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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

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Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

21 Aralık 2010 Salı

 CHRÉTIEN DE TROYES

Chrétien de Troyes, né à Troyes en 1135, est un écrivain du Moyen-âge, considéré comme le premier grand romancier français. Sa grande culture semble indiquer une formation de clerc. De sa vie, nous ne savons que peu de choses. Il travailla d'abord à la cour de Champagne, au service de la comtesse Marie. Celle-ci, fille d'Aliénor d'Aquitaine dont l'influence a grandement contribué au développement de l'idéologie courtoise en France du Nord, lui a imposé le sujet de son Lancelot. Chrétien de Troyes fut également près de Philippe d'Alsace, comte de Flandres à qui Perceval est dédié. On ne sait pourquoi le Conte du Graal est inachevé, peut-être en raison de la mort de son auteur, située entre 1185 et 1190. Il écrivit principalement entre 1165 et 1181.
Il s’inspire des légendes bretonnes et celtes autour du roi Arthur et de la quête du Graal, mais ce personnage, a priori principal, n'est pourtant pas au centre de ses œuvres. A l'inverse, on y trouve des chevaliers inconnus comme Yvain ou Lancelot, dont la ligne de conduite réside dans la courtoisie. Les aventures de ces chevaliers ont bien entendu un sens symbolique: il s'agit de la quête d'une identité. L'amour tient également une large place, mais, chez Chrétien de Troyes, ne se réalise pleinement que dans le mariage. En effet, il confère une dimension chrétienne nouvelle à ses héros, fortement imprégnée par les Chansons de geste en langue d’oïl de la seconde moitié du 13ème siècle. Chrétien de Troyes utilise la forme du couplet d'octosyllabes à rimes plates ou suivies (AABB) qui était, avant lui, la marque des premiers « romans ».
A l'inverse de la Chanson de geste, dont le thème est patriotique -histoire de Charlemagne par Roland par exemple- et dont la quête est dite "collective", le roman du 13ème siècle propose une quête personnelle du chevalier.
Dans les prologues de ses romans, le romancier expose de façon claire les grands principes de sa poétique, qui est également celle du roman de cette époque. Elle s'articule autour de trois notions: le sujet, fournie par des sources orales ou écrites, le sens, qui est souvent imposé par le commanditaire et la composition, qui donne cohérence et unité, et fait du roman une œuvre d'art. Pour la première fois avec Chrétien de Troyes, on peut parler d'une "œuvre". En effet, il est un des plus brillants auteurs de romans dits courtois ou de chevalerie et aura de multiples héritiers tout au long du Moyen-âge.              
Cinq œuvres font de Chrétien de Troyes le véritable fondateur du genre romanesque;
1160: Traductions de certains passages des métamorphoses d'Ovide
1170: Roman del roi Marc et d'Ysalt la blonde (perdu); Erec et Enide
1172: Cligès
1177-1181: Le chevalier à la charette (Lancelot); Le chevalier au lion (Yvain)
1181 : Le conte du Graal (Perceval)
 LANCELOT OU LE CHEVALIER À LA CHARRETTE


Le roman est écrit par Chrétien de Troyes, entre 1176 et 1181 à la demande de Marie de Champagne. L'auteur était exténué car celle-ci exigeait beaucoup et ne laissait presque pas de liberté à propos de l'histoire. Il n'a donc pas terminé son roman qui a été complété de son plein consentement par Godefroi de Lagny.

Le roman met en scène Lancelot qui part en quête pour délivrer la reine Guenièvre, prisonnière de Méléagant. C'est un très bon exemple de la fine'amor -amour courtois-. Ce terme désigne une série de règles qui régissent le rapport entre un amant et sa dame. La dame est toujours de rang supérieur à l'amant, et celui-ci doit accomplir des prouesses et des sacrifices pour montrer son caractère extraordinaire et son dévouement à sa dame.

Dans ce roman, la reine Guenièvre est la dame aimée par Lancelot, enlevée par Méléagant. Lancelot part la chercher, mais pour pouvoir le faire il doit accomplir des prouesses et réaliser des sacrifices, épreuves qui construisent un parcours initiatique.

Les épreuves les plus importantes du livre sont celles à caractère sacrificiel. Ainsi, l'une d'elles donne le nom du roman "la charrette", car Lancelot se trouve devant la nécessité de monter dans la charrette, signe d'opprobre médiéval, pour pouvoir sauver sa dame. En montant il perd son honneur et devient un paria aux yeux du code de la chevalerie. Mais le code courtois lui exige de se sacrifier pour sa dame et il finira par monter dans la charrette, après une hésitation de deux pas, qui montreront son caractère faillible. La deuxième épreuve sacrificielle est la traversée du pont de l'épée, qui lui permettra d'aller dans le monde de l'au-delà pour sauver sa dame.

Lancelot, sous l'apparence évidente de l'amant courtois est une figure christique, et ce roman est à la fois un roman courtois et une allégorie christique, car en sauvant la reine Lancelot rétablit l'équilibre du monde. De plus, certains voient dans la soumission de Lancelot des valeurs importantes de la religion chrétienne: l'humilité, la soumission et le sacrifice de soi. Ce thème sera traité de façon encore plus évidente dans Perceval ou le Conte du Graal, que Chrétien de Troyes écrira vers 1191 sans l'achever.
 LANCELOT OU LE CHEVALIER À LA CHARRETTE
 RÉSUMÉ


Dans le prologue Chrétien de Troyes se nomme et dédie son livre à sa protectrice, Marie de Champagne. Il donne aussi le titre "Le chevalier à la charrette", ce qui crée un effet de surprise; en effet il ne nomme pas le héros dont l'identité ne sera dévoilée que dans la deuxième partie du roman et il associe deux réalités opposées: le monde de l'aristocratie "chevalier" et celui des paysans "charrette".

Le récit commence dans la cour du roi Arthur, le jour de l'Ascension. Dans la réunion de cette élite, l'arrivée du chevalier armé vient créer la perturbation d'autant plus qu'il ne respecte ni les usages ni les codes féodaux. Il se montre discourtois, agressif, menaçant et son défi à Arthur lance véritablement l'intrigue. , le sénéchal, est lui aussi en faute. Bien que son désir de défendre la reine Guenièvre soit louable, il se montre orgueilleux, prétentieux et déraisonnable en exerçant un chantage pour obtenir cette mission. Gauvain, neveu d'Arthur, ne se prive d'ailleurs pas de souligner l'imprudence qu'il y a eu à lui confier une telle tâche: l'échec de est d'ores et déjà prévisible.

On remarque qu'en ce début le récit progresse avec rapidité et vivacité -réunion de la cour, défi du chevalier, départ de la reine et de , enlèvement de ces derniers- mais il est momentanément interrompu par l'arrivée impromptue d'un nouveau chevalier, mystérieux et en bien piteux état. Il ne semble pas non plus correspondre aux normes de son milieu puisqu'il va sans cheval et qu'il accepte de monter sur une charrette infâmante des condamnés. Mais l'auteur justifie son geste au nom de l'Amour: le lecteur, s'il ne connaît pas ce chevalier, comprend donc déjà qu'il est passionnément épris de la reine puisqu'il est prêt à lui sacrifier ce qu'il y a de plus précieux pour un chevalier, son honneur. La première épreuve -celle du lit enflammé- vient renforcer le caractère exceptionnel de ce chevalier: le fait d'en sortir indemne est déjà une preuve de la protection surnaturelle qui entoure le héros.

La deuxième journée Gauvain et Lancelot apprennent l'identité du ravisseur de la Reine: il s'agit de Méléagant, fils du roi de Gorre, Baudemagus. L'accès à ce royaume est présenté comme impossible, deux passages périlleux en défendent l'entrée. L'un c'est le "Pont dessous l'eau" et l'autre c'est le "Pont de l'épée". Les deux hommes décident alors de se séparer et dès lors le récit va se concentrer sur la seule quête de Lancelot. 

Les aventures de cette journée -Lancelot bat en duel le chevalier du Ké- soulignent à la foi la bravoure et la loyauté du chevalier mais surtout son extraordinaire passion pour la Reine. L'auteur se livre à une véritable analyse de l'amour et de ces effets sur le cœur d'un homme. Tantôt il se moque presque de son héros qui se ridiculise par sa distraction ou ses hésitations, tantôt il en montre la grandeur.


La troisième journée est organisée autour de deux épisodes importants; celui du peigne au bord de la fontaine et celui du cimetière. Le premier nous montre le ravissement dans lequel Lancelot est plongé à la vue de quelques cheveux de la reine et le caractère quasi religieux de sa passion pour elle. Le narrateur en profite aussi pour s'amuser un peu du caractère exalté et excessif de son héros.

Le deuxième épisode, plus grave, donne à Lancelot une toute autre dimension. S'il est l'occasion de montrer la force miraculeuse de notre héros, il fait surtout de lui un personnage messianique; comme le Christ descendu aux enfers délivrer les âmes, Lancelot s'avance dans le pays d'où l'on ne revient pas, pour en libérer les captifs.

La quatrième journée voit Lancelot franchir victorieusement le "Passage des Pierres" puis intervenir de façon décisive dans le soulèvement du royaume de Logres contre ceux de Gorre.
La cinquième journée est centrée sur le passage du "Pont de l'Épée". C'est le dernier obstacle dans la quête de Guenièvre et le plus périlleux. Il symbolise la difficulté et la cruauté des épreuves auxquelles le héros doit se soumettre au nom de l'Amour, et la victoire de Lancelot est celle de sa passion.

Au terme de cette journée, le héros a donc triomphé de tous les obstacles et mérite sa récompense, la reine. Mais si Baudemagus, modèle de roi sage, bienveillant et loyal, veut rendre la reine qu'il a protégée dans sa prison des avances de Méléagant, ce dernier, lui, s'y refuse. En tout point opposé à Lancelot, Méléagant représente l'orgueil, l'obstination, la déloyauté et la cruauté; il faudra donc qu'il y ait un combat entre les deux hommes. L'affrontement entre Lancelot et Méléagant est mis en scène comme un véritable spectacle: un public nombreux; notamment le roi Baudemagus, la reine Guenièvre, les captifs retenus au royaume de Gorre; un duel redoutable et des rebondissements  qui renforcent le "suspens". Lancelot est d'abord progressivement vaincu à cause de son état de faiblesse, puis soudain ranimé par la présence de Guenièvre; Méléagant est d'abord victorieux puis battu et sauvé in extremis par l'intervention de son père. 

Au moment même où le récit semble s'achever dans l'admiration générale -qui fait définitivement oublier l'infamie de la charrette- il rebondit. Guenièvre fait à Lancelot un accueil glacial et ce dernier, désespéré, quitte la cour à la recherche de Gauvain. Attaqué par des gens du pays, il est momentanément fait prisonnier; ce rebondissement permet à l'auteur de nous montrer que la froideur de la reine était feinte. En effet lorsque Guenièvre croit Lancelot mort, elle se laisse aller au désespoir tandis que Lancelot, lui, cherche à se sucider. Le parallélisme de leurs réactions est une preuve irréfutable de la passion qui les unit. Il ne reste plus alors qu'à les remettre l'un en face de l'autre pour que s'accomplisse l'acte d'amour. Après cette ultime épreuve de deux jours, Lancelot a enfin mérité sa récompense.Grâce à une nouvelle fourberie (fausse lettre de Lancelot) Méléagant parvient à faire croire que Lancelot est retourné à la cour d'Arthur. Guenièvre, Gauvain et les captifs rentrent donc au royaume de Logres où ils comprennent la trahison dont ils on été victimes. Quelque temps après Lancelot obtient de la femme de son geôlier l'autorisation d'assister au tournoi de Noauz que doit présider Guenièvre. Là, sans se faire reconnaître, il se plie aux ordres secrets de la reine qui l'invite d'abord à se montrer lâche -nouvelle preuve d'amour puisqu'il devient ainsi la risée de tous- puis à réaliser des exploits le lendemain. Lancelot est vainqueur mais, fidèle à sa promesse, il disparaît pour rejoindre sa prison. A son retour, Méléagant, furieux qu'il ait pu encore une fois prouver sa valeur, le fait emmurer dans une tour.

Ce duel consacre définitivement Lancelot comme le chevalier parfait. Il est à la fois courageux, généreux; quand il sauvegarde Méléagant, libérateur;grâce à lui les captifs sont enfin libres et surtout amoureux;ce sont l'intervention de Guenièvre et sa passion qui lui donnent la force de continuer malgré ses blessures.


Guenièvre après avoir éclairé Lancelot sur les raisons de son dédain initial -elle lui reproche d'avoir hésité avant de monter sur la charrette d'infamie et y voit une faute contre leur amour parfait- lui offre enfin sa récompense, la nuit d'amour. Les blessures que Lancelot s'est faites en rejoignant la reine sont l'occasion d'un nouveau rebondissement. Méléagant croit voir dans les taches de sang sur les draps de la reine la preuve de la trahison de Ké qui dormait dans la même chambre. Pour défendre son honneur attaqué Guenièvre choisit Lancelot. Le serment de ce dernier est un modèle d'habileté; il jure sur les reliques que la reine est innocente de l'infamie dont on l'accuse mais il omet bien entendu de dire la  vérité.

Une fois de plus les deux rivaux s'affrontent mais une fois de plus le combat est interrompu par Baudemagus et la reine. Le récit va rebondir avec le départ de Lancelot à la recherche de Gauvain. Avant d'arriver au Pont dessous l'eau, Lancelot est abordé par un nain qui le prie courtoisement de le suivre; en réalite il s'agit d'un traître qui a pour mission d'enlever Lancelot. Les compagnons de ce dernier retrouvent Gauvain à moitié mort et lui apprennent les exploits de Lancelot avant de le ramener à la cour de Baudemagus. Son arrivée est fêtée mais la joie de son retour est assombrie par la dispariton de Lancelot.

Ici s'achève le récit de Chrétien de Troyes dont Geoffrey de Lagny apportera la conclusion qui verra le triomphe définitif de Lancelot et la mort de Méléagant.

20 Aralık 2010 Pazartesi

 LE ROI ARTHUR

L’ORIGINE DU ROI ARTHUR
La Bretagne -actuelle Grande Bretagne- est, comme le reste de l'Europe, occupée depuis des siècles par les romains: cette conquête a débuté en 43 après JC. Une partie de la population autochtone devient " romano-bretonne ": elle est très bien romanisée tant au niveau de la culture que de la religion, et l'armée comprend de nombreux mercenaires bretons. Seules les tribus celtes vivant dans des contrées difficiles d'accès restent à dominante païenne. La situation est donc comparable à celle de la Gaule avec ses gallo-romains.
Mais, comme en Gaule avec ses goths, francs ou burgondes, cette province est victime d'invasions de la part:
►de tribus barbares germaniques; angles, jutes, saxons et frisons attaquent l'est du pays,
►de tribus venant d'Irlande ou du nord du pays; pictes, irlandais et scots assaillent le nord et l'ouest de la province.
Ces tribus mènent des raids de plus en plus fréquents, et les légions romaines sont débordées.

Face aux invasions généralisées sur tout l'empire romain, l'empereur Honorius décide dès le début du Ve siècle d'abandonner la Bretagne qui est trop difficile à protéger; les " romano-bretons " sont donc appelés à se défendre seuls. Les anciennes structures héritées de la société romaine sont malmenées par ces invasions. Une résistance de la population  "romano-bretonne" s'organise progressivement; elle souffre au début d'un manque d'union, et c'est dans ce contexte que des chefs de guerre émergent. Ces derniers sont souvent issus de l'ancienne aristocratie romaine, et sont donc de grands propriétaires fonciers, base originelle de la future classe féodale.

Parmi ces chefs, un certain Artus ou Artorius aurait existé durant la seconde moitié du Ve siècle et le début du VIe: celui-ci serait parvenu à unifier provisoirement les romano-bretons dans leur lutte contre les barbares irlandais, pictes et saxons. Les sources qui le mentionnent sont rares, mais laissent apparaître les éléments suivants;
il aurait été nanti du titre d'Imperator (commandant en chef), il aurait remporté environ 12 batailles, il aurait combattu avec des cavaliers, contre des forces barbares comportant une majorité de fantassins. La légende idéalisera plus tard cette chevalerie médiévale avec ses "chevaliers de la table ronde ".

Selon la légende, il serait mort dans l'Ile d'Avalon (Abbaye de Glastonbury) ou il s'est réfugié chez sa soeur Morgane après son combat contre son neveu Mordred.

LE MYTHE D'ARTHUR
La légende arthurienne est alimentée dès le VIème siècle par des récits populaires en Pays de Galle et en Irlande, puis les allusions à ce mythe se multiplient dans les textes latins dès le IXème siècle.

Le roi d'Angleterre Henri I (1100 - 1135) désirant rallier les Celtes de son royaume et pacifier ses nouvelles conquêtes en Pays de Galle utilise à son profit la légende arthurienne. L'épopée arthurienne circule alors dans tout le pays sous forme de lais, puis en Europe: Chrétien de Troyes y fait allusion en France en 1120 dans "Conte del Graal". Le Plantagenêt exploite donc la légende du roi Arthur pour se constituer une ascendance glorieuse, dans un but de légitimisation politique.

Entre 1170 et 1180, la littérature arthurienne connaît une immense ferveur. C'est l'époque des grands romans évoquant Tristan. Les gens d'église se plaignent d'ailleurs de l'intérêt que les moines portent à ces sujets profanes. La légende arthurienne s'organise alors en oeuvres cycliques; elles ont pour ambition de relater en prose la chronique totale de la Bretagne depuis les temps évangéliques jusqu'à la mort d'Arthur. Le 1er romancier cyclique est Robert de Boron (vers 1190). C'est lui qui introduit le Graal comme étant le récipient qui a recueilli le sang du Christ, puis associe le saint sang à une sainte lance.

LA LITTERATURE ARTHURIENNE
La littérature arthurienne cultive les mystères de la féerie celtique, elle fait une large part à l'amour courtois, elle met en valeur le prestige du cérémonial courtois, elle glorifie la loyauté et le dévouement du roi Arthur et introduit les valeurs de code de la Chevalerie. Le Roi Arthur est présenté comme un souverain idéal qui entretient avec ses chevaliers (Yvain, Lancelot, Perceval, ...) des relations parfaites en siégeant autour de la "Table Ronde".


LA LEGENDE DU GRAAL
La coupe du Graal aurait été taillée par les anges dans une émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute. Elle aurait ensuite été confiée à Adam, qui l'aurait perdu après le péché originel, puis Seth l'aurait retrouvé, et de là elle serait parvenue jusqu'au Christ. Joseph d'Arimathie aurait récupéré le calice de la Cène (le dernier repas du Christ) et l'aurait amené jusqu'en Bretagne, en passant, entre autres, par la forteresse de MontSégur, dernier fief cathare. A partir de la Bretagne, serait partie la Quête du Graal (Arthur et ses amis) qui aurait aboutie entre autres en Armorique.
 LE ROMAN DE BRUT
 (LA LEGENDE DU ROI ARTUR)

C’est au milieu du 12ème siècle que la légende d'arthur fut transcrite en vers français par un trouvère normand, Robert Wace, dans le Roman de Brut, c’est-à-dire de Brutus. Vers la même époque, Élie de Boron et Rusticien de Pise rédigèrent en prose cette légende.


Le Roman de Brut conte, entre autres épisodes, comment le prince Arthur naquit d’un prince d'armorique, Uterpendragon qui, grâce à un prodige, avait réussi à prendre la personnalité du roi de Cornouailles, Gorloe. La mère d'Arthur se trouvait être l'épouse de ce roi à transformations. Le jeune prince avait pour aïeux bretons les pères les plus illustres des diverses branches de la race. Était-ce suffisant pour en faire le prince du plus grand renom? Non sans doute, puisque le romancier n’hésite pas à le faire descendre aussi du père des Romains, le « pieux Enée » . Il rappelle les exploits dont le prince s’illustre dès que, en son jeune âge, il paraît sur les champs de bataille. Bientôt l’île de Bretagne ne lui suffit plus. Il n’a de cesse de soumettre l'Irlande puis porte le combat au Danemark, en Norvège, terres sitôt conquises. Il arrache la France au général romain gouverneur de Paris. Jusqu’en Italie, il conduit une innombrable armée à la victoire. Chemin faisant, il s’attaque aux grands seigneurs du Mal. Il extermine les géants et les monstres. Ses victoires, il les doit aux vertus guerrières de son épée qui a nom Calibourne (présent des fées de l’île dAvalon à leur protégé) et à son bouclier, orné d'une image " faite à la semblance de Madame Sainte Marie ".

Le prince devenu roi tient ses cours ordinaires en tel ou tel de ses châteaux préférés et sa cour plénière à Carlion en l'actuel Pays de Galles. Le trouvère fait une longue et minutieuse description de la célébration des grandes fêtes. Les plus illustres et les plus vaillants d’Europe ne manquent de venir rendre hommage au roi Arthur, suprême monarque de l’Europe.
« ... Il n’y avait pas un Ecossais, pas un Breton, pas un Français, ni un Normand, un Angevin, ni un Flamand, un Bourguignon, ni un Lorrain, ni aucun chevalier d’Orient ou d’Occident qui ne se crût obligé de paraître à la cour dArthur. Qui recherchait Gloire et Renommée y venait assurément, tant pour juger de la courtoisie dArthur que pour admirer ses Etats, connaître ses barons et recevoir de riches présents. Les pauvres gens l’aimaient, les riches l'honoraient. Les rois étrangers l’enviaient et le redoutaient. Ils craignaient qu’il en vînt à conquérir le monde entier et à leur ravir leur couronne. »

Le Roman de Brut décrit les rites de la cour plénière. Il conte comment les visiteurs, venus rendre hommage, s’honorent et se réjouissent de rencontrer le sénéchal d'Arthur, le Manceau maître Ké, Beduier l’Angevin, échanson du maître, Gauvain, homme du Nord, et le roi des Bretons d'Armorique, Hoël, cousin et allié du roi Arthur. Wace explique pour quelles raisons le roi créa l'ordre de la Table Ronde, "dont les Bretons racontent mainte fable". Assis autour de la table dans les occasions majeures de la cour plénière  "tous les chevaliers étaient égaux quels que fussent leur rang et leur titre. Tous étaient servis à table de la même manière. Aucun d'eux n’avait lieu de se vanter d’occuper une place plus honorable que son voisin. Il n’y avait parmi eux ni premier ni dernier".

Les épreuves du roi remplissent la dernière partie du Roman de Brut. Arthur se voit trahi par son bien-aimé neveu Mordred. Sa femme, la reine Guenièvre, lui est ravie. Lui-même est blessé mortellement à la bataille de Camlan. Mais l'oeuvre de Wace ne se termine pas sur les déplorations de cette mort. Plutôt sur la certitude d'une résurrection; sous un tertre sacré, de l'île d’Avalon, veillé par les fées, Arthur dort d’un sommeil qui n’est que le prologue d’une nouvelle, héroïque et merveilleuse histoire.


Extrait du Roman de Brut
 Précédant de peu le roman en prose sur le même sujet, ce Roman de Brut en vers est la première œuvre littéraire composée en français qui présente le roi Arthur, les personnages de sa cour, leurs caractères, les situations, les événements principaux de la vie seigneuriale.

Il est évidemment impossible que les données du Roman de Brut soient de l’invention du seul trouvère normand. Sans doute ne se réfère-t-il explicitement à aucune source, mais ses auditeurs et lecteurs étaient gens avertis. Ils pouvaient deviner que l'oeuvre récitée était l'écho d'oeuvres plus anciennes, ce dont nous pouvons aujourd’hui produire des preuves. Ces oeuvres anciennes armoricaines et galloises  attestent la très haute antiquité du personnage d'Arthur et une certaine authenticité de son caractère héroïque.

19 Aralık 2010 Pazar

 LES ROMANS BRETONS

Les romans bretons sont empruntés à des légendes gaéliques. Au 12ème siècle, la Grande-Bretagne était à la mode dans la France du Nord qui venait de la conquérir. Des harpeurs, vens du pays de Galles en Normandie et dans l'Ile-de-France, chantaient les traditions de leur race et avaient grand succès. Le fond de ces traditions était la légende d'Arthur: ce chef de clan du 6ème siècle, transformé en roi de la Grande-Bretagne et en héros national, n'était pas mort définitivement, il devait revenir un jour pour délivrer son pays. Ces légendes, recueillies par Gauffrey de Monmouth dans l'Historia regum Britanniae et amplifiées par son imagination, furent traduites en vers par Robert Wace en 1155, sous le titre de Brut.

Les auteurs français, laissant de côté tout ce qui était purement gaélique, prirent de ce fond le personnage d'Arthur dont ils firent le centre de leurs romans. A ce héros ils donnèrent une cour digne de lui, les Chevaliers de la Table Ronde, les douze chevaliers égaux, aussi illustres que les douze pairs de Charlemagne. Arthur et ses pairs deviennent les types du chevalier courtois.

Puis par un procédé de contamination qui a été pratiqué aussi pour l'épopée, on ajoute à ce fond la légende de Joseph d'Aritmathie qui venait de se former autour du corps du saint personnage, rapporté d'Orient par Charlemagne. Joseph d'Aritmathie avait recueilli le sang du Christ dans un vase, appelé le Saint Graal. Cette coupe perdue ne pouvait être retrouvée que par un chevalier parfaitement pur. Les chevaliers de la Table Ronde devaient ainsi se mettre à la "quête du Graal".

CARACTERES GENERAUX DES ROMANS BRETONS
Avec les romans bretons le merveilleux chrétien de l'épopée devient un merveilleux de féerie. Les auteurs français empruntent aus légendes gaéliques et aux légendes celtiques toute une mythologie nouvelle où l'enchanteur Merlin, les fées et les nains, accomplissent des prodiges déconcertants.

 Mais ce qui caractérise plus particulièrement les romans bretons, c'est qu'au lieu de donner la première place aux récits des exploits de chevalerie, ils racontent d'abord et analysent l'amour, l'amour courtois. L'amour est conçu comme une passion mystérieuse et irrésistible: on ne sait pas comment il nait et on ne peut pas le vaincre. Il est fait d'une sorte d'adoration religieuse où il entre du respect, de la timidité, de la soumission et un grand besoin de souffrir. Dès que cette passion a pénétré dans l'âme d'un chevalier, elle le rend capable de toutes les vertus et de toutes les vaillances. Au reste, elle n'a aucun rapport avec la morale: le chevalier qui aime ne se demande jamais s'il a le droit d'aimer; l'amour est d'essence supérieure et le met au-dessus de toutes les lois. Il faut noter que cette conception de l'amour évolue rapidement sous l'influence des clercs qui s'inspirent de l'Art d'Aimer d'Ovide. L'amour devient plus frivole et plus capricieux si bien que le mot courtoisie finit par s'appliquer à des gestes très dissemblables.

Le chevalier amoureux, qui a recours dans ses aventures aux enchantements des fées, n'en reste pas moins profondément chrétien. Volontiers, il demanderait à Dieu de le protéger dans son amour et de lui rendre les fées favorables. L'amour courtois et le goût de féerie, c'est comme une livrée qu'il a prise quand il est devenu héros de roman; c'est l'élégance à la mode.

PRINCIPAUX ROMANS BRETONS
Les romans bretons se présentent sous quatre formes principales: Tristan et Yseult qui est une oeuvre antérieure par ses éléments à la formation définitive de la légende arthurienne, mais finira par s'y rattacher; les nouvelles de Marie de France les romans de Chrétien de Troyes, les rédactions en prose de Robert de Boron et de ses successeurs.

Tristan et Yseult: La légende de Tristan a été racontée par deux poètes anglo-normands, Thomas vers 1170 et Béroul vers 1190. Il n'en reste que de larges fragments. (On avait déjà publié sur le blog un très large résumé de l'oeuvre, vous pouvez consulter l'archive du blog pour lire le résumé).
Les Nouvelles de Marie de France: Le roman de Tristan et Yseult n'a que des rapports lointains avec la légende arthurienne. Cette légende fut exploitée d'abord au 12ème siècle par Marie de France dans de courtes compositions en vers, appelées lais. Ce sont de véritables nouvelles qui traitent chacune un épisode limité de la vaste légende. Les plus célèbres sont Le Chèvrefeuille, Le Rossignol, Les Deux Amants, Yonec et Eliduc. Marie de France est une véritable artiste: les sentiments de ses personnages ont quelque chose de spontané et de frais, et si sa langue est molle et trainante, elle trouve facilement le mot naïvement gracieux.
►Les Romans de Chrétien de Troyes: Chrétien de Troyes a écrit entre 1160 et 1175. C'est un véritable auteur qui traite largement sa matière et l'agrémente de toutes sortes d'inventions. Il était très cultivé; il avait débuté par une adaptation de l'Art d'aimer et des Métamorphoses d'Ovide et il avait été affiné par le contact de la cour de Marie de Champagne fille d'Aliénor d'Aquitaine. Sa psychologie n'est pas sans mérite: mais il abuse des analyses d'âme, des discussions de sentiments. L'amour chez lui n'est plus une passion naïve: il donne dans la galanterie subtile et compliquée comme un habitué de l'Hôtel de Rambouillet. Ses romans les plus célèbres sont; Erec et Enéide, Cligès, Le chevalier à la Charette où le célèbre Lancelot du Lac tient le premier rôle, Perceval où le chevalier de ce nom arrive à découvrir le Saint Graal, et le Chevalier au Lion.

►Les romans en prose: Au siècle suivant, parut le Lancelot en prose qui est une sorte de compilation des légendes arthuriennes. La conquête du Graal y est attribuée non plus à Perceval, mais à Galaad, fils de Lancelot du Lac. Puis Robert de Boron écrivit en prose un Joseph d'Aritmathie et un Merlin, faisant ainsi entrer définitivement dans la légende d'Arthur la légende de Joseph d'Aritmathie et toute la mythologie romanesque exploitée et amplifiée par Chrétien de Troyes. Les romans bretons eurent un grand succès dans toute l'Europe et, quand ils furent oubliés chez nous, ils nous revinrent de l'étranger au 16ème siècle sous la forme des Amadis et ils retrouvèrent toute leur vogue.
MARIE DE FRANCE

Marie de France est une auteure et poétesse du Moyen âge qui vécut pendant la seconde moitié du XIIe siècle, en France et surtout en Angleterre. Ses fables adaptées d'Esope furent lues et imitées du XIIe au XVIIIe siècle. Le romantisme au XIXe siècle redécouvrit ses lais, contes en vers rédigés en ancien français dans la scripta anglo-normande. Marie de France appartient à la génération des auteurs qui illustrèrent l'amour courtois en littérature, entre autres par l'adaptation des légendes bretonnes ou matière de Bretagne.

Elle est considérée comme la première femme écrivain d'expression française. On ne sait rien d'elle, si ce n'est ce qu'elle écrit elle-même dans l'épilogue de ses Fables: "Marie ai num, si sui de France" (J'ai pour nom Marie et je suis de France), c'est-à-dire, à cette époque, de l'Île-de-France. Vivant en Angleterre, liée à la cour d'Henri II Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine – ses Lais sont dédiés à un roi, sans doute Henri II –, elle fut peut-être abbesse du monastère de Reading.

Poétesse, elle adapte en français et en vers des légendes bretonnes, auxquelles elle donne le nom de Lais. Les Lais (1160-1175) se composent de douze courts récits en octosyllabes à rimes plates, de dimensions variables (118 vers pour le Lai du Chèvrefeuille et 1184 vers pour Eliaduc). Ils sont aux romans bretons ce que seront plus tard les nouvelles par rapport aux romans. Marie dit avoir écrit et "assemblé" ses textes à partir de "lais bretons". Un seul de ces contes, le Lai de Lanval, est à proprement parler arthurien. L'amour, le plus souvent en marge de la société (neuf des douze lais racontent des amours adultères), est le sujet principal du recueil: le plus court mais peut-être le plus beau de ces textes, le Lai du chèvrefeuille, se rapporte ainsi à l'histoire de Tristan et Iseut. Plusieurs lais font intervenir le merveilleux, mais tous ont néanmoins le monde réel pour toile de fond.

Conteuse de talent, Marie de France ajoute une tonalité courtoise et poétique à la magie de la matière de Bretagne. Une discrète émotion se dégage de récits où l'auteur privilégie la pitié et la compassion pour ses personnages. Son style présente une remarquable économie de moyens, et se reconnait facilement à la sobriété dans la composition du récit, à un art très sûr de la mise en scène et à l'efficacité d'une langue simple et limpide.

Outre les Lais, Marie de France est l'auteur de l'Ysopet, première adaptation en français des fables d'Ésope, composé entre 1167 et 1189, et de L'Espurgatoire de saint Patrice, qui propose une évocation détaillée des souffrances du Purgatoire, et s'inscrit dans la tradition du voyage dans l'Au-delà.

SES OEUVRES►
Lai de Yonec
Lai de Frêne
Lai du Chaitivel (Le Malheureux)
Lai de Lanval
Lai de Milun
Lai des deux Amants
Lai d’Eliduc
Lai du Bisclavret
Lai de Guigemar
Lai d’Equitan
Lai du Chèvrefeuille
Le loup-garou
Lai du Laostic ou Lai de l’eostic (du breton eostig = « rossignol »)
Fables (Ysopet de l’écrivain grec Ésope)
L’Espurgatoire de saint Patrice
 LES DEUX AMANTS

Jadis advint en Normandie, l'aventure bien connue de deux enfants qui s'aimèrent; par amour, tous deux moururent. De cette histoire les bretons firent un lai, nommé les Deux Amants.

En vérité, il y a en Neustrie, que nous appelons Normandie, un mont d'une hauteur merveilleuse: dessus gisent les deux enfants. Près de ce mont un roi fit bâtir une cité et la nomma Pitres. Toujours en est resté le nom, encore aujourd'hui, il y a ville et maisons.

Le roi n'avait qu'une seule fille, belle et courtoise demoiselle, qu'il chérissait énormément. Nuit et jour, elle était sa seule consolation depuis la mort de la reine. Bien de riches hommes demandèrent sa main, mais le roi ne voulait pas l'accorder. Aussi beaucoup l'en blamèrent, même dans la propre maison du roi. Le roi s'attrista de ces paroles, elles lui pesèrent. Il réfléchit à la manière d'éviter que quiconque demandât la main de sa fille. Alors, de loin et de près, il manda ses vassaux et leur dit: "qui ma fille voudra avoir devra la porter au sommet du mont près de la cité, sans jamais la poser". Dès que cette nouvelle fut répandue, nombreux voulurent s'y essayer. Aucun n'y réussit. Ils la portaient à la moitié du mont et la laissaient là car ils ne pouvaient aller plus avant. Longtemps resta la fille à épouser que nul ne voulait plus demander.

Dans le pays, il y avait un damoiseau, fils d'un comte, gentil et beau. Pour la valeur, il l'emportait sur tous les autres. Assez souvent, il séjournait à la cour et conversait avec le roi. Il tomba amoureux de la fille du roi. Bien des fois, le jeune homme lui demanda qu'elle lui accordât son amour. Parce qu'il était courtois et preux et que le roi l'estimait beaucoup, elle lui engagea son amour. Très humblement, il la remercia. Ensemble, ils parlèrent souvent et s'aimèrent loyalement. Ils firent attention à n'être point aperçus. Cette contrainte leur pesa mais le jeune homme pensait qu'il valait mieux ce mal souffrir que trop se hâter et donc faillir. Mais cela lui était une amère détresse.

Alors le jeune homme sage, preux et beau s'approcha de son amie. Douloureusement, il la pria de partir avec lui. A son père, il la demanderait. Il savait que celui-ci l'aimait tant qu'il ne voudrait point la lui accorder sauf s'il pouvait la porter au sommet du mont. La demoiselle lui répondit:

"Ami, fait-elle, je le sais bien. Vous ne m'y porterez pas, vous n'êtes pas assez fort. Si je partais avec vous, mon père serait triste et en colère. Il ne vivrait plus sans martyr. Certes, tant je l'aime et le chéri que je ne voudrais pas le courroucer. Un autre conseil, je vais donc vous donner: à Salerne, j'ai une parente. Une riche femme avec de bons revenus qui y est restée plus de trente ans. Elle est savante en médecine et connait les herbes et les racines. Si vous lui portez mes lettres et lui raconterez notre aventure, elle prendra les bonnes mesures : toute potion qu'elle vous donnera, tout breuvage qu'elle vous remettra vous réconforteront et vous donneront une grande force. Quand vous reviendrez ici, vous me demanderez à mon père. Il vous tiendra pour un enfant et vous indiquera le contrat. Qu'à nul homme, il ne me donnera sauf si en haut du mont il peut me porter entre ses bras sans me reposer".

Le jeune homme entendit cette nouvelle et le conseil de la pucelle, il en fut heureux et la remercia. Il demanda congé à son amie et retourna chez lui. En grande hâte, il s'appreta: deniers et riches draps, chevaux de bât et palefrois. Le jeune noble emmène aussi ses vassaux les plus proches. A Salerne, il va séjourner et parler à la tante de son amie. De la part de celle-ci, il lui donna une lettre. Quand elle l'eût lue de haut en bas, elle retint le jeune homme auprès d'elle jusqu'à très bien le connaître. Par des médecines, elle a augmenté sa force. Elle lui a remis un tel breuvage que jamais il ne sera trop fatigué ou trop atteint que le philtre ne lui rafraîchisse tout le corps, les veines et les os. Ainsi toute la force lui reviendra dès qu'il l'aura bu. Il mit le breuvage dans une fiole et le rapporta dans son pays.

Quand le jeune homme tout joyeux fut retourné, il ne séjourna pas en sa terre. Au roi, il alla demander de lui donner sa fille. Qu'il la lui donne, il la prendrait. Au sommet du mont il la porterait. Le roi ne l'éconduit pas mais le tint pour fou. Parce qu'il était de jeune âge, de nombreux prud'hommes ont essayé, mais en vain, de lui sortir cette affaire du crâne. Enfin le roi fixa le jour. Il réunit ses hommes, ses amis et de tous ceux qui purent venir, aucun ne fut oublié! Pour la fille et le jeune homme qui se risque à la porter au sommet du mont, ils sont venus de toute la contrée. La jeune fille se prépara. Elle se priva beaucoup, jeûna beaucoup et s'amaigrit pour s'allèger, car elle voulait aider son ami.

Au jour dit, quand tous furent venus, le jeune homme y était le premier, son breuvage avec lui. Devant la Seine, dans la prairie, au milieu de la grande assemblée de tous ces gens, le roi a amené sa fille. Elle n'était vêtue d'aucun drap au-dessus de sa chemise. Entre ses bras, le jeune homme l'a prise. Il a mis dans la main de la jeune fille la fiole remplie du breuvage -et on sait bien qu'il était efficace-. Mais je crains que peu ne lui vaille car il n'en avait bu aucune mesure qu'il partait à grande allure. Il monta si bien le mont qu'avant la moitié, pour la joie de porter son ami, il ne se souvint pas de son breuvage. Elle sentit qu'il se lassait.

-Ami, fait-elle, buvez vite! Je sais bien que vous fatiguez. Retrouvez votre force!" Le jeune homme lui a répondu :"Belle, je sens tout fort mon coeur, je ne m'arrêterais à aucun prix. Aussi longtemps que je boirais, je ne pourrais pas faire trois pas. Ces gens qui s'écrièrent à notre passage, m'étourdirent de leur bruit ; Bientôt, ils me dérangeraient, je ne souhaite pas m'arrêter ici." Quand ils furent monter aux deux tiers, peu s'en fallu qu'il ne tomba. Souvent la jeune fille le priait : "Ami, buvez donc!"

Jamis il ne voulut ni l'entendre ni la croire. Ce voyage lui causa bien de la douleur. Il vint sur le mont et tant s'y blessa, qu'il tomba là et ne se releva pas : son coeur avait quitté son ventre. Quand elle vit son ami, la pucelle le crut évanoui. A son côté, elle s'agenouilla et voulut lui verser le breuvage. Mais il ne put plus lui parler. Ici il mourut, comme je vous dis. Elle le plaignit à hauts cris. Ensuite elle jeta et répandit la fiole où était le philtre. Le mont en fut bien arrosé, et son sol bien amendé. Dans tout le pays et la contrée, on a trouvé une bien belle herbe qui eut le breuvage pour racine.

Alors je vous raconterai l'histoire de la jeune fille. Puisqu'elle a perdu son ami, personne ne fut plus douleureusement triste. Elle s'est couchée près de lui et l'étreignit et le serra. Elle lui embrassa bien des fois les yeux et la bouche. Le mal de lui au coeur la toucha: là aussi mourut la demoiselle qui était si sage et belle.

Le roi et ceux qui attendaient, ne les voyant pas revenir, partirent après eux. Ainsi ils les ont trouvés. Le roi s'écroula, évanoui. Quand il revint à lui, une grande douleur était demeurée. Ainsi agirent les étrangers : trois jours, il gardèrent les deux enfants sur terre. Ils firent chercher des cercueils de marbre et les mirent dedans. Sur le conseil de ces gens, ils furent enterrés sur le mont. Ensuite, chacun partit.

Panoram du mont "DEUX AMANTS"
A cause de l'aventure de ces enfants, le mont fut appelé "des deux amants". Il arriva donc comme je vous l'avais annoncé; les bretons en firent un lai.

MARIE DE FRANCE

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)