Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

İçerik hem türkçe hem fransızcadır. Siz takipçilerin katkılarıyla gelişecektir blog yazıları. Fransız yazarların eserlerinin tanıtımı kimilerinin özetleri, farklı dönemlerden yazarlar ve eserleri hakkında analiz ve yorumlarla çeşitlendireceğiz blogumuzu. Klasik edebiyata olduğu kadar çağdaş metinlere de önem vereceğiz yeni yazarları işleyeceğiz eserlerinden alıntılar yapacağız. Kimi zaman bir dönemi ele alacağız, bazen de Fransa ile ilgili genel bilgiler, tanıtımlar yapacağız. Katkılarınızı bekliyoruz...

Merci Bien - Teşekkürler

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

13 Ocak 2011 Perşembe


 LE CHEVALIER AU BARISEL


Un riche seigneur possédait tous les biens que l'on peut souhaiter, mais sa prestance, sa force, sa puissance et sa renommée n'avaient d'égales que sa félonie, son orgueil, son impiété et sa cruauté. Maltraitant voyageurs et religieux, il n'avait cure ni des jeûnes ni des sermons. Bref, "tous les péchés qu'on peut commettre, en actes, dits et pensées, ils les avait tous rassemblés dans sa vie". Un jour de Vendredi Saint, alors que ledit seigneur commandait à ses cuisiniers du gibier, ses chevaliers s'indignent de cette offense, et l'entraînent, à force de supplications, chez un ermite.

Arrivés à l'ermitage, les chevaliers se confessent, et l'ermite parvient à faire entrer le seigneur dans sa chapelle, puis, plein de bonne volonté le contraint, non sans mal à se confesser, malgré ses regards furieux et ses protestations. Après avoir écouté la longue et horrible confession, l'ermite est attristé par l'attitude du pécheur qui, loin de se repentir de tant d'exactions, demande, courroucé, qu'on le laisse en paix. Le religieux l'incite à choisir une pénitence parmi une longue liste qu'il lui propose, mais en vain. Le chevalier accepte finalement d'aller remplir au ruisseau un barillet que lui tend l'ermite, et promet de ne point avoir de repos avant l'accomplissement de la pénitence qui "sera vite faite". Sorti de la chapelle, il ne parvient pas à faire pénétrer une goutte dans le barillet après l'avoir plongé plusieurs fois dans l'eau.

En jurant, il poursuit sa route, fidèle à la promesse que son orgueil le pousse à tenir, et, à chaque point d'eau qu'il rencontre, il tente en vain de remplir le petit baril. Durant ce long voyage qui lui fait traverser la France, "pauvreté sera sa compagne". Déchaux à force de marche, sans un sou, "par le froid, par le chaud", insulté et humilié sur son passage, et réduit à mendier. Un an plus tard, il revient, hâve et défait auprès de l'ermite qui ne le reconnaît point tout d'abord, et à qui il compte ses mésaventures. L'ermite se met à pleurer de l'orgueil et de la colère du chevalier que son voyage n'a pas fait plus repentant. Voyant son confesseur se désoler et implorer Dieu pour le salut du pécheur, au détriment du sien s'il le faut, le chevalier, confondu de cette "merveille", se rend compte de la gravité de ses méfaits, et demande à Dieu de lui accorder assez de repentance pour réconforter le saint ermite qui "aime tant son âme". Dieu l'exauce, et lui donne l'humilité. Signe de son repentir, une larme tombe qui remplit le barillet, au grand bonheur de l'ermite qui y voit la marque du pardon divin.

Avant de mourir, le chevalier rempli de joie, demande à se confesser, communie, et rend son âme, que des anges viennent recevoir et emporter. Arrivent les compagnons d'arme du chevalier, qui, tout d'abord troublés, sont réconfortés en apprenant l'heureuse fin de leur seigneur. Ils répandirent la nouvelle, et tout le pays "rendit grâce à Notre-Seigneur".

 UN EXTRAIT DE

« LE CHEVALIER AU BARISEL»

Sire, ajoute-t-il, je vais vous le dire. Je suis celui que vous avez confessé, il y a un an aujourd’hui, et à qui vous avez confié, en pénitence, votre baril qui m’a mis dans cette misère extrême que vous voyez. Alors il lui raconte toute l’histoire de sa pérégrination, lui cite les pays, et les contrées, et les terres qu’il a traversées, et la mer, et les rivières, et les eaux grandes et vastes.  Messire, dit-il, j’ai tout essayé, j’ai plongé partout le baril, mais jamais il n’y entra une goutte d’eau, et pourtant j’y ai mis toute ma vie: je sais bien que je mourrai bientôt et que je ne pourrai pas vivre davantage”. Le saint homme l’entend et en éprouve un grand chagrin; il se met à lui dire avec une très grande douleur:

Misérable, misérable, dit l’ermite, tu es pire qu’un sodomite, un chien, un loup ou une autre bête. Je pense, par mes yeux, que si un chien lui avait fait traverser tant d’eaux, tant de gués, il l’aurait rempli, et toi tu n’as pas une seule goutte! Je vois bien que Dieu te hait. Ta pénitence est sans valeur: tu l’as faite sans repentir ni saint amour ni sainte piété.

Alors il pleure, crie, se tord les poings et son cœur en est si profondément pénétré de regret qu’il s’écrie à haute voix:

Dieu, toi qui sais tout, peux tout et vois tout, regarde cette créature qui s’en va ainsi à sa ruine, car elle a tout perdu, corps et âme, et gaspillé son temps! Sainte Marie, bonne mère, priez donc Dieu, votre souverain père, qu’Il daigne tourner vers lui son regard miséricordieux. Si j’ai jamais fait une action bonne et capable de vous plaire, mon Dieu, je vous prie à présent de lui accorder votre pardon, car c’est par ma faute qu’il est dans une telle misère. Dieu ! au nom de votre pitié, ne tolérez pas que sa pauvreté soit sans fruit, mais faites qu’elle devienne source de pénitence. Dieu! s’il meurt ici par ma faute, il me faudra rendre des comptes, et ma douleur en sera très vive. Dieu! si tu choisis l’un de nous deux, ne te soucie pas de ce qu’il adviendra de moi, et prends cette créature.

Alors il pleure avec beaucoup de compassion. Le chevalier le regarde très longuement sans dire un mot, puis il ajoute à voix basse et personne ne l’entend:

Voilà qui est étonnant et qui remplit mon cœur de surprise: cet homme ne m’appartient pas, il ne dépend pas du tout de moi, en dehors de Dieu, le souverain Roi, et pourtant il se mortifie ainsi à cause de moi. C’est pour mes fautes qu’il pleure et qu’il soupire. Je suis le pécheur le plus mauvais et le plus vil qui soit, car cet homme aime tant mon âme qu’il se mortifie pour réparer mes fautes, et moi, dont le cœur est si souillé, je n’ai pas assez d’amour en moi pour le prendre seulement en pitié, et cet homme en est très désolé! Ah! mon Dieu, je vous en prie, par votre puissance, par votre pitié, donnez-moi tant de repentir que ce saint homme si désolé soit réconforté. Dieu! ne supportez pas que cette peine soit sans profit et sans utilité pour mon âme. Toutefois, c’est à cause de mes fautes que le barillet m’a été confié, c’est à cause de mes fautes que je l’ai pris: mon Dieu, si j’ai mal agi envers vous, mon Dieu, je m’en accuse auprès de vous. Vrai Roi, je vous demande grâce. Que votre volonté soit faite, et me voici tout prêt. Et Dieu est déjà à l’œuvre, Lui qui débarrasse et délivre le cœur du chevalier de l’orgueil et de toute dureté, et l’emplit tout entier d’humilité, d’amour, de repentir, de crainte et d’espérance. Voilà que son cœur commence à se troubler et que ses yeux fondent en larmes, alors il rejette entièrement le monde, et des larmes montent de son cœur qui ne tarit pas, toutes brûlantes de repentir,, et il pousse des soupirs si profonds qu’il semble que sa vie s’échappe à chaque fois. Son repentir est si grand que son cœur se serait fendu en deux, s’il ne s’était répandu en larmes. Mais c’est alors le miracle: les pleurs coulent à flots. Une si grande douleur l’atteint au cœur qu’il ne peut plus dire un mot, mais il s’engage auprès de Dieu, très secrètement dans son cœur, à ne plus jamais faire le mal et à ne plus commettre aucun péché envers Dieu. Et Dieu voit bien qu’il a du repentir. Le barillet qui lui a causé de si grands tourments pend à son cou, mais ce baril est encore vide, et il aspire de tout son être à le voir s’emplir. Et Dieu qui voit son désir sincère de faire effort pour s’amender, car le chevalier n’est pas hypocrite, fait alors preuve d’une grande générosité et d’une noble munificence. Si j’emploie ces mots, ce n’est pas que Dieu ait parfois fait une action vilaine; mais écoutez donc ce qu’Il fit pour réconforter son ami : de son cœur, Il fait monter avec force l’eau dans ses yeux, et voici que perle une grosse larme que Dieu fait venir de la vraie source jaillissante; comme un trait lancé d’une arbalète, elle vole tout droit dans le baril. Et l’écrit 35 nous raconte que le baril fut empli et rempli de cette larme au point que l’excédent s’écoula et se répandit de tous côtés. Cette larme est si brûlante de repentir et si bouillante qu’une écume apparaît à la surface; et l’ermite s’élance vers lui; devant lui, il s’est étendu et lui a baisé ses pieds nus. Frère, dit-il, mon ami, que le Saint-Esprit descende en toi! Frère, Dieu t’a regardé avec bienveillance, Dieu t’a protégé du puits d’enfer. Ainsi la souillure de ton péché est désormais effacée: Dieu t’a pardonné tes fautes. Sois donc heureux et réjouis-toi: ta pénitence est faite.

Alors le chevalier éprouve une telle joie que jamais, je crois, je ne pourrais voir homme au monde manifester une telle joie, et pour tout dire, il pleure sans cesse.

LA DIFFÉRENCE ENTRE
 L’ARCHITECTURE ROMANE ET GOTHIQUE

Style roman►
Dans le style roman les murs des églises sont bas et très épais, ils sont percés de petites fenêtres assez rares en sorte que l’église romane reste solide mais basse et sombre. L’art roman ne s’expose pas avec la splendeur qui sera celle du gothique: c’est un art mystérieux, à l’écart des foules, souvent enfermé dans l’enceinte des grands monastères. Le chef–d’oeuvre c’est l’église de Cluny.

Style gothique►
C’est l’art français, on dit l’art ogival; l’art chrétien. C’est la grande création du moyen-âge.
On remarque sur la façade à l’extérieur de l’église gothique 3 portes et sur la toiture 2 tours percés au jour par les grandes fenêtres. À l’intérieur on voit encore des arcs aigus, les murs percés de grandes fenêtres lumineuses. Dans l’ensemble on admire la légéreté de l’édifice. L’église semble une aspiration vers la clarté.

1. Le gothique primitif: Il gardait encore un peu de la gravité romane. Il y avait peu d’ornements et l’arc était à pein aigu.
2. Le gothique rayonnant: Il rend l’arc plus aigu, les ornements sont plus riches et c’est la grande époque des cathédrales. Par exemple Notre Dame de Paris, qui est de style gothique est l’une des plus belles oeuvres du gothique rayonnant
3. Le gothique flamboyant: Il rend l’arc plus aigu, les ornements sont trop riches et compliqués.

12 Ocak 2011 Çarşamba


LA LITTERATURE D'EGLISE
 AU MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, l'Eglise est le refuge de la science: clerc est synonyme de savant. Aussi elle a le monopole de l'enseignement: dans ses Universités, elle enseigne la théologie, la philosophie, les arts libéraux en latin, puis dans un  latin mêlé de français, enfin en français. Elle inspire toute la littérature didactique, si florissante alors que Dante en fait une des principales gloires de la France. Elle représente un immense effort, le désir de l'Eglise détentrice du savoir humain, de le traduire du latin et de l'adapter à l'esprit du peuple. Ce peuple qui s'amusait à la grossièreté des fableaux était croyant et docile et c'est de l'Eglise qu'il attendait la lumière.

La prédication au XIIème siècle
Les prédicateurs qui poussèrent les chevaliers et le peuple à la Croisade furent certainement éloquents. Mais leurs sermons ne sont pas parvenus jusqu'à nous: s'ils les prononçaient en français, ils les écrivaient en latin, quand ils les écrivaient. Le receuil de Maurice De Sully, évêque de Paris, est un formulaire qui a pour but de fournir des modèles de sermons au clergé: ce n'est pas de la prédication vivante.

La prédication au XIIIème siècle
Les Franciscains et les Dominicains donnèrent, au XIIIème siècle, une grande impulsion à la prédication populaire. A cette époque, on rencontre des fragments de sermons en latin macaronique (latin mêlé de français). Il semble facile d'en expliquer l'origine. Le grand sermon solennel se prononçait encore en latin: comme le peuple ne comprenait plus cette langue que vaguement, les prédicateurs étaient amenés à traduire de temps en temps leur pensée en langue vulgaire, pour se mettre en communication plus intime avec l'auditoire.

La prédication écrite
C'est une sorte de prédication écrite que la littérature édifiante des contes dévots. Ils étaient tirés des recueils latins d'exemples qui servaient aux prédicateurs pour illustrer leurs sermons. Le type de ces contes est le Chevalier au barizel dont on fait aussi un fableau, et ce Dit dou vrai Aniel (de l'anneau véritable) qui fut si célèbre pendant tout le Moyen-Age. Il faut ranger dans cette catégorie des récits édifiants les miracles de la Vierge dont le culte avait pris au XIIème siècle une si grande ampleur. Le recueil le plus célèbre de Miracles de Notre-Dame est celui de Gautier de Coinci qui est très attachant par la naïveté et par la ferveur mariale.

La littérature didactique du Moyen-Age n'est pas originale. Elle se compose de traductions et de compilations faites par les clercs pour les laïques qui ignorent le latin. Toute la religion, la morale et les sciences connues alors sont enseignées en prose et en vers, presque toujours sous la forme allégorique. Quoique la valeur littéraire de cette oeuvre immense soit médiocre, il faut dire un mot des genres principaux.

Bestiaires, lapidaires, volucaires sont les noms que l'on donne à des poèmes scientifiques sur les bêtes, sur les pierres, sur les oiseaux. Un bestiaire célèbre est celui où Philippe de Thaon, au début du XIIème siècle décrit les animaux sous la forme d'une allégorie morale: le lion représente Jésus, le crocodile le diable etc... A la même époque l'évêque de Rennes, Marbode, écrit un lapidaire qui fut regardé comme le dernier mot de la science: c'est un compendium de traditions bizarres et de superstitions dont médecins, apothicaires et orfèvres devaient faire un si grand usage.

Sous ce titre on publia surtout au XIIIème siècle des encyclopédies. La plus connu est l'image du monde de Gautier de Metz, destinée à faire connaitre aux laïques les oeuvres de Dieu et de "clergie", la géographie, la cosmographie, l'astronomie. Il faut citer le Trésor de Brunetto Latini, le maitre de Dante, qui écrit en français, non en italien, parce que, dit-il, "la parleure française est plus délitable et plus commune à toutes gens".

Les traités d'éducation, très nombreux au Moyen-Age, s'appelaient, doctrinal, castoiement ou chastiement. On cite en particulier Le Chastiement des Dames, de Robert de Blois, sorte de traité de politesse à l'usage des dames; l'auteur leur enseigne à ne pas jurer, ni trop boire, ni trop manger, ni mentir, ni voler; il les exhorte à manger proprement et à s'essuyer les lèvres avant de boire. Certains de ces conseils sont empreints d'une bonhomie malicieuse.

Les Bibles sont les traités de morale et des exhortations à bien vivre. On peut citer dans ce genre la Bible de Guiot de Provins, bénédictain où les conseils moraux se mêlent à une satire parfois assez violente. La Bible d'Hugues de Berzé qui est du même ton, Le Livre des manières d'Etienne de Fougères, Le Besant Dieu de Guillaume le Clerc qui sont moins violents, et le livre des Quatre Ages de l'Homme de Philippe de Novare.

On désigne sous le nom de "Batailles / débats" des discussions entre des personnages allégoriques comme le vice et la vertu. Ce genre fut très à la mode au XIIIème siècle. Citons La Disputation du Vin et de l'Eau, la Bataille de Caresme et de Charnage, la Disputation du Corps et de l'Ame, etc...

Toute cette littérature didactique est sans art et sans agrément, elle abuse jusqu'à satiété de l'allégorie mais dans quelques ouvrages il faut remarquer une connaissance assez fine de l'âme humaine. Les contemporains de Saint-Thomas d'Aquin ne manquent pas de psychologie.

Évêque MaurIce de SULLY
 (1120 – 1196)

Né en 1120 à Sully, d’une famille de serfs des bords de Loire, le jeune Maurice bénéficia de l’enseignement des moines bénédictins de l’abbaye de Fleury. Devant ses aptitudes et sa foi ardente, les moines l’envoyèrent poursuivre ses études ecclésiastiques dans ces écoles parisiennes renommées dans toute la chrétienté d’Occident; c’est là qu’il fut étudiant en compagnie du futur roi Louis VII avec qui il devint ami. Clerc puis professeur, maître en théologie, il devint bientôt l’un des prédicateurs les plus réputés de la capitale. En 1160 il fut élu par le Chapitre métropolitain évêque de Paris, ainsi chargé de conduire et de rassembler les fidèles du diocèse de Paris. Durant les trente-six ans de son épiscopat, il gouverna cette Église de Paris avec un zèle d’apôtre, y donnant l’exemple des plus hautes vertus sacerdotales.

Lorsqu’il fut élu sur le siège épiscopal, la cathédrale de Paris, placée sous le vocable de Saint Étienne, était alors un édifice à cinq vaisseaux, large de 35 mètres, long de près de 70 mètres (dimensions exceptionnelles pour une construction du VIe siècle puisqu’elles dépassaient celles des basiliques de Rome, de Jérusalem et de Bethléem). Émerveillé par la construction dans un style nouveau d’autres églises comme celle de Saint Denys et des cathédrales de Sens, Noyon, Laon et Senlis, Maurice de Sully décide que Paris doit se doter d’une cathédrale à nulle autre pareille. En 1163, tout juste trois ans après son élection, il entreprendra le chef-d’œuvre monumental qui immortalisera son nom: la construction de la cathédrale Notre-Dame dont le pape, Alexandre III, en posera la première pierre cette même année. Son ami, le Roi Louis VII, non seulement encourage, mais soutiendra le projet. Pour cette entreprise gigantesque, tous collaboreront: les Chanoines du chapitre cathédral, le clergé, le roi, les nobles, les bourgeois et les manants, les riches et les pauvres, l’architecte, les maîtres, compagnons et apprentis. Maurice de Sully saura fédérer, souhaitant que la grandeur et la beauté du nouvel édifice soient un chemin vers Celui qui est la source de toute beauté et la lumière du monde. Parallèlement à l’édification de la nouvelle cathédrale, de nombreuses églises, abbayes, hospices, léproseries, verront le jour dans le diocèse sous l’impulsion du génie créateur de l’évêque.

Maurice de Sully, de par son prestige, sera le conseiller, le confident de la famille royale. C’est lui qui baptisera le futur Philippe-Auguste. Louis VII, gravement malade, l’appellera à son chevet pour lui dicter ses dernières volontés. Et lorsque le jeune Philippe-Auguste partira pour la troisième Croisade, c’est à Maurice de Sully qu’il confiera la garde du Trésor royal.

En 1196, le grand évêque se retira à l’abbaye de Saint-Victor sur les bords de la Seine, proche du chœur alors terminé de la nouvelle cathédrale. Le chroniqueur d’Achin rapporte l’avoir vu dans l’église de l’abbaye, non assis sur un trône d’évêque, mais dans le chœur, entonnant les psaumes comme les autres clercs. Il mourra à Saint-Victor, le 11 septembre 1196 en récitant le Credo, ayant distribué une partie de ses biens aux pauvres, l’autre pour l’achèvement de la cathédrale chère à son cœur, le reste aux fondations de son épiscopat.

Le Recueil de Maurice de Sully
Maurice de Sully est l'auteur d'un receuil de sermons. Rédigés en latin probablement vers 1170 et diffusés sous cette forme en une trentaine de manuscrits dispersés aujourd'hui dans toute l'Europe occidentale, ces sermons ont été très vite traduits en différents dialectes romans; ils ont été prononcés en langue vulgaire, le peuple ne comprenant plus, depuis des siècles le latin. Ils attestent qu'au millieu de ses tâches multiples de construction, de réorganisation et de représentation Maurice de Sully a gardé un sens pastoral vigilant et attentif. Le recueil est conçu comme un manuel proposant pour les dimanches et les fêtes de l'année liturgique un commentaire de l'évangile. Aux prêtres, ses destinataires, d'en proposer ensuite à leurs fidèles une simple lecture ou une adaptation. L'auteur privilégie le sens historique et surtout moral de l'écriture, il invite à célébrer le mystère du jour et chaque fois à en tirer les conséquences pratiques, par exemple à l'Epiphanie: "admirons la foi des trois païens et imitons la". Pour la rédaction de ses homélies Maurice de Sully s'est inspiré de Richard de Saint-Victor, lui-même tributaire de Grégoire le Grand. Ainsi près de sept siècles après avoir été donné, l'enseignement papal monnayé par un chanoine victorin continue à exercer son influence et à nourrir, le dimanche la foi des fidèles.

10 Ocak 2011 Pazartesi


LA FARCE DE MAÎTRE PATHELIN


C’est une farce médiévale, anonyme, écrite en octosyllabes et à rimes plates, ayant paru à la fin du XVème siècle, vers 1465.

Maître Pierre Pathelin est le fourbe tout craché, qui allie la sagacité à la bonhomie. Ingénieux plus que cultivé, quoique baragouinant plusieurs dialectes et maniant -douteusement- le latin, ses diverses expériences passées en font un maître de l'escroquerie. Précurseur de Scapin, il ne manque pas de tours dans son sac et sait parfaitement comment satisfaire son dessein: usant de la flatterie, de ses dons de comédien et de sa ruse, il appâte Guillaume en lui faisant tour à tour gober, qu'il est citadin modèle et sinon fortuné, du moins sans soucis pécuniaires, -il a mis de côté 80 écus pour une rente, et verse le "denier à Dieu", geste coutumier précédent tout commerce-, qu'il est malade et sur le point de rendre l'âme. Escroc, il ne nous est pas moins sympathique: "advocat dessoubz l'orme", il est poussé à ces filouteries par la détresse qui sévit sur son foyer. Descendant de Renart, il incarne comme lui le petit peuple: il prend sa revanche sur les classes privilégiées, mais succombe aux ruses du petit peuple.

Guillemette fait honneur à son époux, et n'a rien à lui envier. Paraissant plus sensée que ce dernier, elle fait preuve d'un semblant de moralité, en  demandant à son mari avec quel argent il a payé, en craignant la saisie, et en rappelant à ce dernier qu'il a déjà été châtié pour ses sournoiseries. Cependant, elle est comme lui sans scrupules et s'acquitte on ne peut mieux de son rôle. Complice de Pathelin, elle rit avec lui du tour joué à Guillaume.

Guillaume Joceaulme le drapier que ses défauts nous rendent peu sympathique, est le souffre-douleur de la pièce. En effet, âpre au gain, il ne manque pas de voler son client pour satisfaire son avidité. C'est un menteur (il certifie ne tirer aucun bénéfice du drap: "Il le m'a cousté" dit-il, parlant du prix; il cache bien son jeu en justifiant le coût par de nombreuses raisons: "Trestout le bétail est péri" ...), doublé d'un escroc: non content de voler Pathelin sur le prix, il aulne "ric a ric". Ajouter à cela le mépris du client qu'il traite de "becjaune". Sa bêtise couronne le tout: il ne flaire pas la supercherie. Bref, il présente tous les vices du plus misérable marchand, et le sort qui l'attend, la perte de son drap et de son procès, nous paraît justifié, ne faisant que renforcer le comique.

Le thème principal c’est la satire comique des moeurs
Véritable farce, l'oeuvre recèle tous les procédés comiques susceptibles d'égayer rondement l'auditoire. A ces fins, l'auteur use tour à tour du comique de mot, de situation, de caractère, et de moeurs:

Le comique verbal, tout d'abord, est omniprésent, et place d'office la pièce sous le signe du rire. Dès la rencontre de Pathelin et du drapier, le dialogue regorge de jurons et d'expressions populaires propres à amuser le public. Le délire de l'avocat alité y participe également: il brode un latin de son invention, insensé, puis divague en de nombreux dialectes. Le comique de répétition prend la relève en deux occasions: quand Guillemette accueille Guillaume, elle lui répète sans cesse "parlez bas", mais est la première à tonitruer, ressassant inlassablement sa rengaine; au tribunal, Thibaut bêle sans relâche.

Le comique de situation, tient une place importante. Il naît tout d'abord d'un quiproquo: en se quittant, Pathelin et Guillaume sont tous deux persuadés d'avoir berné l'autre; Guillaume se réjouit d'avoir escroqué l'avocat en lui vendant six aunes de drap hors de prix et d'avoir gagné de plus un repas gratis, alors que Pathelin se félicite d'avoir dupé le drapier en ne lui payant point son dû. Ensuite le renversement de situation qui voit le drapier jubilant brusquement ahuri et déçu, puis le délire de Pathelin, amusent. De même, Guillemette demande tout d'abord au drapier de parler bas, puis elle-même s'égosille si bien que les rôles sont inversés et que c'est Guillaume qui lui fait remarquer ses éclats de voix. La confusion du drapier qui mélange les deux affaires, et l'ultime duperie dont est victime l'avocat, pris à son propre jeu, parachèvent la farce.

Le comique de caractère; Guillaume se laisse séduire par des flatteries exagérées: Pathelin loue sa tante Laurence ainsi que son père auquel il ressemble soi-disant grandement, et qui "prestoit ses denrees a qui les vouloit", ce qui est cocasse, quand on sait que la seule chose que désire l'avocat est de prendre un drap à crédit. Le drapier est indéterminé et naïf, se laissant persuader qu'il a rêvé, puis mêlant les deux affaires lors du procès. Guillemette, comme son mari est sans scrupule et joue parfaitement le rôle que ce dernier lui assigne.

A ces comiques se mêle un comique de moeurs, faisant la satire légère de plusieurs corps. Ainsi, la corporation des drapiers, très importante à l'époque, est décriée à travers Guillaume, qui, avide, escroc et profiteur, ne se satisfait pas de voler un client, et pousse le vice jusqu'à aller chez lui manger "de [s]on oye". Non content d' "aulner" "ric a ric" (ric-rac), il lui "baille" pour "vingt et quatre solz l'aulne" un drap "qui n'en vault pas vingt". Propriétaire d'un troupeau, il vole également son berger. Le juge, pareillement, est empressé, ne s'adonne pas corps et âme à sa fonction et se hâte d'en finir, prétextant une affaire, alors qu'il invite l'avocat à déjeuner. Il écoute les suggestions de l'avocat, et ne décèle rien de la fourberie. Il est également fait allusion aux médecins lors du délire de l'avocat qui se plaint de leurs pilules (qui lui ont "gasté les machouës") et déclare:

"Ces phisicïens m'ont tué
de ses brouliz qu'ilz m'ont fait boire;
et toutesfois les fault il croire!
Ils en oeuvrent comme de cire."

Le trompeur trompé (ou à trompeur, trompeur et demi) est la seule morale acceptée dans la farce. Que ce soit Pathelin qui faute d'avoir berné le drapier est à son tour roulé par le berger et ses "bées" au moment de payer, ou Guillaume Jeauceaulme qui croyant abuser Pathelin sur le prix du drap, subit la fourberie de l'avocat, bref, la tromperie est érigée en règle.

Les plaisirs de la vie; le seul désir de jouir meut les protagonistes qui ne s'attachent qu'à la ripaille, le gain et le jeu: Guillaume se laisse convaincre par une oie, le larcin de Thibaut est d'avoir dévoré quelque trente agneaux, et le juge clôt le procès pour aller déjeuner prestement; Guillaume est mû par l'appât du gain, de même que Pathelin qui exulte de son futur payement; l'avocat s'amuse à jouer la comédie devant le drapier et le berger prend sa relève. Cette tendance s'ajoute à la satire des moeurs.

RÉSUMÉ
Maître Pathelin et son épouse Guillemette se lamentent sur leur sort. Sans un sou et sans clients, ils ont besoin de drap, et le rusé Pathelin se décide tout de même à aller à la foire, comptant bien user de quelque tour.

Arrivant devant l'étal de Guillaume Joceaulme, drapier de son état, l'avocat ne tarit pas d'éloge à son égard, et loue abondamment son père, à qui il ressemble "mieulx que goute d'eaue". Après tant de flatteries, Pathelin fait mine de s'intéresser par hasard à une pièce de drap et finit par en réclamer six aunes. Il prie le marchand de venir chez lui prendre son dû. Tout d'abord méfiant, Guillaume se laisse tenter par un verre et une oie que Pathelin l'invite à partager dans son logis. Pathelin s'en va avec le drap, se moquant du drapier qu'il ne compte pas payer, tandis que Guilllaume se réjouit d'avoir volé un client.

De retour au foyer, Pathelin conte l'histoire à sa femme, et prépare un subterfuge pour berner le marchand. Il s'alite et feint la maladie.

Le drapier se refuse à boire, quand il peut le faire gratis chez l'avocat, et se décide à partir, n'espérant plus rien vendre. Accueilli par Guillemette, qui l'exhorte à parler bas par respect pour son mari malade, Guillaume ne peut croire à la supercherie. Mais Guillemette assure que Maître Pierre est au lit depuis onze semaines, et fait entrer le marchand dans sa chambre. Tandis que Guillaume s'obstine à réclamer ses neuf francs, Pathelin délire et feint de le prendre pour médecin. Ahuri, Guillaume s'excuse et s'en va croyant avoir rêvé. Alors que les époux se gaussent, le drapier revient après avoir vérifié que le drap manquait à son étal. Pathelin se met à délirer de plus belle, en dialecte limousin, puis picard, normand, breton, et enfin latin. Ce tour de force achève de convaincre de son erreur Guillaume, qui impute le vol du drap au diable.
Poursuivi par la malchance, le drapier s'aperçoit qu'il est volé par son berger, Thibaud l'Agnelet, et compte le traduire en justice. Thibaud vient demander à Maître Pathelin de le défendre, et lui explique son affaire: il a assommé et mangé plusieurs moutons à son maître. L'avocat, ravi de l'aubaine de trouver un client, enjoint au berger de simuler le naïf, et de répondre "Bée" à toute question.

Devant le juge, Pathelin renverse les rôles et accuse le drapier de peu payer son berger. Guillaume révolté, ayant reconnu Pathelin, mélange les deux affaires, s'attire les disgrâces du juge pour son incohérence et passe pour fou. Le "Bée" répété du berger à toutes les questions qu'on lui pose pousse le juge à classer l'affaire et absoudre le berger qui paraît fou. Le drapier reconnaît bien l'homme qu'il a laissé pour mourant, ce que réfute Pathelin. Voulant tirer la chose au clair, Guillaume court chez Guillemette voir s'il y est.

Maître Pathelin et le berger restent seuls. L'avocat félicite pour son jeu Thibaut, puis réclame sa solde, mais Thibaud de répondre "Bée" sans relâche. Le trompeur trompé court chercher un sergent tandis que s'enfuit le futé.
 UN EXTRAIT DE
 LA FARCE DE MAITRE PATHELIN

Guillemette: Hélas, venez le voir, cher monsieur : il souffre tellement!

Le Drapier: Est-il vraiment tombé malade, depuis ce matin, quand il est venu à la foire ?

Guillemette: À la foire ?

Le Drapier: Par Saint Jean, bien sûr; je crois bien qu'il y a été.
(à Pathelin) Il faut me donner l'argent pour payer le tissu que je vous ai donné à crédit, maître Pierre.

Pathelin: Ha, Maître Jean, j'ai chié deux petites crottes noires, rondes et dures. Est-ce que je dois prendre un autre lavement?

Le Drapier: Qu'est-ce que j'en sais ? Qu'ai-je à voir avec cela ? Il me faut mes neuf francs, ou six écus.

Pathelin: Vous appelez cela des pilules, vos trois morceaux noirs et pointus ! Je m'y suis cassé les dents ! Pour l'amour de Dieu, Maître Jean, ne me forcez plus d'en prendre ! À cause d'elles j'ai tout rendu ! Bah ! Il n'existe rien de plus amer.

Le Drapier: Mais non, sur l'âme de mon père; on ne m'a pas rendu mes neuf francs.

Guillemette: Je voudrais que les casse-pieds de votre genre soient tous pendus! Fichez le camp. Allez donc au diable, puisque vous ne méritez pas d'aller à Dieu!

Le Drapier: Au nom du Dieu qui me fit naître, j'aurai mon drap avant de partir - ou mes neuf francs!

Pathelin: Et mon urine? Vous ne voyez pas à mon urine que je vais mourir, au moins? Hélas! Mon Dieu, faites que quoi qu'il arrive je ne meure pas!

Guillemette (au drapier): Allez-vous-en! Si ce n'est pas une honte de lui casser la tête comme vous le faites!

Le Drapier: Seigneur Dieu, quelle malchance! Six mètres de tissu, quand même! Dites donc, vous trouvez ça normal, vous, que je les perde?

Pathelin: Est-ce que vous pourriez rendre ma merde plus molle, maître Jean? Elle est si dure que je ne sais comment je l'endure, quand elle me sort du fondement.

Le Drapier: Il me faut neuf francs tout rond. Car sinon, par Saint Pierre de Rome…

Guillemette: Hélas, comme vous torturez ce pauvre homme! Comment pouvez-vous êtes si cruel? Vous voyez bien qu'il croit que vous êtes médecin. Hélas, le pauvre chrétien a assez de malheur: onze semaines, sans interruption, qu'il est là, le pauvre homme!

Le Drapier: Palsambleu! Je ne comprends pas comment cette infortune lui est arrivée, car il est venu me voir tout à l'heure, et nous avons marchandé ensemble - enfin… Je crois. Ou bien… Je ne sais pas… Peut-être ?

Guillemette: Par Notre Dame, mon cher monsieur, vous ne vous rappelez pas bien. Vous allez me promettre d'aller tout de suite prendre un peu de repos. Beaucoup de gens pourraient aller raconter que c'est pour moi que vous nous rendez visite. À la porte! Les médecins seront là d'une minute à l'autre.

Le Drapier: Je me fiche de ce que les gens vont raconter; je n'ai pas l'esprit mal tourné.
(A part) Bon sang, suis-je vraiment si mal en point?
(A Guillemette) Sur la tête de Dieu! Je croyais…

Guillemette: Encore?

Le Drapier: Et vous n'avez pas une oie au feu?

Guillemette: Quelle question! Monsieur, ce n'est pas le genre de viande qu'on sert aux malades. Mangez vos oies et laissez-nous tranquilles. Par ma foi, vous êtes vraiment sans-gênes!

Le Drapier: Je vous prie de m'excuser. Je croyais sincèrement que…

Guillemette: Encore?

Le Drapier: Par le saint Sacrement… Adieu!
(Devant la maison, à part) Bon, je vais y voir clair maintenant. Je sais bien que je dois avoir six mètres, en une seule pièce, mais cette femme me brouille les esprits. Oui, il les a pris. Non… Les faits ne concordent pas: j'ai vu la Mort qui vient le faire souffrir, ou alors il joue la comédie. Eh oui! Il les a pris. Et il se les est mis sous le bras, par la Vierge Marie! Mais non! Je ne sais plus si je rêve ou pas.

9 Ocak 2011 Pazar


LA FARCE DU CUVIER

La Farce du cuvier est une oeuvre de la littérature médiévale dont nous ignorons l'auteur. Elle est écrite en octosyllabes et à rimes plates. Elle a paru dans la deuxième moitié du XVème siècle.

Les personnages en sont:
JACQUINOT, maître forgeron.
ANNE, femme de Jacquinot.
JACQUETTE, belle-mère de Jacquinot.


ASPECT, CARACTERE ET COSTUMES DES PERSONNAGES
JACQUINOT n’est point, un béjaune niais et ridicule, ni un gringalet puisqu’il parvient à tirer sa femme du cuvier; c’est un artisan débonnaire, fin, placide et calme, qui pourrait avoir recours à la force pour maîtriser les deux commères, mais renoncerait à toutes ses prérogatives de ‘chef de maison plutôt que de se montrer brutal et arbitraire. Il est vêtu d’un pourpoint très simple serré à la ceinture par une bande de cuir, d’un haut-de-chausse, et chaussé de souliers à la poulaine. Il porte le traditionnel tablier de cuir des forgerons; visage glabre, cheveux longs, sans coiffure.

ANNE est une petite personne despotique, gâtée par son mari qui, jusqu’alors, lui a passé toutes ses fantaisies pour avoir la paix. Elle est coiffée d’un chaperon, chaussée de mules de drap à bouts arrondis; elle porte une robe a corsage plat et ajusté, taillé carrément, très ouvert à l’encolure, laissant voir la gorgerette ou fichu de dentelle montant jusqu’à la naissance du cou; une jupe très longue, relevée par des retroussoirs, ou agrafes, fixés à la ceinture où pend l’escarcelle.

DAME JACQUETTE est le type de la belle-mère classique, qui soutient sa fille, se montre systématiquement hostile envers son gendre et fait preuve d’une partialité instinctive dans les différends du ménage. Elle porte, en plus sévère et en couleur foncée, le même costume que sa fille Anne.

L’action se passe vers le milieu du XVe siècle, dans le logis très simple d’un artisan.
A droite, au premier plan, une vaste cheminée sous laquelle apparaissent le four à cuire le pain et le chaudron à bouillir la lessive.
Au second plan, une porte donnant sur l’atelier. A gauche, au premier plan, une porte; au second plan, une cuve ou un baquet destiné à couler la lessive.
Au fond, une fenêtre donnant sur la rue; meubles de bois grossièrement façonnés bahut, pétrin, maie, crédence, escabeaux, une table devant la cheminée étains, cuivres, lampe à bec suspendue au plafond solivé.

L'AUTORITÉ EST LE THÈME PRINCIPAL DE LA FARCE
Cette farce raille la manie qu'ont certaines femmes de diriger la demeure, en faisant taire leur époux. C'est encore une satire légère des moeurs qui s'exerce ici, mais la raison populaire finit par triompher.

Au début de la farce, les rôles habituels sont inversés, et la femme de Jacquinot détient l'autorité. Cette situation est portée au ridicule grâce à de nombreux procédés comiques: la colère du mari qui maudit son mariage, car, fréquemment martyrisé, il doit obéir servilement aux deux femmes, est la source du comique de situation, renforcé par les invectives et les ordres de la femme à son époux. Le comique de caractère est circoncis à la mère, qui a toujours un temps de retard et ne fait que répéter ou surenchérir les injonctions de sa fille. Le comique de geste, puis de farce sont de la partie: la femme menace à plusieurs reprises son mari: "Mettez! ou vous serez frottés", "Je vous battray plus que plastre", puis le gifle ( "Le voyla, qui te puisse ardre !") et lui jette du linge sale et puant ( "Or sentez, maistre quoquart") avant de choir dans le cuvier, comble du rire. Le comique de mot s'ensuit: après les nombreux jurons des deux personnages, Jacquinot se met à chantonner pour narguer sa femme en la traitant de tous les noms, et entonne son refrain "Cela n'est point à mon roulet"

Au terme d'un chantage, Jacquinot recouvre son droit, et les deux femme la raison: la femme s'engage à demeurer servante, "Comme par droict il appartient", et la mère déclare: "Sien mesnaige y a discorde, on ne sçauroit fructifier". Le rire s'atténue pour faire place à la morale de la fin:
"Aussi je veulx certifier
Que le cas est à femme laict
Faire de son maistre son varlet
Tant soit sot ou mal aprins."


RÉSUMÉ
Jacquinot se plaint de son ménage que sa femme et sa belle-mère dirigent impérieusement, et entend bien reconquérir son emprise sur le foyer. Entrent les deux femmes qui soutiennent qu'un bon mari doit obéir à sa femme. Déplorant que sa femme lui "commande trop de negoces", Jacquinot est contré par sa belle-mère qui rétorque qu'il doit prendre un rôlet pour y consigner ses tâches. Jacquinot s'exécute, et inscrit tout ce que lui dicte sa femme. S'opposant à plusieurs articles, il s'incline tout de même, pressé et menacé par les deux femmes. Après une longue dictée, il signe et se promet de ne jamais faire autre chose que ce qui figure sur ledit rôlet.

Après avoir été giflé et avoir reçu du linge sale à la figure, parce qu'il avait affirmé que laver le linge n'était pas inscrit dans son rôlet et avait rechigné à la besogne, Jacquinot fait tomber sa femme dans le cuvier (grand bac à linge) en tirant brutalement sur un drap. Empêtrée dans ses habits trempés, la femme se lamente désespérément et enjoint son mari de venir à son secours. Et Jacquinot de passer en revue toutes ses instructions et de répondre inlassablement: "Cela n'est point à mon roulet". Tandis que la femme, tentant tous les recours, mêle les supplications aux remontrances, et affecte une mort imminente, Jacquinot reste de marbre, se refuse même à aller chercher quelque valet, ressassant la même rengaine. Entre la mère à qui Jacquinot apprend que tout est "Tresbien, puis que sa femme est morte". Elle appelle en vain son gendre pour secourir sa fille, mais Jacquinot réplique qu'il le fera pas avant qu'on lui promette qu'il sera désormais le maître du logis. Les deux femmes s'empressent de le lui accorder.

 UN EXTRAIT DE
 LA FARCE DU CUVIER

Le malheureux Jaquinot doit affronter une femme volontaire et une belle-mère omniprésente, prenant toujours le parti de sa fille. Les deux femmes lui font écrire un «rôlet», liste des tâches domestiques qui lui sont assignées, afin qu'il n'en oublie aucune.

LA MÈRE - Pour que vous vous souveniez mieux du fait, il faut que vous fassiez un rôlet et que vous mettiez sur un feuillet tout ce qu'elle vous ordonnera.
JAQUINOT - Qu'à cela ne tienne, je m'en vais commencer à écrire.
LA FEMME - Eh bien! écrivez de façon qu'on puisse vous lire. Marquez que vous m'obéirez et que vous ne désobéirez jamais à faire ma volonté.
JAQUINOT - Le corps bleu! Je n'en ferai rien: je ne marquerai que des choses raisonnables.
LA FEMME - Eh bien! mettez là, sans plus de discussion, pour éviter de me fatiguer, qu'il faudra que vous vous leviez toujours le premier pour faire la besogne.
JAQUINOT - Par Notre-Dame de Boulogne, je m'oppose à cet article. Me lever le premier! pour quelle raison?
LA FEMME - Pour chauffer ma chemise au feu.
JAQUINOT - Me dites-vous que c'est la mode?
LA FEMME - C'est la mode, et aussi la façon. Il faut que vous appreniez la leçon.
LA MÈRE - Écrivez!
LA FEMME - Marquez, Jaquinot!
JAQUINOT - J'en suis encore au premier mot. Vous me pressez tellement que c'est merveille.
LA MÈRE - La nuit, si l'enfant se réveille, comme il fait très souvent, il faudra que vous preniez le soin de vous lever pour le bercer, le promener, le porter, l'apprêter, à travers la chambre, même si c'est minuit.
JAQUINOT - Avec tout cela, il n'y a apparence que je puisse prendre au lit du plaisir.
LA FEMME - Écrivez!
JAQUINOT - Par ma conscience, mon rôlet est tout rempli jusqu'à la marge! Mais que voulez-vous que j'écrive?
LA FEMME - Marquez, ou vous serez frotté!
JAQUINOT - Ce sera pour l'autre côté.
LA MÈRE - Ensuite, Jaquinot, il vous faut pétrir et faire cuire le pain, faire la lessive...
LA FEMME - Passer la farine par le bluteau [tamis], laver le linge et le décrasser à grande eau...
LA MÈRE - Aller, venir, trotter, courir, se donner de la peine comme Lucifer...
LA FEMME - Faire le pain, chauffer le four...
LA MÈRE - Mener la mouture au moulin.
LA FEMME - Faire le lit, de très bonne heure le matin, sous peine d'être bien battu...
LA MÈRE - Et puis mettre le pot au feu et tenir la cuisine propre.
JAQUINOT - S'il faut que je mette tout cela, il faudra le dire mot après mot.
LA MÈRE - Eh bien! écrivez donc, Jaquinot: Pétrir le pain...
LA FEMME - Le faire cuire...
LA MÈRE - Faire la lessive...
LA FEMME - Passer la farine par le bluteau.
LA MÈRE - Laver...
LA FEMME - Et cuire...
JAQUINOT - Laver quoi?
LA MÈRE - Les pots et les plats.
JAQUINOT - Attendez, n'allez pas trop vite... (écrivant) Les pots, les plats...
LA FEMME - Et les assiettes.
JAQUINOT - Eh! par le sang bleu, moi qui n'ai pas de mémoire, je ne saurais retenir tout cela.
LE FEMME - Écrivez-le pour vous en souvenir, comprenez-vous? Car je le veux.
JAQUINOT - Bien laver les...
LA FEMME - Les langes bréneux de notre enfant à la rivière.
JAQUINOT - Je renie Dieu! la matière ni les mots ne sont honnêtes.
LA FEMME - Écrivez-le, allez, sotte bête! avez-vous honte de cela? [...]. Et puis faire aussi... la chose par-ci par-là.
JAQUINOT - Vous en aurez une poignée en quinze jours ou un mois.
LA FEMME - Non, mais cinq à six fois tous les jours. C'est le minimum d'après moi.
JAQUINOT - Il n'en sera rien, par le sauveur, cinq ou six fois! Vertu saint Georges! Cinq ou six fois! Ni deux ni trois. Par le corps bleu, il n'en sera rien!
LA FEMME - Malheur à ce vilain! Ce lâche paillard n'est bon à rien.
JAQUINOT - Corbieu! Je suis bien stupide de me laisser ainsi durement mener. Il n'y a aujourd'hui aucun homme au monde qui puisse ici prendre du repos. Pour quelle raison? Car jour et nuit il faut que je me rappelle ma leçon.
LA MÈRE - Ce sera écrit, puisque cela me plaît. Dépêchez-vous et signez-le.
JAQUINOT - Le voilà signé; tenez, prenez-le! Faites bien attention à ne pas le perdre. Dussé-je être pendu, dès cet instant, j'ai décidé que je ne ferai pas autre chose que ce qui est dans mon rôlet.
LA MÈRE - (à la fille) Gardez-le bien, tel qu'il est.

Enchantée d'être en possession du rôlet, la femme surveille Jaquinot qui fait la lessive. Malencontreusement, elle tombe dans le cuvier rempli d'eau. En danger de se noyer, elle appelle au secours, mais Jaquinot, après avoir vérifié la liste de ses tâches, déclare que cela n'est pas inscrit sur son rôlet. Il ne se décide de tirer sa femme du cuvier qu'après que celle-ci lui promet qu'il sera maître chez lui et qu'elle sera sa «servante».

8 Ocak 2011 Cumartesi


LE THEATRE AMUSANT 

Le théâtre amusant passionna le public autant que les mystères. Comme il lui arrivait souvent de prendre des sujets dans la vie quotidienne, il se renouvelait avec les moeurs et il avait l'intérêt des allusions devinées. L'opinion publique était née, elle trouvait dans les pièces comiques une occasion de se manifester; les théâtre jouait ainsi le rôle du journal. Cependant le XIVème siècle ne nous a  laissé que de pauvres fragments comiques; au contraire la comédie a un plein succès au XVème siècle. On peut distinguer, dans les pièces comiques de la période qui va de 1400 à 1550, des moralités, des soties et des farces.

LA MORALITE
La moralité est une pièce comique à sujet fictif et à intention édifiante. Nous avons environ soixante moralités du XVème siècle. Elles attaquent et tournent en ridicule les vices de l'humanité, en les mettant en scène par le moyen de l'allégorie. C'est un genre assez froid et nous comprenons mal aujourd'hui la passion du public du XVème siècle pour ces spectacles où les personnages sont des abstractions qui marchent et parlent.

Les moralités les plus célèbres sont "Bien Avisé et Mal Avisé" de Simon Bougoin "la Condamnation de Banquet" de Nicolas de la Chesnaye et "de l'Aveugle et du boiteux" d'Audrey de la Vigne.
Simon Bougoin, dans deux tableaux savamment opposés compare la vie de l'honnête chrétien à celle de l'impie. Le chrétien est assez heureux et l'impie assez morfondu pour que le choix s'impose au spectateur. Nicolas de la Chesnaye a mis en mouvement  les maladies que Banquet précipite contre les gourmands. Ceux qui n'en meurent pas se plaignent; Banquet est jugé, condamné et étranglé par Diète.


LA SOTIE
La sotie, à l'origine, est le nom que prend la farce quand elle est jouée par les Sots, confrérie joyeuse d'acteurs. Peu à peu la sotie désigna une pièce satirique d'actualité à sujet politique. Le plus célèbre auteur de soties est Pierre Gringoire, né à Paris en 1475, mort à Nancy en 1539. Gringoire connaissait la poésie du moyen-âge et il s'en inspira largement, dans des oeuvres allégoriques et morales peu intéressantes. Mais quand la confiance de Louis XII l'eut investi d'une sorte de fonction publique, il profita de sa dignité de Mère sote, qui lui permettait de tout dire pour donner libre cours à sa verve. Au mardi gras de 1512, dans "la Sotie du Prince des Sots", il attaqua violemmment Jules II, l'adversaire de Louis XII, s'efforçant de rendre populaire la guerre de la France contre le Pape.

LA FARCE
La farce est une pièce facétieuse qui a pour but unique de faire rire, de provoquer "le ris dissolu", comme dit Thomas Sibilet. La farce tient du fableau par les sujets et par les grossièretés; parfois même, elle n'est qu'un fableau dialogué et mis à la scène. Il nous reste environ cent cinquante farces du XVème et du XVIème siècle. La plus célèbre est "Pathelin", chef d'oeuvre d'un auteur inconnu, composé entre 1461 et 1469.

LA FARCE DU MAITRE PATHELIN
Pathelin est un avocat sans causes, en butte aux criailleries de sa femme Guillemette qui lui reproche de ne pas gagner de quoi acheter du beau drap. Il se rend chez Guillaume  le drapier et à force de compliments mielleux, il arrive à lui soustraire une pièce de drap qu'il emporte. Il invite Guillaume à venir chez lui recevoir le prix de son drap et manger une bonne oie rôtie.
Une comédie a été machinée par Guillemette et Pathelin. Quand Guillaume arrive, Guillemette fait l'étonnée: Pathelin est malade, il n'est pas sorti de la journée; Guillaume a du se méprendre. Pathelin dans son lit divague de fièvre dans tous les dialectes du monde. Guillaume s'enfuit.
Cependant le berger de Guillaume, Agnelet a un procès avec son maitre qui l'accuse de tuer ses moutons. Il demande à Pathelin de le défendre. Pathélin lui conseille de répondre: bée! à toutes les questions du juge; on pourra ainsi le faire passer pour un irresponsable.
Au tribunal, Guillaume a commencé à exposer sa cause, quand il reconnait Pathelin dans l'avocat d'Agnelet. Il se trouble, mêle l'histoire du drap et celle des moutons si bien que le juge le croit fou. Il interroge Agnelet qui répond toujours: bée! bée! Agnelet est acquitté.
Pathelin réclame à Agnelet ses honoraires. Le berger lui répond: bée! bée!. Et le malheureux avocat ne peut pas tirer autre chose de son client. Ainsi le trompeur est trompé.

La farce de Pathelin est une oeuvre très remarquable. La composition en est nette et sûre; le sujet est bien circonscrit, les scènes bien liées, les incidents découlent naturellement les uns des autres. Les caractères sont tracés avec vigueur. La langue est saine, pittoresque sans recherche, toujours en bonne humeur. Aussi cette farce ou sous sa forme primitive, ou arrangée au XVIIIème siècle par Brueys et Palabrat, ou adaptée de nos jours par Edouard Fournier, a-t-elle constamment rencontré un très franc succès. Elle force à rire; et en riant on oublie que les personnages sont malhonnêtes et que ce ricochet de fourberies est assez immoral.

A la farce on peut rattacher les monologues comiques, sortes de boniments de charlatan et les sermons joyeux, parodie souvent grossière de la prédication chrétienne. Un des monologues les plus amusants est le "Franc Archer de Bagnolet" attribué à Villon. Le franc archer fait le matamore mais il est couard: il tombe pitieusement à genoux devant un mannequin de gendarme qui sert d'épouvantail et il lui demande grâce.

Les pièces comiques, de même que les mystères sont représentées d'abord par des acteurs occasionnels. Puis, s'établissent des Confréries Joyeuses qui se donnent pour mission de jouer des farces et des soties. Les plus célèbres confréries parisiennes de cet ordre sont Les Enfants sans souci et les Clercs de la Basoche. Les premiers sont peut-être les anciens figurants de la fête des Fous chassés de l'église. Mais ils prennent vite de l'autorité, se recrutent parmi les étudiants et dans la bourgeoisie et s'organisent hiérarchiquement; ils ont des dignitaires, le prince des Sots et Mère sote qui a le droit de tout dire et en profite. Les clercs de la Basoche sont les employés des juges, greffiers, notaires et homme de loi qui s'organisent en confrérie et qui donnent des représentations dans la grand'salle du Palais.

La farce a vécu plus longtemps que les mystères. La Renaissance ne la supprime pas; elle emprunte même des sujets et des effets à son répertoire. Elle lui interdit, semble-t-il, l'accès des théâtres littéraires et la relègue sur les tréteaux du Pont-Neuf. Molière ira l'y retrouver et lui donnera avec un nouveau lustre la dignité classique.

7 Ocak 2011 Cuma


LE THEATRE
 AUX XIVème & XVème SIECLES

La transformation qui commence à s'opérer insensiblement en 1270 est manifeste à l'avènement des Valois. Les genres littéraires du moyen-âge sont épuisés ou se trainent, envahis par l'allégorie et le pédantisme.
Le XIVème siècle est d'une stérilité littéraire à peu près complète. On pourrait croire que les oeuvres de ce temps sont perdues; mais il vaut mieux dire que la misère et les désordres de toute sorte amenés par la guerre de Cent ans expliquent cette décadence de la littérature.
Le XVème siècle est plus vivant. Le théâtre édifiant et le théâtre comique s'y développent dans une confusion tumultueuse qui exclut l'art délicat mais manifeste une vitalité profonde. On y rencontre un grand prosateur, Commines, et un grand poète, Villon.
En même temps apparaissent çà et là les signes précurseurs d'une pensée nouvelle et d'une société nouvelle. Par l'Italie, les oeuvres de l'antiquité, retrouvées dans leur intégrité, arrivent en France et pénètrent peu à peu les esprits, préparant ainsi les voies à la Renaissance.

LES MYSTERES
Le drame religieux au XVème siècle s'appelle un mystère. Ce mot vient de ministerium et signifie, comme drame, action ou fonction.
Le mystère est la mise en scène de l'histoire religieuse de l'humanité depuis la création jusqu'au XVème siècle, d'après l'Ecriture Sainte, la Tradition, les livres apocryphes et les légendes populaires. Le mystère ramène ainsi le théâtre religieux à son origine liturgique dont le miracle l'avait en un sens écarté en le détournant sur des sujets accessoires et limités.

On peut partager les Mystères en trois cycles:
1)- le cycle de l'Ancien Testament,
2)- le cycle du Nouveau Testament et
3)- le cycle des Saints.

Le cycle de l'Ancien Testament se résume dans Le Mystère du Vieil Testament, vaste compilation de mystères antérieurs faite vers 1450; elle comprend toute l'histoire réelle et légendaire de l'Ancien Testament.
Le cyle du Nouveau Testament comprend; sept mystères sur la vie de Jésus, dont la Passion, d'Arnoul Gréban; dix mystères sur certaines parties de la vie de Jésus; Le Mystère des Actes des Apôtres d'Arnoul et de Simon Gréban.
Le cycle des Saints comprend une quarantaine de mystères qui mettent en scènes la vie et la mort d'un saint (Mystère de saint Dominique, Mystère de Saint-Louis)
Il faut classer à part deux mystères empruntés exceptionnellement à l'histoire profane, le Mystère du siège d'Orléans qui met en scène la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc et le Mystère de la Destruction de Troie.
L'ensemble de tous ces mystères est considérable est comprend plus d'un million de vers.

On dirait que les Mystères sont l'oeuvre collective de toute une génération: un petit nombre seulement des noms des auteurs sont venus jusqu'à nous. On cite les deux frères Gréban, Jean Michel et Pierre Gringoire.
Les mystères n'étaient pas joués par des acteurs de profession. Lorsque, dans une ville, une confrérie puissante, une corporation, un groupe de bourgeois, montaient un mystère, ils faisaient appel à la bonne volonté de tous: les acteurs étaient recrutés dans toutes les classes de la société; un théâtre était dressé sur la place publique, et la représentation, qui était un véritable événement, attirait pour plusieurs semaines une foule nombreuse.

Cependant peu à peu s'établirent des sociétés permanentes qui avaient pour mission de jouer des mystères. La plus célèbre est celle des Confrères de la Passion, reconnus par acte royal du 4 décembre 1402, qui furent les premiers à avoir un théâtre stable et obtinrent le monopole de la représentation des mystères à Paris.

Le mystère n'est pas, comme le miracle, un poème dramatique à sujet délimité avec exposition, action et dénouement. Le mystère est un spectacle, une série de vues de l'histoire religieuse, une succession de tableaux vivants, expliqués et commentés par un dialogue. Il ne faut donc pas y chercher une composition quelconque ni un lien entre les scènes.

De plus, quoique le mystère est pour but d'édifier, il ne garde pas l'unité de ton. Comme la pièce est longue et pourrait lasser l'auditoire, les auteurs y ont entremêlé des scènes de farce: les paysans, les valets, les bourreaux, les diables et en particulier les fous, ne chargeaient d'égayer le public. Tout est bon et tout est employé pour y parvenir: la parodie, la grossièreté plate, l'indéscence bouffone.

La mise en scène des mystères demande beaucoup de places et cependant est fort simple. Tous les lieux nécessaires à l'action sont disposés d'avance sur une scène unique, ce qui réalise la multiplicité des lieux dans l'unité matérielle.

Ces lieux appelés mansions, maisons, sont indiqués par des écriteaux sommairement figurés: un fauteuil représente une salle royale, trois arbres, une forêt, un bassin minuscule, l'Océan. Le paradis est luxueusement orné; l'enfer est figuré par une gueule de dragon ouverte.

Le décor ne change pas. Suivant les nécessités de l'action les acteurs se déplacent; ils vont de Rome à Jérusalem, ils passent la mer en franchissant le bassin, ils font de longs voyages en quatre pas. Le public accepte cette fiction qui suffit à l'illusion dramatique.

Nous avons vu que les mystères manquent de composition. Ils manquent également la psychologie: les personnages en sont conventionnels et lamentablement inférieurs au model transmis par les Saints Livres. Aucun poète de ce temps n'a pu donner une représentation acceptable de Jésus; Marie est moins gauchement dessinée et les personnages épisodiques, comme les bergers sont naturels et amusants.

Le ver, en général l'octosyllabe, est net et ferme. Mais la langue et le style sont médiocres: l'auteur ignore l'art de choisir ses idées et ses mots; et il dit n'importe quoi n'importe comment; il dilue des idées quelconques dans une langue ordinairement plate.

Cependant, ce théâtre eut un immense succès parce qu'il réalisait une harmonie rarement atteinte. Entre l'Evangile, source et matière du drame, entre les auteurs de ce drame qui l'ont vécu en l'écrivant, et le public qui le vit en le regardant, il y a communauté absolue de foi et de sentiments, une communauté que jamais théâtre n'a réalisée à ce point. Il ne faut donc pas s'étonner si aux moments les plus pathétiques de la Passion passe sur cette foule un grand courant d'émotion surnaturelle qui transfigure tout, le pauvre théâtre aux planches mal jointes, les décors puérils les acteurs maladroits, les vers de mirliton. Tout cela est un chef-d'oeuvre parce que ce n'est plus de théâtre; cette masse de croyants se trouvent réellement en face des mystères de sa foi.

L'évolution des passions est très nette au cours du XVème siècle. La première, celle d'Eustache Marcadé, dite Passion d'Arras et grave, pieuse, à peine égayé par quelques scènes populaires comme celle des nourrices de Saints Innocents qui chantent pour endormir leurs petits. La seconde celle d'Arnoul Gréban est la meilleure, c'est là que nous trouvons la perle du théâtre du moyen-âge, la scène où Notre-Dame supplie son fils de sauver le monde autrement que par les horreurs de la crucifixion. Mais déjà les divertissements populaires comme ceux des bergers sont plus nombreux. La troisième, celle de Jean Michel, est intéressante et vivante, mais l'élément profane et divertissant a pris une très grande place.

L'évolution continue. La Passion se laïcise. Les Scènes bouffons, grossières, inconvenantes, surabondent.
Le spectacle n'est plus religieux. Il froisse les âmes vraiement chrétiennes. L'église proteste le Parlement s'émeut et en 1548 il interdit aux confrères de la Passion qui n'étaient que des comédiens, de représenter les Mystères qui n'étaient plus des drames religuex.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)