Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

12 Şubat 2011 Cumartesi


L’ENIGME DU FUNICULAIRE
 (RECIT POLICIER) 

Cette affaire du funiculaire m’a valu bien des migraines. Si, une fois encore, j’avais écouté les avis de celui qui était, alors, devenu mon ami le commissaire Merlin, j’aurais pu en venir à bout tout de suite. Mais non! Je cédai à l’excitation de la poursuite au lieu de réfléchir. Il m’avait pourtant répété souvent: « L’imagination, mets la à la porte! Un criminel, c’est comme un prestidigitateur. Si tu regardes ses mains, tu es fichu. Ne perds jamais de vue ses yeux! » Facile à dire!

Le crime fut commis dans le funiculaire de Montmartre à huit heures et demie du matin, au début de Mars. Je revois les lieux avec une netteté extraordinaire, sans doute parce qu’il faisait froid et que Paris était plongé dans un brouillard inhabituel. Je me rappelle que des nuées jaunâtres s’étiraient au flanc de la Butte semblables à ces nuages qui s’accrochent aux pentes, certains matins d’automne, en Auvergne. De la minuscule gare inférieure, on ne distinguait que confusément celle du haut, et les rails semblaient flotter dans le vide. J’interrogeai l’unique employé, qui donne les billets et ferme la porte de la cabine. Il l’avait forcément remarquée, puisqu’elle avait attendu pendant quelques minutes.
- Il n’y a jamais grand monde jusqu’à dix ou onze heures, m’expliqua–t–il. Surtout pour monter. Quelques personnes qui viennent assister à la messe, au Sacré–Cœur ou des touristes matinaux…

- Avait–elle l’air agité, ou effrayé ?
- Elle paraissait avoir froid. Elle battait un peu la semelle et semblait surtout très pressée de partir.
- Et l’homme ?
L’employé hésita.
- Il est arrivé juste au moment où j’allais fermer la porte. Je n’ai guère eu le temps de regarder. Il portait un long imperméable noir et une casquette, ou peut être un béret.
- Vous rappelez–vous les places qu’ils occupaient dans la cabine ?
- Elle était assise à une extrémité; lui est resté debout.
- Combien de temps dure le voyage ?
- Presque rien. Une minute.

Un crime commis en moins d’une minute, voilà qui n’était pas banal. J’empruntai l’escalier, car le funiculaire avait été mis provisoirement hors service. Tout en montant, je me remémorai les premiers éléments de l’enquête qui m’avaient déjà été communiqués. La victime s’appelait Jacqueline Delvriere; elle avait vingt–trois ans, habitait rue Lonchamp. Le commissaire de police l’avait trouvée à l’endroit même où elle était tombée, c’est à dire au fond de la cabine. Elle avait été étranglée avec son écharpe. Dans sa chute, son sac à main de crocodile de grand prix, s’était ouvert et avait répandu son contenu jusque sous la banquette: un porte–carte, un bâton de rouge, un poudrier, un paquet de Chesterfield, un briquet et un minuscule mouchoir de soie. Pas d’argent, ce qui semblait établir qu’on avait tué Jacqueline Delvrière pour la voler, car cette jeune femme, très élégante -elle portait un tailleur gris sortant de chez un grand couturier– ne se promenait certainement pas dans Paris sans avoir même un billet de mille francs (on comptait en francs légers , à l’époque)  mais ce qui était absolument inattendu, c’était la découverte dans la poche droite du tailleur gris, d’un petit pistolet automatique au chargeur garni. Mieux encore: il y avait une balle dans le canon et le cran d’arrêt était relevé.

C’est ce détail qui m’avait immédiatement excité. Puisque Jacqueline Delvrière était armée elle aurait pu se défendre. Mais pourquoi cette jeune femme était–elle armée ? Elle craignait donc d’être attaquée ? Par qui ? Par le voyageur arrivé au dernier moment ? Pourtant, si elle l’avait connu, n’aurait–elle pas crié, essayé de sortir alerter l’employé ? Je chassai résolument ces questions importunes en arrivant au dernier palier. Le temps était là–haut, un peu plus clair. On devinait la masse blanche du Sacré–Cœur et il y avait du bleu, par échappées. L’employé était beaucoup plus excité que son collègue d’en bas et j’eus du mal à l’apaiser.

- Voyons ! Voyons ! Est–ce que vous aperceviez la cabine montante ?
- Non. Elle est brusquement sortie du brouillard et s’est arrêtée presque aussitôt. Les vitres étaient couvertes de buée et de gouttes d’eau. On ne voyait rien à l’intérieur. J’ai ouvert et un bonhomme est sorti, auquel je n’ai, bien entendu, prêté aucune attention.
- Il était vêtu d’un imperméable noir, paraît–il ?
- Peut–être !…Vous savez, il passe tant de monde, ici, dans une journée !…J’ai cru qu’il était seul. J’ai jeté un coup d’œil dans la cabine; c’est le règlement. Vous n’imaginez pas tous les objets oubliés que l’on récolte. Une fois, on a même trouvé un chimpanzé !…Bref, j’ai vu le corps.
- L’homme avait eu le temps de disparaître ?
- Rendez–vous compte. En deux enjambées, on est dehors. J’ai donc vu le corps et, tout de suite, j’ai compris qu’il y avait du vilain… Si cette femme s’était simplement trouvée mal, l’homme nous aurait avertis non ? Il n’aurait pas filé. A tout hasard, j’ai demandé aux voyageurs qui attendaient sur le quai, pour descendre, s’il n’y avait pas parmi eux un médecin. Ils étaient sept : trois séminaristes un soldat, une dame et deux messieurs. Justement, l’un des deux a levé la main. Il a dit : « Je ne suis pas médecin , mais je pourrai peut être quand même donner les premiers soins ». Alors, je l’ai fait entrer et on a regardé. « J’ai bien peur qu’il ne soit trop tard », m’a encore dit le monsieur. Comme les autres se pressaient à la porte, je les ai priés de se reculer. Il a fallu se gendarmer; c’est formidable, ils voulaient tous voir. Un des séminaristes criait: « S’il y a quelqu’un en danger de mort, il a le droit d’avoir un prêtre ! »
J’ai du monter la garde. D’ailleurs, la malheureuse était bien morte. Alors, j’ai appelé Police – secours.

Je posai encore quelques questions, par acquit de conscience; quand je redescendis, je ne savais rien de plus que ce qui figurait déjà dans le premier rapport. Je l’avais dans ma poche, j’y jetai un coup d’œil.

Jacquline Delvrière était la fille d’un bijoutier du Faubourg Saint–Honoré. Son mari, directeur des services commerciaux d’une grande firme automobile, était actuellement en Allemagne, où on essayait de la joindre. De ce côté, il n’ y avait qu’à attendre. Je me rendis rue de Lonchamp, au domicile des Delvrière. La bonne était d’origine espagnole et me comprit assez mal. Elle réussit, cependant, à me faire entendre que sa maîtresse sortait beaucoup, qu’il y avait toujours des invités et que le service était lourd. Oui, le ménage semblait uni…oui, Delvrière était souvent absent… Je n’ai pas coutume d’accorder aux propos des gens de maison une grande importance. Ils m’aident surtout à situer mes personnages. Cette fois, je l’avoue, je n’y voyais pas clair. Pourquoi Jacqueline Delvrière était–elle au pied de la Butte à huit heures et demie du matin ? C’est l’heure où une femme du monde commence à se réveiller. La bonne m’apprit que sa maîtresse, la veille, s’était couchée tard. Il y avait trois amis à diner, des familiers: M et Mme Lainé et un autre monsieur, dont elle ignorait le nom, mais qui venait souvent. M Lainé était docteur. Je notai ces détails parce qu’il ne faut rien négliger, mais j’avais l’impression qu’ils m ‘éloignaient de la piste de l’homme à l’imperméable. A moins que… Peut être cet homme était–il un ami de Jacqueline Delvrière ? Peut - être avaient–ils rendez–vous dans ce funiculaire dont le trajet est si bref qu’on n’a pas le temps de tenir une conversation ? Et puis, il y avait eu vol à n’en pas douter.

La bonne me confirma ce point : oui, madame avait toujours un peu d’argent sur elle, quelques milliers de francs. Et s’il s’agissait d’un vol simulé ? L’homme avait pu voler les billets pour donner le change, pour faire croire à un crime crapuleux. D’ailleurs, ce long imperméable noir, cette casquette, tout m’incitait à penser que l’inconnu s’était composé une silhouette. Plus je ruminais cette affaire et plus je sentais qu’il y avait un mystère, dans la vie de Jacqueline Delvrière. Je regagnai mon bureau et là, coup de théâtre. L’identité judiciaire avait relevé des empreintes sur le poudrier et ces empreintes figuraient aux fichiers de la police. Elles appartenaient à un certain André Bertoux, deux fois condamné pour vol et sorti récemment de prison. Aussitôt, j’organisai des recherches et commençai à étudier le dossier de Bertoux. Un dossier relativement léger. Un pauvre type, ce Bertoux ! L’histoire classique : parents sans autorité et toujours absents, le gosse qui poussa au hasard, les mauvaises fréquentations et, pour finir, deux petits cambriolages maladroits réalisés pour un profit minime. Bref, le malandrin sans envergure. Tout au moins jusque – là. Car il n’y avait pas d’autre coupable possible. Mais avait – il voulu tuer ? N’était – il pas plus plausible d’admettre qu’il avait seulement voulu réduire sa victime à l’impuissance ? Et puis, perdant son sang – froid, sentant que la cabine allait bientôt s’arrêter, il avait serré , fort, trop fort…Ensuite, il avait fouillé dans le sac, d’où ses empreintes…Une telle maladresse lui ressemblait. Je ne devais pas être loin de la vérité. Mais comment expliquer le revolver dans la poche du tailleur gris ?

Je rendis visite au docteur Lainé, l’un des trois invités de la jeune femme.
- Est–ce que Mme Delvrière s’entendait bien avec son mari ?
- Sûrement. Elle l’aidait même beaucoup, grâce à sa parfaite connaissance de l’anglais. Avant son mariage, elle préparait une licence.
- Avait –elle de la fortune personnelle ?
- Oui. Son père n’avait qu’elle et se montrait très généreux.
- Vous avait–elle paru préoccupée ou inquiète, au cours de la soirée ?… Je sais, ma question a de quoi surprendre, mais j’ai mes raisons.
- Eh bien, franchement, il m’est impossible de vous répondre…En société, Jacqueline était très gaie. Elle adorait le mouvement, le bruit, et même l’agitation. Je ne l’ai jamais soignée mais je crois qu’au fond c’était une anxieuse, une impulsive.
- Oui, je vois, merci !

En réalité, je ne voyais rien du tout. Faute de mieux, je décidai d’aller interroger les voyageurs qui se trouvaient sur la plate–forme supérieure du funiculaire. Je commençai par Philippe Louvel, celui qui était entré le premier dans la cabine. Qui sait ? Il pouvait avoir enregistrer un détail, insignifiant en apparence, qui avait, ensuite, échappé aux enquêteurs. Philippe Louvel était un beau garçon de vingt – cinq ans, au visage sympathique. C’est curieux, tous les hommes qui portent une fossette au menton me donnent la même impression de bonne humeur. Louvel était terriblement loquace, avec un léger accent qui trahissait son origine méridionale. Hélas ! Il me parla surtout de lui. Non ! il n’était pas médecin. Il avait commencé ses études de médecine parce qu’elle était la volonté de son père, et son père tenait serrés les cordons de la bourse. Mais à la mort de ce dernier, il avait tout lâché…
- Mon père possédait une grande brasserie, que j’ai aussitôt liquidée. Je l’ai vu travailler presque nuit et jour, pour amasser. Si c’est ça, le commerce ! Notez que les études…Vous savez combien il me fallait d’années pour décrocher mes diplômes ?
J’eus bien du mal à le ramener à notre sujet. Mais, là encore, il trouva surtout moyen de me parler de lui.
- Je cherche quelque chose à Montmartre, un appartement un peu original avec un atelier...on m’avait signalé un grand studio, rue des Saules aussi.
- D’accord ! D’accord ! …Donc, le funiculaire s’arrête. Vous n’avez pas particulièrement remarqué l’homme qui descendait ?
- C’est à peine si je l’ai vu. Il est sorti très vite. Je me demande si je le reconnaîtrais…
- Quand vous êtes entré dans la cabine, rien ne vous a particulièrement frappé ?
- Je n’avais d’yeux que pour cette malheureuse femme. A son visage, j’ai tout de suite compris que la mort n’était pas naturelle. Et puis, j’ai découvert le foulard serré autour de son cou. J’ai constaté que le cœur ne battait plus…
Je refusai un whisky et poursuivis ma tournée. Les autres témoins ne me furent d’aucun secours. Le lendemain, je reçus la visite de M. Delvrière, prévenu la veille au soir et rentré par avion. Il était effondré et me fit de la peine. J’avais juste deux ou trois questions à lui poser. Non, il ne pensait pas que sa femme ait pu emporter quelque objet de valeur, il n’avait constaté chez lui la disparition d’aucun bijou. L’argent ? Il ignorait, bien entendu, quelle somme la malheureuse possédait au moment du crime. Une dizaine de milliers de francs au maximum. Quand elle avait à régler une dépense de quelque importance, Jacqueline Delvrière utilisait son chéquier. Ce qu’elle pouvait faire à huit heures et demie, à Montmartre ? Il se perdait en suppositions. Ils n’avaient là–bas ni parents ni amis. Je ne lui parlai pas du revolver. Il aurait certainement été le premier à aborder ce détail, s’il avait connu. Je renouvelai mes condoléances et m’en allai roder du côté du funiculaire. Montre en main, je vérifiai la durée du trajet. C’était ahurissant. Il fallait vraiment avoir un sang–froid et une audace extraordinaires pour tenter et réussir un coup aussi risqué en un temps limité. Bertoux avait sans doute bien changé, en prison. Certes, la brume lui avait beaucoup facilité la tache, mais quand même…j’avais beau retourner le problème de mille manières, la conclusion s’imposait: C’était Bertoux le coupable. Poussé par le besoin, sans ressource, il n’avait rien prémédité (en effet, il avait une chance sur cent de se trouver seul avec une voyageuse! ), il avait improvisé son agression. Mais le revolver ? le revolver ?…

Il fut arrêté dans la soirée, à la sortie du métro, place Maubert. Je me sentais la féroce et il avoua presque sans résistance. Mais il me sortit une histoire invraisemblable que je faillis cogner. Il se moquait de moi, ma parole ! La voyageuse, à peine la cabine partie, était tombée, évanouie. Son sac s’était ouvert et il n’ait eu qu’à ramasser l’argent.
- Combien ?
- Deux cent cinquante mille francs.
- Tu mens !
Il donna l’adresse d’un hôtel borgne, rue de La Montagne–Sainte–Geneviève. On découvrit les liasses dans une cheminée roulée, au fond d’une valise. Il y avait bien deux cent cinquante mille francs.
- Où les as–tu pris ?
- Dans son sac.
- Tu connaissais Mme Delvrière ?
- C’est la première fois que je la voyais.
- Qu’est ce que tu allais faire, à huit heures et demie, à Montmartre ?
- Retrouver un copain qui m’avait donné rendez–vous.
- Où ça ?
- Place du Tertre.
- Le nom, l’adresse de ton copain ?
- Je ne sais pas. Je l’avais rencontré dans un café.
On se relaya pendant des heures. Il y avait de qui devenir fou. Et toujours il en revenait au même point.
- Puisque je vous dis qu’elle est tombée. Elle était peut être cardiaque, cette môme !
Or le médecin qui avait pratiqué l’autopsie était formel : Jacqueline Delvrière était morte étranglée. Pourquoi Bertoux niait–il l’évidence ? Je téléphonai à la banque. On me répondit que, la veille du crime, Mme Delvrière avait retiré deux cent cinquante mille francs.
- Comment sais-tu qu’elle portait tant d’argent sur elle ?
- Mais je ne le savais pas !
Au petit jour, il n’était plus qu’une loque, mais il persistait à nier. Je le fis boucler et me pris la tête dans les mains. D’un côté, un repris de justice, récemment sorti de prison. De l’autre, une jeune bourgeoise élégante, avec un revolver et deux cent cinquante mille francs. Le rapport ? Où était le rapport ?.. Et puis, brusquement, la petite réflexion de rien du tout, qui met la machine en marche. Et si le rapport n’existait pas ! Si Bertoux ne mentait pas ! Si vraiment Jacqueline Delvrière était tombée évanouie ! S’il n’avait fait que fouiller dans son sac !…Admettons ! L’employé voit la femme étendue, donne l’alarme. Un voyageur entre dans la cabine, seul. Ensuite….Ensuite, on découvre Jacqueline morte, étranglée. C’est donc nécessairement ce voyageur qui….sapristi ! Je n’avais pas pensé à cela. J’avais été victime d’un prestidigitateur. Il avait bien raison le patron !

Dans la voiture qui me conduisait chez Philippe Louvel, je continuai à réfléchir. Les deux cent cinquante mille francs ! le revolver ! Autrement dit, le choix entre deux solutions. J’évoquai l’image de ce beau garçon qui n’aimait pas la travail. Louvel était encore au lit. D’abord, il le prit de haut. Mais un homme en pyjama se sent toujours en état d’infériorité quand il a affaire à un interlocuteur résolu. Il s’effondra. Ses aveux ne firent que confirmer mon hypothèse. Jacqueline l’avait rencontré, avait subi son charme et commis une erreur qui aurait pu être sans conséquence si Louvel n’avait pas été un maître–chanteur. Il avait conservé des lettres. Affolée, Jacqueline avait plusieurs fois cédé à ses demandes d’argent. Mais il avait continué d’exiger…Pour la suite, les faits parlaient d’eux–mêmes. Jacqueline s’était procurée un revolver. Pour en finir : pourtant, elle n’était pas absolument sûre d’elle, puisqu’elle avait également emporté l’argent. Aurait–elle l’affreux courage ?…Elle monte dans la cabine. Dans une minute, elle va retrouver Louvel qui l’attend à la gare supérieure. Mais son angoisse est trop forte. Les nerfs lachent; elle s’évanouit.
- C’était elle ou moi, dit Louvel, pour se défendre. Lisez cela. C’était un billet qui était tombé de son sac, et qu’il avait prudemment ramassé: J’aime mieux le tuer et me tuer après. Pardon. Le plus fort, c’est que ce billet lui sauva la vie. Il ne fut condamné qu’à la réclusion perpétuelle.

BOILEAU – NARCEJAC
L’énigme du funiculaire nouvelle publiée en 1971 Ed Denoel

11 Şubat 2011 Cuma


MENALQUE OU LE DISTRAIT

Dans les Caractères ou les Moeurs de ce siècle, Jean de La Bruyère, un des grands écrivains du siècle de Louis XIV, nous a laissé de ses contemporains de pénétrants portraits dont l'intérêt n'a pas toujours disparu avec les modèles qu'il s'est appliqué à peindre. Du long portrait de Ménalque, que La Bruyère s'est plu à enrichir de nouveaux traits à chaque édition des Caractères, nous n'avons gardé que quelques anecdotes.

 Ménalque descend de son escalier, ouvre la porte pour sortir, il la referme: il s'aperçoit qu'il est en bonnet de nuit; et venant à mieux s'examiner, il se trouve rasé à moitié, il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons et que sa chemise est par-dessus ses chausses (...). Il cherche, il brouille, il crie, il s'échauffe, il appelle ses valets l'un après l'autre: on lui perd tout, on lui égare tout; il demande ses gants qu'il a dans les mains (...).

Il a une fois perdu au jeu tout l'argent qui est dans sa bourse, et, voulant continuer de jouer, il entre dans son cabinet, ouvre une armoire, y prend sa cassette, en tire ce qu'il lui plait, croit la remettre où il l'a prise: il entend aboyer dans son armoire qu'il vient de fermer; étonné de ce prodige, il l'ouvre une seconde fois, et il éclate de rire d'y voir son chien, qu'il a serré pour sa cassette. Il joue au trictrac, il demande à boire, on lui en apporte; c'est à lui à jouer: il tient le cornet d'une main et un verre de l'autre; et, comme il a une grande soif, il avale les dés et presque le cornet, jette le verre d'eau dans le trictrac, et inonde celui contre qui il joue (...).

Il se promène sur l'eau, et il demande quelle heure il est: on lui présente une montre; à peine l'a-t-il reçu que, ne songeant plus à l'heure ni à la montre, il la jette dans la rivière, comme une chose qui l'embrasse. Lui-même écrit une longue lettre, met de la poudre dessus à plusieurs reprises et jette toujours la poudre dans l'encrier. Ce n'est pas tout: il écrit une seconde lettre; et, après les avoir cachetées toutes deux, il se trompe à l'adresse; un duc et pair reçoit l'une de ces deux lettres, et, en l'ouvrant, y lit ces mots: Maitre Olivier, ne manquez, sitôt la présente reçue, de m'envoyer ma provision foin... Son fermier reçoit l'autre, il l'ouvre, et se la fait lire; on y trouve: Monseigneur, j'ai reçu avec une soumission aveugle les ordres qu'il a plu à Votre Grandeur... (...).

Souvent il vous interroge, et il est déjà bien loin de vous quand vous songez à lui répondre; ou bien il vous demande en courant comment se porte votre père, et, comme vous lui dites qu'il est fort mal, il vous crie qu'il en est bien aise (...).

Il se trouve par hasard avec une jeune veuve; il lui parle de son défunt mari, lui demande comment il est mort. Cette femme, à qui ce discours renouvelle ses douleurs, pleure, sanglote, et ne laisse pas de reprendre tous les détails de la maladie de son époux, qu'elle conduit depuis la veille de sa fièvre, qu'il se portait bien, jusqu'à l'agonie.
"Madame, lui demande Ménalque, qui l'avait apparemment écoutée tout hâter dans sa cuisine; il se lève avant le fruit et prend congé de la compagnie; on le voit ce jour-là en tous les endroits de la ville, hormis en celui où il a donné un rendez-vous précis pour cette affaire qui l'a empêché de diner, et l'a fait sortir à pied, de peur que son carrosse ne le fit attendre. L'entendez-vous crier, gronder, s'emporter contre l'un de ses domestiques? Il est étonné de ne le point voir: "Où peut-il être? dit-il; que fait-il? qu'est-il devenu? qu'il ne se présente plus devant moi, je le chasse dès à cette heure". Le valet arrive, à qui il demande fièrement d'où il vient; il répond qu'il vient de l'endroit où il l'a envoyé, et il lui rend un fidèle compte de sa commission (...)

Jamais il n'est avec ceux avec qui il parait être: il appelle sérieusement son laquais Monsieur; et son ami, il l'appelle la Verdure; il dit Votre Révérence à un prince, et Votre Altesse à un jésuite. Il entend la messe: le prêtre vient à éternuer; il lui dit: Dieu vous assiste! Il se trouve avec un magistrat: cet homme, grave par son caractère, vénérable par son âge et par sa dignité, l'interroge sur un événement, et lui demande si cela est ainsi; Ménalque lui répond: "Oui, mademoiselle". Il revient une fois de la campagne: ses laquais en livrées entreprennent de le voler et y réussissent: ils descendent de son carrosse, lui portent un bout de flambeau sous la gorge, lui demandent la bourse, et il la rend. Arrivé chez soi, il raconte son aventure à ses amis, qui ne manquent pas de l'interroger sur les circonstances, et il leur dit: "Demandez à mes gens, ils y étaient".

La Bruyère, Les Caractères, De l'homme

DEUX LEÇONS DE SIMPLICITE

Mme de Maintenon
Petite-fille du poète Agrippa d'Aubigné, veuve du poète infirme Scarroni Mme de Maintenon devint, en 1669, gouvernante des enfants du roi. En récompense, elle reçut la terre de Maintenon et le titre de marquise. Elle épousa secrètement, en 1684, le roi Louis XIV et fonda, deux ans plus tard, la Maison de Saint-Cyr, pour y recevoir les jeunes filles appartenant à la noblesse pauvre. Elle ne cessa jamais de diriger personnellement leur instruction et leur éducation, et se retira à Saint-Cyr en 1715, après la mort du roi. Le haut rang de Mme de Maintenon donne encore plus de prix aux anecdotes qu'elle rapporte.

I
Il y a longtemps que je vous parle de cet orgueil mal placé que je tâche de détruire à Saint-Cyr, et cependant je l'y trouve encore. Je ne saurais comprendre ce qu'a fait une de vous. On l'envoie balayer, et, parce qu'on lui manque ce qu'elle doit faire, elle s'en choque et dit: "Une servante ne doit pas commender; c'est à nous de faire ce que nous voulons". Peut-on voir une telle insolence?... Quoi! parce qu'on vous dit: "Vous balaierez là", ou "vous ferez cela", vous êtes choquée! Mais, moi, si on m'envoyait aider à une servante, la première chose que je ferais serait de demander ce qu'elle veut que je fasse, car certainement je ne saurais par où commencer. Il faut qu'il y ait bien du travers dans votre tête. Et où en serions-nous si c'était un affront de s'instruire de gens au-dessous de soi! On le fait tous les jours, et personne ne s'avise de s'en croire déshonoré!

On dit à une autre de porter du bois et de balayer; elle répond qu'elle n'est pas une servante. Non, certainement, vous ne l'êtes pas; mais je souhaite qu'au sortir d'ici vous trouviez une chambre à balayer; vous serez trop heureuse, et vous saurez alors que d'autres que des servantes balayent. Je me souviens qu'allant un jour chez Mme de Montchevreuil qui attendait compagnie, elle avait bien envie que sa chambre fût propre, et ne pouvait pas la nettoyer elle-même parce qu'elle était malade, ni la faire faire par ses gens qu'elle n'avait pas alors; je me mis à frotter de toutes mes forces pour la rendre nette, et je ne trouvais point cela au-dessous de moi. J'aurais beau frotter votre plancher, aller quérir du bois ou laver la vaisselle, je ne me croirais point rabaissée pour cela. Que tout le monde vienne à Saint-Cyr, et qu'on vous trouve toutes le balai à la main, on ne le trouvera pas étrange et cela ne vous déshonerera pas...

II
Mme de Maintenon a fait un jour aux élèves de Saint-Cyr une causerie sue l'esprit mondain. On lui rapporte leurs réflexions.

...Une maitresse dit que les demoiselles ne pouvaient comprendre qu'elles pussent être réduites à se servir d'un cheval et encore moins d'un âne pour faire leurs voyages et qu'elles avaient trouvé fort étrange qu'un père eût amené sa fille en croupe derrière lui sur son cheval. "Trop heureuses d'en avoir pour y monter! Elles courront risque d'aller souvent à pied, n'ayant pas les moyens d'avoir un cheval. Quelquefois même, ceux qui en ont vont à pied pour le ménager, comme nous voyons les pauvres aller nu-pieds, tenant leurs souliers dans leurs mains, de peur de les user. Quelquefois, chez soi, on met des sabots, pour épargner les souliers, qu'on ne met que pour recevoir la compagnie. Je me souviens que j'en ai bien porté dans ma jeunesse. J'étais chez une de mes tantes, assez riche pour avoir un carrosse à six chevaux, un autre pour elle-même, une litière, car elle était assez malsaine pour en avoir besoin. Cependant, quoiqu'elle ne fût pas pauvre, je n'avais dans la maison que des sabots et on ne me donnait des souliers que lorsqu'il venait compagnie. Je me souviens encore que ma cousine et moi, qui étions à peu près du même âge, nous passions une partie du jour à garder les dindons de ma tante. On nous plaquait un masque sur le nez, car on avait peur que nous ne hâlassions; on nous mettait au bras un petit panier où était notre déjeuner, avec un petit livret des quatrins de Pibrac, dont on nous donnait quelques pages à apprendre par jour; avec cela, on nous mettait une grande gaule dans la main et on nous chargeait d'empêcher que les dindons n'allassent où ils ne devaient point aller. C'est ce qui me fait vous dire que je souhaiterais que vous fussiez toutes en état d'avoir des dindons à garder, plusieurs d'entre vous sont assez pauvres pour n'en pas avoir".

Mme De Maintenon, A la chasse jaune (1701 et 1707)

10 Şubat 2011 Perşembe

  LE XVIIEME SIECLE
 HISTORICO-SOCIAL & CULTUREL

LE BAROQUE
L'adjectif baroque garde encore dans ses acceptions les plus courantes une connotation péjorative, impliquant excentricité, bizarrerie, manque de bon sens...
Il appartient au XXème siècle d'avoir réhabilité le nom "le baroque" et, avec lui, une esthétique et une sensibilité que ses prédécesseurs jugeaient avec beaucoup de condescendance. Du portugais "barocco", terme de joaillerie désignant une perle irrégulière, le mot sous-entend beauté et imperfection, peut-être une beauté et un prix liés à l'irrégularité. D'abord appliqué aux arts pour qualifier une peinture et une architecture rompant avec celles de la Renaissance, il est employé depuis 1950, pour désigner une littérature (autrefois négligée) qui s'est développée à la fin du XVIème siècle et dans la première moitié du XVIIème siècle. En ce sens, la littérature baroque précède la littérature classique.

L'adoption par la critique littéraire de la notion de baroque a eu pour effet de repousser la période classique au début du règne de Louis XIV, c'est-à-dire aux années 1660-1685. Courte période, mais période d'une rare richesse, au cours de laquelle abondent les chefs-d'oeuvre et s'installe une fragile harmonie entre les goûts et les attentes de la société polie d'une part et la production littéraire et artistique d'autre part. Si chronologiquement, le classicisme succède au baroque, dans les faits, tout n'est pas aussi simple. L'évolution de l'un à l'autre est le résultat d'une longue osmose entre des sensibilités et des esthétiques en apparence opposées, mais qui peuvent se trouver réunies chez un même auteur. Parce que le baroque est protéiforme, il n'existe pas de pur baroque. La littérature des années 1660 est avant tout destinée à "plaire" et c'est en formant et en rejoignant les goûts du public pour un "juste millieu" et le naturel, qu'elle y parvient.
Ainsi, tandis qu'au fil des années le baroque, d'abord synonyme d'individualisme, d'excès et de liberté, s'assagit en devenant plus ludique-sans jamais disparaitre totalement- le classicisme s'établit, en marge d'une figure doctorale, mais en harmonie avec un idéal de beauté et de mesure qui est celui des honnêtes gens.

Le XVIIème siècle littéraire et artistique commence en 1598, date de la promulgation de l'Edit de Nantes et s'achève en 1715, à la mort de Louis XIV, le roi qui l'a le plus marqué. C'est la période qui s'étend de 1660 à 1680, période classique par excellence.

Quelques années plus tard, la révocation de l'Edit de Nantes (1685) constitue un point de non-retour, brisant définitivement une paix sociale et une certaine tolérence qui avaient permis à l'idéal d'honnêteté et aux valeurs du classicisme de se développer.

Le phénomène baroque est reconnu comme un phénomène européen: l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, l'Angleterre y ont été sensibles, à des degrés divers. Tous ces pays connaissent, entre 1550 et 1660 des périodes de trouble dont le plus célèbre est au XVIIème siècle La Guerre de Trente Ans. La France de la deuxième moitié du XVIème siècle est en proie aux troubles et notamment à la guerre civile qui prend la forme des guerres de religion -Saint-Barthélémy en 1572- Promulgation de l'Edit de Nantes en 1598. En trente ans de guerres, accompagnées de leur cortège d'intrigues secrètes, de pillage, de massacres, de famine et d'épidémies, le spectacle de la mort violente est devenu coutumier. Le sentiment d'une instabilité générale, celui de la fragilité de la vie, le désir d'affirmer sa foi et ses haines aux yeux du monde, y compris par la violence, se sont imposés dans les esprits. Ils deviennent source d'inspiration et thèmes de prédilection pour des écrivains baroques, poètes notamment, comme d'Aubigné, Sponde, Chassignet.

Henri IV meurt en 1610 sous les coups de Ravaillac. Son fils Louis XIII âgé de neuf ans, doit laisser le pouvoir à sa mère Marie de Médicis qui le confie bientôt à son favori, Concini. Femme d'une grande piété, décrite comme avide de pouvoir, elle mène une vie hispanophile qui a pour effet de susciter la contestation de Condé, chef du  parti protestant. L'assassinat de Concini, sur ordre de Louis XIII et son remplacement par Luynes ne mettent pas fin à ces troubles.

Le jeune roi doit affronter sa propre mère et l'armée des princes, de nouvelles révoltes protestantes. Le Cardinal de Richelieu arrive. C'est un catholique convaincu mais nullement dévot. S'instaure ainsi un Etat fort, dans lequel une répression sans pitié peut s'abattre sur les nobles insoumis comme sur les provinces contestataires. Le Cardinal s'efforce d'assurer le développement économique du pays et fait entrer ouvertement la France dans la guerre de Trente Ans, offrant à ses grands seigneurs l'occasion de briller à nouveau. Son influence sur les lettres et les arts n'est pas négligeable: Création de "l'Imprimerie Royale" et de la "Gazette" de Théophraste Renaudot.

CREATION DE L'ACADEMIE FRANÇAISE
La fondation de l'Académie Française traduit le besoin éprouvé par un bon nombre de gens du monde, d'écrivains, d'artistes et de savants, d'une amélioration de la langue française troublée par les jargons divers, les négligences généralisées, le mauvais usage. Et Richelieu, désireux d'unifier le pays et d'en assurer le rayonnement par la langue fait d'un cercle d'intellectules qui se réunissaient chex Valentin Conrart, le noyau de son Académie. Il trouve en eux des gens instruits, comme Jean Chapelin, Antoine Godeau, Malherbe. L'Académie fut créée et la première séance eut lieu le 13 Mars 1634. Les "lettres patentes" sont signées de Louis XIII le 29 janvier 1635, elles donnent une existence officielle à la compagnie et définissent sa raison d'être qui était de contribuer à l'épanouissement des belles-lettres et au perfectionnement de la langue française. Les membres de la nouvelle compagnie prennent le nom d'académiciens. Ils se réunissent d'abord chez eux, ils s'installent ensuite à l'hôtel du chancelier Séguir (1642) à sa mort au Louvre (1672).

Leur nombre est dès le début fixé à quarante. Les éléctions devaient être approuvées par le Roi. Les discours de réception prononcés par les nouveaux admis furent souvent des exposés importants pour l'histoire littéraire, surtout à partir de 1672, lorsque les réceptions devinrent publiques.

Ceux de Fénelon et de La Bruyère, par exemple, furent de véritables commentaires critiques de la littérature. L'ouvrage le plus significatif dans l'instauration  d'une langue classique est constitué par les "Remarques sur la langue française" de l'académicien Claude Favre de Vaugelas. Refusant aussi bien les leçons des doctes que les incorrections du peuple, Vaugelas se réfère exclusivement au bon usage de la Cour, c'est-à-dire non seulement du roi et des courtisans mais de tous les honnêtes gens. Loin de se poser en grammairien, il se contente de constater les usages et édicter un code du bien parler en accord avec son époque.

Parmi les écrivains qui ont contribué à l'élaboration d'une langue correcte claire et naturelle on peut citer: Faret, Chapelain, Ménage, le Chevalier de Méré, Voiture, le père Bouhours, Pascal, Perraut, Mme de Sévigné. Quant à Nicolas Boileau, qui, en traduisant "Le Traité du Sublime" de Longin et en le complétant par ses "Réflexions" rappelle, un peu à contre-courant, que le bon goût, la pureté et l'exactitude de la langue ne suffisent pas toujours et que les mots les plus simples, "les plus bas" permettent eux aussi d'atteindre au "sublime" pour peu qu'ils aient, en eux et dans leur assemblage, "une certaine forme énergique".

A partir de 1639 on commença à travailler au Dictionnaire confié à la responsabilité exclusive de l'assemblée; Furetière, exclu en 1685, réussit à en publier un dès 1690, avant celui de l'Académie et celui de Michelet parut en 1680.

Louis XIV n'a pas encore cinq ans lorsque meurent à quelques mois d'intervalle, Richelieu et Louis XIII. Sa mère Anne d'Autriche, devenue régente, s'appuie sur le cardinal de Mazarin.

En 1661, Louis XIV accède aux pleins pouvoirs dans un pays en paix et respecté de ses voisins. En affrimant son autorité, en lançant avec Colbert une politique de développement économique, en remportant après 1667 des victoires militaires qui lui permettent d'étendre les limites du royaume, le Roi-Soleil fait des vingt premières années de son règne une période faste. Louis XIV est jeune, aime s'amuser - il danse sur scène et virevolte entre ses maitresses-. Il sait occuper les grands seigneurs par une vie de cour riche et variée, et il a, autour de lui, une Cour et même une ville, disposées à partager ses goûts. Des écrivains de premier plan, La Fontaine, Molière, Racine, Boileau sont prêts à célèbrer la grandeur du règne. Le roi lui-même sait venir en aide à des artistes en distribuant commande, subsides et protections.

La société du XVIIème siècle est nettement hierarchisée. Des vingt millions d'habitants qui peuplent le pays, la majeure partie constitue le peuple. Paysans ou petites gens des villes, ils sont qualifiés par Vaugelas de "lie du peuple" et assimilés à des gens grossiers et illétrés. A l'opposé se situe la noblesse provinciale ou parisienne et proche de la Cour. Théoriquement plus cultivée, mais influencée par le millieu des armes et de la guerre, elle se singularise, en partie, dans les premières années du siècle, par la grossiéreté de ses manières. Le développement de l'idéal d'honnêteté le transformera. Enfin, la bourgeoisie, souvent instruite constitue le public en direction duquel peuvent se développer la littérature et les arts. A partir de Richelieu, puis sous Mazarin, son influence ne cesse de croitre. Au fur et à mesure qu'on avance vers le règne de Louis XIV, les villes de province perdent de leur influence. La Cour devient alors le centre du bon goût et du bel esprit (personne cultivée, qui cherche à se distinguer par son goût et sa pratique des lettres).

Très importante pour comprendre le classicisme est l'élaboration tout au long du siècle de l'idéal d'honnêteté. Né en réaction contre la grossièreté des moeurs et des manières qui caractérisaient la cour d'Henri IV, et contre les excès qui favorisaient les époques troubles des guerres, cet idéal résulte d'une prise de conscience de la nécessité de conférer à l'homme une grandeur et une dignité nouvelles.

-"Il Cortegiano" de l'Italien Balthazar Castigliano (1528)- "L'Homme de Cour" de l'Espagnol Baltasar Gracien (1647)- l'honnêteté, appelée "politesse mondaine" trouve dans les Français Nicolas Faret, L'Honnête Homme ou l'Art de plaire à la Cour" et le Chevalier de Méré, "Conversations avec le Maréchal de Clérembault" ses principaux théoriciens.

Sous l'égide des femmes, elle est cultivée dans les salons, véritables lieux de rencontre entre la société aristocratique et les beaux esprits, puis diffusée par les romans à la mode et les correspondances. Cet art de vivre, qui concerne d'abord les courtisans, se répand ensuite dans les millieux bourgeois. S'instaure ainsi l'image d'un homme aux multiples facettes, alliant aux qualités de l'âme celles du corps et de l'esprit. Brillant l'art en société, possédant parfaitement l'art de conversation, aussi à l'aise dans les exercices physiques que dans les subtilités de la galanterie, l'honnête homme sait garder en tout un juste millieu et se distingue du commun des mortels par un "je ne sais quoi" qui révèle sa qualité. Même si la sainteté peut être pour lui un but, elle est loin de constituer son unique préoccupation: l'art du paraitre est souvent beaucoup plus important que l'être.

L'honnête homme est, vers 1660, l'homme moderne et à l'aise dans la société, pour lequel écrivent les auteurs classiques, cherchant à la fois plaire et à le conforter dans ses aspirations

LA LANGUE
L'évolution de la littérature ne peut être séparée de la question de la langue. Selon l'expression de Marc Fumaroli, la France de la fin du XVIème siècle vit sous un "régime de diglossie". Le latin y est encore la langue des hommes d'Eglise, des savants et des philosophes. En fait, pas plus que les nombreux idiomes régionaux, le latin ne tient une grande place dans les oeuvres baroques, si ce n'est sous forme de citations ou d'expressions  pittoresques. La langue du baroque est essentiellement le français de la Pléiade, nourri des enrichissements de "Défense et illustrations de la langue française": les poètes y trouvent le matériau pour les innombrables figures de style qui émaillent leurs écrits. Et Malherbe, un moment tenté par le baroque, rompit avec la poésie savante de la Pléiade et imposa avec la poésie de cour et chef d'école, un idéal de clarté et de riguer qui est à l'origine du goût classique. Il se prononce pour un style plus dépouillé et surtout pour une langue débarassée des archaismes, néologismes, provincialismes et autres syntaxiques qui en obscurcissent le sens.

9 Şubat 2011 Çarşamba


LES COURANTS RELIGIEUX
 AU XVIIème SIECLE

On ne peut comprendre le XVIIème siècle si l'on fait abstraction de la religion. Le grand siècle a vu naitre ou se réformer nombre de couvents et de congrégations. Des écclésiastiques ont joué un rôle politique important. Les réformes qui, avec l'Edit de Nantes, ont acquis une certaine liberté de culte, n'ont pas sur le XVIIème siècle français une grande influence. Ils sont d'abord minoritaires et assez étroitement surveillés. Leur doctrine austère, héritée de Calvin et fondée sur la croyance en la prédestination de l'homme, est battue en brèche par l'élan de la Contre-Réforme catholique. Aussi, alors qu'ils pourraient continuer à propager l'image de la misère de l'homme et de sa faiblesse face à un Dieu tout-puissant, se voient-ils supplantés, sur cette question, par un catholicisme d'inspiration augustinienne et par le jansénisme.

LES JESUITES
La congrégation des Jésuites est fondée en 1540. Leur doctrine religieuse, résolument optimiste se base sur la croyance en Dieu qui accorde à l'homme un salut qu'il est libre d'accepter ou de refuser. Elle s'adapte parfaitement à une conception héroïque de l'homme, faisant appel à la gloire et à la générosité. Elle s'adapte surtout très bien -trop bien, dirait Pascal- aux écarts de la vie mondaine, dès lors qu'on entre dans les subtilités de la casuistique. En bref, ce que les jésuites apportent au XVIIème siècle, c'est une foi plus triomphaliste, dénuée de l'angoisse du salut et d'une image misérable de l'homme. Elle trouve dans l'esthétique baroque des églises et dans l'exubérance des décors, un mode d'expression. Beaucoup plus modérée est l'attitude de François de Sales. Cet ancien élève des jésuites, qui fondera sa propre congrégation, publie en 1609 son "Introduction à la vie dévote" montrant que la perfection chrétienne ne consiste pas en extases spectaculaires, ni en pénitences ou mortifications excessives, mais dans l'amour de Dieu. Il propose ainsi, dès le début du siècle, un idéal de vie chrétienne, fondé sur la modération, et conciliable avec la vie mondaine, qui va devenir le modèle religieux et moral de l'époque classique.

Convertion de Saint-Augustin
L'AUGUSTINISME
L'Augustinisme tire son nom d'une lecture orientée des écrits de Saint-Augustin. Il prend le contre-pied de la spiritualité aisée des jésuites, et  insiste sur la misère de l'homme et sur le tragique de sa condition: l'humanité corrompue par le péché et soumise aux passions, ne peut trouver son salut qu'en Dieu.




LE JANSENISME
Le Jansénisme est lui aussi fondé sur la pensée de Saint-Augustin, telle que la concevait Jansénius, l'évêque d'Ypres. Grâce à l'abbé de Saint-Cyran cette doctrine trouve au couvent de Port-Royal une terre d'éléction. Elle insiste sur la misère de l'homme, affirme sa prédestination et le libre choix divin de lui accorder, ou non, son salut, l'homme étant par lui-même incapable de gagner le Ciel. De vives querelles allaient opposer jésuites et jansénistes, entrainant la condamnation de ces derniers par Rome (1653) puis par le parlement français (1661). Il s'ensuivit dix ans de calme, connus sous le nom de "paix de l'Eglise". Mais bien que plus discrète, l'influence du jansénisme continuait à se faire sentir dans certains millieux mondains. C'est à elle qu'on rattache le pessimisme diffus des "Maximes" de La Rochefoucauld et de Mme de Sablé ou certains accents de la tragédie racinienne... Il y avait en outre, autour du couvent, des laïcs cultivés, connus sous le nom de "Messieurs" de Port-Royal. Ces solitaires avaient élaboré pour leurs écoles une grammaire et un art de penser. Ils y prônaient une littérature austère, méthodique, faite de rigueur. Leur influence, contribua à répandre, après 1660, l'esprit cartésien et à lutter contre la démesure et l'exubérance. Il y a dans le jansénisme un ferment d'évolution vers le classicisme, mais, à la différence des classiques les jansénistes se soucient de Foi et non de morale mondaine. Il y a surtout dans le jansénisme un noyau de résistance au baroque, ce dont témoignent les écrits de Nicole, en particulier son "Discours de la Vraie Beauté", dans lequel il condamne les artifices et les subtilités d'écriture.

PORT-ROYAL
L'Abbaye de Port-Royal, d'abord dans la vallée de Chevreuse ensuite transférée à Paris fut le principal centre de la réforme catholique au XVIIème siècle. Cette communauté féminine avait été réformée dès 1608 par son abbesse, la mère Angélique Arnauld et l'abbé de Saint-Cyran qui en fut le directeur de 1633 à 1638. Saint-Cyran introduit les idées de Jansénius (qui insistait sur la gravité de la faute originelle et sur l'importance de la grâce divine qui peut être ainsi refusée à des justes et accordée à des pécheurs) à la fois chez les religieuses de Port-Royal et chez les "Solitaires" (messieurs du Port-Royal) groupe de chrétiens fervents qui, autour d'Antoine Arnauld, de Nicole et de Lancelot se consacrent à une vie de piété et de travail: philosophie, grammaire, philologie, pédagogie. Ils créent même une institution, les "Petites Ecoles" (Racine y sera élève). L'enseignement de Port-Royal a eu cependant une très grande importance sur le plan des idées pédagogiques et de la formation intellectuelle en général. Nicole, Lancelot (1645-1660) écrivent les éditions bilingues de textes anciens, ces jansénistes sont des purs et des novateurs, en tous domaines.

Port-Royal, prône un retour aux sources du christianisme, en particulier à la pensée de Saint-Augustin, qui insistait sur la toute-puissance de Dieu, en limitant la liberté humaine et en considérant la société humaine comme vouée au mal. Cette thèse ne pouvait, par elle-même qu'affaiblir la souveraineté royale, qui se prétendait "de droit divin" et satisfaire au contraire les classes alors victimes du pouvoir, en particulier la noblesse parlementaire. L'Abbaye du Port-Royal fut détruit par ordre du roi en 1710.

8 Şubat 2011 Salı

 LA NOTION DU "DEGUISEMENT"
 CHEZ  LA ROCHEFOUCAULD

Le déguisement est partout dans les "Maximes" de La Rochefoucauld dont l'homme porte au fond de lui, invisible à ses propres yeux, ce comédien en pérpetuel mouvement, ce Protée avec lequel il se confond:
"Chacun affecte une mine et un extérieur pour paraitre ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on peut dire que monde n'est pas composé que de mines".
La Rochefoucauld
La Rochefoucauld a médité sur la comédie du monde. Il a composé des réflexions, parfois reserrées en quelques lignes, mais quelquefois largement développées. Il y traitait des brusques renversements de la politique de l'ingratitude des grands, du mensonge, des vertus affectées.
"L'honnêteté n'est qu'un art de paraitre honnête".
"Le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver rien de réel.

LES DEGUISEMENTS DE L'AMOUR-PROPRE
L'amour-propre est l'amour de soi-même, et de toutes choses pour soi; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens; il ne se repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si impétueux  que ses désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites; ses souplesses ne peuvent pas représenter, ses transformations passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres de ses abimes. Là il est à couvert des yeux les plus pénétrants; il y  fait mille insensibles tours et retours. Là il est souvent invisible à lui-même, il y conçoit, il y nourrit, et il y élève, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines; il en forme de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il les méconnait, ou il ne peut se résoudre à les avouer...

Il a de différentes inclinaisons selon la diversité des tempéraments qui le tournent, et le dévouent tantôt à la gloire, tantôt aux richesses, et tantôt aux plaisirs; il en change selon le changement de nos âges, de nos fortunes et de nos expériences; mais il lui est indifférent d'en avoir plusieurs ou d'en n'avoir qu'une, parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut, et comme il lui plait. Il est inconstant, et outre les changements qui viennent des causes étrangères, il y en a une infinité qui naissent de lui, et de son propre fonds; il est inconstant d'inconstance, de légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût; il est capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec le dernier empressement, et avec des travaux incroyables, à obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et conserve toute sa fierté dans les plus misérables. Il est dans tous les états de la vie, et dans toutes les conditions; il vit partout, et il vit de tout, il vit de rien; il s'accomode des choses, et de leur privation; il passe même dans le parti des gens qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins; et ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine. Enfin il ne se soucie que d'être, et pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi...

Voilà la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation; la mer en est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans le flux de ses vagues continuelles une fidèle expression de la succession turbulente de ses pensées, et de ses éternels mouvements.
Maximes, 563
 L'EMPIRE DE "L'AMOUR-PROPRE"

L'amour-propre est inséparable de l'intérêt, de l'orgueil, de la vanité, enfin des passions en général.

INTERET► L'intérêt est l'âme de l'amour-propre, de sorte que comme le corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de même l'amour-prropre séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, n'entend, ne sent et ne se remue plus... (510)
L'intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé (39).
On ne blâme le vie et on ne loue la vertu que par intérêt (597).

ORGUEIL► L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu'il renonce à la vanité (33).
Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne plaindrions pas de celui des autres (34).
L'orgueuil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour (35).

VANITE► Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau (303).
On parle peu, quand la vanité ne fait pas parler (137).
On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler (138).

LES PASSIONS► Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'il est dangereux de les suivre, et qu'on doit s'en défier, lors même qu'elles paraissent les plus raisonables (9).

Contre l'amour-propre, la raison demeure impuissante, tant notre volonté est débile:

Nous avons plus de force que de volonté, et c'est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles (30). Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison (42).

Voici les conséquences de l'emprise de l'amour-propre sur l'âme humaine:
Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés.
Les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer (171).
Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent (409).

Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois (149).
La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mépris que méritent ceux qui s'envirent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élevation est un désir de paraitre plus grands que leur fortune (18).

La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples (15).
Cette clémence dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble (16).

L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l'injustice (78).

Le mépris des richesses était dans les philosophes un désir caché de venger leur mérite de l'injustice, de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privait; c'était un secret pour se garantir de l'avilissement, de la pauvreté; c'était un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (44).

La sincérité est une ouverture de coeur. On la trouve en fort peu de gens et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation, pour attirer la confiance des autres (62).

Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts et qu'un échange de bons ofices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner (83).

Ce qui parait générosité n'est souvent qu'une ambition déguisée, qui méprise de petits intérêts, pour aller à de plus grands (246).

La magnanimité méprise tout, pour avoir tout (248).

Enfin La Rochefoucauld décèle souvent la faiblesse sous les apparences de la bonté et de la vertu:
Rien n'est plus rare que la véritable bonté: ceux même qui croient en avoir n'ont d'ordinaire que la complaisance ou de la faiblesse (481).

Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force d'être méchant: tout autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté (237).

Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent dans notre devoir, notre vertu en a souvent tout l'honneur (169).

Or cette confusion est néfaste, car:
La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice (445).
La faiblesse est le seul défaut qu'on ne saurait corriger (130)
L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un dessein formé de trahir (120).
LA ROCHEFOUCAULD

7 Şubat 2011 Pazartesi

 "LE ROSEAU PENSANT"
 Extrait des "PENSEES" de Blaise PASCAL

N'est-il pas émouvant de voir ce malade, perpétuellement accablé de tourments physiques, proclamer la supériorité de l'homme sur la matière qui l'écrase? C'est ici que Pascal se sépare de Montaigne. Ce savant mathématicien, ce physicien ne pouvait méconnaitre la noblesse du génie humain. Mais Pascal est en même temps chrétien: comme s'il avait trop voulu "faire l'ange", il corrige dans le fragment 365 ce qu'il y avait d'absolu dans la pensée 347. Pour lui, grandeur et misère sont, selon le mot de M. Strowske, les deux plateaux inséparables d'une même balance: si l'un ne s'abaisse, l'autre ne s'élève point.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui; l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser. Voilà le principe de la morale. (347)

Roseau pensant - Ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité, mais c'est du règlement de ma pensée. Je n'aurai pas davantage en possédant des terres: par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point; par la pensée, je le comprends. (348)

Grandeur de l'homme - Nous avons une si grande idée de l'âme de l'homme, que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés et de n'être pas dans l'estime d'une âme; et toute la fécilité des hommes consiste dans cette estime. (400)

La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connait misérable. Un arbre ne se connait pas misérable. C'est donc être misérable que de (se) connaitre misérable; mais c'est être grand que de connaitre qu'on est misérable. (397)

Pensée - Toute la dignité de l'homme consiste en la pensée. La pensée est donc une chose admirable et incomparable par sa nature. Il fallait qu'elle eût d'étranges défauts pour être méprisable; mais elle en a de tels que rien n'est plus ridicule. Qu'elle est grande par sa nature! Qu'elle est basse par ses défauts! Mais qu'est-ce que cette pensée? Qu'elle est sotte! (365)

Il est dangereux de trop faire voir à l'homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l'un et l'autre. Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux bêtes, ni aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre. (418)

L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. (358)
 CONSIDERATIONS SUR
 « LES PENSEES »

Sur Pascal on a écrit beaucoup de choses et il y a fort à parier qu'on n'a pas fini. Il nous rend prolifiques à défaut de nous convertir. Qu'on soit pour ou contre, il ne nous laisse pas indifférent. Cet effrayant génie comme l'écrivait Chateaubriand, a encore de beaux jours devant lui.

Inclassable, on le taxe facilement d'être un apologiste comme pour mieux échapper à son influence ravageuse. Une de mes connaissances me disait récemment qu'elle avait eu Pascal dans ses cours autrefois, mais comme il était chrétien, elle n'avait pas accordé de l'intérêt. Il est des auteurs qui ont la vie dure; la réputation qu'ils traînent les déforme. Les croyants ne liront pas Nietzsche ou Marx, les incroyants n'ouvriront jamais un livre religieux.

Pascal n'est pas un croyant ordinaire, béat, tranquille. Chez lui, adhérer aux crédos de la religion ne signifie pas la paix, l'assurance qui découle de tenir une certitude une fois pour toutes. Non pas qu'il faille mettre en cause une telle certitude (la foi de Pascal est totale), mais la conversion ne s'arrête jamais, parce que le Christ souffrira jusqu'à la fin du monde. C'est que l'incertitude et la certitude ne nous travaillent pas de la même manière. Un croyant n'est pas plus heureux qu'un incroyant, car au fond il reste toujours homme, un mortel. Pascal a choisi l'effroi comme règle de vie. Il n'est pas qu'un génie effrayant, mais aussi effrayé. Adossé au néant, noué par la peur de la mort, il ne fait que nous dire et redire notre condition d'homme, et d'homme moderne, pour qui fuir ses angoisses c'est se réfugier malgré lui dans le divertissement. Sa main qui écrit ces fragments sont celle de nous tous. « L'actuelle singularité, l'importance croissante que prendrait le divertissement » (Jacques Attali, Blaise Pascal ou le génie français, Fayard, 2000) est déjà annoncée et dénoncée par lui. A la précarité, à l'incertitude des lendemains et à la mort, Pascal, prophétisant, écrit en réponse que seul l'homme, ce roseau pensant est en obligation de trouver une réponse, parce que tout lui a été donné de toute éternité, mais que par manque de foi il se rate. Nous n'aimons pas assez nos peurs. Ce n'est pas dans la fuite de nos angoisses qu'il y aura une réponse, mais dans leur assumation pleine. Rien de pire que de vouloir échapper à notre condition. Reconnaître son incapacité de s'en sortir seul est déjà une réponse. Mais reconnaître sa faiblesse est une chose et l'assumer c'en est une autre.

La question du « médiateur » se présente chez Pascal comme la seule solution. A un « je » et « tu », il faut un « il ». Quand on est en famille et à la maison, n'allume-t-on pas la télé pour trouver ce « il » ? Les médias, c'est quoi? N'est-ce pas cette troisième personne qui nous sauve de l'ennui? Une présence virtuelle, à distance qui nous distille les ingrédients nécessaires à l'oubli de notre malheur de vivre? Je reviendrai sur ce point capital.

Pascal nous dérange. Il se plaît à nous montrer nu, parce que lui-même se découvre nu. Il se situe juste à cet instant précis où Adam et Eve se découvrent nu après le péché. Il aurait pu aussi bien dire « La pomme est haïssable ». Quand on dit ma « pomme », ne désigne-t-on pas d'ailleurs soi-même? Pascal, en bon disciple de Saint-Augustin ne s'est jamais remis de cet instant de la faute de nos premiers parents. « Il dit, écrit Voltaire à propos de lui, éloquemment des injures au genre humain ». Toutes les « Pensées » sont des tentatives de remonter à l'avant d'une fatalité, de retrouver le paradis perdu d'avant la chute, de conjurer un sort certes bien mérité (la mort comme salaire du péché, Saint-Paul), néanmoins inacceptable, insupportable. Mais ce n'est pas un retour en arrière dans le temps. Pascal n'est pas un réactionnaire, un passéiste qui, sur le curseur du temps chercherait à effectuer un va-et-vient horizontal. Il n'est pas un révolutionnaire au sens ordinaire non plus. Si la certitude guide la pensée et que celle-ci peut déployer un ordre nouveau dans l'horizon du monde, Pascal récuse toute certitude dans la relation de l'homme au monde. Car, livré à ses seules forces, l'homme est égaré dans un monde vertigineux. Le monde contient bien le vide comme la science le prouve et ce vide n'est pas que matériel. Au lieu commun de « la nature a horreur du vide », Pascal oppose le démenti de « la nature est « vide ». De là au « vide » de la vie, il n'y a qu'un pas, mais le gouffre est immense et il n'est pas donné à tout le monde de faire le saut de la foi. Le vide de l'éprouvette de Pascal est surtout celui de l'épreuve de la vie. Descartes le remplit par une substance pensante, mais en vain. Car à quoi sert de remplir ce vide par la spatialisation, c'est-à-dire par la géométrisation de l'espace, si c'est pour diviser l'homme contre lui-même? Corps et âme, matière et esprit, jouant chacun l'un contre l'autre, ne peut mener qu'à la conclusion cartésienne qui évacue Dieu du champ anthropologique. « Je pense donc je suis » est garanti par un dieu vérace mais qui vient en troisième position, après la pensée et l'être. Si dieu est garant de moi, loin de constituer le fond même de ce moi en sorte que ce moi prendrait appui sur ce socle pour être d'abord et ensuite penser, le voilà rejeté dans une transcendance qui laisse l'homme à se construire en pensée pour y trouver ensuite son être qui font un, unité garantie et approuvée par dieu seulement après. Descartes met la charrue avant les boeufs.

Or, l'homme est aussi un roseau. Cette phrase de Pascal, « l'homme est un roseau pensant », est dirigée contre Descartes afin d'en montrer ses limites et celles de toute philosophie. Pour Pascal, rien n'est stable, tout est sable et sable mouvant, tout passe et s'effrite en lui et autour de lui. Cette inconstance et inconsistance, cette fragilité et ce flottement est la preuve que l'homme ne dispose pas d'une « assiette ». « La raison s'offre, mais elle ployable à tous les sens » (fragment, 274). Certes la raison cartésienne constitue l'espace, mais « ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité (...) Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point » (fragment, 347). Autrement dit, en tant qu'étendu, en termes cartésien, la pensée qui fait toute la dignité de l'homme est englobée ou mieux égaré par l'indifférence de l'étendue.  « La géométrisation de l'espace, c'est-à-dire la destruction du monde conçu comme un tout fini et bien ordonné, dans lequel la structure spatiale incarnait une hiérarchie de valeur et de perfection » (Du monde clos à l'univers infini, Alexandre Koyré, Tel Gallimard, 1973, p.11). La conquête de la totalisation du divers infini et homogène ne peut passer par la raison. « Géométriquement parlant, l'univers infini ne peut avoir un centre, il en a une infinité » (Nature et Histoire dans l'apologétique de Pascal, Pierre Magnard, Société les belle lettres, 1975, p.67). De fait, le problème à résoudre est celui de l'unification du divers, c'est-à-dire d'un centre. La pensée transcende l'espace, mais ne peut tout unifier, il faut changer de plan parce que l'homme est aussi un roseau. Et un être double ne peut avoir son centre en lui.

Lorsque la raison, cette chose la mieux partagée du monde devient centre, la multiplication des centres par autant d'hommes raisonnables devient à son tour un problème insoluble. Qui a raison? Qui dit la vérité? Celle-ci n'aurait donc aucun critère, aucune marque distincte en sorte que toutes les vérités n'auraient point un centre auquel s'ordonner?

Le divertissement est l'expression désespérée de cette situation. L'homme est un « entre-deux ». Ni ange ni bête, ni roseau ni pensant, il est un être « coincé » entre deux infinis. Ce qui définit proprement le désespoir des hommes qui les poussent au divertissement. Epictète prenait le roseau comme une force, Montaigne trouvait la raison faible. Aucun ne pouvait servir de centre, c'est-à-dire de certitude qui puisse nous assurer d'une assiette. Cette incapacité nous pousse à y échapper. La preuve qu'ils sont (et Epictète et Montaigne) insuffisants. L'homme ne peut satisfaire ni de l'un ni de l'autre. « Diverte ». Action de se détourner de. Tel est l'étymologie du mot divertissement. Le jeu et le sérieux constituent les deux composantes de cette activité. Se divertir, c'est vouloir les deux choses à la fois. Les hommes se jettent dans l'arène du monde « comme si la possession des choses qu'ils cherchent les devaient les rendre véritablement heureux » (139). Le divertissement est cette manière de prendre au sérieux ce qui est un jeu. Car investir ses désirs sur des choses qui n'en valent pas la peine, on se détourne du même coup de la seule question qui doit être posée? Comment assumer mon humanité et suis-je capable de la faire? Le divertissement est l'ensemble des activités qui nous débarrasse et de l'embêtante énigme de notre ambigüité et de la recherche de sa solution. Nous préférons courir deux lièvres à la fois. Tout le malheur de l'homme ne vient-il pas selon Pascal, de ce qu'il ne sait pas rester quelques minutes sans bouger?

Evasion libérant donc devant la gravité des questions de l'existence, le divertissement nous détourne et heureusement. Sinon comment échapper au vertige de son néant? Si sans divertissement il n'y a point de joie et avec le divertissement, il n'y a point de tristesse, l'oubli devient le but. En langue sémitique Adam veut dire « oublieux ». Oublieux de quoi?

L'anthropologie pascalienne est un immense et incessant effort de rappel de la chute. « Les hommes n'ayant pas pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n'y point penser » (168). L'homme du divertissement ne vit pas en lui, il produit sans cesse ce mouvement centrifuge qui l'éloigne du centre. Car d'un côté sa faiblesse, de l'autre sa force ne pouvant lui servir de centre, il évite grâce au divertissement la question essentielle, celle de son salut, c'est-à-dire la possibilité d'un centre en dehors et au delà de ceux les hommes croient avoir trouvé. Chez Pascal, à la diversion originelle du péché répond immanquablement la nécessité d'une autre diversion: le divertissement.

Il est plus moins admis que les Pensées sont une apologie (ou en vue) de la religion chrétienne. C'est certainement en réduire la portée à une historialité limitée. L'histoire de l'église ou encore celle de toute humanité dépasse de loin les frontières historiques de nos horizons terrestres forcément restreintes à nos vues humaines. C'est pourquoi chez Pascal au-delà d'une apologie il y a une anthropologie et une christologie qui les fondent l'une et l'autre. Car si l'homme est créé à la ressemblance de Dieu, son centre et son point d'appui ne peut être qu'une créature qui assume son ambiguïté radicale, le Christ, à la fois dieu et homme et ce à notre place.

Toutes les Pensées a pour seul enjeu l'homme et son salut et Pascal met en feu sa vie pour cette unique espérance qui osa coudre en feuilles éparses dans la doublure de sa veste.

AUGUSTE UNAT

5 Şubat 2011 Cumartesi


BOSSUET POLEMISTE

Bossuet fut amené plusieurs fois, en particulier dans les dernières années de sa vie, à défendre ses idées avec vivacité, contre des adversaires qui ripostaient vigoureusement, et à soutenir ainsi de véritables polémiques. C'est ainsi que, pour défendre l'Histoire des Variations Contre Les Protestants, il écrivit la Défense de l'Histoire des Variations et les Avertissements aux Protestants; c'est ainsi qu'il combattit Richard Simon, Ellies du Pin, les Jansénistes; c'est ainsi qu'il s'engagea dans deux querelles, telles que: la querelle du théâtre et la qurelle du Quiétisme.

Dans toutes ces polémiques, Bossuet apporte de grandes qualités: la clarté des raisonnements, la force des idées, une ironie qui ne ménage rien, et une fougue massive qui assome l'adversaire. Mais il manque de finesse pour pénétrer les réparties, de souplesse pour s'adapter à une situation imprévue, et parfois aussi de mesure dans l'invective.

Reprenant les anathèmes que les Pères de l'Eglise avaient lancées contre le théâtre païen, les moralistes jansénistes du XVIIème siècle, comme Nicole, condamnèrent le théâtre de leur temps,  en bloc et sans distinction. Ils firent l'opinion. Sans doute le théâtre continua à être en faveur, mais on savait qu'il était condamné. Aussi en 1694, lorsque le Père Caffaro, théatin, publia, en tête des comédies de Boursault, une dissertation qui était une apologie du théâtre, Bossuet s'émut. Il écrivit aux religieux une lettre mordante et terrible qui l'obligea à désavouer sa dissertation. Bossuet avait gain de cause; mais il crut utile de reprendre les idées de sa lettre au Père Caffaro, de les développer et d'en faire un véritable traité pour le public. Telle fut l'origine de l'opuscule qui a pour titre Maximes et Réflexions sur la Comédie.

Les Maximes et Réflexions sur la Comédie
On peut distinguer dans cette oeuvre, trois idée principales:
1)- Un Raisonnement théorique: Le théâtre, dit Bossuet, veut plaire; on ne plait aux hommes qu'en flattant leurs passions; le théâtre se propose donc de flatter les passions et de nourir la concupiscence; quel chrétien sincère pourrait les supporter?
2)- Une analyse du théâtre de son temps: En fait, dit Bossuet, le théâtre français d'aujourd'hui, celui de Corneille, celui de Quinault, celui de Racine, celui de Molière, ne fait qu'exciter les passions et ne fournit aucun remède pour calmer les émotions qu'il a soulevées. C'est là que Bossuet condamne Molière en termes emportées.
3)- Une étude de la doctrine de l'Eglise sur le théâtre: Il y a, dit Bossuet, une tradition continue de sévérité contre le théâtre depuis les Pères de l'Eglise jusqu'à nos jours, en passant par les théologiens du moyen-âge, y compris saint Thomas, dont on a eu tort de se servir pour justifier le théâtre.

Il faut admirer dans les Maximes et Réflexions la vigueur du style et la finesse de l'analyse psychologique. Mais l'intransigeance de Bossuet est excessive et, quoi qu'il en dise, elle ne représente pas la doctrine constante de l'Eglise. Le théâtre, par exemple le théâtre de Corneille, peut être un instrument du bien; quand il respecte la morale, il est un divertissement légitime. Et d'une manière générale, on peut dire qu'il est moral et immoral comme le spectacle du monde dont il est le reflet. Il entre par là dans les conditions générales de tous les arts, qui sont légitimes dès qu'ils se soumettent aux lois de tout acte humain.

La Querelle du Quiétisme
Le Quiétisme de l'espagnol Molinos fut introduit en France par Mme Guyon, une femme d'une grande distinction qui vint à Paris en 1687, et gagna à ses idées les millieux mondains autour de Mme de Maintenon et Fénelon. Elle enseignait que le véritable amour de Dieu est celui qui fait abstraction des punitions et des récompenses; que la perfection chrétienne consiste dans un acte continuel de contemplation et d'amour de Dieu; que lorsqu'on est dans cet état, il faut garder le repos, négliger toute opération positive de l'âme et ne pas se préoccuper de bonnes oeuvres. C'est le repos divin, quies.


FENELON
 La doctrine nouvelle fit du bruit. Bossuet, invité à l'examiner, résista d'abord, puis consentit à l'étudier avec M. de Noailles et M. Tronson. A la suite des conférences d'Issy où Fénelon apporta ses lumières, les matières spirituelles que touchait le Quiétisme furent définies en trente-trois articles. Malheureusement pour la paix, Bossuet et Fénelon crurent tous deux devoir expliquer les articles d'Issy: Bossuet le fit dans l'Instruction sur les états d'oraison, et Fénelon dans l'Explication des Maximes des Saints. Fénelon se séparait de Mme de Guyon en condamnant l'état de contemplation qui supprime les opérations de l'âme et les bonnes oeuvres; mais, comme elle, il faisait consister la perfection dans un état habituel de pur amour où le désir des  récompenses et la crainte des châtiments n'ont plus de place.

C'est sur cette définition de l'amour de Dieu que la querelle s'engagea. Elle devint très vite personnelle. Deux partis se formèrent; des jalousies et des colères envenimèrent les choses; et les pamphlets échangés entre Meaux et Cambrai manquèrent d'aménité. Le Pape, invité par Louis XIV à intervenir, condamna les Maximes des Saints et Fénelon se soumit.

Malheureusement la discussion n'était pas restée sur le terrain théologique. Fénelon, usant de toute la souplesse de son esprit, entrainé par des amis qui poursuivaient des buts plus mondains, entra dans des distinctions et des subtilités qui auraient pu faire soupçonner sa loyauté. Bossuet, fatigué par des objections impalpables qui renaissaient sans fin, piqué par des mots amers ou par de malignes allusions, sortit lui aussi de son caractère et s'emporta jusqu'à l'injure. Il lança contre Fénelon le pamphlet qui s'appelle La Relation sur le Quiétisme. C'est un admirable livre, plein de verve, d'une ironie mordante, d'une bouffonnerie énorme dans les passages où il tourne en ridicule Mme Guyon et ses extases, d'une éloquence âpre quand il invite Fénelon à s'incliner devant la voix de l'Eglise. Mais la charité y est blessée et dans une phrase injurieuse que l'on regrette que Bossuet ait écrite, Fénelon y est comparé à Montan et Mme Guyon à Priscille.
 BOSSUET ECRIVAIN

La pensée de Bossuet a des caractères marqués qu'il est facile de saisir tout d'abord: la fermeté claire et décisive dans des limites bien arrêtées; la générosité, qui est faite de confiance dans la raison humaine; le bon sens, qui choisit entre les opinions extrêmes et particulières la plus humaine et la plus universelle; la vigueur, qui vient d'un contact perpétuel avec la réalité concrète; la poésie, qui ne tient ni au rêve, ni à la mélancolie, choses que Bossuet ignore, mais à l'épanchement d'une vie intérieure, sans cesse renouvellée et rafraichie par l'amour de Dieu et par la contemplation émue de l'oeuvre de Dieu.

BOSSUET
Le style de Bossuet est avant tout oratoire: Bossuet, songeant toujours à l'action, écrit comme s'il parlait pour démontrer quelque chose et raisonne avec passion; de là l'ampleur et le mouvement de sa phrase. Ce style oratoire, ample et en mouvement, est cependant toujours simple: Bossuet, qui veut convaincre et par conséquent être compris, laisse de côté les mots savants, et emploie toujours les termes de la langue ordinaire; Bossuet, qui n'a pas de préoccupation de styliste, rejette tous les ornements qui ne sont que des ornements et présente sa pensée ingénuement. Malgré sa simplicité, ce style est poétique, parce que Bossuet est un réaliste et un passionné. Comme il a toujours regardé le réel, il a le goût du concret: aussi l'expression abstraite de l'idée s'accompagne toujours d'une image concrète qui la réalise pour les yeux et pour l'imagination. Comme Bossuet s'échauffe en écrivant et veut persuader, il trouve dans cette chaleur passionnée, les mots vivants, les expressions chaudes qui sont l'âme du style.

Bossuet a formé sa langue, vocabulaire et syntaxe, par la lecture des deux antiquités profanes, de la Bible, des Pères et des écrivains du XVIème siècle, en particulier Amyot, Montaigne et Calvin. Il aimait ce vocabulaire du XVIème siècle, si riche et si pittoresque, et cette phrase encore libre d'allure où il pouvait couler sa pensée tout à son aise. Sans doute, il voyait le travail qui s'opérait de son temps:  Vaugelas, Thomas Corneille, Bouhours devaient s'imposer même aux écrivains de génie, chasser de la langue un grand nombre de vieux mots et discipliner la syntaxe. Bossuet résiste à ce mouvement, comme Corneille, La Fontaine et Molière. Les auteurs qui écrivent après 1680 se soumettent tous au joug; Bossuet, qui publie la plupart de ses oeuvres de 1680 à 1704, ne se soumet pas. Il garde le vocabulaire de son âge mûr et il garde sa syntaxe, malgré l'Académie qui, en 1694, a accepté les lois nouvelles et les a sanctionnées de son autorité.

Parmi les écrivains classiques, Bossuet est resté un des plus modernes et des plus vivants. Les idées qu'il touche dans ses sermons sont de celles qui émeuvent les hommes de tous les temps. Sa langue vigoureuse et franche date à peine et n'a pas une ride. Son jugement, si exactement équilibré, si ferme à la fois et si libéral, donne, quand on le lit, une sécurité qui est une vraie joie. Il y a tout à gagner à choisir Bossuet pour maitre quand on veut apprendre à penser et à écrire.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)