Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

İçerik hem türkçe hem fransızcadır. Siz takipçilerin katkılarıyla gelişecektir blog yazıları. Fransız yazarların eserlerinin tanıtımı kimilerinin özetleri, farklı dönemlerden yazarlar ve eserleri hakkında analiz ve yorumlarla çeşitlendireceğiz blogumuzu. Klasik edebiyata olduğu kadar çağdaş metinlere de önem vereceğiz yeni yazarları işleyeceğiz eserlerinden alıntılar yapacağız. Kimi zaman bir dönemi ele alacağız, bazen de Fransa ile ilgili genel bilgiler, tanıtımlar yapacağız. Katkılarınızı bekliyoruz...

Merci Bien - Teşekkürler

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

8 Aralık 2010 Çarşamba

 EXTRAIT DE LA PIÈCE
ÉLECTRE
Ô Lumière sacrée,
Toi, air embrassant la terre
Tant de fois vous avez entendu mes cris,
Vous m'avez vue frapper
Ma poitrine sanglante,
À l'heure où s'esquive la ténébreuse nuit.
Quant à mes longues insomnies,
Ma couche seule les connaît,
Elle, ma confidente en ce palais atroce,
Oui, cette couche qui voit aussi tous les sanglots
Que je verse sur mon malheureux père,
Lui que la Mort, quand il combattait les Barbares,
N'a jamais ensanglanté;
Non, c'est ma mère et son favori, Égisthe,
Qui, d'un coup de hache, ont fracassé son crâne,
Pareil à des bûcherons abattant un chêne.
Dire que nul au monde, si ce n'est moi-même,
Ne crie sa rage d'un trépas si infâme et si injuste.
Moi, je ne cesserai pas
De pleurer, de gémir dans des cris affreux,
Tant que je verrai luire l'éclat des astres
Et les flèches du jour.
Comme le rossignol devant son nid détruit,
Je gémirai sans cesse d'une voix retentissante
Au seuil du palais paternel.

Ô maison d'Hadès et de Perséphone,
Ô Hermès souterrain, Ô Malédiction,
Et vous, Érinyes, effrayantes filles des dieux,
Dont la prunelle épie les crimes monstrueux,
Les actes vils commis au sein des foyers,
Venez, assistez-moi, et vengez
Le meurtre de mon père,
Ramenez-moi mon frère.
Ma souffrance est si pesante
Que moi seule, je ne suis qu'impuissance...

CHŒUR
O enfant, ô Électre,
Toi qui fus engendrée par une mère infâme,
Pourquoi, d'une voix inlassable,
Par des sanglots à n'en plus finir,
Parler du piège impie
Où fut abattu perfidement Agamemnon,
Cette lâcheté. Ah ! que périsse le criminel,
Si mon propos n'est point sacrilège.

ÉLECTRE
Filles de noble race,
Vous venez consoler ma peine,
Je le sais, je le devine.
Mais je ne faillirai pas,
Car je me dois de pleurer sur mon pauvre père.
Ô vous, tendres amies,
Vous qui m'êtes si dévouées,
Laissez-moi à ma folie,
Je vous en supplie!

CHŒUR
Jamais du fond du marais infernal,
Où tous nous pénètrerons,
Tes prières et tes cris
Ne rendront la vie à ton père!
À te laisser miner par un deuil sacrilège,
En des plaintes sempiternelles,
N'attends pas la fin de tes maux.
Mais pourquoi donc te complais-tu dans la douleur?

ÉLECTRE
Il faut être léger pour livrer à l'oubli
Des parents qu'un drame atroce vous a ravis.
Mon cœur s'accommode si bien
De la complainte désespérée, « Itys, Itys »,
De l'oiseau triste, messager de Zeus.
Ô reine inconsolée,
Niobé, je te loue comme une déesse,
Toi qui,ensevelie sous un habit de pierre,
Te désoles sans cesse.

CHŒUR
Ma fille, tu n'es pas seule en ce monde
À éprouver les affres du chagrin.
Et tu te laisses trop ravager par lui.
Regarde ceux de ton lignage et de ton sang,
Vois Chrysothémis,
Vois Iphaniassa : elles savent vivre,elles!
Pense aussi à lui,
À cet être point mortifié, jeune et heureux,
Et qui de Mycènes la glorieuse
Sera l'hôte bienvenu,
Dès que Zeus, dans sa grande mansuétude,
Permettra son retour,
Oreste.

ÉLECTRE
Je vis dans son attente, malheureuse,
Sans époux, sans enfant!
Je suis engloutie par les larmes,
Harcelée par le cortège incessant des tourments.
Et lui, ne sait plus tout ce que j'ai fait pour lui.
Ce que j'apprends à son sujet n'est qu'insignifiance.
Il « voudrait », tel est son vœu,
Mais il ne vient pas...

CHŒUR
Courage, mon enfant, courage!
Dans le ciel trône le grand Zeus:
Il voit tout et régit tout.
Adresse-lui ta rancune implacable,
Et ne poursuis pas ainsi
Tes ennemis d'une haine tenace,
Même s'il ne faut rien oublier.
Vois-tu, le temps est un dieu compatissant...
Après tout, celui qui habite là-bas,
Aux rives de Crisa, ces riches pâturages,
Le fils d'Agamemnon,
Est loin sans doute d'abdiquer sa mission,
Tout comme le dieu qui règne
Sur le triste Achéron.

ÉLECTRE
Hélas ! j'ai espéré en vain
Et j'ai vu se dérober
Mes jours les plus charmants.
Et je me ronge ici, orpheline,
Sans un parent se dressant pour défendre ma cause.
Voyez : je fais la servante au palais de mes pères,
Allant autour des tables
Perpétuellement vides.

CHŒUR
Ah! ce cri effroyable à l'heure du retour,
Ce cri qui retentit du lit de ton père,
Lorsque, soudain, la hache au tranchant de bronze
S'abattit de plein fouet sur son front!
La Trahison trama, l'Amour exécuta:
Oui, tous deux ont engendré
Cet acte monstrueux, et qu'importe que le bras armé
Ait été le ciel ou un mortel!

ÉLECTRE
Ah! ce jour-là fut le plus pernicieux
Qu'il me fut donné de voir resplendir.
Cette nuit... horreur indicible
De ce banquet affreux,
Lorsque mon père fut supplicié,
ô infamie ! par les mains
De ces deux mécréants, eux qui, dans le même temps,
M'ont anéantie!
Puisse le dieu omnipotent de l'Olympe
Leur prodiguer de semblables tourments!
Que jamais ils ne puissent goûter la moindre joie
Après avoir perpétré une telle abomination.
(TRADUCTION PAR PHILIPPE RENAULT)

7 Aralık 2010 Salı

 AMELIE NOTHOMB

«Je suis un intellectuel, c'est-à-dire un être qui attend passionnément qu'on le contredise». Grâce à cette phrase percutante on comprend qu’Amelie Nothomb est une écrivaine différente, audacieuse, qui vit dans l’extrême. Quelle est sa propriété qui la différencie des autres? Essentiellement qui est Amelie Nothomb?

Fabienne Amélie Nothomb, de nationalité belge, est née le 13 août 1967 à Kobé (Japon). Elle est la fille du baron Patrick Nothomb, écrivain et ambassadeur de Belgique au Japon, issu d'une grande et ancienne famille bruxelloise. Elle passe les cinq premières années de sa vie au Japon puis voyage ensuite pendant toute son enfance, séjournant au gré des nominations de son père en Chine, au Laos, en Birmanie et au Bangladesh. Son roman « Métaphysique des tubes » (2000) ainsi que d'autres livres comme « Le Sabotage amoureux» (1993), « Biographie de la faim » (2004) et « Ni d'Eve ni d'Adam » (2007), en partie autobiographiques, relatent certains moments de cette enfance voyageuse.

À dix-sept ans, Amélie Nothomb rejoint la Belgique pour suivre des études de philologie romane et de Grec / Latin à l'Université Libre de Bruxelles. Adolescente déracinée imprégnée de culture asiatique, elle souffre alors du choc brutal avec la culture occidentale. Elle éprouve un profond sentiment de solitude et connaît divers troubles du comportement alimentaire qu'elle relatera ensuite avec un certain humour dans son œuvre: anorexie, boulimie, potomanie, alcoolisme, etc. "J'ai éprouvé une solitude totale, parce que j'étais incapable de communiquer avec les jeunes Occidentaux; je suppose que c'est en raison de ce malaise que j'ai commencé à écrire", dira-t-elle plus tard.

À 21 ans, agrégation gréco-latine en poche et parlant couramment le japonais, Amélie Nothomb retourne à Tokyo où elle devient interprète pour une grande entreprise nippone. Elle y restera une année et racontera cette expérience du monde du travail et de l'entreprise dans « Stupeur et Tremblements », un roman drôlatique publié en 1999 qui sera couronné du Grand Prix de l'Académie française et se vendra à plus de 500.000 exemplaires. Le livre sera adapté au cinéma en 2003 par Alain Corneau, avec Sylvie Testud dans le rôle principal. Avant ce best-seller qui la fait connaître dans le monde entier, elle a déjà publié plusieurs livres à succès, dont notamment son premier roman, « Hygiène de l'assassin » (1992, Prix René-Fallet et Prix Alain-Fournier, adapté sur grand écran en 1999). Pour la petite histoire, le manuscrit fût à l'époque refusé par Philippe Sollers chez Gallimard avant d'atterrir chez Albin Michel qui deviendra sa maison d'édition attitrée.

Ce premier opus est suivi de « Le Sabotage amoureux » (1993, Prix de la Vocation, Prix Alain-Fournier et Prix Jacques Chardonne), « Les Combustibles » (1994, pièce de théâtre), « Les Catilinaires » (1995), « Péplum » (1996), « Attentat » (1997) et « Mercure » (1998). Après « Stupeur et Tremblements » (1999) paraissent successivement « Métaphysique des tubes » (2000), « Cosmétique de l'ennemi » (2001), « Le Robert des noms propres » (2002, une vie romancée de son amie chanteuse Françoise Robert, pour qui elle a également écrit sept chansons), « Antéchrista » (2003), « Biographie de la faim » (2004), « Acide sulfurique » (2005), « Journal d'hirondelle » (2006), « Ni d'Eve ni d'Adam » (Prix de Flore 2007), « Le Fait du prince » (2008) et « Le Voyage d'hiver » (2009).

Amélie Nothomb est également l'auteur de récits, nouvelles et contes publiés en revue ou dans des ouvrages collectifs, dont entre autres « Electre » (1996), « Le Mystère par excellence » (1999), « Brillant comme une casserole » (1999), « Le Hollandais ferroviaire » (2000), « Aspirine » (2001), « L'Entrée du Christ à Bruxelles » (2004) ou encore « Les Champignons de Paris » (2007).

L'œuvre d'Amélie Nothomb, qui se définit elle-même comme une une "graphomane", une "malade de l'écriture" qui écrit au moins quatre heures chaque matin et est en permanence enceinte de ses romans, se caractérise par une profondeur alerte, un style romanesque et décalé à l'humour subtil qui place son lecteur directement face à ses pulsions intérieures. Auteur d'une quarantaine de livres publiés, au moins autant de textes restent à ce-jour inédits car ils sont selon elle "trop personnels". Depuis « Hygiène de l'assassin », les romans d'Amélie Nothomb sortent régulièrement à raison d'un titre chaque automne. Ils sont pour la plupart tous classés au top des meilleures ventes en librairie et sont traduits dans près d'une quarantaine de langues.

En lisant « Biographie de la faim » vous constatez que l’œuvre abrite plusieurs sens différents en même temps. Pour un écrivain ce n’est pas facile de faire sentir au lecteur ce qu’il ressent lui-même mais pour Amélie Nothomb ce n’est pas du tout difficile car elle écrit ses œuvres avec toute sa sincérité. Il parait que Nothomb est votre sœur et vous la lisez comme si on écoute quelqu’un qui est très proche de vous. Franchement, si vous lisez la première fois Nothomb vous aurez du mal à la comprendre  parce que pour un nouveau lecteur c’est compliqué d’accepter ses opinions. Elle est très ouverte dans ses écrits et parfois  ce serait dur pour vous d’accepter ses idées. Je dis d’elle qu’elle est audacieuse parce que d’une part elle utilise des mots dangereux sans penser et d’autre part elle raconte des péripéties bouleversantes mais attirantes hardiment et brutalement. Ce sont des facteurs qui la diffèrent des autres.  «Biographie de la faim» était une expérience différente pour moi de faire la connaissance d’Amélie Nothomb. Si vous voulez vivre une expérience différente au cours de votre lecture ou si vous voulez connaitre un écrivain étranger je vous propose de lire Amélie Nothomb parce qu’il est très séduisant et passionnant d’essayer de comprendre et d’accompagner sa vie.
BERFE KARACAOGLU
 GRAS DE GUERRE

Quand elle s'est présentée aux Editions Albin Michel, il y a dix-neuf ans de cela, Amélie Nothomb a d'abord voulu se faire appeler Amélie Casus-Belli. Son éditeur refusa, arguant qu'Amélie "Nos Tombes" sonnait mieux qu'Amélie "Cas de guerre" et n'en correspondait pas moins à l'univers belliciste, nécessairement peuplé de cadavres, de la jeune romancière. Après dix-huit livres consacrés au conflit sous toutes ses formes - amoureuse, filiale, amicale, sociale, médiatique, culturelle, purement intérieure, souvent psychopatologique, toujours identitaire, originellement meurtrière ou simplement symbolique quoiqu'une des cruauté bien réelle-, il était normal que la sphinge des Flandres traite enfin de la guerre en tant qu'elle.

Voici donc Melvin Mapple, soldat de la 2ème classe dans l'armée américaine et posté à Bagdad depuis six ans, qui écrit à Amélie Nothomb herself dans l'espoir de trouver en elle un peu de réconfort et d'humanité. Elle qui a tant écrit sur la boulimie et l'anorexie, comment ne pourra-t-elle pas le comprendre, lui que cette fichue guerre a rendu obèse? "Ce sont les plus humains d'entre nous qui ont sombré dans la boulimie. Il y a des gars qui ont toléré la monstruosité de cette guerre sans tomber dans aucune forme de pathologie". La guerre ça rend fou ou difforme. Comme dans le Full Metal Jacket de Stanly Kubrick où les recrues baptisaient leur arme d'un nom de femme, et auquel cet opus de Nothomb fait étonnement penser, Melvin-Baleine a appelé sa graisse Schéhérazade. L'obésité comme croix mais aussi comme sylphide. Le quintal comme substitue amouruex et marial. Une inversion nothombienne typique et qui touche en plein dans l'appendice. Que recherche l'obèse sinon en créer en lui un ventre maternel dans lequel il pourra se cacher? A moins qu'il ne s'agisse de cacher un autre mal plus secret. Tout est possible dans la bouffe - "de toutes les drogues la plus nocive et la plus addictive qui soit", mais qui, en plus d'être la plus enlaidissante, est la plus culpabilisante. D'un obèse-junkie, on attend toujours qu'il fasse dans le "dépassement de soi". "Quand quelqu'un a le cancer, personne n'est assez impudent pour lui suggérer le dépassement de soi. Oui, je sais, on ne peut pas comparer. Si nous pesons 180 kilos, c'est notre faute. On n'avait qu'à pas bouffer comme des porcs. Le cancéreux c'est une victime, nous pas. On l'a cherché, on a péché. Alors on doit se racheter un acte de sainteté, histoire d'expier". A moins que l'on se fasse mettre un anneau gastrique, comme Iggy, un autre obèse, plus complexé que les autres, à qui on fait miroiter un avenir érotique s'il se faisait opérer, et qui en mourra. Melvin, lui, en sabotant son corps, résiste à la guerre comme à l'exhortation normative -en somme, tout ce qu'il faut pour devenir le correspondant idéal et régulier d'Amélie. Celle-ci, non contente de lui répondre, en profite pour digresser sur le rôle des lettres dans sa vie et sa relation avec les lecteurs, et régler quelques comptes, diraient d'aucuns. Dès lors, le récit de guerre vire au traité de morale épistolaire -ou tout ce qu'il faut faire ou ne pas faire quand on écrit à Amélie Nothomb. Au fond, la mère de Pretextat Tach serait une moraliste qui s'est faite romancière par défaut. A la manière de Diderot qu'elle admire tant, ses récits apparaitraient  comme les mises en scène de ses proverbes. Ce ne seraient pas des romans entrecoupés par des jugements, mais des jugements entrecoupés par du romanesque. D'où l'incompréhension des critiques qui lui reprochent si souvent la forme bâclée de ses livres et ne voient pas que l'histoire qu'on est en train de lire ( et qui semble d'autant plus exister qu'elle est souvent baroque et délirante) n'est en fait qu'un essai mais en corps et en situations. L'éclatante réussite d' Une forme de vie est que les deux tendances, narrative et digressive, sont tenues jusqu'au bout et sans que l'une fasse de l'ombre à l'autre comme cela pouvait être le cas dans Le fait du prince ou Le Voyage d'hiver, où le dit l'emportait largement sur le raconté.

Alors comment écrire à Amélie? D'abord privilégier les lettres courtes, souvent érogènes, aux missives longues forcément indésirables (et qui plus est gaspillent le papier, donc nuisent les forêts!). Ensuite, lui épargner les demandes d'interseccions professionnelles, financières ou simplement mondaines (vous qui  connaissez Sharon Stone pourriez-vous m'introduire?). Enfin, éviter à tout prix les abominables "je ne suis pas comme les autres, traitez-moi différemment", qui finissent illico à la poubelle. Amélie Nothomb traitant précisément tout le monde avec respect et humilité sauf ceux qui demandent un statut privilégié. Pour une fois dans un de ses livres, ce n'est pas elle qui trinque, ni ses personnages, ce sont ses lecteurs! Le lecteur comme casus belli! Le lecteur envahissant, arrogant, exigeant, qui commence par penser qu'il doit tout à l'auteur avant de croire dur comme fer que c'est l'auteur qui lui doit tout. Le lecteur, -l'ennemi absolu de la littérature, l'Occupant par excellence du livre, et devant lequel l'auteur en est réduit à la guerre ou à la diplomatie, s'il veut survivre. Dans son Homme qui arrêta d'écrire, Marc-Edouard Nabe ne disait pas autre chose: "Tout véritable écrivain est un résistant au lecteur nazi".

Dangers de cette littérature du Toi qui peut faire que l'expression se transforme en exhortation, la singularité en vanité, l'énormité en truisme. C'est que le lecteur et surtout le jeune lecteur, prend l'or et les diamants de la littérature pour argent comptant. Ce qui était métaphore chez l'un devient métamorphose chez l'autre. D'où les malentendus entre les auteurs et leurs madame Bovary ou Don Quichotte de lecteurs. Entre l'auteur qui ne tend qu'à son texte et le lecteur qui finit par ne tendre que vers l'auteur, rien ne va plus. Certes, "pourquoi un ami d'encre et de papier vaudrait-il moins qu'un ami de chair?" comme le demande Amélie elle-même avec sa sagesse d'écrivain. Eh! Mais parce que tout simplement les lecteurs ne sont pas tous écrivains! Les lecteurs finissent par préférer les écrivains à leurs livres. A la fin, le Verbe ne suffit plus, et l'on veut rencontrer son Père ou sa Mère avec le risque inconsidéré d'être déçu.

Aux rencontres décevantes entre deux chairs, l'auteure préfère les fins déceptifs. Et celle d'Une forme de vie n'échappera pas à la règle. Exactement comme ce qu'elle expliquait des livres de Marguerite Duras dans Ni d'Eve ni d'Adam, on sortira "fâché" du sien: "C'est une bonne attitude. Quand on achève un livre de Duras (de Nothomb), on éprouve une frustration. C'est comme une enquête au terme de laquelle on a peu compris. On a entrevu des choses à travers une vitre dépolie. On sort de table en ayant faim". La faim comme recherche du sens. La frustration comme incitation à créer son propre sens, sa propre forme -sa propre "merde" comme aurait dit Prétextat.

En attendant, c'est à la sienne qu'Amélie revient à la toute fin de son texte. Pour la première fois en vingt ans et dix-neuf romans publiés, l'écirvaine la plus adulée de son temps se met à se parler devant nous -de son art, de sa légitimité d'écrivain, de sa problématique personne. Page curieuse, d'une simplicité et d'une sincérité désarmantes, qu'on ne dirait pas faites pour nous et dont on a l'impression qu'on les lui a volées. Toute cette fiction pour arriver à cette confession? Les voix de la femme blessée sont décidément impénétrables. On croyait qu'elle nous engueluait, la voilà qui se confie à nous. Mais on est qui, nous?
P. CORMARY (Le Magazine des Livres; No:26 - Septembre/Octobre 2010)

6 Aralık 2010 Pazartesi

 LETTRES
DANS L'HISTOIRE & LA LITTERATURE FRANÇAISE

LETTRE A MONSIEUR DE COULANGES
(Louis 14 refuse d'autoriser le mariage entre la Grande Mademoiselle, sa cousine germaine, et Lauzun)

A Paris, vendredi 19 décembre 1670
Ce qui s'appelle tomber du haut des nues c'est ce qui arriva hier au soir aux Tuilleries; mais il faut reprendre les choses de plus loin. Vous en êtes à la joie, aux transports, aux ravissements de la princesse et de son bienheureux amant. Ce fut donc lundi que la chose fut déclarée, comme vous avez su. Le mardi se passe à parler, à s'étonner, à complimenter. Le mercredi Mademoiselle fit une donation à M. de Lauzun, avec dessein de lui donner des titres, les noms et les ornements nécessaires pour être nommés dans le contrat de mariage, qui fut fait le même jour. Elle lui donna donc, en attendant mieux, quatre duchés: le premier, c'est le comté d'Eu, qui est la première prairie de France et qui donne le premier rang; le duché de Montpensier, dont il porta hier le nom toute la journée; le duché de Saint-Fargeau, le duché de Châtellerault, tout cela estimé vingt-deux millions. Le contrat fut fait esnsuite, où il prit le nom de Montpensier. Le jeudi matin, qui était hier, Mademoiselle espéra que le Roi signerait, comme il l'avait dit; mais sur les sept heures du soir, Sa Majesté étant persuadée, par la Reine, Monsieur et plusieurs barbons, que cette affaire faisait tort à sa réputation, il se résolut de la rompre, et après avoir fait venir Mademoiselle et M. de Lauzun reçut cet ordre avec tout le respect, toute la soumission, toute la fermeté, et tout le désespoir que méritait une si grande chute. Pour Mademoiselle, suivant son humeur, elle éclata en pleurs, en cris, en douleurs violentes, en plaintes excessives, et tout le jour elle a gardé son lit, sans rien avaler que des bouillons. Voilà un beau songe, voilà un beau sujet de raisonner et de parler éternellement. C'est ce que nous faisons jour et nuit, soir et matin, sans fin, sans cesse; nous espérons que vous en ferez autant. Et sur cela je vous baise très humblement les mains. E fra tanto vi bacio le mani.
Marquise de Sévigné (1626-1696), Lettres


Du Vicomte de Valmont à Madame Tourvel
Ah ! par pitié, Madame, daignez calmer le trouble de mon âme ; daignez m’apprendre ce que je dois espérer ou craindre. Placé entre l’excès du bonheur & celui de l’infortune, l’incertitude est un tourment cruel. Pourquoi vous ai-je parlé ? que n’ai-je su résister au charme impérieux qui vous livrait mes pensées ! Content de vous adorer en silence, je jouissais au moins de mon amour ; & ce sentiment pur, que ne troublait point alors l’image de votre douleur, suffisait à ma félicité : mais cette source de bonheur en est devenue une de désespoir, depuis que j’ai vu couler vos larmes ; depuis que j’ai entendu ce cruel Ah ! malheureuse ! Madame, ces deux mots retentiront longtemps dans mon cœur. Par quelle fatalité, le plus doux des sentiments ne peut-il vous inspirer que l’effroi ? quelle est donc cette crainte ? Ah ! ce n’est pas celle de le partager : votre cœur, que j’ai mal connu, n’est pas fait pour l’amour ; le mien, que vous calomniez sans cesse, est le seul qui soit sensible ; le vôtre est même sans pitié. S’il n’était pas ainsi, vous n’auriez pas refusé un mot de consolation au malheureux qui vous racontait ses souffrances ; vous ne vous seriez pas soustraite à ses regards, quand il n’a d’autre plaisir que celui de vous voir ; vous ne vous seriez pas fait un jeu cruel de son inquiétude, en lui faisant annoncer que vous étiez malade, sans lui permettre d’aller s’informer de votre état ; vous auriez senti que cette même nuit, qui n’était pour vous que douze heures de repos, allait être pour lui un siècle de douleurs.
Par où, dites-moi, ai-je mérité cette rigueur désolante ? Je ne crains pas de vous prendre pour juge : qu’ai-je donc fait que céder à un sentiment involontaire, inspiré par la beauté & justifié par la vertu ; toujours contenu par le respect, & dont l’innocent aveu fut l’effet de la confiance & non de l’espoir : la trahirez-vous, cette confiance que vous-même avez semblé me permettre, & à laquelle je me suis livré sans réserve ? Non, je ne puis le croire ; ce serait vous supposer un tort, & mon cœur se révolte à la seule idée de vous en trouver un : je désavoue mes reproches ; j’ai pu les écrire, mais non pas les penser. Ah ! laissez-moi vous croire parfaite ; c’est le seul plaisir qui me reste. Prouvez-moi que vous l’êtes en m’accordant vos soins généreux. Quel malheureux avez-vous secouru, qui en eût autant de besoin que moi ? ne m’abandonnez pas dans le délire où vous m’avez plongé : prêtez-moi votre raison, puisque vous avez ravi la mienne ; après m’avoir corrigé, éclairez-moi pour finir votre ouvrage.
Je ne veux pas vous tromper, vous ne parviendrez point à vaincre mon amour ; mais vous m’apprendrez à le régler ; en guidant mes démarches, en dictant mes discours, vous me sauverez au moins du malheur affreux de vous déplaire. Dissipez surtout cette crainte désespérante ; dites-moi que vous me pardonnez, que vous me plaignez ; assurez-moi de votre indulgence. Vous n’aurez jamais toute celle que je vous désirerais ; mais je réclame celle dont j’ai besoin : me la refuserez-vous?
Adieu, Madame ; recevez avec bonté l’hommage de mes sentiments ; il ne nuit point à celui de mon respect.
De …, ce 20 août 17…
Pierre Choderlos de LACLOS, Les Liaisons Dangereuses, lettre XXIV (1782)
LETTRES DE LA RELIGIEUSE PORTUGAISE
(Enfermée dans un couvent, Marianne, une religieuse portugaise, écrit à son amant, un officier français qui l’a abandonnée.)

Cependant je ne me repens point de vous avoir adoré, je suis bien aise que vous m'ayez séduite; votre absence rigoureuse, et peut-être éternelle, ne diminue en rien l'emportement de mon amour: je veux que tout le monde le sache, je n'en fais point un mystère, et je suis ravie d'avoir fait tout ce que j'ai fait pour vous contre toute sorte de bienséance; je ne mets plus mon honneur et ma religion qu'à vous aimer éperdument toute ma vie, puisque j'ai commencé à vous aimer.

Je ne vous dis point toutes ces choses pour vous obliger à m'écrire. Ah! ne vous contraignez point, je ne veux de vous que ce qui viendra de votre mouvement, et je refuse tous les témoignages de votre amour, dont vous pourriez vous empêcher: j'aurai du plaisir à vous excuser, parce que vous aurez, peut-être, du plaisir à ne pas prendre la peine de m'écrire; et je sens une profonde disposition à vous pardonner toutes vos fautes. Un officier français a eu la charité de me parler ce matin plus de trois heures de vous, il m'a dit que la paix de France était faite: si cela est, ne pourriez-vous pas me venir voir, et m'emmener en France? Mais je ne le mérite pas, faites tout ce qu'il vous plaira, mon amour ne dépend plus de la manière dont vous me traiterez.

Depuis que vous êtes parti, je n'ai pas eu un seul moment de santé, et je n'ai aucun plaisir qu'en nommant votre nom mille fois le jour; quelques religieuses, qui savent l'état déplorable où vous m'avez plongée, me parlent de vous fort souvent; je sors le moins qu'il m'est possible de ma chambre, où vous êtes venu tant de fois, et je regarde sans cesse votre portrait, qui m'est mille fois plus cher que ma vie. Il me donne quelque plaisir: mais il me donne aussi bien de la douleur, lorsque je pense que je ne vous reverrai peut-être jamais; pourquoi faut-il qu'il soit possible que je ne vous verrai peut-être jamais? M'avez-vous pour toujours abandonnée? Je suis au désespoir, votre pauvre Mariane n'en peut plus, elle s'évanouit en finissant cette lettre. Adieu, adieu, ayez pitié de moi.
Gabriel de Guilleragues Lettres de la religieuse portugaise, « Seconde lettre » (1169)



LETTRES DE NAPOLEON & JOSEPHINE
Le 21 avril 1795, le général Bonaparte se fiance à Désirée Clary future reine de Suède. Mais en  octobre 1795,  il croise dans un salon parisien Joséphine de Beauharnais. La femme de 32 ans, que l'on dit belle et à l'aise en société, charme l'officier. Napoléon rompt alors ses fiançailles, non sans quelque remord, et épouse civilement Joséphine, alors veuve et mère de deux enfants, le 9 mars 1796. Les premières années d’amour entre Joséphine et le général le plus puissant de France ont été marquées par une passion pratiquement inégalée. "Mon mari ne m'aime pas, il m'adore, je crois qu'il deviendra fou". Voilà les quelques mots qu'écrit Joséphine en 1796 à propos de Bonaparte. Adressée à son amie Madame Tallien, cette lettre a été écrite par l'impératrice quelques mois après son mariage avec Bonaparte. Couronnée impératrice le 2 décembre 1804 lorsque Napoléon devient Napoléon 1er Empereur des Français, Joséphine n'en reste pas moins peu attachée à son mari. Elle multiplie les amants et les conquêtes, surtout lors des campagnes de Napoléon. En 1809,  Napoléon, qui a atteint sa quarantième année se dit lassé de ne pas avoir de descendance. Apprenant qu'il n'est finalement pas stérile, il décide de contraindre sa femme au divorce le 15 décembre. Le 2 avril 1810, il épouse en secondes noces Marie-Louise d'Autriche qui lui donne un héritier moins d'un an après. Toutefois, la nombreuse correspondance entre Napoléon et Joséphine témoigne de son affection et continue bien après leur séparation. Joséphine se retire au château de la Malmaison. Elle meurt de pneumonie le 29 mai 1814.
Lettre de Napoléon à Joséphine

7 heures du matin
Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de l'énivrante soirée d'hiers n'ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quelle effet bizzare faite vous sur mon coeur ! Vous fâchez-vous ? Vous vois-je triste ? Êtes-vous inquiète ? mon âme est brisé de douleur, et il n'est point de repos pour votre ami... Mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque, me livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise sur vos lèvres, sur votre coeur, une flame qui me brûle. Ah ! c'est cette nuit que je me suis bien aperçu que votre portrait n'est pas vous ! Tu pars à midi, je te verai dans 3 heures. En attendant, mio dolce amor, reçois un millier de baisé ; mais ne m'en donne pas, car il brûle mon sang.
Chanceaux, le 24 ventôse, en route pour l'armée d'Italie

5 Aralık 2010 Pazar

 SOPHOCLE (496-406 AV. J.-C.)

Sophocle est l'un des trois grands poètes tragiques grecs, avec Eschyle et Euripide. Il est né en à Colone -aujourd'hui partie d'Athènes-. Il reçoit la meilleure éducation possible, traditionnelle et aristocratique. A l’age de 16 ans, il est choisi pour diriger le chœur de jeunes gens qui célèbre la victoire navale de Salamine.  Dix années plus tard, il gagne un concours dramatique où il détrône Eschyle, dont la supériorité n'avait pas été menacée depuis longtemps. En 441 av. J.-C., il est à son tour vaincu dans l'un des concours dramatiques d'Athènes, par Euripide. À partir de 468 av. J.-C., cependant, Sophocle remporte le premier prix une vingtaine de fois et plusieurs fois le deuxième prix. Sa vie, qui s'achève à l'âge de quatre-vingt-dix ans, coïncide avec l'âge d'or d'Athènes. Sophocle compte parmi ses amis l'historien Hérodote, et fréquente Périclès, l'homme d'État. Il ne s'implique pas dans la politique et n'a pas d'inclination pour les activités militaires, mais les Athéniens l'élisent par deux fois à de hautes fonctions militaires. De son immense production littéraire seules sept tragédies complètes nous sont parvenues: les Trachiniennes, Antigone, Ajax, Œdipe roi, Électre, Philoctète et Œdipe à Colone.

La tragédie sophocléenne expose une action où fatalité et volonté constituent les deux ressorts principaux, de sens contraire et où toute l'intensité dramatique repose sur la volonté inébranlable du protagoniste. Celui-ci, enfermé dans une situation où seule la souplesse permettrait la survie, mène un double combat en s'opposant à l'autorité (incarnée par le roi, les chefs ou les dieux), mais également aux instances de ses proches : ainsi Antigone s'expose à la mort et la subit pour accorder les rites funéraires à son frère Polynice tué sur le champ de bataille, défiant ainsi l'autorité de Créon, maître de Thèbes, et n'écoutant pas les conseils de sa sœur Ismène. Œdipe, héros mythique, découvre progressivement l'horrible vérité: il est devenu roi de Thèbes après avoir, à son insu, tué son père et épousé sa mère, Jocaste.


À la suite d'Eschyle, considéré comme le créateur de la tragédie, Sophocle innove et mène la tragédie à son apogée: en abandonnant la trilogie eschylienne, il resserre l'intrigue, enrichit l'action et précipite l'évolution du tragique; l'ajout d'un troisième acteur permet une peinture plus nuancée des caractères: affrontés deux à deux, les personnages se définissent les uns par rapport aux autres, s'opposent par les valeurs qu'ils défendent; la dimension psychologique s'amplifie, le débat prend le pas sur le lyrique. Sans la fatalité (les dieux ont toujours raison), le théâtre de Sophocle exalte la volonté de l'homme.


Il existe deux sortes de personnages, chez Sophocle, qui refusent de céder. Les uns sont des obstinés, qui ont tort. Les autres sont des héros; et ils sont désignés à notre admiration, précisément parce que rien ne les brise. Seul les distingue des premiers la cause qu’ils entendent servir. Seul les distingue le fait que ceux-ci ont la force et veulent la faire respecter, alors qu’eux n’ont rien, sont écrasés, abandonnés, mais conservant un idéal qui justifie leur sacrifice. (Jacqueline de Romilly, La Tragédie grecque, © PUF, 1970)
ANTIGONE DE SOPHOCLE

Extrait de 2ème épisode


CRÉON► Réponds en peu de mots. Connaissais-tu mon édit?

ANTIGONE► Comment ne l’aurais-je pas connu? Il était public.

CRÉON► Et tu as osé passer outre à mon ordonnance?

ANTIGONE► Oui, car ce n'est pas Zeus qui l’a promulguée, et la Justice qui siège auprès des Dieux sous terre n'en a point tracé de telles parmi les hommes. Je ne croyais pas certes que tes édits eussent tant de pouvoir qu'ils permissent à un mortel de violer les lois divines: lois non écrites celles là, mais intangibles. [. . .] Leur désobéir, n'était ce point, par un lâche respect pour l'autorité d'un homme, encourir la rigueur des dieux? [...]

CRÉON► Ce que je déteste, c'est qu'un coupable quand il se voit pris sur le fait, cherche à peindre son crime en beau.

ANTIGONE► Je suis ta prisonnière; tu vas me mettre à mort: que te faut-il de plus?

CRÉON► Rien. Ce châtiment me satisfait.

ANTIGONE► Alors, pourquoi tardes-tu? Tout ce que tu dis m'est odieux, je m'en voudrais du contraire et il n'est rien en moi qui ne te blesse. En vérité, pouvais-je m'acquérir plus d'honneur qu'en mettant mon frère au tombeau? Tous ceux qui m'entendent oseraient m'approuver, si la crainte ne leur fermait la bouche. Car la tyrannie, entre autres privilèges, peut faire et dire ce qu'il lui plaît.

CRÉON► Tu es seule, à Thèbes, à professer de pareilles opinions.

ANTIGONE (désignant le chœur)► Ils pensent comme moi, mais ils se mordent les lèvres.

CRÉON► Ne rougis-tu pas de t'écarter du sentiment commun?

ANTIGONE► Il n'y a point de honte à honorer ceux de notre sang.

CRÉON► Mais l'autre, son adversaire, n'était-il pas ton frère aussi?

ANTIGONE► Par son père et par sa mère, oui, il était mon frère.

CRÉON► N'est ce pas l'outrager que d'honorer l'autre?

ANTIGONE► Il n'en jugera pas ainsi, maintenant qu'il repose dans la mort.

CRÉON► Cependant ta piété le ravale au rang du criminel.

ANTIGONE► Ce n'est pas un esclave qui tombait sous ses coups; c'était son frère.

CRÉON► L'un ravageait sa patrie; l'autre en était le rempart.

ANTIGONE► Hadès n'a pas deux poids et deux mesures.

CRÉON► Le méchant n'a pas droit à la part du juste.

ANTIGONE► Qui sait si nos maximes restent pures aux yeux des morts?

CRÉON► Un ennemi mort est toujours un ennemi.

ANTIGONE► Je suis faite pour partager l'amour, non la haine.

CRÉON► Descends donc là bas, et s'il te faut aimer à tout prix, aime les morts. Moi vivant, ce n'est pas une femme qui fera la loi.
JEAN ANOUILH(1910-1987)

Jean Anouilh est né en 1910 à Bordeaux en France. Son père est tailleur et sa mère musicienne ainsi que professeur de piano, elle joue dans un orchestre se produisant sur des scènes de casino en province. C’est dans les coulisses de ces casinos qu’il découvre les grands auteurs classiques: Molière, Marivaux et Musset.

Jean Anouilh vit à Paris et rentre au collège Chaptal. C’est très tôt qu’il se prend de passion pour le théâtre. En 1928, il assiste émerveillé, au printemps, à la représentation de Siegfried de Jean Giraudoux, l’adolescent de dix-huit ans fut ébloui, subjugué…
En 1929 il devient le secrétaire de Louis Jouvet. Les relations entre les deux hommes sont tendues. Qu’importe, son choix est fait, il vivra pour et par le théâtre.

Sa première pièce, l’Hermine (1932), lui offre un succès d’estime, et il faut attendre 1937 pour qu’il connaisse son premier grand succès avec le Voyageur sans bagages. L’année suivante le succès de sa pièce la Sauvage confirme sa notoriété et met fin à ses difficultés matérielles.

Puis éclate la seconde guerre mondiale. Pendant l’occupation, Jean Anouilh continue d’écrire. Il ne prend position ni pour la collaboration, ni pour la résistance. Ce non-engagement lui sera reproché.

En 1944 est créé Antigone. Cette pièce connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l’ordre établi en faisant la part belle à Créon. En 1945, il s’engage pour essayer de sauver l’écrivain collaborateur Robert Brasillach de la peine de mort; en vain. Cette exécution le marque profondément.
 
Il écrira encore plusieurs pièces dans les années soixante-dix, dont certaines lui vaudront le qualificatif “d’auteur de théâtre de distraction”. Il n’en reste pas moins qu’il a bâti une œuvre qui révèle un pessimisme profond. Anouilh est mort en 1987.
 ANTIGONE DE JEAN ANOUILH
PRESENTATION D'ANTIGONE
Antigone appartient aux légendes attachées à la ville de Thèbes. Elle est l’une des enfants nés de l’union incestueuse du roi de Thèbes Œdipe et de sa propre mère, Jocaste. Antigone est la sœur d’Ismène, d’Etéocle et de Polynice. Elle fait preuve d’un dévouement et d’une grandeur d’âme sans pareils dans la mythologie.
Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu’à la fin de son existence et l’assiste dans ses derniers moments.
Puis Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères Etéocle et Polynice se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir. Il ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit qu’il soit donné une sépulture à Polynice, coupable à ses yeux d’avoir porté les armes contre sa patrie avec le concours d’étrangers. Ainsi l’âme de Polynice ne connaîtra jamais de repos. Pourtant Antigone, qui considère comme sacré le devoir d’ensevelir les morts, se rend une nuit auprès du corps de son frère et verse sur lui, selon le rite, quelques poignées de terre. Créon apprend d’un garde qu’Antigone a recouvert de poussière le corps de Polynice. On amène Antigone devant lui et il la condamne à mort. Elle est enterrée vive dans le tombeau des Labdacides. Plutôt que de mourir de faim, elle préfère se pendre.
Hémon, fils de Créon et fiancé d’Antigone se suicide de désespoir. Eurydice, l’épouse de Créon ne peut supporter la mort de ce fils qu’elle adorait et met fin elle aussi à ses jours.
La pièce de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) commence lorsqu’Antigone décide de braver l’interdiction de son oncle Créon et d’ensevelir le corps de son frère Polynice.
C’est de ce texte de Sophocle que va s’inspirer Anouilh pour écrire Antigone en 1942: « l’Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l’ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre ».
Cette pièce, créée en 1944, connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l’ordre établi en faisant la part belle à Créon. Ses défenseurs, au contraire voient dans Antigone la “première résistante de l’histoire” et dans la pièce un plaidoyer pour l’esprit de révolte.
RESUME DE LA PIECE
Le Prologue, personnage héritier du chef de chœur, présente les protagonistes, leurs caractères et leurs rôles: Antigone, sa sœur Ismène, son fiancé Hémon, le roi Créon qui est aussi le père d’Hémon, Eurydice la femme de Créon, la nourrice d’Antigone, le messager et enfin les trois gardes.
Antigone rentre chez elle, à l’aube, après une promenade nocturne, elle est surprise par sa nourrice qui lui adresse quelques reproches. La nourrice sort et Ismène dissuade Antigone d’ensevelir le corps de son frère Polynice et ainsi d’enfreindre l’ordre de Créon. Sans succès, Antigone n’entend pas devenir raisonnable.
Antigone se retrouve à nouveau seule avec sa nourrice, elle pense à la mort, la nourrice la réconforte. Ensuite arrive Hémon à qui elle prie de lui pardonner pour la dispute de la veille. Hémon la réconforte en lui déclarant son amour. Antigone lui annonce ensuite qu’elle ne pourra pas l’épouser en lui disant qu’il saura pourquoi “demain”.
Ismène essaie encore une fois de convaincre Antigone de renoncer à son projet, mais elle apprend qu’il a déjà débuté. Un des garde du roi arrive alors pour annoncer à Créon que quelqu’un à recouvert de terre le corps de Polynice. Créon ne veut pas que la nouvelle se répande.
Le chœur intervient pour donner sa vision de la tragédie et annonce le “petit coup de pouce pour que cela démarre”. Antigone se fait arrêter par un garde pendant qu’elle recouvre pour la seconde fois le cadavre, elle est emmenée chez Créon qui est prêt à la sauver et oublier l’affaire. Antigone refuse et se révolte, elle veut sa mort.
Ismène arrive, elle veut mourir avec sa sœur, elle est prête aussi à aller recouvrir le corps de Polynice mais Antigone refuse. Créon appelle la garde qui emmène Antigone. Hémon supplie son père de l’épargner mais il refuse car c’est elle qui voulait mourir. Hémon s’enfuit.
Antigone reste seule avec un garde, elle lui dicte une lettre qu’elle veut adresser à Hémon. Le messager annonce la mort d’Antigone ainsi que celle d’Hémon. Le Chœur apprend ensuite à Créon que sa femme Eurydice s’est donnée la mort en apprenant la mort de son fils. Il ne reste plus que Créon et ses gardes…
 ANTIGONE DE JEAN ANOUILH


EXTRAIT DE LA PIECE

CRÉON► Et tu risques la mort maintenant parce que j'ai refusé à ton frère ce passeport dérisoire, ce bredouillage en série sur sa dépouille, cette pantomime dont tu aurais été la première à avoir honte s et mal si on l'avait jouée. C'est absurde!

ANTIGONE► Oui, c'est absurde.

CRÉON► Pourquoi fais tu ce geste, alors? Pour les autres, pour ceux qui y croient? Pour les dresser contre moi ?

ANTIGONE► Non.

CRÉON► Ni pour les autres, ni pour ton frère? Pour qui alors?

ANTIGONE► Pour personne. Pour moi.

CRÉON (la regarde en silence)► Tu as donc bien envie 15 de mourir? Tu as déjà l'air d'un petit gibier pris.

ANTIGONE► Ne vous attendrissez pas sur moi. Faites comme moi. Faites ce que vous avez à faire. Mais si vous êtes un être humain, faites le vite. Voilà tout ce que je vous demande. Je n'aurai pas 20 du courage éternellement, c'est vrai.

CRÉON (se rapproche)► Je veux te sauver, Antigone.

ANTIGONE► Vous êtes le roi, vous pouvez tout, mais cela, vous ne le pouvez pas.

CRÉON► Tu crois?

ANTIGONE► Ni me sauver, ni me contraindre.

CRÉON► Orgueilleuse! Petite Oedipe !

ANTIGONE► Vous pouvez seulement me faire mourir.

CRÉON► Et si je te fais torturer?

ANTIGONE► Pourquoi? Pour que je pleure, que je demande grâce, pour que je jure tout ce qu'on voudra, et que je recommence après, quand je n'aurai plus mal?

CRÉON (lui serre le bras)► Écoute moi bien. J'ai le mauvais rôle, c'est entendu, et tu as le bon. Et tu le sens. Mais n'en profite tout de même pas trop, petite peste... Si j'étais une bonne brute ordinaire de tyran, il y aurait déjà longtemps qu'on t'aurait arraché la langue, tiré les membres aux tenailles, ou jetée dans un trou. Mais tu vois dans mes yeux quelque chose qui hésite, tu vois que je te laisse parler au lieu d'appeler mes soldats; alors, tu nargues, tu attaques tant que tu peux. Où veux - tu en venir, petite furie?

4 Aralık 2010 Cumartesi

 LE THEATRE ET LES MYTHES

Le mythe (du grec muthos, "parole, récit") est un récit sacré connu de tous qui révèle une vérité et explique à l'homme son origine et sa place dans l'univers. Dans la Grèce ancienne, la connaissance mythique s'oppose à la connaissance rationnelle (logos, en grec). A l'origine le théâtre est lié à la représentation de mythes sacrés qui engagent l'ordre cosmique: c'est par exemple le cas du théâtre grec, voué à Dionysos. Source de réflexion et d'émotion tragique, le mythe trouve un model d'expression naturel dans le rituel théâtral. Le théâtre et le mythe ont en commun un récit resserré et objectif, nécessaire, qui permet de souder la communauté.

SOPHOCLE
Avant tout rituelle et religieuse, la tragédie antique montre la soumission des hommes aux dieux et à un destin. Tout en conservant l'atmosphère religieuse de leur origine, les tragédies antiques d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide constituent des méditations sur un épisode isolé, une réflexion où les dieux et les héros tragiques sont humanisés. Dans son traité sur la Poétique, Aristote définit la tragédie comme genre à partir de l'idée de "mythos", d' "histoire". Supérieure aux genres lyrique et épique, la tragédie se définit par l'effet plus thérapeutique que moral qu'elle exerce le spectateur: la catharsis, ou purification. Celle-ci permet de passer de la simple reproduction de la réalité à une crise émotive, parfois tragique, qui accomplit chez le spectateur la purgation des passions par l'entremise de la pitié et de la crainte. La collusion du mythe tragique et de la tragédie mythique apparait dans le triple rapport de l'homme à son pouvoir, à sa famille et à la divinité. Au 17ème siècle, la tragédie classique s'adossera également au mythe pour privilégier ce qui est de l'ordre de la "monstruosité" et dépasse l'imagination (passion, colère, héroïsme, jalousie...).

Le 20ème siècle redécouvre cette dimension, sacrée du théâtre et cherche à revenir vers les sources du mythe, ses rituels, ses masques, ses danses. L'esthétique d'Antonin Artaud (Le Théâtre et son double, 1938) est à la recherche de la force vivante et magique du mythe. Aujourd'hui la critique d'une société moderne en perte de substance, de mémoire et d'acte passe par un retour à la tragédie antique dont témoignent les pièces de Dider-Georges Gabily (Violences, 1991) ou de Philippe Minyana (Philoctète, 1997). En exploitant la violence du récit mythique, le théâtre contemporain cherche à se définir comme le lieu privilégié pour penser la modernité, déterrer les cadavres de l'histoire et représenter le corps dans son épaisseur vivante et humaine.

La littérature théâtrale entretien des relations de complicité, d'imitation et de dépassement avec le mythe. Celui-ci se présente comme une sorte de matière première incertaine, en raison de ses nombreuses versions parfois contradictoires, de ses personnages peu caractérisés et de son abesence de réalisme. A la prolifération d'histoires et de scènes fortes et contrastées qui s'additionnent succède la nécessité d'un resserrement tragique et d'une structure poétique plus caractéristique de l'oeuvre littéraire. Les auteurs s'approprient le récit brut, bref, intense et simple du mythe pour exprimer une version métaphorique ou symbolique du monde en confrontant l'être humain à ce qui le dépasse. Dans la littérature cette nudité du mythe qui va droit au fait est atténuée par des détours, des masques, par le recours à la vraisemblence, à la logique, par des conventions comme la bienséance. La violence caractérise moins l'accumulation des événements que l'ordre du discours.

Dans son souci d'actualiser le mythe, la littérature prend des libertés avec le récit mythique en délaissant certains mythèmes traditionnels (l'initiation, l'exploit héroïque, la transgression, la descente aux enfers...) ou en ajoutant des épisodes inédits comme les intrigues amoureuses inventées par Racine dans Phèdre ou Andromaque. Des figures mythologique comme Ariane, Phèdre ou  Médée, femmes séduites et abandonnées, ont donné lieu à de nombreuses transpositions théâtrales au cours des siècles.

PROMETHEE
La signification des mythes a évidemment subi des changements et des déformations au fil du temps, chaque écrivain adaptant le récit mythologique à la situation de son époque, et au besoin à sa vision du monde et à son esthétique. Le succès de Protée, Circé, Calypso ou Daphné au 16ème siècle, est lié à l'esthétique baroque, sensible aux métamorphoses.

A partir du 19ème siècle, Prométhée, dont le mythe se conjugue avec celui de Faust et de Don Juan, apparait comme une figure positive de la révolte contre le ciel. L'Antigone de Sophocle qui défend les droits sacrés du clan et du sang contre les lois de la cité, est différente de l'Antigone d'Anouilh, qui cherche à préserver sa pureté. De dérivation en dérivation, le mythe finit par engendrer une création nouvelle, littéraire, un nouveau mythe. Les mythes grecs donnent naissance à une littérature qui les développe, les actualise et les intègre à un dialogue fécond et conflictuel.

Les mythes grecs exercent une fascination sur les auteurs des années 1930 et 1940. En témoignant La Machine infernale (1934), de Jean Cocteau, La guerre de Troie n'aura pas lieu (1934) et Electre (1937) de Jean Giraudoux, Les Mouches (1943), de Jean-Paul Sartre, Antigone (1944), de Jean Anouilh.

ANTIGONE
 S'ils respectent l'intrigue, les dramaturges, soucieux d'actualiser et de laïciser le mythe, tendent à amplifier le thème tragique (l'absurdité des valeurs morales, la contingence de l'existence, l'absence de sens dans l'Histoire), tout en désacralisant le drame antique. Les pièces minimisent le rôles des dieux et de la religion. Si les mythes d'Oedipe, d'Electre et d'Antigone se vident de toute émotion sacrée et sont traités parfois sur le mode parodique, ils s'enrichissent d'une réflexion sur les rapports de l'homme avec la société et d'une interrogation sur la liberté. Les Mouches de Sartre retournent le mythes d'Electre en transofrmant le drame de fatalité en une aventure de la liberté et en donnant à l'homme authentique la victoire sur les dieux conformistes.

Les mythes mettent aussi en scène la résistance de l'homme aux différentes forment d'oppression à travers des figures mythiques symbolisant le refus de la compromission, le droit opposé aux lois (Antigone d'Anouilh), le destin du poète (Orphée pour Cocteau), la lutte du bon sens contre la violence (La guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux). Le mythe se charge aussi d'implications politiques (L'Antigone de Brecht résistant aux nazis) ou psychanalytiques (Le deuil sied à Electre, d'Eugène O'Neill). Enfin, le mythe offre aussi la possibilité au théâtre de créer un univers poétique ouvert au merveilleux.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)