien sûrement et bien aisément.


Une représentation d'Esther par les demoiselles de Saint-Cyr était un événement mondain plus encore que théâtrale: nous le voyons en lisant cette lettre adressée à madame de Grignan. Certes, madame de Sévigné a pris un vif plaisir à la pièce et  la juge avec finesse, mais ce qui compte avant tout pour elle, c'est d'avoir donné publiquement une bonne impression d'elle-même et d'avoir mérité l'attention du roi.

A Paris ce lundi 21 février 1689
Je fis ma cour l'autre jour à Saint-Cyr, plus agréablement que je n'eusse jamais pensé. Nous y allâmes samedi, madame de Coulanges, madame de Bagnols, l'abbé Têtu et moi. Nous trouvâmes nos places gardées. Un officier dit à madame de Coulanges que madame de Maintenon lui faisait garder un siège auprès d'elle: vous voyez quel honneur. "Pour vous madame, me dit-il, vous pouvez choisir". Je me mis avec madame de Bagnols au second banc derrière les duchesses. Le maréchal de Bellefonds vint se mettre, par choix, à mon côté droit, et devant c'étaient mesdames 'Auvergne, de Coislin, de Suley.

Nous écoutâmes, le maréchal et moi cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, et de certaines louanges sourdes et bien placées qui n'étaient peut-être pas sous les fontanges de toutes les dames. Je ne puis vous dire l'excès de l'agrément de cette pièce: c'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, et qui ne sera jamais imitée; c'est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet, qu'on n'y souhaite rien, les filles qui font des rois et des personnages sont faites exprès: on est attentif et on n'a point d'autres peine que celle de voir finir une si aimable pièce; tout y est simple, tout y est innocent, tout y est sublime et touchant: cette fidélité de l'histoire sainte donne du respect; tous les chants convenables aux paroles qui sont tirées des Psaumes ou de la Sagesse, et mis dans le sujet, sont d'une beauté qu'on ne soutient pas sans larmes: la mesure de l'approbation qu'on donne à cette pièce, c'était du goût et de l'attention.

J'en fus charmée, et le maréchal aussi, qui sortit de la place pour aller dire au Roi combien il était content, et qu'il était auprès d'une dame qui était bien digne d'avoir vu Esther. Le Roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s'adressa à moi, et me dit: "Madame, je suis assuré que vous avez été contente". Moi, sans m'étonner, je répondis: "Sire, je suis charmée ce que je sens est au dessus des paroles". Le Roi me dit: " Racine a bien de l'esprit". Je lui dis: "Sire, il en a beaucoup; mais en vérité ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi: elles entrent dans le sujet comme si elles n'avaient jamais fait autre chose". Il me dit: "Ah! pour cela, il est vrai". Et puis sa majesté s'en alla et me laissa l'objet de l'envie: comme il n'y avait quasi que moi  de nouvelle venue, il eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. Monsieur le prince, madame la princesse me vinrent dire un mot; madame de Maintenon, un éclair: elle s'en allait avec le roi; je répndis à tout, car j'étais en fortune.

27 Ocak 2011 Perşembe


LE DISCOURS DE LA METHODE
 DE DESCARTES

Le Discours de la Méthode  pour bien conduire sa rasion et chercher la vérité dans les sciences est la première grande oeuvre philosophique et scientifique en français: Descartes veut être accessible à "ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure".

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée... La puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi... la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien". Pour expliquer la découverte de sa méthode, Descartes évoque la stérilité des études de sa jeunesse: lettres, histoire, mathématiques, théologie, morale. Son désir "de distinguer le vrai d'avec le faux" l'a entrainé à acquérir de l'expérience "dans le grand livre du monde", puis lui a inspiré la résolution d'étudier aussi en lui-même.

C'est dans son "poêle", en Allemagne, que Descartes décide de faire table rase de toutes ses connaissances antérieures et de reconstituer l'édifice de son savoir à la seule lumière de sa raison. Il expose les quatre règles de sa méthode.

"Preuves de l'existence de Dieu et de l'âme humaine"
Si je doute de tout, une seule chose échappe à ce doute: c'est le doute lui-même qui est en ma pensée. D'où cette vérité saisie par une intuition directe: "je pense, donc je suis". Et Descartes affirme l'existence de son âme, "substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser", entièrement distincte du corps. Mais, le doute étant une imperfection, l'idée même du parfait qui est en nous entraine l'existence (qui est une forme de perfection) d'un Etre parfait, source de cette idée et auteur de notre être pensant. Dieu étant parfait ne peut nous tromper, et sa véracité nous garantit qu'à notre connaissance intellectuelle des choses par des idées claires et distinctes correspond la réalité permanente du monde extérieur.

"Ordre des questions de physique"
Les choses matérielles répondent à des lois "que Dieu a tellement établies en la nature, et dont il a imprimé de telles notions en nos âmes qu'après y avoir fait assez de réflexion nous ne saurions douter qu'elles ne soient exactement observées en tout ce qui est ou se fait dans le monde". Ainsi l'explication du monde matériel ne doit faire intervenir que les lois de l'étendue et du mouvement, à l'exclusion de toute action surnaturelle. Même la vie physique des êtres organisés, hommes ou animaux, s'explique uniquement par les lois générales de la matière, sans que l'âme y contribue. A ce propos, Descartes expose sa théorie de l'activité automatique du corps par l'action des "esprits animaux".

Les Animaux-Machines
L'homme possède une âme unie à son corps, auquel elle commande par sa volonté; au contraire, l'animal n'a qu'un corps dont les activités sont automatiques. Trois arguments prouvent la théorie des animaux-machines.
1)- Ils n'ont pas de langage articulé. "Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes mais qu'elles n'en ont pas du tout". Car, chez les hommes, même les sourds et muets s'arrangent pour se faire comprendre.
2)- Leur faculté d'adaptation s'explique physiquement: l'instinct n'a rien de commun avec l'intelligence. "Ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit, car, à ce compte, ils en auraient plus qu'aucun de nous, et feraient mieux en toute autre chose; mais plutôt qu'ils n'en ont point, et que c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes: ainsi qu'on voit qu'une horloge, qui n'est composée que de roues et de ressorts, peut compter les heures et mesurer le temps plus justement que nous avec toute notre prudence".
3)- Ils n'ont donc pas d'âme. "Après l'erreur de ceux qui nient Dieu, il n'y en a point qui éloigne plutôt les esprits faibles du chemin de la vertu que d'imaginer que l'âme des bêtes soit de même nature que la nôtre, et que par conséquent nous n'avons rien à craindre ni à espérer après cette vie, non plus que les mouches et les fourmis". Ayant ainsi refusé d'accorder une âme aux animaux, Descartes affirme au contraire que l'âme de l'homme, "entièrement indépendante du corps", est immortelle.

Conditions "pour aller plus avant": le progrès scientifique
Descartes proclame qu' "il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie" et de "nous rendre comme maitres et possesseurs de la nature". Pour y parvenir, il a eu l'idée d'inviter les bons esprits à se communiquer les découvertes, "afin que les derniers commençant où les précédents auraient achevé, et ainsi joignant les vies et les travaux de plusieurs, nous allassions tous ensemble beaucoup plus loin que chacun en particulier ne saurait faire". Les savants lutteront pour le progrès, "car c'est véritablement donner des batailles que de tâcher à vaincre toutes les difficultés et les erreurs qui nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité".

Le Traité des Passions
Il est important de connaitre le Traité des Passions de l'âme. La théorie physiologique de l'origine des passions est aujourd'hui abandonnée, mais elle nous aide à mieux comprendre la psychologie cornélienne et à dominer nos passions.

1)- "La machine de notre corps"
Le cerveau est relié aux organes des sens, aux muscles et au coeur par les nerfs, tuyaux imperceptibles où circulent les "esprits animaux", parties du sang rendues très subtiles par la chaleur du coeur. Les "mouvements excités dans les organes des sens par leurs objets" entrainent dans les nerfs qui vont au cerveau un courant d'esprits animaux qui prennent spontanément leur cours, selon leur forme, leurs dimensions, "vers certains muscles plutôt que vers d'autres" et meuvent nos membres. Par exemple, devant un danger, les esprits se rendent automatiquement "dans les nerfs qui servent à tourner le dos et remuer les jambes pour s'enfuir". Ainsi s'expliquent, chez les hommes, les réflexes et, chez les bêtes, tous leurs mouvements: c'est en ce sens qu'elles sont, pour Descartes, des "machines".

2)- Les fonctions de l'âme
Au contraire, l'homme est doué d'une âme en relation avec le corps par l'intermédiaire de la glande pinéale qui, placée au millieu du cerveau, est extrêmement sensible. Tout afflux des esprits animaux consécutif à une impression des sens extérieurs détermine un mouvement de la glande qui se transmet fidèlement â l'âme et lui donne la perception de la sensation. A son tour, l'âme douée de volonté peut, en agissant sur la glande, commander le déplacement des esprits animaux vers tel muscle et combattre les mouvements provoqués par l'automatisme.
A)- Les "Passions"
A côté des perceptions qui nous font connaitre le monde extérieur, il en est qui sont intérieures et qu'on appelle les passions de l'âme. Ce sont des "émotions de l'âme" (admiration, amour, haine, désir, joie et tristesse) "qui sont causées, et entretenues, et fortifiées par quelque mouvement des esprits animaux". Elles incitent l'âme à "consentir et contribuer aux actions qui peuvent servir à conserver le corps" et que l'automatisme du corps tend déjà à réaliser. Par exemple, devant le danger, le corps tend à fuir, et, parallèlement, les esprits animaux qui parviennent au cerveau sont "propres à entretenir et fortifier la passion de la peur". Ainsi l'âme subit ses "passions", qui ont une cause physiologique, le mouvement des esprits animaux. Les passions sont bonnes ou mauvaises selon qu'elles sont conformes ou non à la raison. Mais, pour combattre les passions qu'elle juge mauvaises, l'âme a aussi ses "actions", c'est-à-dire ses volontés qui sont absolument en son pouvoir.
B)- La volonté et les passions
La volonté ne peut pas directement changer nos passions, car elles s'accompagnent d'une "émotion" des esprits animaux qui s'impose à l'âme. "Le plus que la volonté puisse faire pendant que cette émotion est en sa vigueur, c'est de ne pas consentir à ses effets, et de retenir plusieurs des mouvements auxquels elle dispose le corps. Par exemple, si la peur incite les gens à fuir, la volonté les peut arrêter". Mais notre volonté peut agir indirectement sur nos passions que nous voulons avoir et qui sont contraires à celles que nous voulons rejeter. Ainsi pour exister en soi la hardiesse et ôter la peur, il ne suffit pas d'en avoir la volonté, mais il faut s'appliquer à considérer les raisons, les objets ou les exemples qui persuadent que le péril n'est pas grand; qu'il y a toujours plus de sûreté en la défense qu'en la fuite, qu'on aura de la gloire et de la joie d'avoir vaincu au lieu qu'on ne peut atteindre que du regret et de la honte d'avoir fui et choses semblables. C'est cette conception qui éclaire la psychologie cornélienne. On voit en effet que la volonté peut directement suspendre les actes dictées par les passions, qu'elle peut indirectement combattre ses passions en suscitant des passions contraires, et même qu'elle peut faire naitre des passions conformes à sa tendance raisonable, aussi authentique que celles qu'elle veut repousser.
C)- Ames fortes et âme faibles
Les âmes fortes sont celles dont la volonté combat les passions mauvaises avec ses propres armes, c'est-à-dire "des jugements fermes et déterminés touchant la connaissance du bien et du mal, suivant lesquels elle a résolu de conduire les actions de sa vie". Les âmes faibles en sont réduites à combattre une passion par une autre, par exemple en opposant à la peur, qui provoque la fuite, l'ambition "qui représente l'infâmie de cette fuite comme un mal pire que la mort": "ces deux passions agitent diversement la volonté, laquelle obéissant tantôt à l'une, tantôt à l'autre, s'oppose continuellement à soi-même et rend ainsi l'âme esclave et malheureuse". Mais "il n'y a point d'âme si faible qu'elle ne puisse, étant bien conduite, acquérir un pouvoir absolu sur ses passions"

3)- La générosité
"Je ne remarque en nous qu'une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l'usage de notre libre arbitre, et l'empire que nous avons sur nos volontés; car il n'y a que les seules actions qui dépendent de ce libre arbitre pour lesquelles nous puissions avec raison être loués ou blâmés; et il nous rend en quelque façon semblables à Dieu en nous faisant mettre de nous-même... Ainsi, je crois que la vraie générosité qui fait qu'un homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu'il connait qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soi-même une ferme et constante résolution d'en bien user, c'est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures: ce qui est suivre parfaitement la vertue".

La générosité qui appartient aux âmes bien nées, "sert de remède contre tous les dérèglements des passions". Semblables aux héros cornéliens, les généreux "sont naturellement portés à faire de grandes choses, et toutefois à ne rien entreprendre dont ils ne se sentent capables"; ... ils sont entièrement maitres de leurs passions, particulièrement des désirs, de la jalousie, et de l'envie, et de la haine, et de la peur, et de la colère". Aussi les généreux, ayant conscience de suivre parfaitement la vertu, "en reçoit une satisfaction qui est si puissante pour le rendre heureux que les plus violents et forts des passions n'ont jamais assez de pouvoirs pour troubler la tranquilité de son âme".

L'INFLUENCE CARTESIENNE
On ne peut pas parler d'influence avant 1650. Descartes témoin de l'esprit contemporain, a donné une expression nette et définitive aux tendances confuses de son temps vers l'ordre et la logique. Cette harmonie avec Descartes apparait surtout chez Cornéille, dont le théâtre fait une si large place à la raison et à la grandeur d'âme, et dont la psychologie annonce le Traité des passions, paru treize ans après le Cid.

Molière, La Fontaine et même Pascal formaient avant 1650, sont peu sensibles à son influence. Au contraire, chez Bossuet la structure des développements rappelle les "longues chaines de raison" dont rêvait Descartes; Boileau admire en lui le penseur qui a proclamé la souveraineté de la raison et la Bruyère lui doit l'essentiel de sa philosophie.

Descartes n'a pas tué le lyrisme et le sentiment de la nature, mais il a contribué à orienter la littérature vers l'expression des idées et les analyses psychologiques et morales. Heureusement, l'esthétique des classiques déborde d'étroite conception cartésienne des idées pures et abstraites; à l'exemple des anciens, ils conçoivent l'oeuvre d'art comme une imitation de la vie où interviennent la sensibilité et l'iamgination: plus ouvert à l'influence antique, Racine est moins marqué de cartésianisme.

Dès la fin du XVIIème siècle, le cartésianisme va détruire l'art classique et l'esprit religieux. Les "Modernes" sont des cartésiens qui rejettent l'autorité des anciens et condamnent la poésie: les philosophes du siècle suivant créent une littérature d'idées, toute d'exactitude et de pression. L'esprit cartésien va dominer presque tout le travail philosophique. Selon G. Lanson, bien des "faiseurs de systèmes" du XVIIIème siècle partent de principes et de définitions à priori. Enfin, le goût de la certitude rationnelle a conduit les "philosophes" à rejeter tout principe d'autorité: même les questions politiques et religieuses seront soumises à un audacieux examen critique, ce que Descartes n'avait pas souhaité.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)