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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

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Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

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Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

10 Ocak 2011 Pazartesi


LA FARCE DE MAÎTRE PATHELIN


C’est une farce médiévale, anonyme, écrite en octosyllabes et à rimes plates, ayant paru à la fin du XVème siècle, vers 1465.

Maître Pierre Pathelin est le fourbe tout craché, qui allie la sagacité à la bonhomie. Ingénieux plus que cultivé, quoique baragouinant plusieurs dialectes et maniant -douteusement- le latin, ses diverses expériences passées en font un maître de l'escroquerie. Précurseur de Scapin, il ne manque pas de tours dans son sac et sait parfaitement comment satisfaire son dessein: usant de la flatterie, de ses dons de comédien et de sa ruse, il appâte Guillaume en lui faisant tour à tour gober, qu'il est citadin modèle et sinon fortuné, du moins sans soucis pécuniaires, -il a mis de côté 80 écus pour une rente, et verse le "denier à Dieu", geste coutumier précédent tout commerce-, qu'il est malade et sur le point de rendre l'âme. Escroc, il ne nous est pas moins sympathique: "advocat dessoubz l'orme", il est poussé à ces filouteries par la détresse qui sévit sur son foyer. Descendant de Renart, il incarne comme lui le petit peuple: il prend sa revanche sur les classes privilégiées, mais succombe aux ruses du petit peuple.

Guillemette fait honneur à son époux, et n'a rien à lui envier. Paraissant plus sensée que ce dernier, elle fait preuve d'un semblant de moralité, en  demandant à son mari avec quel argent il a payé, en craignant la saisie, et en rappelant à ce dernier qu'il a déjà été châtié pour ses sournoiseries. Cependant, elle est comme lui sans scrupules et s'acquitte on ne peut mieux de son rôle. Complice de Pathelin, elle rit avec lui du tour joué à Guillaume.

Guillaume Joceaulme le drapier que ses défauts nous rendent peu sympathique, est le souffre-douleur de la pièce. En effet, âpre au gain, il ne manque pas de voler son client pour satisfaire son avidité. C'est un menteur (il certifie ne tirer aucun bénéfice du drap: "Il le m'a cousté" dit-il, parlant du prix; il cache bien son jeu en justifiant le coût par de nombreuses raisons: "Trestout le bétail est péri" ...), doublé d'un escroc: non content de voler Pathelin sur le prix, il aulne "ric a ric". Ajouter à cela le mépris du client qu'il traite de "becjaune". Sa bêtise couronne le tout: il ne flaire pas la supercherie. Bref, il présente tous les vices du plus misérable marchand, et le sort qui l'attend, la perte de son drap et de son procès, nous paraît justifié, ne faisant que renforcer le comique.

Le thème principal c’est la satire comique des moeurs
Véritable farce, l'oeuvre recèle tous les procédés comiques susceptibles d'égayer rondement l'auditoire. A ces fins, l'auteur use tour à tour du comique de mot, de situation, de caractère, et de moeurs:

Le comique verbal, tout d'abord, est omniprésent, et place d'office la pièce sous le signe du rire. Dès la rencontre de Pathelin et du drapier, le dialogue regorge de jurons et d'expressions populaires propres à amuser le public. Le délire de l'avocat alité y participe également: il brode un latin de son invention, insensé, puis divague en de nombreux dialectes. Le comique de répétition prend la relève en deux occasions: quand Guillemette accueille Guillaume, elle lui répète sans cesse "parlez bas", mais est la première à tonitruer, ressassant inlassablement sa rengaine; au tribunal, Thibaut bêle sans relâche.

Le comique de situation, tient une place importante. Il naît tout d'abord d'un quiproquo: en se quittant, Pathelin et Guillaume sont tous deux persuadés d'avoir berné l'autre; Guillaume se réjouit d'avoir escroqué l'avocat en lui vendant six aunes de drap hors de prix et d'avoir gagné de plus un repas gratis, alors que Pathelin se félicite d'avoir dupé le drapier en ne lui payant point son dû. Ensuite le renversement de situation qui voit le drapier jubilant brusquement ahuri et déçu, puis le délire de Pathelin, amusent. De même, Guillemette demande tout d'abord au drapier de parler bas, puis elle-même s'égosille si bien que les rôles sont inversés et que c'est Guillaume qui lui fait remarquer ses éclats de voix. La confusion du drapier qui mélange les deux affaires, et l'ultime duperie dont est victime l'avocat, pris à son propre jeu, parachèvent la farce.

Le comique de caractère; Guillaume se laisse séduire par des flatteries exagérées: Pathelin loue sa tante Laurence ainsi que son père auquel il ressemble soi-disant grandement, et qui "prestoit ses denrees a qui les vouloit", ce qui est cocasse, quand on sait que la seule chose que désire l'avocat est de prendre un drap à crédit. Le drapier est indéterminé et naïf, se laissant persuader qu'il a rêvé, puis mêlant les deux affaires lors du procès. Guillemette, comme son mari est sans scrupule et joue parfaitement le rôle que ce dernier lui assigne.

A ces comiques se mêle un comique de moeurs, faisant la satire légère de plusieurs corps. Ainsi, la corporation des drapiers, très importante à l'époque, est décriée à travers Guillaume, qui, avide, escroc et profiteur, ne se satisfait pas de voler un client, et pousse le vice jusqu'à aller chez lui manger "de [s]on oye". Non content d' "aulner" "ric a ric" (ric-rac), il lui "baille" pour "vingt et quatre solz l'aulne" un drap "qui n'en vault pas vingt". Propriétaire d'un troupeau, il vole également son berger. Le juge, pareillement, est empressé, ne s'adonne pas corps et âme à sa fonction et se hâte d'en finir, prétextant une affaire, alors qu'il invite l'avocat à déjeuner. Il écoute les suggestions de l'avocat, et ne décèle rien de la fourberie. Il est également fait allusion aux médecins lors du délire de l'avocat qui se plaint de leurs pilules (qui lui ont "gasté les machouës") et déclare:

"Ces phisicïens m'ont tué
de ses brouliz qu'ilz m'ont fait boire;
et toutesfois les fault il croire!
Ils en oeuvrent comme de cire."

Le trompeur trompé (ou à trompeur, trompeur et demi) est la seule morale acceptée dans la farce. Que ce soit Pathelin qui faute d'avoir berné le drapier est à son tour roulé par le berger et ses "bées" au moment de payer, ou Guillaume Jeauceaulme qui croyant abuser Pathelin sur le prix du drap, subit la fourberie de l'avocat, bref, la tromperie est érigée en règle.

Les plaisirs de la vie; le seul désir de jouir meut les protagonistes qui ne s'attachent qu'à la ripaille, le gain et le jeu: Guillaume se laisse convaincre par une oie, le larcin de Thibaut est d'avoir dévoré quelque trente agneaux, et le juge clôt le procès pour aller déjeuner prestement; Guillaume est mû par l'appât du gain, de même que Pathelin qui exulte de son futur payement; l'avocat s'amuse à jouer la comédie devant le drapier et le berger prend sa relève. Cette tendance s'ajoute à la satire des moeurs.

RÉSUMÉ
Maître Pathelin et son épouse Guillemette se lamentent sur leur sort. Sans un sou et sans clients, ils ont besoin de drap, et le rusé Pathelin se décide tout de même à aller à la foire, comptant bien user de quelque tour.

Arrivant devant l'étal de Guillaume Joceaulme, drapier de son état, l'avocat ne tarit pas d'éloge à son égard, et loue abondamment son père, à qui il ressemble "mieulx que goute d'eaue". Après tant de flatteries, Pathelin fait mine de s'intéresser par hasard à une pièce de drap et finit par en réclamer six aunes. Il prie le marchand de venir chez lui prendre son dû. Tout d'abord méfiant, Guillaume se laisse tenter par un verre et une oie que Pathelin l'invite à partager dans son logis. Pathelin s'en va avec le drap, se moquant du drapier qu'il ne compte pas payer, tandis que Guilllaume se réjouit d'avoir volé un client.

De retour au foyer, Pathelin conte l'histoire à sa femme, et prépare un subterfuge pour berner le marchand. Il s'alite et feint la maladie.

Le drapier se refuse à boire, quand il peut le faire gratis chez l'avocat, et se décide à partir, n'espérant plus rien vendre. Accueilli par Guillemette, qui l'exhorte à parler bas par respect pour son mari malade, Guillaume ne peut croire à la supercherie. Mais Guillemette assure que Maître Pierre est au lit depuis onze semaines, et fait entrer le marchand dans sa chambre. Tandis que Guillaume s'obstine à réclamer ses neuf francs, Pathelin délire et feint de le prendre pour médecin. Ahuri, Guillaume s'excuse et s'en va croyant avoir rêvé. Alors que les époux se gaussent, le drapier revient après avoir vérifié que le drap manquait à son étal. Pathelin se met à délirer de plus belle, en dialecte limousin, puis picard, normand, breton, et enfin latin. Ce tour de force achève de convaincre de son erreur Guillaume, qui impute le vol du drap au diable.
Poursuivi par la malchance, le drapier s'aperçoit qu'il est volé par son berger, Thibaud l'Agnelet, et compte le traduire en justice. Thibaud vient demander à Maître Pathelin de le défendre, et lui explique son affaire: il a assommé et mangé plusieurs moutons à son maître. L'avocat, ravi de l'aubaine de trouver un client, enjoint au berger de simuler le naïf, et de répondre "Bée" à toute question.

Devant le juge, Pathelin renverse les rôles et accuse le drapier de peu payer son berger. Guillaume révolté, ayant reconnu Pathelin, mélange les deux affaires, s'attire les disgrâces du juge pour son incohérence et passe pour fou. Le "Bée" répété du berger à toutes les questions qu'on lui pose pousse le juge à classer l'affaire et absoudre le berger qui paraît fou. Le drapier reconnaît bien l'homme qu'il a laissé pour mourant, ce que réfute Pathelin. Voulant tirer la chose au clair, Guillaume court chez Guillemette voir s'il y est.

Maître Pathelin et le berger restent seuls. L'avocat félicite pour son jeu Thibaut, puis réclame sa solde, mais Thibaud de répondre "Bée" sans relâche. Le trompeur trompé court chercher un sergent tandis que s'enfuit le futé.
 UN EXTRAIT DE
 LA FARCE DE MAITRE PATHELIN

Guillemette: Hélas, venez le voir, cher monsieur : il souffre tellement!

Le Drapier: Est-il vraiment tombé malade, depuis ce matin, quand il est venu à la foire ?

Guillemette: À la foire ?

Le Drapier: Par Saint Jean, bien sûr; je crois bien qu'il y a été.
(à Pathelin) Il faut me donner l'argent pour payer le tissu que je vous ai donné à crédit, maître Pierre.

Pathelin: Ha, Maître Jean, j'ai chié deux petites crottes noires, rondes et dures. Est-ce que je dois prendre un autre lavement?

Le Drapier: Qu'est-ce que j'en sais ? Qu'ai-je à voir avec cela ? Il me faut mes neuf francs, ou six écus.

Pathelin: Vous appelez cela des pilules, vos trois morceaux noirs et pointus ! Je m'y suis cassé les dents ! Pour l'amour de Dieu, Maître Jean, ne me forcez plus d'en prendre ! À cause d'elles j'ai tout rendu ! Bah ! Il n'existe rien de plus amer.

Le Drapier: Mais non, sur l'âme de mon père; on ne m'a pas rendu mes neuf francs.

Guillemette: Je voudrais que les casse-pieds de votre genre soient tous pendus! Fichez le camp. Allez donc au diable, puisque vous ne méritez pas d'aller à Dieu!

Le Drapier: Au nom du Dieu qui me fit naître, j'aurai mon drap avant de partir - ou mes neuf francs!

Pathelin: Et mon urine? Vous ne voyez pas à mon urine que je vais mourir, au moins? Hélas! Mon Dieu, faites que quoi qu'il arrive je ne meure pas!

Guillemette (au drapier): Allez-vous-en! Si ce n'est pas une honte de lui casser la tête comme vous le faites!

Le Drapier: Seigneur Dieu, quelle malchance! Six mètres de tissu, quand même! Dites donc, vous trouvez ça normal, vous, que je les perde?

Pathelin: Est-ce que vous pourriez rendre ma merde plus molle, maître Jean? Elle est si dure que je ne sais comment je l'endure, quand elle me sort du fondement.

Le Drapier: Il me faut neuf francs tout rond. Car sinon, par Saint Pierre de Rome…

Guillemette: Hélas, comme vous torturez ce pauvre homme! Comment pouvez-vous êtes si cruel? Vous voyez bien qu'il croit que vous êtes médecin. Hélas, le pauvre chrétien a assez de malheur: onze semaines, sans interruption, qu'il est là, le pauvre homme!

Le Drapier: Palsambleu! Je ne comprends pas comment cette infortune lui est arrivée, car il est venu me voir tout à l'heure, et nous avons marchandé ensemble - enfin… Je crois. Ou bien… Je ne sais pas… Peut-être ?

Guillemette: Par Notre Dame, mon cher monsieur, vous ne vous rappelez pas bien. Vous allez me promettre d'aller tout de suite prendre un peu de repos. Beaucoup de gens pourraient aller raconter que c'est pour moi que vous nous rendez visite. À la porte! Les médecins seront là d'une minute à l'autre.

Le Drapier: Je me fiche de ce que les gens vont raconter; je n'ai pas l'esprit mal tourné.
(A part) Bon sang, suis-je vraiment si mal en point?
(A Guillemette) Sur la tête de Dieu! Je croyais…

Guillemette: Encore?

Le Drapier: Et vous n'avez pas une oie au feu?

Guillemette: Quelle question! Monsieur, ce n'est pas le genre de viande qu'on sert aux malades. Mangez vos oies et laissez-nous tranquilles. Par ma foi, vous êtes vraiment sans-gênes!

Le Drapier: Je vous prie de m'excuser. Je croyais sincèrement que…

Guillemette: Encore?

Le Drapier: Par le saint Sacrement… Adieu!
(Devant la maison, à part) Bon, je vais y voir clair maintenant. Je sais bien que je dois avoir six mètres, en une seule pièce, mais cette femme me brouille les esprits. Oui, il les a pris. Non… Les faits ne concordent pas: j'ai vu la Mort qui vient le faire souffrir, ou alors il joue la comédie. Eh oui! Il les a pris. Et il se les est mis sous le bras, par la Vierge Marie! Mais non! Je ne sais plus si je rêve ou pas.

9 Ocak 2011 Pazar


LA FARCE DU CUVIER

La Farce du cuvier est une oeuvre de la littérature médiévale dont nous ignorons l'auteur. Elle est écrite en octosyllabes et à rimes plates. Elle a paru dans la deuxième moitié du XVème siècle.

Les personnages en sont:
JACQUINOT, maître forgeron.
ANNE, femme de Jacquinot.
JACQUETTE, belle-mère de Jacquinot.


ASPECT, CARACTERE ET COSTUMES DES PERSONNAGES
JACQUINOT n’est point, un béjaune niais et ridicule, ni un gringalet puisqu’il parvient à tirer sa femme du cuvier; c’est un artisan débonnaire, fin, placide et calme, qui pourrait avoir recours à la force pour maîtriser les deux commères, mais renoncerait à toutes ses prérogatives de ‘chef de maison plutôt que de se montrer brutal et arbitraire. Il est vêtu d’un pourpoint très simple serré à la ceinture par une bande de cuir, d’un haut-de-chausse, et chaussé de souliers à la poulaine. Il porte le traditionnel tablier de cuir des forgerons; visage glabre, cheveux longs, sans coiffure.

ANNE est une petite personne despotique, gâtée par son mari qui, jusqu’alors, lui a passé toutes ses fantaisies pour avoir la paix. Elle est coiffée d’un chaperon, chaussée de mules de drap à bouts arrondis; elle porte une robe a corsage plat et ajusté, taillé carrément, très ouvert à l’encolure, laissant voir la gorgerette ou fichu de dentelle montant jusqu’à la naissance du cou; une jupe très longue, relevée par des retroussoirs, ou agrafes, fixés à la ceinture où pend l’escarcelle.

DAME JACQUETTE est le type de la belle-mère classique, qui soutient sa fille, se montre systématiquement hostile envers son gendre et fait preuve d’une partialité instinctive dans les différends du ménage. Elle porte, en plus sévère et en couleur foncée, le même costume que sa fille Anne.

L’action se passe vers le milieu du XVe siècle, dans le logis très simple d’un artisan.
A droite, au premier plan, une vaste cheminée sous laquelle apparaissent le four à cuire le pain et le chaudron à bouillir la lessive.
Au second plan, une porte donnant sur l’atelier. A gauche, au premier plan, une porte; au second plan, une cuve ou un baquet destiné à couler la lessive.
Au fond, une fenêtre donnant sur la rue; meubles de bois grossièrement façonnés bahut, pétrin, maie, crédence, escabeaux, une table devant la cheminée étains, cuivres, lampe à bec suspendue au plafond solivé.

L'AUTORITÉ EST LE THÈME PRINCIPAL DE LA FARCE
Cette farce raille la manie qu'ont certaines femmes de diriger la demeure, en faisant taire leur époux. C'est encore une satire légère des moeurs qui s'exerce ici, mais la raison populaire finit par triompher.

Au début de la farce, les rôles habituels sont inversés, et la femme de Jacquinot détient l'autorité. Cette situation est portée au ridicule grâce à de nombreux procédés comiques: la colère du mari qui maudit son mariage, car, fréquemment martyrisé, il doit obéir servilement aux deux femmes, est la source du comique de situation, renforcé par les invectives et les ordres de la femme à son époux. Le comique de caractère est circoncis à la mère, qui a toujours un temps de retard et ne fait que répéter ou surenchérir les injonctions de sa fille. Le comique de geste, puis de farce sont de la partie: la femme menace à plusieurs reprises son mari: "Mettez! ou vous serez frottés", "Je vous battray plus que plastre", puis le gifle ( "Le voyla, qui te puisse ardre !") et lui jette du linge sale et puant ( "Or sentez, maistre quoquart") avant de choir dans le cuvier, comble du rire. Le comique de mot s'ensuit: après les nombreux jurons des deux personnages, Jacquinot se met à chantonner pour narguer sa femme en la traitant de tous les noms, et entonne son refrain "Cela n'est point à mon roulet" . 

Au terme d'un chantage, Jacquinot recouvre son droit, et les deux femme la raison: la femme s'engage à demeurer servante, "Comme par droict il appartient", et la mère déclare: "Sien mesnaige y a discorde, on ne sçauroit fructifier". Le rire s'atténue pour faire place à la morale de la fin:
"Aussi je veulx certifier
Que le cas est à femme laict
Faire de son maistre son varlet
Tant soit sot ou mal aprins."


RÉSUMÉ
Jacquinot se plaint de son ménage que sa femme et sa belle-mère dirigent impérieusement, et entend bien reconquérir son emprise sur le foyer. Entrent les deux femmes qui soutiennent qu'un bon mari doit obéir à sa femme. Déplorant que sa femme lui "commande trop de negoces", Jacquinot est contré par sa belle-mère qui rétorque qu'il doit prendre un rôlet pour y consigner ses tâches. Jacquinot s'exécute, et inscrit tout ce que lui dicte sa femme. S'opposant à plusieurs articles, il s'incline tout de même, pressé et menacé par les deux femmes. Après une longue dictée, il signe et se promet de ne jamais faire autre chose que ce qui figure sur ledit rôlet.

Après avoir été giflé et avoir reçu du linge sale à la figure, parce qu'il avait affirmé que laver le linge n'était pas inscrit dans son rôlet et avait rechigné à la besogne, Jacquinot fait tomber sa femme dans le cuvier (grand bac à linge) en tirant brutalement sur un drap. Empêtrée dans ses habits trempés, la femme se lamente désespérément et enjoint son mari de venir à son secours. Et Jacquinot de passer en revue toutes ses instructions et de répondre inlassablement: "Cela n'est point à mon roulet". Tandis que la femme, tentant tous les recours, mêle les supplications aux remontrances, et affecte une mort imminente, Jacquinot reste de marbre, se refuse même à aller chercher quelque valet, ressassant la même rengaine. Entre la mère à qui Jacquinot apprend que tout est "Tresbien, puis que sa femme est morte". Elle appelle en vain son gendre pour secourir sa fille, mais Jacquinot réplique qu'il le fera pas avant qu'on lui promette qu'il sera désormais le maître du logis. Les deux femmes s'empressent de le lui accorder.

 UN EXTRAIT DE
 LA FARCE DU CUVIER

Le malheureux Jaquinot doit affronter une femme volontaire et une belle-mère omniprésente, prenant toujours le parti de sa fille. Les deux femmes lui font écrire un «rôlet», liste des tâches domestiques qui lui sont assignées, afin qu'il n'en oublie aucune.

LA MÈRE - Pour que vous vous souveniez mieux du fait, il faut que vous fassiez un rôlet et que vous mettiez sur un feuillet tout ce qu'elle vous ordonnera.
JAQUINOT - Qu'à cela ne tienne, je m'en vais commencer à écrire.
LA FEMME - Eh bien! écrivez de façon qu'on puisse vous lire. Marquez que vous m'obéirez et que vous ne désobéirez jamais à faire ma volonté.
JAQUINOT - Le corps bleu! Je n'en ferai rien: je ne marquerai que des choses raisonnables.
LA FEMME - Eh bien! mettez là, sans plus de discussion, pour éviter de me fatiguer, qu'il faudra que vous vous leviez toujours le premier pour faire la besogne.
JAQUINOT - Par Notre-Dame de Boulogne, je m'oppose à cet article. Me lever le premier! pour quelle raison?
LA FEMME - Pour chauffer ma chemise au feu.
JAQUINOT - Me dites-vous que c'est la mode?
LA FEMME - C'est la mode, et aussi la façon. Il faut que vous appreniez la leçon.
LA MÈRE - Écrivez!
LA FEMME - Marquez, Jaquinot!
JAQUINOT - J'en suis encore au premier mot. Vous me pressez tellement que c'est merveille.
LA MÈRE - La nuit, si l'enfant se réveille, comme il fait très souvent, il faudra que vous preniez le soin de vous lever pour le bercer, le promener, le porter, l'apprêter, à travers la chambre, même si c'est minuit.
JAQUINOT - Avec tout cela, il n'y a apparence que je puisse prendre au lit du plaisir.
LA FEMME - Écrivez!
JAQUINOT - Par ma conscience, mon rôlet est tout rempli jusqu'à la marge! Mais que voulez-vous que j'écrive?
LA FEMME - Marquez, ou vous serez frotté!
JAQUINOT - Ce sera pour l'autre côté.
LA MÈRE - Ensuite, Jaquinot, il vous faut pétrir et faire cuire le pain, faire la lessive...
LA FEMME - Passer la farine par le bluteau [tamis], laver le linge et le décrasser à grande eau...
LA MÈRE - Aller, venir, trotter, courir, se donner de la peine comme Lucifer...
LA FEMME - Faire le pain, chauffer le four...
LA MÈRE - Mener la mouture au moulin.
LA FEMME - Faire le lit, de très bonne heure le matin, sous peine d'être bien battu...
LA MÈRE - Et puis mettre le pot au feu et tenir la cuisine propre.
JAQUINOT - S'il faut que je mette tout cela, il faudra le dire mot après mot.
LA MÈRE - Eh bien! écrivez donc, Jaquinot: Pétrir le pain...
LA FEMME - Le faire cuire...
LA MÈRE - Faire la lessive...
LA FEMME - Passer la farine par le bluteau.
LA MÈRE - Laver...
LA FEMME - Et cuire...
JAQUINOT - Laver quoi?
LA MÈRE - Les pots et les plats.
JAQUINOT - Attendez, n'allez pas trop vite... (écrivant) Les pots, les plats...
LA FEMME - Et les assiettes.
JAQUINOT - Eh! par le sang bleu, moi qui n'ai pas de mémoire, je ne saurais retenir tout cela.
LE FEMME - Écrivez-le pour vous en souvenir, comprenez-vous? Car je le veux.
JAQUINOT - Bien laver les...
LA FEMME - Les langes bréneux de notre enfant à la rivière.
JAQUINOT - Je renie Dieu! la matière ni les mots ne sont honnêtes.
LA FEMME - Écrivez-le, allez, sotte bête! avez-vous honte de cela? [...]. Et puis faire aussi... la chose par-ci par-là.
JAQUINOT - Vous en aurez une poignée en quinze jours ou un mois.
LA FEMME - Non, mais cinq à six fois tous les jours. C'est le minimum d'après moi.
JAQUINOT - Il n'en sera rien, par le sauveur, cinq ou six fois! Vertu saint Georges! Cinq ou six fois! Ni deux ni trois. Par le corps bleu, il n'en sera rien!
LA FEMME - Malheur à ce vilain! Ce lâche paillard n'est bon à rien.
JAQUINOT - Corbieu! Je suis bien stupide de me laisser ainsi durement mener. Il n'y a aujourd'hui aucun homme au monde qui puisse ici prendre du repos. Pour quelle raison? Car jour et nuit il faut que je me rappelle ma leçon.
LA MÈRE - Ce sera écrit, puisque cela me plaît. Dépêchez-vous et signez-le.
JAQUINOT - Le voilà signé; tenez, prenez-le! Faites bien attention à ne pas le perdre. Dussé-je être pendu, dès cet instant, j'ai décidé que je ne ferai pas autre chose que ce qui est dans mon rôlet.
LA MÈRE - (à la fille) Gardez-le bien, tel qu'il est.

Enchantée d'être en possession du rôlet, la femme surveille Jaquinot qui fait la lessive. Malencontreusement, elle tombe dans le cuvier rempli d'eau. En danger de se noyer, elle appelle au secours, mais Jaquinot, après avoir vérifié la liste de ses tâches, déclare que cela n'est pas inscrit sur son rôlet. Il ne se décide de tirer sa femme du cuvier qu'après que celle-ci lui promet qu'il sera maître chez lui et qu'elle sera sa «servante».

8 Ocak 2011 Cumartesi


LE THEATRE AMUSANT 

Le théâtre amusant passionna le public autant que les mystères. Comme il lui arrivait souvent de prendre des sujets dans la vie quotidienne, il se renouvelait avec les moeurs et il avait l'intérêt des allusions devinées. L'opinion publique était née, elle trouvait dans les pièces comiques une occasion de se manifester; les théâtre jouait ainsi le rôle du journal. Cependant le XIVème siècle ne nous a  laissé que de pauvres fragments comiques; au contraire la comédie a un plein succès au XVème siècle. On peut distinguer, dans les pièces comiques de la période qui va de 1400 à 1550, des moralités, des soties et des farces.

LA MORALITE
La moralité est une pièce comique à sujet fictif et à intention édifiante. Nous avons environ soixante moralités du XVème siècle. Elles attaquent et tournent en ridicule les vices de l'humanité, en les mettant en scène par le moyen de l'allégorie. C'est un genre assez froid et nous comprenons mal aujourd'hui la passion du public du XVème siècle pour ces spectacles où les personnages sont des abstractions qui marchent et parlent.

Les moralités les plus célèbres sont "Bien Avisé et Mal Avisé" de Simon Bougoin "la Condamnation de Banquet" de Nicolas de la Chesnaye et "de l'Aveugle et du boiteux" d'Audrey de la Vigne.
Simon Bougoin, dans deux tableaux savamment opposés compare la vie de l'honnête chrétien à celle de l'impie. Le chrétien est assez heureux et l'impie assez morfondu pour que le choix s'impose au spectateur. Nicolas de la Chesnaye a mis en mouvement  les maladies que Banquet précipite contre les gourmands. Ceux qui n'en meurent pas se plaignent; Banquet est jugé, condamné et étranglé par Diète.


LA SOTIE
La sotie, à l'origine, est le nom que prend la farce quand elle est jouée par les Sots, confrérie joyeuse d'acteurs. Peu à peu la sotie désigna une pièce satirique d'actualité à sujet politique. Le plus célèbre auteur de soties est Pierre Gringoire, né à Paris en 1475, mort à Nancy en 1539. Gringoire connaissait la poésie du moyen-âge et il s'en inspira largement, dans des oeuvres allégoriques et morales peu intéressantes. Mais quand la confiance de Louis XII l'eut investi d'une sorte de fonction publique, il profita de sa dignité de Mère sote, qui lui permettait de tout dire pour donner libre cours à sa verve. Au mardi gras de 1512, dans "la Sotie du Prince des Sots", il attaqua violemmment Jules II, l'adversaire de Louis XII, s'efforçant de rendre populaire la guerre de la France contre le Pape.

LA FARCE
La farce est une pièce facétieuse qui a pour but unique de faire rire, de provoquer "le ris dissolu", comme dit Thomas Sibilet. La farce tient du fableau par les sujets et par les grossièretés; parfois même, elle n'est qu'un fableau dialogué et mis à la scène. Il nous reste environ cent cinquante farces du XVème et du XVIème siècle. La plus célèbre est "Pathelin", chef d'oeuvre d'un auteur inconnu, composé entre 1461 et 1469.

LA FARCE DU MAITRE PATHELIN
Pathelin est un avocat sans causes, en butte aux criailleries de sa femme Guillemette qui lui reproche de ne pas gagner de quoi acheter du beau drap. Il se rend chez Guillaume  le drapier et à force de compliments mielleux, il arrive à lui soustraire une pièce de drap qu'il emporte. Il invite Guillaume à venir chez lui recevoir le prix de son drap et manger une bonne oie rôtie.
Une comédie a été machinée par Guillemette et Pathelin. Quand Guillaume arrive, Guillemette fait l'étonnée: Pathelin est malade, il n'est pas sorti de la journée; Guillaume a du se méprendre. Pathelin dans son lit divague de fièvre dans tous les dialectes du monde. Guillaume s'enfuit.
Cependant le berger de Guillaume, Agnelet a un procès avec son maitre qui l'accuse de tuer ses moutons. Il demande à Pathelin de le défendre. Pathélin lui conseille de répondre: bée! à toutes les questions du juge; on pourra ainsi le faire passer pour un irresponsable.
Au tribunal, Guillaume a commencé à exposer sa cause, quand il reconnait Pathelin dans l'avocat d'Agnelet. Il se trouble, mêle l'histoire du drap et celle des moutons si bien que le juge le croit fou. Il interroge Agnelet qui répond toujours: bée! bée! Agnelet est acquitté.
Pathelin réclame à Agnelet ses honoraires. Le berger lui répond: bée! bée!. Et le malheureux avocat ne peut pas tirer autre chose de son client. Ainsi le trompeur est trompé.

La farce de Pathelin est une oeuvre très remarquable. La composition en est nette et sûre; le sujet est bien circonscrit, les scènes bien liées, les incidents découlent naturellement les uns des autres. Les caractères sont tracés avec vigueur. La langue est saine, pittoresque sans recherche, toujours en bonne humeur. Aussi cette farce ou sous sa forme primitive, ou arrangée au XVIIIème siècle par Brueys et Palabrat, ou adaptée de nos jours par Edouard Fournier, a-t-elle constamment rencontré un très franc succès. Elle force à rire; et en riant on oublie que les personnages sont malhonnêtes et que ce ricochet de fourberies est assez immoral.

A la farce on peut rattacher les monologues comiques, sortes de boniments de charlatan et les sermons joyeux, parodie souvent grossière de la prédication chrétienne. Un des monologues les plus amusants est le "Franc Archer de Bagnolet" attribué à Villon. Le franc archer fait le matamore mais il est couard: il tombe pitieusement à genoux devant un mannequin de gendarme qui sert d'épouvantail et il lui demande grâce.

Les pièces comiques, de même que les mystères sont représentées d'abord par des acteurs occasionnels. Puis, s'établissent des Confréries Joyeuses qui se donnent pour mission de jouer des farces et des soties. Les plus célèbres confréries parisiennes de cet ordre sont Les Enfants sans souci et les Clercs de la Basoche. Les premiers sont peut-être les anciens figurants de la fête des Fous chassés de l'église. Mais ils prennent vite de l'autorité, se recrutent parmi les étudiants et dans la bourgeoisie et s'organisent hiérarchiquement; ils ont des dignitaires, le prince des Sots et Mère sote qui a le droit de tout dire et en profite. Les clercs de la Basoche sont les employés des juges, greffiers, notaires et homme de loi qui s'organisent en confrérie et qui donnent des représentations dans la grand'salle du Palais.

La farce a vécu plus longtemps que les mystères. La Renaissance ne la supprime pas; elle emprunte même des sujets et des effets à son répertoire. Elle lui interdit, semble-t-il, l'accès des théâtres littéraires et la relègue sur les tréteaux du Pont-Neuf. Molière ira l'y retrouver et lui donnera avec un nouveau lustre la dignité classique.

7 Ocak 2011 Cuma


LE THEATRE
 AUX XIVème & XVème SIECLES

La transformation qui commence à s'opérer insensiblement en 1270 est manifeste à l'avènement des Valois. Les genres littéraires du moyen-âge sont épuisés ou se trainent, envahis par l'allégorie et le pédantisme.
Le XIVème siècle est d'une stérilité littéraire à peu près complète. On pourrait croire que les oeuvres de ce temps sont perdues; mais il vaut mieux dire que la misère et les désordres de toute sorte amenés par la guerre de Cent ans expliquent cette décadence de la littérature.
Le XVème siècle est plus vivant. Le théâtre édifiant et le théâtre comique s'y développent dans une confusion tumultueuse qui exclut l'art délicat mais manifeste une vitalité profonde. On y rencontre un grand prosateur, Commines, et un grand poète, Villon.
En même temps apparaissent çà et là les signes précurseurs d'une pensée nouvelle et d'une société nouvelle. Par l'Italie, les oeuvres de l'antiquité, retrouvées dans leur intégrité, arrivent en France et pénètrent peu à peu les esprits, préparant ainsi les voies à la Renaissance.

LES MYSTERES
Le drame religieux au XVème siècle s'appelle un mystère. Ce mot vient de ministerium et signifie, comme drame, action ou fonction.
Le mystère est la mise en scène de l'histoire religieuse de l'humanité depuis la création jusqu'au XVème siècle, d'après l'Ecriture Sainte, la Tradition, les livres apocryphes et les légendes populaires. Le mystère ramène ainsi le théâtre religieux à son origine liturgique dont le miracle l'avait en un sens écarté en le détournant sur des sujets accessoires et limités.

On peut partager les Mystères en trois cycles:
1)- le cycle de l'Ancien Testament,
2)- le cycle du Nouveau Testament et
3)- le cycle des Saints.

Le cycle de l'Ancien Testament se résume dans Le Mystère du Vieil Testament, vaste compilation de mystères antérieurs faite vers 1450; elle comprend toute l'histoire réelle et légendaire de l'Ancien Testament.
Le cyle du Nouveau Testament comprend; sept mystères sur la vie de Jésus, dont la Passion, d'Arnoul Gréban; dix mystères sur certaines parties de la vie de Jésus; Le Mystère des Actes des Apôtres d'Arnoul et de Simon Gréban.
Le cycle des Saints comprend une quarantaine de mystères qui mettent en scènes la vie et la mort d'un saint (Mystère de saint Dominique, Mystère de Saint-Louis)
Il faut classer à part deux mystères empruntés exceptionnellement à l'histoire profane, le Mystère du siège d'Orléans qui met en scène la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc et le Mystère de la Destruction de Troie.
L'ensemble de tous ces mystères est considérable est comprend plus d'un million de vers.

On dirait que les Mystères sont l'oeuvre collective de toute une génération: un petit nombre seulement des noms des auteurs sont venus jusqu'à nous. On cite les deux frères Gréban, Jean Michel et Pierre Gringoire.
Les mystères n'étaient pas joués par des acteurs de profession. Lorsque, dans une ville, une confrérie puissante, une corporation, un groupe de bourgeois, montaient un mystère, ils faisaient appel à la bonne volonté de tous: les acteurs étaient recrutés dans toutes les classes de la société; un théâtre était dressé sur la place publique, et la représentation, qui était un véritable événement, attirait pour plusieurs semaines une foule nombreuse.

Cependant peu à peu s'établirent des sociétés permanentes qui avaient pour mission de jouer des mystères. La plus célèbre est celle des Confrères de la Passion, reconnus par acte royal du 4 décembre 1402, qui furent les premiers à avoir un théâtre stable et obtinrent le monopole de la représentation des mystères à Paris.

Le mystère n'est pas, comme le miracle, un poème dramatique à sujet délimité avec exposition, action et dénouement. Le mystère est un spectacle, une série de vues de l'histoire religieuse, une succession de tableaux vivants, expliqués et commentés par un dialogue. Il ne faut donc pas y chercher une composition quelconque ni un lien entre les scènes.

De plus, quoique le mystère est pour but d'édifier, il ne garde pas l'unité de ton. Comme la pièce est longue et pourrait lasser l'auditoire, les auteurs y ont entremêlé des scènes de farce: les paysans, les valets, les bourreaux, les diables et en particulier les fous, ne chargeaient d'égayer le public. Tout est bon et tout est employé pour y parvenir: la parodie, la grossièreté plate, l'indéscence bouffone.

La mise en scène des mystères demande beaucoup de places et cependant est fort simple. Tous les lieux nécessaires à l'action sont disposés d'avance sur une scène unique, ce qui réalise la multiplicité des lieux dans l'unité matérielle.

Ces lieux appelés mansions, maisons, sont indiqués par des écriteaux sommairement figurés: un fauteuil représente une salle royale, trois arbres, une forêt, un bassin minuscule, l'Océan. Le paradis est luxueusement orné; l'enfer est figuré par une gueule de dragon ouverte.

Le décor ne change pas. Suivant les nécessités de l'action les acteurs se déplacent; ils vont de Rome à Jérusalem, ils passent la mer en franchissant le bassin, ils font de longs voyages en quatre pas. Le public accepte cette fiction qui suffit à l'illusion dramatique.

Nous avons vu que les mystères manquent de composition. Ils manquent également la psychologie: les personnages en sont conventionnels et lamentablement inférieurs au model transmis par les Saints Livres. Aucun poète de ce temps n'a pu donner une représentation acceptable de Jésus; Marie est moins gauchement dessinée et les personnages épisodiques, comme les bergers sont naturels et amusants.

Le ver, en général l'octosyllabe, est net et ferme. Mais la langue et le style sont médiocres: l'auteur ignore l'art de choisir ses idées et ses mots; et il dit n'importe quoi n'importe comment; il dilue des idées quelconques dans une langue ordinairement plate.

Cependant, ce théâtre eut un immense succès parce qu'il réalisait une harmonie rarement atteinte. Entre l'Evangile, source et matière du drame, entre les auteurs de ce drame qui l'ont vécu en l'écrivant, et le public qui le vit en le regardant, il y a communauté absolue de foi et de sentiments, une communauté que jamais théâtre n'a réalisée à ce point. Il ne faut donc pas s'étonner si aux moments les plus pathétiques de la Passion passe sur cette foule un grand courant d'émotion surnaturelle qui transfigure tout, le pauvre théâtre aux planches mal jointes, les décors puérils les acteurs maladroits, les vers de mirliton. Tout cela est un chef-d'oeuvre parce que ce n'est plus de théâtre; cette masse de croyants se trouvent réellement en face des mystères de sa foi.

L'évolution des passions est très nette au cours du XVème siècle. La première, celle d'Eustache Marcadé, dite Passion d'Arras et grave, pieuse, à peine égayé par quelques scènes populaires comme celle des nourrices de Saints Innocents qui chantent pour endormir leurs petits. La seconde celle d'Arnoul Gréban est la meilleure, c'est là que nous trouvons la perle du théâtre du moyen-âge, la scène où Notre-Dame supplie son fils de sauver le monde autrement que par les horreurs de la crucifixion. Mais déjà les divertissements populaires comme ceux des bergers sont plus nombreux. La troisième, celle de Jean Michel, est intéressante et vivante, mais l'élément profane et divertissant a pris une très grande place.

L'évolution continue. La Passion se laïcise. Les Scènes bouffons, grossières, inconvenantes, surabondent.
Le spectacle n'est plus religieux. Il froisse les âmes vraiement chrétiennes. L'église proteste le Parlement s'émeut et en 1548 il interdit aux confrères de la Passion qui n'étaient que des comédiens, de représenter les Mystères qui n'étaient plus des drames religuex.

5 Ocak 2011 Çarşamba

    
EXTRAIT DE
“LA FABLE DES ABEILLES”


La ruche murmurante ou les fripons devenus honnêtes gens

Quittez donc vos plaintes, mortels insensés!
En vain vous cherchez à associer la grandeur d’une Nation avec la probité. Il n’y a que des fous qui puissent se flatter de jouir des agréments et des convenances de la terre,
d’être renommés dans la guerre,
de vivre bien à son aise et d’être en même temps vertueux.
Abandonnez ces vaines chimères.
Il faut que la fraude, le luxe et la vanité subsistent,
si nous voulons en retirer les doux fruits.
La faim est sans doute une incommodité affreuse.
Mais comment sans elle pourrait se faire la digestion
d’où dépend notre nutrition et notre accroissement.
Ne devons-nous pas le vin, cette excellent liqueur,
à une plante dont le bois est maigre, laid et tortueux?
Tandis que ses rejetons négligés sont laissés sur la plante,
ils s’étouffent les uns les autres et deviennent des sarments inutiles.
Mais si ces branches sont étayées et taillées, bientôt devenus fécondes, elles nous font part du plus excellent des fruits.
C’est ainsi que l’on trouve le vice avantageux,
lorsque la justice l’émonde, en ôte l’excès, et le lie.
Que dis-je!
Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant
que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger.
Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse.
Pour y faire revivre l’heureux Siècle d’Or,
il faut absolument outre l’honnêteté
reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères.

BERNARD MANDEVILLE

PHILIPPE DE COMMINES

Il est né en 1445, à Ypres, d'une riche famille bourgeoise. Il s'attacha de bonne heure au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et devint son chambellan; son confident et son diplomate. En 1472, il trahit son maitre et passa au service de Loui XI qui le combla de faveurs et d'argent. Il dirigea jusqu'à la mort du roi la diplomatie de la France. Tenu à l'écart par les successeurs de Louis XI, sauf au moment de la guerre d'Italie, il eut à soutenir de nombreux procès qu'il perdit. Il se consola de ces revers en écrivant ses Mémoires; il mourut en 1511.

Les Mémoires de Commines se composent de deux parties très différentes. Les six premiers livres racontent l'histoire de 1466 à 1483 et en particulier, la rivalité de Loui sXI et de Charles le Téméraire. Les deux derniers livres, écrits par Commines à la fin de sa vie, racontent la guerre d'Italie.

Commines est un véritable historien. Doué d'une intelligence sagace d'homme d'affaires, il excelle à voir clair dans les consciences et à débrouiller les événements compliqués. Il prend la peine de s'informer copieusement, exactement, et il cite ses sources. Au reste, tempérament équilibré parce qu'il est froid, il est incapable de se laisser égarer par la passion. Aussi, son histoire est en général exacte dans ce qu'elle dit. Mais elle ne dit pas tout. Commines nous cache bien des choses concernant son rôle personnel; diplomate de profession, il est resté diplomate avec ses lecteurs, et il se garde de leur dire ce qui pourrait les indisposer contre lui.

Commines conçoit l'histoire comme une oeuvre morale: il veut tirer du récit des événements des leçons pour les princes et les chefs d'Etat. Il leur recommande la défiance d'eux-mêmes, de leurs amis, de leurs proches et de la fortune; la ruse qui arrive à ses fins plus sûrement que la violence; l'usage de l'argent pour gagner les coeurs. Sa morale politique ressemble fort à celle de Machievel, avec quelque chose de plus mesuré et de plus cauteleux. Avec cela, Commines est très sincèrement chrétien; il voit dans tous les événements du monde la main de la Providence et sa foi l'incline à les accepter et à les justifier.

Commines n'a pas l'agrément de Froissart; il est sec, dédaigneux de tout ornement de style, uniquement préoccupé de dire ce qui est, comme un chologue à outrance, d'une manière fatiguante par sa minutie. Quand il a expliqué, il enseigne: le moraliste n'en finit pas de considérations profondes, d'exhortations et de sermons. Mais la pensée est solide; c'est celle d'un homme supérieur qui a vécu et qui a réfléchi. L'expression est claire; ça et là elle brille d'une trouvaille colorée et vigoureuse, ou elle s'éclaire plus discrètement d'une lueur d'ironie. Les portraits ramassés et concentrés ont beaucoup de relief et de force. "Commines est le premier en date des écrivains français  modernes".

MEMOIRES


PROLOGUE
Monseigneur l'archevêque de Vienne, pour satisfaire à la requête qu'il vous a plu me faire de vous écrire, et mettre par mémoire ce que j'ai su et connu des faits du feu roi Louis onzième, à qui Dieu fasse pardon, notre maître et bienfaiteur, et prince digne de très excellente mémoire, je l'ai fait le plus près de la vérité que j'ai pu et su avoir la souvenance.
Du temps de sa jeunesse ne saurais parler, sinon pour ce que je lui en ai ouï parler et dire: mais depuis le temps que je vins en son service, jusques à l'heure de son trépas, où j'étais présent, ai fait plus continuelle résidence avec lui, que nul autre de l'état à quoi je le servais, qui pour le moins ai toujours été des chambellans, ou occupé en ses grandes affaires. En lui et en tous autres princes, que j'ai connu ou servi, ai connu du bien et du mal: car ils sont hommes comme nous. À Dieu seul appartient la perfection. Mais, quand en un prince la vertu et bonnes conditions précèdent les vices, il est digne de grande louange: vu que tels personnages sont plus enclins en choses volontaires qu'autres hommes, tant pour la nourriture et légères réprimandes qu'ils ont eu en leur jeunesse, que pour ce que, arrivés à l'âge d'homme, la plupart des gens tâchent à leur complaire, et à leurs complexions et conditions.

Et pour ce que je ne voudrais point mentir, se pourrait faire qu'en quelque endroit de cet écrit se pourrait trouver quelque chose qui du tout ne serait pas à sa louange; mais j'ai espérance que ceux qui liront considéreront les raisons dessus dites. Et tant osai-je bien dire de lui, à sa louange, qu'il ne me semble pas que jamais j'aie connu nul prince, où il y eut moins de vices qu'en lui, à regarder le tout. Si ai-je eu autant connaissance des grands princes, et autant de communication avec eux, que nul homme qui ait été en France de mon temps, tant de ceux qui ont régné en ce royaume, que en Bretagne, et en ces parties de Flandres, Allemagne, Angleterre, Espagne, Portugal, et Italie, tant seigneurs spirituels que temporels, que de plusieurs autres dont je n'ai eu la vue, mais connaissance par communication de leurs ambassades, par lettres, et par leurs instructions par quoi on peut assez avoir d'information de leurs natures et conditions. Toutefois je ne prétends en rien, en le louant en cet endroit, diminuer l'honneur et bonne renommée des autres; mais vous envoie ce dont promptement m'est souvenu, espérant que vous le demandez pour le mettre en quelque oeuvre, que vous avez intention de faire en langue latine, dont vous êtes bien familier. Par laquelle oeuvre se pourra connaître la grandeur du prince dont vous parlerai, et aussi de votre entendement.


PORTRAIT MORAL DE LOUIS XI
Entre tous ceux que j'ai jamais connus, le plus avisé pour se tirer d'un mauvais pas en temps d'adversité, c'était le roi Louis XI, qui se donnait le plus de peine pour gagner un homme qui pouvait le servir ou qui pouvait lui nuire. Et il ne se dépitait pas d'être rebuté tout d'abord par un homme qu'il travaillait à gagner, mais il persévérait en lui promettant largement et en lui donnant en effet argent et dignités qu'il savait de nature à lui plaire; et ceux qu'il avait chassés et repoussés en temps de paix et de prospérité, il les rachetait fort cher quand il en avait besoin, et se servait d'eux sans leur tenir nulle rigueur du passé.

Il était par nature ami des gens de condition moyenne et ennemi de tous les grands qui pouvaient se passer de lui. Personne ne prêta jamais autant l'oreille aux gens, ne s'informa d'autant de choses que lui, et ne désira connaître autant de gens. Car il connaissait tous les hommes de poids et de valeur d'Angleterre, d'Espagne, du Portugal, d'Italie, des états du duc de Bourgogne, et de Bretagne, aussi à fond que ses sujets. Et cette conduite, ces façons dont il usait, comme je viens de le dire, lui permirent de sauver sa couronne, vu les ennemis qu'il s'était faits lui-même lors de son avènement au trône.

Mais ce qui le servit le mieux, ce fut sa grande largesse, car s'il se conduisait sagement dans l'adversité, en revanche, dès qu'il se croyait en sûreté, ou seulement en trêve, il se mettait à mécontenter les gens pas des procédés mesquins fort peu à son avantage, et il pouvait à grand'peine endurer la paix. Il parlait des gens avec légèreté, aussi bien en leur présence qu'en leur absence, sauf de ceux qu'il craignait, qui étaient nombreux, car il était assez craintif de sa nature. Et quand, pour avoir ainsi parlé, il avait subi quelque dommage ou en avait soupçon et voulait y porter remède, il usait de cette formule adressée au personnage lui-même: «Je sais bien que ma langue m'a causé grand tort, mais elle m'a aussi procuré quelquefois bien du plaisir. Toutefois il est juste que je fasse réparation.» Jamais il n'usait de ces paroles intimes sans accorder quelque faveur au personnage à qui il s'adressait, et ses faveurs n'étaient jamais minces.

C'est d'ailleurs une grande grâce accordée par Dieu à un prince que l'expérience du bien et du mal, particulièrement quand le bien l'emporte, comme chez le roi notre maître nommé ci-dessus. Mais à mon avis, les difficultés qu'il connut en sa jeunesse, quand, fuyant son père, il chercha refuge auprès du duc Philippe de Bourgogne, où il demeura six ans, lui furent très profitables, car il fut contraint de plaire à ceux dont il avait besoin: voilà ce que lui apprit l'adversité, et ce n'est pas mince avantage. Une fois souverain et roi couronné, il ne pensa d'abord qu'à la vengeance, mais il lui en vint sans tarder les désagréments et, du même coup, du repentir; et il répara cette folie et cette erreur en regagnant ceux envers qui il avait des torts.

PHILIPPE COMMINES

4 Ocak 2011 Salı


ALAIN CHARTIER  

Alain Chartier est né à Bayeux en 1385, et est décédé entre 1430 et 1440 à Orléans. Frère de Guillaume Chartier, évêque de Paris, il était notaire, poète et écrivain de langue française.

Après avoir fait ses études à l'université de Paris, il se distingua de bonne heure en entrant à la cour de Bourges. Il fut secrétaire de Charles VI puis de Charles VII. Il figure en 1421 parmi les serviteurs du prince, et au commencement d'un de ses principaux ouvrages, le Quadrilogue invectif en 1422 Alain Chartier se qualifie de « humble secrétaire du Roy nostre sire et de mon très redoubté seigneur, monseigneur le régent du royaulme de France, dauphin de Viennois ». Il remplit sous ces deux princes avec succès plusieurs missions diplomatiques. Il sert dans des ambassades en Allemagne et à Venise en 1425, en Ecosse 1428.

Il jouit en son temps d'une grande réputation et fut surnommé le Père de l'éloquence française. Estienne Pasquier, homme d'État, historien, humaniste, poète et juriste français, rapporte que Marguerite d'Ecosse, épouse du Dauphin (futur Louis XI), le voyant endormi sur une chaise, lui donna un baiser sur la bouche, pour marquer le cas qu'elle faisait de cette bouche d'où étaient sortis tant de beaux discours.

 Alain Chartier a beaucoup contribué à former la langue. Parmi ses ouvrages en prose on remarque le Curial (Courtisan), le Quadrilogue invertif, où il se déchaîne contre les abus; et parmi ses ouvrages en vers le Débat du Réveil-Matin, la Belle Dame sans mort, le Bréviaire des nobles, le Livre des Quatre Dames. Ses poésies, dans le genre allégorique, ont un immense succès auprès de ses contemporains. C'est le poète de l'époque, celui qui a été le plus admiré jusqu'à Ronsard. On trouve dans tous ses écrits une aimable naïveté.


PRES DE MA DAME ET LOING DE MON VOULOIR
Près de ma dame et loing de mon vouloir,
Plain de desir et crainte tout ensemble,
Le cueur me fault et le parler me tremble,
Quant dire doy ce que me fault vouloir.

Je dis: Belle, vous me faites douloir,
Mais au besoing crainte mon propos m'emble
Pres de ma dame et loing de mon vouloir.

Or ay je mis toutes a nonchaloir
Pour une seule a qui tout bien s'assemble.
Oseray je me desbucher du tremble,
Pour requerir ce qui me pretes valoir
Pres de ma dame et loing de mon vouloir?

 
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TRISTE PLAISIR ET DOULOUREUSE JOYE

Triste plaisir et douloureuse joye,
Aspre doulceur, desconfort ennuieux,
Ris en plorant, souvenir oublieux
M'acompaignent, combien que seul je soye.

Embuchié sont, affin qu'on ne les voye
Dedans mon cueur, en l'ombre de mes yeux.
Triste plaisir et amoureuse joye !

C'est mon trésor, ma part et ma monoyé ;
De quoy Dangier est sur moy envieux
Bien le sera s'il me voit avoir mieulx
Quant il a deuil de ce qu'Amour m'envoye.
Triste plaisir et douloureuse joye.

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LA BELLE DAME SANS MERCI
 
LA DAME
Beau seigneur, cet état d'esprit insensé
Ne vous laissera-t-il jamais?
Ne penserez-vous pas à donner
La paix à votre coeur par une autre méthode?

L'AMANT
Personne ne pourrait lui donner la paix
Sauf vous qui lui avez déclaré la guerre
Quand vos yeux écrivirent la lettre
Par laquelle vous me défiiez,
Et quand vous envoyâtes Doux Regard
Comme héraut de ce défi,
Par l'intermédiaire duquel vous m'avez promis
En me défiant bonne assurance.

LA DAME
Il a grand'faim de vivre en deuil
Et fait bien mauvaise garde de son coeur,
Celui qui, contre un simple regard d'un oeil,
Ne garde pas sa joie et sa paix.
Si moi ou une autre vous regarde,
Les yeux sont faits pour regarder!
Je n'y prends pas spécialement garde:
Qui en ressent du mal, qu'il s'en garde.

L'AMANT
Si quelqu'un blesse autrui par aventure
Par la faute de celui qu'il blesse,
Quoiqu'en vérité il n'y puisse rien,
Il en ressent pourtant de la peine et de la tristesse.
Et, puisque ce n'est pas Fortune ou Rudesse
Qui m'a fait ce dommage,
Mais votre très belle jeunesse,
Pourquoi le dédaignez-vous?

LA DAME
Je n'ai jamais eu contre vous
Ni dédain ni antipathie, et je n'en veux pas avoir,
Non plus que trop grand amour, ou trop grande haine
Et je ne veux pas connaître vos sentiments profonds.
Si illusion vous fait percevoir
Que peu de choses peut vous plaire,
Et que vous vouliez tromper,
Je ne veux pas, pour autant, le faire!

L'AMANT
Quel que soit celui qui m'a infligé mon mal,
Illusion ne m'a pas trompé,
Mais Amour m'a si bien chassé
Que je suis tombé en vos lacs.
Et puisqu'il m'est ainsi échu
D'être réduit à merci entre vos mains,
Si je suis mal tombé,
Celui qui meurt plus tôt en languit moins.

LA DAME
Si gracieuse maladie
Ne met guère de gens à mort,
Mais cela fait bien de le dire,
Pour obtenir plus vite un réconfort.
Tel se plaint et se lamente fort
Qui ne souffre pas les douleurs les plus âpres.
Et si Amour est si pénible, à tout prendre,
Mieux vaut qu'un seul en souffre, plutôt que deux!

L'AMANT
Hélas! Ma dame, il vaut bien mieux,
Pour agir courtoisement et avec bonté,
Faire d'un malheureux deux heureux,
Plutôt que détruire entièrement le malheureux...
Je n'ai d'autre désir ni d'autre préoccupation
Que de vous plaire par mon service,
Pour échanger, sans commettre de faute,
Deux plaisirs contre un inconfort.

LA DAME
D'amour je ne veux ni courroux ni confort,
Ni grand espoir ni grand désir,
Et je ne tire pas plaisir de vos maux,
Ni ne me soucie de votre plaisir.
Choisisse qui voudra choisir!
Je suis libre et libre je veux être,
Sans me dessaisir de mon coeur
Pour en faire maître un autre.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)