Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

26 Ocak 2011 Çarşamba


 EXTRAITS DES « PENSEES » de PASCAL


Méditant sur le récit de saint Matthieu avec l’intuition ardente des grands mystiques, Pascal revit l’agonie du Christ : il entre en sympathie avec les souffrances, surtout avec la terrible sollitude morale de Jésus. Deux motifs obsédants reviennent sans cesse : l’abandon de Jésus par les hommes, la bonté de Jésus qui les sauve malgré eux. Au moment où, plein d’angoisse, le janséniste cherche la voie du salut, au fond de son âme la parole de son sauveur se fait entendre, rassurante et douce, pour lui apporter la paix des certitudes : oui, il est élu, prédestiné ; et dans l’émoi de l’extase, il fait à ce Dieu qui l’a choisi le don total et fervent de lui-même.

Le mystère de Jésus. – Jésus souffre dans sa passion les turments que lui font les hommes ; mais dans l’agonie il souffre des tourments qu’il se donne à lui-même : turbare semetipsum (se torturer soi-même). C’est une suplice d’une main non humaine, mais toute puissante, car il faut être tout-puissant pour le soutenir.

Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis et ils dorment ; il les prie de soutenir un peu avec lui, et ils le laissent avec une négligeance entière, ayant si peu de compassion qu’elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu.

Jésus est seul dans la terre, non seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui la sache : le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance.

Jésus est dans un jardin, non de délices comme le premier Adam, où il se perdit et tout le genre humain, mais dans un de supplices, où il s’est sauvé et toutle genre humain.

Il souffre cette peine et cet abandon dans l’horreur de la nuit.

Je crois que Jésus ne s’est jamais plaint que cette seule fois ; mais alors il se plaint comme s’il n’eût plus contenir sa douleur excessive : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ».

Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble. Mais il n’en reçoit point, car ses disciples dorment.

Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.

Jésus au millieu de ce délaissement universel et de ses amis choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant, s’en fâche à cause du péril où ils exposent non lui, mais eux-mêmes, et les avertit de leur propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude, et les avertir que l’esprit est prompt et la chair infirme.

Jésus les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur repos.

Jésus prie dans l’incertitude de la volonté du Père, et craint la mort ; mais,l’ayant connue, il va au-devant s’offrir à elle : Eamus, Processit (Allons, Il s’avance).

Jésus a prié les hommes, et n’en a pas été exaucé.

Jésus pendant que ses disciples dormaient, a opéré leur salut. Il l’a fait à chacun, des justes pendant qu’ils dormaient, et dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.

Il ne prie qu’une fois que le calice passe et encore avec soumission, et deux fois qu’il vienne s’il le faut.
Jésus dans l’ennui.

Jésus, voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilants, se remet tout entier à son Père.

Jésus ne regarde pas dans Judas son intimité, mais l’ordre de Dieu qu’il aime, et la voit si peu qu’il l’appelle ami.

Jésus s’arrache d’avec ses disciples pour entrer dans l’agonie ; il faut s’arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l’imiter.

Jésus étant dans l’agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps. Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin qu’il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu’il nous en délivre.

Si Dieu nous donnait des maitres de sa main, oh ! qu’il leur faudrait obéir de bon cœur ! La nécessité et les événements en sont infailliblement.
_ « Console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais trouvé.
« Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telles gouttes de sang pour toi.
« C’est me tenter plus que t’éprouver, que de penser si tu ferai bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive.
« Laisse-toi conduire à mes règles, vois comme j’ai bien conduit la Vierge et les saints qui m’ont laissé agir en eux.
« Le Père aime tout ce que Je fais.
« Veux-tu qu’il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes ?
« C’est mon affaire que ta conversion ; ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi.
« Je te suis présent par ma parole dans l’Ecriture, par mon esprit dans l’Eglise et par les inspirations, par ma puissance dans les prêtres, par ma prière dans les fidèles.
« Les médecins ne te guériront pas, car tu mourras à la fin. Mais c’est moi qui guéris et rends le corps immortel.
« Souffre les chaines et la servitude corporelle ; je ne te délivre que de la spirituelle à présent.
« Je te suis plus un ami que tel et tel ; car j’ai fait pour toi plus qu’eux, et ils ne souffriraient pas ce que j’ai souffert de toi et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes infidélités et cruautés, comme j’ai fait et comme je suis prêt à faire, et fais dans mes élus et au Saint Sacrement.
« Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur ».
_ Je le perdrai donc, Seigneur, car je crois leur malice sur votre assurance.
_ « Non, car moi, par qui tu l’apprends, t’en peux guérir, et ce que je te le dis est un signe que je te veux guérir. A mesure que tu les expieras, tu les connaitras, et il te sera dit : « Vois les péchés qui te sont remis». Fais donc pénitence pour tes péchés cachés et pour la malice occulte de ceux que tu connais ».
_ Seigneur, je vous donne tout.
_  « Je t’aime plus ardemment que tu n’as aimé tes souillures, ut immundus pro luto (Comme un animal immonde aime sa fange). Qu’à moi en soit la gloire et non à toi, ver et terre.
« Interroge ton directeur, quand mes propres paroles te sont occasion de mal, et de vanité ou curiosité ».
_ Je vois mon abime d’orgueil, de curiosité, de concupiscence. Il n’y a nul rapport de moi à Dieu, ni à Jésus-Christ juste. Mais il a été fait péché par moi ; tous vos fléaux sont tombés sur lui. Il est plus abominable que moi, et, loin de m’abhorrer, il se tient honoré que j’aille à lui et le secoure.
Mais il s’est guéri lui-même, et me guérira à plus forte raison.
Il faut ajouter mes plaies aux siennes, et me joindre à lui, et il me sauvera en se sauvant. Mais il n’en faut pas ajouter à l’avenir.

LE MEMORIAL

Le mémorial est l’écrit le plus intime de Pascal. Ce bout de papier qui relate son expérience mystique lors d’une nuit inoubliable de 1654, a été trouvé dans la doublure de son manteau après sa mort: il portait ce souvenir en permanence sur lui. Pascal a fait une copie au propre de son premier jet; un ami intime en a tiré une troisième copie. Il faut noter que les trois dernières lignes du Mémorial sont absentes dans un des autographes. Cette copie accompagnait le parchemin du Mémorial, aujourd’hui disparu. On comprend d’après cet autographe, les difficultés que présente la lecture du manuscrit des Pensées.

†
L'an de grâce 1654,
Lundi, 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr, et autres au martyrologe.
Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres,
Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,
FEU¹.
« DIEU d'Abraham, DIEU d'Isaac, DIEU de Jacob »², non des philosophes et des savants.
Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix³.
DIEU de Jésus-Christ.
Deum meum et Deum vestrum*¹.
« Ton DIEU sera mon Dieu. »*²
Oubli du monde et de tout, hormis DIEU.
Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l'Évangile.
Grandeur de l'âme humaine.
« Père juste, le monde ne t'a point connu, mais je t'ai connu. »*³
Joie, joie, joie, pleurs de joie.
Je m'en suis séparé:
Dereliquerunt me fontem aquae vivae¹¹.
« Mon Dieu, me quitterez-vous ? » ²²
Que je n'en sois pas séparé éternellement.
« Cette³³ est la vie éternelle, qu'ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »
Jésus-Christ. Jésus-Christ.
Je m'en suis séparé; je¹¹¹ l'ai fui, renoncé, crucifié.
Que je n'en sois jamais séparé.
Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l'Évangile:
Renonciation totale et douce.
Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.
Non obliviscar sermones tuos²²². Amen.

Explications►
¹: Feu; mot isolé au millieu de la ligne : feu intérieur de la certitude, ou vision surnaturelle éblouissante.
² : Exode, III, 6 : Dieu se définit ainsi à Moïse ; définition reprise par Jésus (Matth., XXII, 32)
³ : Ligne ajoutée après coup, dan l’exaltation de la certitude.
*¹ : Jean, XX, 17 : « (Je monte vers) mon Dieu et votre Dieu »
*² : Ruth (I, 16) : paroles de Ruth à sa belle-mère Noémi.
*³ : Jean, XVII, 25, où Jésus apparait comme « médiateur »
¹¹ : « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive » (reproche de l’Eternel aux Hébreux, dans Jérémie, II, 13)
²² : Mathh., XXVII, 46. Cri d’angoisse de Jésus sur la croix, qui reprend un psaume prophétique (XXII, 2.
³³ : Cette : cela (annonce « qu’ils te connaissent… ». Paroles de Jésus à Dieu (Jean, XVII, 3.)
¹¹¹ : Fin de phrase ajoutée en surcharge
²²² : « Je n’oublierai pas tes paroles ». (Ps. CXVIII, 16.)

 PASCAL, "PENSEES SUR LA POLITIQUE"

Scientifique et philosophe de génie, écrivain et polémiste redoutable, Pascal est un de ces géants qu'ait produit l'histoire. Nous le connaissons surtout par son livre « Les Pensées », bréviaire des pessimistes comme Cioran, ou livre de chevet de Nietzsche. Déroutant d'un bout à l'autre, écrit en vue de l'apologie de la religion chrétienne, ce livre passe pour une mine de réflexions profondes en tout genre concernant la condition des hommes. Chacun connaît les fragments sur les deux infinis, le pari ou encore le divertissement. Ce qu'on connaît moins, c'est que Pascal y développe aussi une pensée politique. Certes, il n'y a pas à proprement parler une philosophie politique chez Pascal au sens où les thèmes de pouvoir, de justice ou de force ne sont pas thématisés. Dispersées et souvent elliptiques, les Pensées de Pascal n'enferme pas moins un ensemble de considérations politiques dont la cohérence nous échappe. Je voudrais dans ces lignes modestes en dire quelques mots sur cet aspect peu connu des « Pensées ».

Il serait d'ailleurs surprenant que Pascal n'eut pas à réfléchir sur la politique, lui qui s'engagea avec détermination dans un conflit qui marquera l'histoire de France et de l'Eglise: la querelle des « Provinciales ». Pascal n'est pas dupe. Ne croyant en rien, hormis en Dieu (d'Abraham, d'Isaac et de Jacob), il jette une lumière crue sur la condition humaine. Les lois, la justice, la tradition, le progrès sont inventions d'hommes, néanmoins nécessaires et inévitables, mais dépourvues de toute justification. Ils ne sont certes pas dépourvues de raison, car sans cause pas d'effet, mais ces causes ne sont pas ultimes, c'est-à-dire divines mais simplement désespérément humaines. Il n'y a que des faits, et les faits tout têtus qu'ils sont ne valent rien parce qu'ils ne peuvent rien fonder. « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie » (206) (1). L'univers ne nous parle pas, le monde ne nous dit rien. Exit Galilée car il se trompe. L'espace galiléen n'a rien à dire; le monde n'est pas un livre ouvert dont les mathématiques seraient la langue.

La physique cartésienne est aussi incapable de nous proposer un sens. Quel homme, fût-ce le plus idiot, pourrait espérer son salut d'un morceau de cire? Par quoi Descartes est « inutile et incertain » (78). Que dire du progrès? Fait-il sens? Peut-être, mais ce sens progresse-t-il? Et vers quoi? (voir la « Préface sur le Traité du vide »). L'histoire avec son cortège d'absurdités ne nous éclaire pas davantage. Bref, le monde des faits est désespérément réel. Ni le monde, ni l'histoire, ni la raison ne sont Dieu. Qui adore ces vérités est un idolâtre ? Elles existent et sont vraies, mais elles ont leur limites. Pascal n'a jamais renié la connaissance rationnelle, mais il n'a cesse d'en souligner la relativité. Le vrai renferme son incertitude propre et ne peut se prononcer sur le bien. La raison, « elle a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses » (82). Vivre selon la société nous pousse à mentir, à l'égoïsme et au divertissement (101, 455, 100 dernier paragraphe, 141 et 140). Quant à l'histoire, elle n'est qu'impermanence et vanité (hormis la pérennité de l'Eglise). Les états ne durent pas plus de mille ans - (614). En plus tout y est soumis à l'insignifiance. Rappelons-nous du nez de Cléopâtre et du grain de sable dans la vessie de Cromwell (162 et 176). Pascal récuse tout optimisme naturaliste, historique et rationaliste. Croire en l'homme, c'est se leurrer gravement, car s'il y a une espérance, elle est à placer en Dieu et non en l'homme. La nature humaine étant corrompue à cause du péché originel, en matière des affaires humaines il n'y a rien qui puisse être digne de nos aspirations. Pascal s'emploie dans ses Pensées à montrer sans relâche qu'il n'y a ni justice naturelle, ni pouvoir véritablement légitime ». Il y a sans doute des lois naturelles; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu » (294). L'homme animal dénaturé, plus exactement déchu de sa véritable nature, produit des effets, et l'ensemble de ceux-ci forme le « fait », le fait de la force et des rapports de force, c'est-à-dire la lutte pour le pouvoir et sa conservation ». Les enfants étonnés voient leur camarade respecté » (321) Pourquoi respecter celui-là, plutôt qu'un autre se demandent-ils? N'est-il pas comme nous, ou même moins fort que nous physiquement? Mais il est fils de roi ou fils de duc. En lui il n'y a aucune valeur intrinsèque. Objectivement, il ne vaut rien, mais c'est un fait. Et ce fait est une force ». Cela est admirable, écrit Pascal, on ne veut pas j'honore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sept ou huit laquais! Eh quoi! Il me fera donner les étrivières, si je ne le salue. Cet habit est une force » (315)

Tout ce qui s'expose sous nos yeux comporte une duplicité foncière. La richesse même indue et imméritée n'en reste pas moins une richesse ». Le respect est: incommodez-vous. Cela est vaine en apparence, mais très juste; car c'est dire: je m'incommoderai bien si vous en aviez besoin, puisque je le fais bien sans que cela vous serve... » (317).Tout cela est vain et cependant nécessaire, car la force y est. L'effet par lui-même est ridicule, mais il est force. Autrement dit, tout est simulacre et en politique les simulacres ne valent que parce qu'elles renvoient à un pouvoir. Pourquoi suit-on la pluralité? Est-ce à cause qu'ils ont plus de raison? Non, mais plus de force » (301)

Il n'y a donc que la force et c'est la politique même. Avoir raison ne signifie rien en la matière. Sur ce plan, ce n'est pas la raison qui dicte sa loi, mais la force. Que vaut en effet la démocratie sans la force des démocrates? Pour avoir la paix il faut la victoire et il n'est de victoire que de la force (298).

Mais cette force, que sert-elle? Pascal répond: la concupiscence ». Qu'est-ce, à votre avis, d'être grand seigneur? C'est être maître de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux désirs de plusieurs » (Troisième discours sur la condition des Grands). La force et la concupiscence sont les sources de toutes nos actions (334) Ici, Pascal est très proche de Spinoza. Il n'y a donc que le désir de pouvoir et la force du désir est de vouloir croître et dominer. Les faits politiques ne sont que forces et rapports de forces.

La justice n'y échappe pas non plus, car elle est un fait elle aussi. Elle s'établit à partir de la force. Que serait, en effet le droit sans la force de l'Etat (et inversement)?  « La justice est ce qui est établi; et ainsi toutes nos lois établies seront nécessairement tenues pour juste sans être examinées, puisqu'elles sont établies » (312). Cette acceptation bien que nécessaire dénote cependant la faille qui les habite. Nous ne connaissons pas le vrai bien (nous l'avons perdu), mais «  nous connaissons le mal et le faux (...) et nous n'avons le vrai et le bien qu'en partie » (385). Ce qui nous permet évidemment de critiquer telle ou telle loi et la trouver injuste. Si par cette épistémologie négative Pascal annonce Popper, en revanche sa morale négative est anti-rousseauiste. Une phrase comme « l'épée donne un véritable droit » (878) est vigoureusement contestée par Rousseau au livre 1 de son Contrat Social. « La force ne produit aucun droit ». C'est que Pascal en politique ne cherche pas à fonder un ordre nouveau. Ne nourrissant aucune illusion quant à l'homme, il ne tient compte que des faits. Ce qui doit être relève d'un autre ordre qui n'appartient pas à l'histoire. Pascal explique plus qu'il ne fonde, car il ne peut y avoir de politique parfaite. La politique est une justification de fait et non de droit parce qu'elle n'est pas en mesure de se justifier pleinement pour la simple raison que nous ne sommes pas en « régime de grâce ».

La fêlure causée par le péché a disjoint l'économie de la création provoquant par là-même une disjonction des divers ordres entre eux. Ainsi, « De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée: cela est impossible, et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible, d'un autre ordre, surnaturel » (793).

Chez Pascal, les trois ordres sont irrémédiablement disjointes et irréconciliables. Distinctes et opposés (460). La charité est supérieure à la raison (ou à l'esprit), et la raison au corps. Il y a là certes une hiérarchie mais elle est inefficace. Ces trois ordres sont transcendants l'un par rapport à l'autre. C'est dire qu'ils ne peuvent se communiquer. Vouloir établir une immanence entre eux est vanité. C'est pourquoi nous consentons à jouer un rôle malgré nous car les apparences nous servent et parce qu'elles cachent notre vraie misère. Mais ces trois ordres sont nécessairement nôtres. Il est vain de vouloir de choisir; cela reviendrait à nier notre humanité. Chaque ordre est indépendant et clos sur lui-même. D'où l'impossibilité d'une politique juste, équitable et vraie. La dialectique pascalienne n'ouvre nullement sur un dépassement comme on peut le croire. La clôture des ordres et leur incommunicabilité interdisent d'aboutir à une synthèse (de type hégélien). Comment la charité tiendrait lieu de force, et comment la force la charité? Et comment ensemble (ou séparées) de raison?

La politique est le lieu où se reflète cette impossibilité d'un vivre-ensemble des ces trois ordres. Ceux-ci ne suffisent pas. Pas d'avantage la politique à faire accéder à un ordre supérieur. Tout homme pris dans ces trois ordres est à la fois fini et incomplet. Fini parce qu'il ne peut y échapper, incomplet, parce qu'il aspire justement à la plénitude, à autre chose que soi. Nulle force, nulle vérité, nul amour peuvent le satisfaire hormis Dieu, de qui viennent toute force, toute vérité et tout amour. Mais cela n'est pas de ce monde, et c'est par quoi le monde n'est pas Dieu. La séparation est radicale mais pas sans issue. Mais le fait qu'on ne puisse passer d'un ordre à un autre, ni nous contenter d'aucun d'entre eux forme le tragique de l'homme et de la politique. Ce tragique menace constamment la politique. Certes l'ordre politique et juridique est admirable, mais sans véritable bien qu'est Dieu selon Pascal. C'est une « fausse image », car les intérêts de chacun devenus sacro-saints, les forces en présence sont toujours les mêmes en plus exaspérées de nos jours. Nos démocraties sont à réinventer avec peut-être un peu plus de lucidité comme celle que Pascal promène sur nous et sur la politique.

*Les chiffres renvoient à la numérotation de Léon Brunschvicg, Pensées, Pascal, GF-Flammarion, 1976
*Préface d'André Comte Sponville dans son petit livre sur Pascal, Pensées sur la politique. (Rivages Poches, Petite Bibliothèque, 1992).

AUGUSTE UNAT

25 Ocak 2011 Salı


 L'ABBE PREVOST (1697-1763)
 MANON LESCAUT 

L'Abbé Antoine François Prévost est l'auteur d'une cinquante de romans mais son nom est surtout lié aux Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde, dont le tome VII est constitué par l'histoire de Manon Lescaut. L'auteur y décrit avec force la toute-puissance de la passion. Le jeune chevalier Des Grieux rencontre à Amiens une toute jeune fille, Manon, dont il tombe éperdument amoureux. Il l'enlève et s'installe avec elle à Paris. Mais Manon est volage. Elle se laisse séduire par d'autres amoureux et entraine son malheureux amant dans de multiples aventures. Des Grieux continuera quand même d'aimer Manon jusqu'à la mort de celle-ci.
Ce livre fait scandale et est condamné au feu, bien que son auteur le présente comme un exemple terrible de la force des passions.

Le chevalier des Grieux, le héros-narrateur, raconte à "l'homme de qualité", simple auditeur, sa fuite amoureuse avec Manon.

"J'employai la nuit à mettre ordre à mes affaires, et m'étant rendu à l'hôtellerie de Mlle Manon vers la pointe du jour, je la trouvai qui m'attendait. Elle était à sa fenêtre, qui donnait sur la rue, de sorte que, m'ayant aperçu, elle vint m'ouvrir elle-même. Nous sortimes sans bruit. Elle n'avait point d'autre équipage que son linge, dont je me chargeai moi-même. La chaise était en état de partir; nous nous éloignâmes aussitôt de la ville. Je rapporterai, dans la suite, quelle fut la conduite de Tiberge, lorsqu'il s'aperçut que je l'avais trompé. Son zèle n'en devint pas moins ardent. Vous verrez à quel excès il le porta et combien je devrais verser de larmes en songeant quelle en a toujours été la récompense.

Nous nous hâtâmes tellement d'avancer que nous arrivâmes à Saint-Denis avant la nuit. J'avais couru à cheval à côté de la chaise, ce qui ne nous avait guère permis de nous entretenir qu'en changeant de chevaux; mais lorsque nous nous vimes si proche de Paris, c'est-à-dire presque en sûreté, nous primes le temps de nous rafraichir, n'ayant rien mangé depuis notre départ d'Amiens. Quelque passionné que je fusse pour Manon, elle sut me persuader qu'elle ne l'était pas moins pour moi. Nous étions si peu réservés dans nos caresses, que nous n'avions pas la patience d'attendre que nous fussions seuls. Nous postillons et nos hôtes nous regardaient avec admiration, et je remarquais qu'ils étaient surpris de voir deux enfants de notre âge, qui paraissaient s'aimer jusqu'à la fureur. Nos projets de mariage furent oubliés à Saint-Denis; nous fraudâmes les droits de l'Eglise, et nous nous trouvâmes époux sans y avoir fait réflexion. Il est sûr que, du naturel tendre et constant dont je suis, j'étais heureux pour toute ma vie, si Manon m'eût  été fidèle. Plus je la connaissais, plus je découvrais en elle de nouvelles qualités aimables. Son esprit, son coeur, sa douceur et sa beauté formaient une chaine si forte et si charmante, que j'aurais mis tout mon bonheur à n'en sortir jamais. Terrible changement! Ce qui fait mon désespoir a pu faire ma félicité. Je me trouve le plus malheureux de tous les hommes, par cette même constance dont je devais attendre le plus doux de tous les sorts, et les plus parfaites récompenses de l'amour.

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Nous marchâmes aussi longtemps que le courage de Manon put la soutenir, c'est-à-dire environ deux lieues; car cette amante incomparable refusa constamment de s'arrêter plus tôt. Accablé enfin de lassitude, elle me confessa qu'il lui était impossible d'avancer davantage. Il était déjà nuit. Nous nous assimes au millieu d'une vaste plaine, sans avoir pu trouver un arbre pour nous mettre à couvert. Son premier soin fut de changer le linge de ma blessure, qu'elle avait pansée elle-même avant notre départ. Je m'opposai en vain à ses volontés. J'aurais achevé de l'accabler mortellement, si je lui eusse refusé la satisfaction de me croire à mon aise et sans danger, avant que de penser à sa propre conservation. Je me soumis durant quelques moments à ses désirs. Je reçus ses soins en silence et avec honte. Mais lorsqu'elle eut satisfait sa tendresse, avec quelle ardeur la mienne ne prit-elle pas son tour! Je me dépouillai de tous mes habits, pour lui faire trouver la terre moins dure en les étendant sous elle. Je la fis consentir, malgré elle, à me voir employer à son usage tout ce que je pus imaginer de moins incommode. J'échauffai ses mains par mes baisers ardents, et par la chaleur de mes soupirs. Je passai la nuit entière à veiller près d'elle, et à prier le Ciel de lui accorder un sommeil doux et paisible. O Dieu! que mes voeux étaient vifs et sincères! et par quel rigoureux jugement aviez-vous résolu de ne les pas exaucer?

Pardonnez, si j'achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur, chaque fois que j'entrepends de l'exprimer.


Abbé Prévost lisant Manon Lescaut
 Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maitresse endormie et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes. Je les approchais de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement; et faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d'une voix faible, qu'elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaitre que la fin de ses malheurs approchait. N'exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions.  Je la perdis; je reçus d'elle des marques d'amour, au moment même qu'elle expirait; c'est tout ce que j'ai la force de vous apprendre, de ce fatal et déplorable événement.

Mon âme ne suivit pas la sienne. Le ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni. Il a voulu que j'aie trainé, depuis, une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.

Je demeurai plus de vingt-quatre heures, la bouche attachée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bêtes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer et d'attendre la mort sur sa fosse. J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoin de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux liqueurs que j'avais apportées. Elles me rendirent autant de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre, dans le lieu où je me trouvais. C'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée, pour m'en servir à creuser, mais j'en tirais moins de secours que de mes mains. J'ouvris une large fosse. J'y plaçai l'idôle de mon coeur, après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits, pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle. Je la considarai longtemps. Je ne pouvais me résoudre à fermer la fosse. Enfin, mes forces recommencèrent à s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours, dans le sein de la terre, ce qu'elle avait portait de plus parfait et de plus aimable. Je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et, fermant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel et j'attendis la mort avec impatience. Ce qui vous paraitra difficile à croire, c'est que pendant tout l'exercice de ce lugubre ministère, il ne sortit point une larme de mes yeux ni un soupir de ma bouche. La consternation profonde où j'étais, et le dessein déterminé de mourir, avaient coupé le cours à toutes les expressions du désespoir et de la douleur. Aussi ne demerai-je pas longtemps dans la posture où j'étais sur la fosse, sans perdre le peu de connaissance et de sentiment qui me restait.
L'Abbé Prévost, La véritable histoire du Chevalier des Grieux
et de Manon Lescaut, 1731

RENE DESCARTES (1596-1650)

René Descartes naquit à La Haye entre Tours et Poitiers, en 1596. Il fut élevé chez les jésuites de la Flèche et montra de bonne heure un goût très vif pour les mathématiques, dont la méthode le séduisait par sa précision. Après voir achevé son droit, il voyagea. Il renonçait aux livres, comme il nous le dit lui-même avec quelques exagérations, pour étudier dans le grand livre du monde. Il vit la Hollande, l'Allemagne et l'Italie; il fut soldat pendant la guerre de Trente Ans. Il observait les hommes mais il était surtout attentif aux mouvements de sa popre pensée. Seul, l'hiver, dans son poêle le 10 novembre 1619, il eut comme une révélation métaphysique, suivie d'une sorte d'extase. Il découvrait toute une science et une philosophie nouvelles, l'application de l'algèbre à la géométrie et l'application de la méthode des mathématiques à la métaphysique. En 1636, quand son système lui parait sufisamment mûri, il en fait connaitre les grandes lignes dans le Discours de la Méthode. Il mourut en 1650 en Suède, où la reine Christine l'avait attiré.

DESCARTES & LA PHILOSOPHIE 
Descartes a fait une véritable révolution en philosophie. D'après lui, tout progrès était impossible dans la spéculation philosophique, si on ne commençait pas par renoncer à la méthode aristotélicienne mise à la mode par la scolastique, pour lui substituer une méthode plus pratique issue des mathématiques.

Cette méthode, il l'a exposée dans le Discours de la Méthode. Les principes essentielles en sont les suivantes: en toute chose ne se rendre qu'à l'évidence; n'accepter pour vrai que ce qui est clair et distinct; décomposer les questions par une analyse minutieuse jusqu'à ce qu'on rencontre les éléments irréductibles dont toutes choses sont faites; à l'aide de ces éléments par le jeu logique de la raison, construire la vérité toute entière.

Descartes applique ces règles implacables à sa propre pensée. Et il arrive que toute la philosophie qu'on lui a enseignée se dissout devant cet examen; il en vient à douter de tout. Ce n'est pas un doute absoulu mais un doute provisoire, un doute méthodique, c'est-à-dire un doute qui servira à découvrir la vérité. Dans cette analyse qui ébranle toutes ses notions Descartes arrive à un fait irréductible dont il ne peut pas douter quoi qu'il fasse, c'est l'existence de sa pensée; il en conclut immédiatement que puisqu'il pense, il existe: cogito ergo sum. C'est le point de départ de la reconstruction.

DESCARTES ET LA RELIGION
Lorsque Descartes entreprend cette analyse qui ruinera toute la philosophie traditionnelle, il met à part la morale pratique qui est garantie par la coutûme et la religion qui échappe à sa méthode parce qu'elle est fondée sur l'autorité. Il restera toute sa vie un croyant sincère. De son temps beaucoup de bons esprits voyaient même dans sa méthode un moyen nouveau de défendre la religion; et de fait, au XVIIème siècle la rasion s'appuyant sur l'analyse et sur l'évidence travailla à l'apologie de la foi contre les libertins. Mais la raison individuelle que rien ne limite peut servir à détruire aussi bien qu'à construire. Bossuet, vers la fin de sa vie s'en aperçut et le XVIIIème siècle a montré qu'il voyait clair.

DESCARTES ET L'IDEAL CLASSIQUE
L'influence de Descartes fut profonde sur la formation de l'idéal classique. Sa méthode philosophique passa dans la littérature: l'analyse minutieuse, le culte de la clarté et de l'ordre sont à la base de toutes les grandes oeuvres littéraires du XVIIème siècle. Il fournit même à l'école de 1660 des idées plus fondamentales: le vrai et le beau sont identiques; l'art, comme la science, néglige l'individuel et sa tâche à l'universel; la raison et la faculté infaillible qui nous mène à la beauté comme elle nous mène à la vérité. Il est impossible de ne pas être frappé des ressemblances qu'il y a entre dans la doctrine de Descartes et celle de Boileau. Mais Descartes n'a pas créé ce courant, il n'est pas l'ouvrier unique de l'idéal classique. Il est seulement celui qui a le mieux compris les besoins généreux de l'esprit et de son temps, et celui qui leur a donné une expression philosophique. Cette formule cartésienne a ainsi réalisé une synthèse qui est imposée.

DESCARTES ECRIVAIN
Montaigne et Balzac avaient traité en français des questions de moral. Descartes est le premier qui ait écrit en français sur des matières de philosophie proprement dite. Aussi l'importance du Dicours de la Méthode est considérable dans l'histoire de notre littérature: par Descartes la philosophie devient accessible aux gens du monde et cesse d'être un simple exercice d'école.

Descartes n'est pas un artiste. Il dédaigne les artifices de style, il n'a que mépris pour les procédé de rhétorique qui consistent à toucher l'imagination où les sens du lecteur. Il veut parler à l'esprit aussi les qualités maitresses de son style sont l'ordre et la clarté. Mais l'enhainement des idées est si rigoureux qu'ils donnent l'impression d'une vie puissante qui s'affirme, s'avance, et simplifie en s'avançant. La logique devient ainsi éloquente.

DIFFUSION DU CARTESIANISME
Descartes eut de nombreux disciples qui rependirent sa doctrine, parfois en la modifiant. Les principaux sont le Père Mersenne, et le Père Malebranche dont l'ouvrage principal, la Recherche de la Vérité, a une grande valeur de pensée et d'art. Le cartésianisme pénétra à l'Oratoire et à Port-Royal. Il eut surtout une grande fortune dans les salons, nous savons que Mme de Grignan en était entichée et qu'on en discutait chez Mme de la Sablière; Molière nous dit même que "cartésianiser" était devenu une manie ridicule chez les femmes du monde. Sans doute les mondains avaient fait un succès à des théories secondaires qui ne sont pas le cartésianisme mais cet engouement prouve cependant que le XVIIème siècle avait l'impression vague de l'importance de Descartes en réalité, il a mis fin à une période et à un mode de penser en rejetant l'aristotélisme; et, en instaurant l'exercie de la raison individuelle, il a ouvert la voie à toute la pensée moderne. L'opération comportait de grands avantages et de grands périls. En tout cas, elle montre en Descartes un des plus grands génies de notre race.

UNE FILLE UN PEU LOUCHE

Lorsque j'étais enfant, j'aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche; au moyen de quoi, l'impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s'y faisait aussi pour émouvoir la passion de l'amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu'à en aimer d'autres, pour cela seul qu'elles avaient ce défaut; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j'y ai fait réflexion, et que j'ai reconnu que c'était un défaut, je n'en ai plus été ému. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu'un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu'il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c'est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu'un défaut, qui nous attire ainsi à l'amour, toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l'exemple que j'en ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d'avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus. Mais, à cause que nous ne pouvons pas aimer également tous ceux en qui nous remarquons des mérites égaux, je crois que nous sommes seulement obligés de les estimer également; et que, le principal bien de la vie étant d'avoir de l'amitié pour quelques-uns, nous avons raison de préférer ceux à qui nos inclinations secrètes nous joignent, pourvu que nous remarquions aussi en eux du mérite. Outre que, lorsque ces inclinations secrètes, ont leur cause en l'esprit, et non dans le corps, je crois qu'elles doivent toujours être suivies; et la marque principale qui les fait connaître, est que celles qui viennent de l'esprit sont réciproques, ce qui n'arrive pas souvent aux autres.
RENE DESCARTES, Lettre à Chanut (6 juin 1647)

24 Ocak 2011 Pazartesi

LA ROCHEFOUCAULD (1613-1680)

François de La Rochefoucauld appartient à la plus haute noblesse de France. Contemporain de Corneille, c'est encore un personnage de l'époque de Louis XIII. Sa jeunesse est aventureuse; il fait ses premières armes en Italie, complote contre Richelieu, est emprisonné à la Bastille et participe à la Fronde pour plaire à une dame. Gravement blessé au combat à Paris il se retire en province, avant de revenir dans la capitale en 1656.

Il fréquente les salons, fait la connaissance de madame de Sévignée et devient l'ami de  madame de la Fayette. En 1662, il entreprend la rédaction de ses Mémoires; mais l'oeuvre pour laquelle il reste célèbre, ce sont les Maximes. On en publie cinq éditions de son vivant, qui connaissent énormément de succès. La Rochefoucauld meurt en 1680, et c'est Bossuet qui lui donne les derniers sacrements.

LES MEMOIRES
Cet ouvrage relate la période qui va de la régence d'Anne d'Autriche à la Fronde. Il parait à Bruxelles en 1662 et dès sa parrution il fait scandale. L'auteur y emploie sa lucidité à démasquer les mobiles inavoués, psychologiques ou politiques, des différents protagonistes et intriguants de cette période mouvementée. Ce n'est pas un essai historique car il n'y a aucune réflexion globale pour essayer d'insérer cette période dans le courant de l'histoire.

LES MAXIMES
C'est un divertissement mondain qui est le point de départ des Maximes. Dans les salons de madame de Sablé, amie des jansénistes, les invités se livrent à des joutes oratoires mêlées de morale, de philosophie et de religion. C'est la Rochefoucauld qui a su le mieux condenser le résultat de ces entretiens en choisissant "l'amour propre" comme fil directeur.

L'idée centrale des Maximes est que l'égoïsme est le mobile de tous nos actes. "Les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer" (Maxime 171). Pour cet homme qui se vantait de ne rire jamais, l'homme n'est pas bon. La générosité est interprétée comme de l'ambition déguisée, la modestie comme "le désir d'être loué deux fois", la tolérence des princes comme "une politique pour gagner l'affection des peuples". Pour ce personnage sans illusion, il n'y a pas de vertu pur; c'est l'équilibre de vices qui donne à l'individu une apparence d'homme de bien. Ce pessimiste désenchanté dénonce les fausses sagesses et l'hypocrisie; il place au-dessus de tout la lucidité qui permet de voir l'homme tel qu'il est: égoïste, vaniteux, orgueilleux. Tout comme Corneille, il reconnait qu'il y a "des héros en mal comme en bien" et que plus le crime est grand, plus il passe pour glorieux (exemple: les grandes batailles). Cette vision de l'homme n'est pas absolument originale et le catholicisme, avec Saint-Augustin, avait déjà parlé de la nature humaine en ces termes peu flatteurs. Ce qui fait le prix de cette oeuvre, c'est que La Rochefoucauld a su y mêler les apports de plusieurs cultures (Antiquité, Machiavel, Montaigne, conversations de salons, jansénisme etc). En les centrant sur un idéal d'honnêteté: ne pas tricher, essayer d'être honnête avec soi-même.
Du point de vue de style, l'expression est lapidaire, parfois sèche, mais elle ne manque pas de réussite dans les aphorismes. La Rochefoucauld est l'un  des maitres du genre littéraire que l'on appelle le fragment (et que l'on retrouve chez Nietzsche).
 LES MAXIMES

Maxime 2► L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
Maxime 15► La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples
Maxime 19► Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
Maxime 31► Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres.
Maxime 87► Les hommes ne vivraient pas longtemps en société, s'ils n'étaient les dupes les uns dans les autres.
Maxime 110► Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes.
Maxime 138► On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler
Maxime 149► Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois
Maxime 158► La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notre vanité
Maxime 159► Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut avoir l'économie
Maxime 200► La vertu n'irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie
Maxime 218► L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu
Maxime 226► Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une espèce d'ingratitude
Maxime 253► De toutes les passions celle qui est la plus inconnue, c'est la paresse; elle est la plus violente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient très cachés. Si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maitresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs, c'est le petit poisson qui a la force d'arrêter les plus grands navires; c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écureils et les plus grandes tempêtes. Ce repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend soudainement ses plus ardentes poursuites et ses plus opiniâtres résolutions; et enfin pour donner la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est une béatitude de l'âme qui la console de toutes ses pertes et la fait renoncer à toutes ses prétentions.
Maxime 303► Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.
Maxime 387► Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon.
Maxime 410► Le plus grand effort de l'amitié n'est pas de montrer vos défauts à un ami, c'est de lui faire voir les siens.

22 Ocak 2011 Cumartesi


NICOLAS BOILEAU (1636-1711)

Poète formaliste mais aussi écrivain satirique redouté, Nicolas Boileau peut être considéré comme le théoricien du classicisme en France. Il a contribué à diffuser les thèses classiques à partir des grandes oeuvres théâtrales de Corneille et Racine. Enfin, c'est un écrivain très exigeant, à la recherche de la pureté du français sans les excès de la préciosité.

Né à Paris dans une famille bourgeoise, Nicolas Boileau étudie la théologie, puis le droit, après une enfance assombrie par la mort de ses parents et par la maladie. En 1657, un modeste héritage lui permet de s'engager dans la carrière littéraire. Il fréquente alors une société de philosophes de libertins, fait la connaissance de Molière et se met à écrire ses premières satires, dont la publication en 1666 lui attire de nombreux ennemis. Il pénètre peu à peu dans les millieux mondains dont les discussions l'amènent à formuler en 1674 son ART POETIQUE. Le succès lui vaut d'être présenté à Louis XIV:  il est nommé en même temps que Racine historiographe du roi, en 1677. Dès lors, Boileau n'écrit plus beaucoup et mène une vie bourgeoise. Il entre à l'Académie en 1684. C'est là que sera relancée la Querelle des Anciens et des Modernes, où il reprend sa plume d'écrivain satirique. Après une dernière polémique avec les jésuites, Boileau, malade, meurt à Paris en 1711.

LES PRINCIPALES OEUVRES

Les Satires (de 1666 à 1705)
Ce sont des poèmes en vers où l'écrivain dénonce les défauts de ses contemporains. Boileau a composé les premières dans sa jeunesse et s'est surtout attaqué à des écrivains auxquels il reprochait d'être superficiels et maladroits. Mais certaines satires, et en particulier les dernières traitent aussi des problèmes de la littérature en générale et de la morale.

L'ART POETIQUE (1674)
C'est un long poème divisé en quatre chants. Boileau y analyse tous les genres poétiques: l'élégie, l'ode, le sonnet, etc..., mais surtout, ce qui est intéressant pour nous, la comédie et la tragédie. A tort, cette oeuvre a fait considérer Boileau comme le père du classicisme, alors qu'il n'en est que le produit: en effet, il a seulement mis en ordre les idées et les méthodes du théâtre dit classique, tel qu'il existait déjà et tel que Racine, par exemple l'avait pratiqué.

EPITRES (1674-1683-1695)
L'épitre est à l'origine une lettre en vers. Boileau imite ce genre du poète latin Horace et s'en sert pour décrire sa vie quotidienne, mais aussi pour exposer des idées littéraires.

LE LUTRIN (1674-1683)
C'est une épopée comique où Boileau met dans la bouche de personnages grossiers ou simples un langage très élégant et poli. Il s'oppose ainsi à la tradition burlesque, consistant à faire parler vulgairement des personnages nobles.

Boileau condamne tout ce qui, dans le style d'un auteur, est arrogant ou pédant, toute inspiration artificielle mais aussi tout sujet vulgaire ou burlesque. L'auteur classique doit centrer son oeuvre sur la nature humaine. Les sentiments que l'on veut faire naitre chez le public seront provoqués par des portraits fidèles des faiblesses de l'homme. La pitié doit être éveillée par le spectacle du malheur d'un personnage qui souffre et non par des scènes de violence; l'humour par le spectacle de moeurs ou d'attitudes drôles et non par un comique grossier.

Boileau a dicté un certain nombre de principes dont l'auteur classique ne doit pas s'écarter.
►Pour être poète il faut avoir des dons naturels. Mais l'inspiration seul ne suffit pas.
►L'inspiration et l'imagination doivent être soumises au contrôle de la raison.
►Un travail important sur le style est nécessaire. Pour cela l'auteur doit suivre l'exemple des auteurs grecs et latins: leurs études de la nature humaine sont profondes et peuvent donc être immitées.
►L'auteur doit respecter les règles d'Aristote et surtout veiller à maintenir, dans toute pièce de théâtre une triple unité: de l'action (une seule intrigue), du lieu (ne pas promener les personnages à travers les pays) et du temps ( pas d'action qui dépasserait le cadre d'une journée).
►Enfin et surtout, il doit éviter de mettre en scène des situations fantaisistes: l'action doit être vraisemblable.

Le mérite de Boileau est d'avoir su tirer ces quelques principes clairs et ordonnés des pièces que Corneille et Racine avaient déjà écrites. De nombreux imitateurs sans talent du XVIIème siècle et même des siècles suivants ont cru qu'en écoutant les conseils de Boileau, ils seraient célèbres: mais on ne saurait lui en faire le reproche. Il annonce par son oeuvre les idées maitresse du XVIIIème siècle: la clarté et la raison. La réflexion de Boileau sur la création poétique l'a amené tout naturellement à prendre position dans une dispute littéraire qui a marqué la fin de XVIIème siècle: la Querelle des Anciens et des Modernes.

LA QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES
Les Anciens sont ceux qui pensent qu'il faut imiter en littérature les modèles grecs et latins qui seraient parfaits. Les Modernes au contraire disent que l'inspiration doit être libre et surtout actuelle. En fait derrière cette querelle littéraire se cache un débat plus général: c'est l'opposition entre les conservateurs et les partisans du progrès.

La querelle commence par de petites rivalités de portée limitée. Certains écrivains "modernistes" du XVIIème siècle prennent pour sujet l'histoire religieuse chrétienne et non plus le monde mythologique des grecs; Boileau qui affirme la superiorité du monde antique, réagit. Il était déjà intervenu dans une autre affaire: des tableaux exposés au Château de Versailles portaient une inscription en français; Boileau l'avait fait remplacer par une inscription en latin.

Une crise est déclanchée par un scandale public en présence de Louis XIV lui-même: le poète Charles Perrault lit devant l'Académie un texte appelé: Le Siècle de Louis le Grand (Louis Le Grand désigne Louis XIV). Il y affirme que les auteurs modernes sont aussi bons que les anciens et même meilleurs. Ceci déclenche des réactions très vives de la part des Anciens. Ils répondent par des textes violents qui esaient de ridiculiser leurs adversaires. Dans leur camp, on trouve La Fontaine, Boileau et La Bruyère. En face, on trouve, outre Perrault, le philosophe Fontenelle. Boileau et Perrault se reconcilient en 1700, mais au début du XVIIIème siècle, cette querelle reprend avec d'autres acteurs. Elle se termine plutôt à l'avantage des thèses modernistes.

Et pendant un certain temps, les thèses de l'Antiquité seront oubliées au profit des idées nouvelles du progrès et de la raison. toute la littérature du XVIIIème siècle est influencée par les conséquences de la querelle. Les écrivains chercheront de nouvelles formes d'expression. Ils n'essaieront plus de créer, comme les Anciens, des oeuvres intemporelles, mais des oeuvres qui concernent leur époque. On connait justement le rôle joué par les intellectuels et les écrivains français dans l'éclosion de la Révolution Française.
 EXTRAITS DE “L’ART POETIQUE”

L’Art Poétique est l’exposé officiel de la doctrine classique. La brève histoire de la poésie française ici tracée par Boileau est présentée comme une marche hors du chaos vers la rasion et la clarté.

Durant les premiers ans du Parnasse françois,
Le caprice tout seul faisait toutes les lois.
La rime, au bout des mots assemblés sans mesure,
Tenait lieu d’ornements, de nombre et de césure.
VILLON sut le premier, dans ces siècles grossiers,
Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers.
MAROT, bientôt après, fit fleurir les ballades,
Tourna des triolets, rima des mascarades,
À des refrains réglés asservit les rondeaux
Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux.
RONSARD, qui le suivit, par une autre méthode,
Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode,
Et toutefois longtemps eut un heureux destin.
Mais sa Muse, en français parlant grec et latin,
Vit, dans l’âge suivant, par un retour grotesque,
Tomber de ses grands mots le faste pédantesque.
Ce poète orgueilleux, trébuché de si haut,
Rendit plus retenus DESPORTES et BERTAUT.
Enfin MALHERBE vint, et, le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la Muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N’offrit plus rien de rude à l’oreille épurée.
Les stances avec grâce apprirent à tomber,
Et le vers sur le vers n’osa plus enjamber.
Tout reconnut ses lois; et ce guide fidèle
Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle.
Marchez donc sur ses pas; aimez sa pureté;
Et de son tour heureux imitez la clarté.
Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre,
Mon esprit aussitôt commence à se détendre;
Et, de vos vains discours prompt à se détacher,
Ne suit point un auteur qu’il faut toujours chercher.
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
                                                                            CHANT I

                                *********

Je ne suis pas pourtant de ces tristes esprits
Qui, bannissant l’amour de tous chastes écrits,
D’un si riche ornement veulent priver la scène,
Traitent d’empoisonneurs et Rodrigue et Chimène...
L’amour le moins honnête, exprimé chastement,
N’excite point en nous de honteux mouvement.
Didon a beau gémir et m’étaler ses charmes,
Je condamne sa faute en partageant ses larmes.
Un auteur vertueux, dans ses vers innocents,
Ne corrompt point le cœur en chatouillant les sens;
Son feu n’allume point de criminelle flamme.
Aimez donc la vertu, nourrissez-en votre âme.
En vain l’esprit est plein d’une noble vigueur,
Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.
Fuyez surtout, fuyez ces basses jalousies,
Des vulgaires esprits malignes frénésies.
Un sublime écrivain n’en peut être infecté;
C’est un vice qui suit la médiocrité.
Du mérite éclatant cette sombre rivale
Contre lui chez les grands incessamment cabale,
Et, sur les pieds en vain tâchant de se hausser,
Pour s’égaler à lui cherche à le rabaisser.
Ne descendons jamais dans ces lâches intrigues;
N’allons point à l’honneur par de honteuses brigues.
Que les vers ne soient pas votre éternel emploi;
Cultivez vos amis, soyez homme de foi:
C’est peu d’être agréable et charmant dans un livre,
Il faut savoir encor et converser et vivre.
                                                                                  CHANT IV

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)