Hakkımda

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Şişli / İstanbul, (0533 2490843) vildan_ornadis@hotmail.com, Türkiye
Chers abonnés et visiteurs du blog;Tout au long de ma vie scolaire,j’ai reçu un enseignement français.Après avoir terminé le collège français “Sainte-Pulchèrie” j’ai continué à ma vie lycéenne au “Lycée Français Saint-Michel”.J’ai reçu mon diplôme de fin d’études secondaires 3 ans plus tard. À la suite du lycée,j’ai étudié la philologie et la littérature française à “L’Université d’Istanbul, dans “La Faculté des Lettres”;simultanément j’ai étudié la formation pédagogique à L’Université d’Istanbul,dans“La Faculté d’Éducation”(“Formation à L’Enseignement”).Après 4 ans d’études de double licence je suis diplômée en tant que philologue,aussi professeur de français.Toutes les formations que j’ai acquises m’ont perfectionnée dans les domaines tels que la langue, la littérature et la culture française ainsi que la formation pédagogique. Depuis 11 ans, je partage mes connaissances avec ceux qui veulent apprendre la langue,la culture et la civilisation française. J’enseigne les gens de tout âge et de tout niveau depuis les élèves des écoles françaises,jusqu’aux étudiants de diverses universités sans oublier les hommes ou femmes d’affaires ni les amateurs de la francophonie

Présentation

Sevgili Blog Takipçileri;
Tüm eğitim hayatımı fransızca gördüm. İstanbul'da bulunan‘’Özel Sainte-Pulchérie Fransız Kız Ortaokulu’’nu bitirdikten sonra liseyi İstanbul'da bulunan ''Özel Saint-Michel Fransız Lisesi’’nde okudum. Ardından ‘’İstanbul Üniversitesi Edebiyat Fakültesi Batı Dilleri ve Edebiyatları Bölümü‘’ içinde yer alan ‘’Fransız Dili ve Edebiyatı Anabilim Dalı’’nda dört yıllık lisans eğitimimi tamamladım.Bu süre içerisinde ‘’İstanbul Üniversitesi Eğitim Fakültesinde Pedagojik Formasyon’’ alanında eğitim görüp çift anadal diploması aldım. Böylece hem filolog (Dilbilimci) hem de öğretmen olarak mezun oldum. Aldığım bütün bu eğitimler bana hem Fransız Dili, hem Fransız Edebiyatı hem de Pedagoji alanlarında büyük bir yetkinlik sağladı. Onbir yıldır teorik olarak edindiğim tüm bilgileri, pratikte bu dili ve kültürü öğrenmek isteyen her yaştan her gruptan kişilere aktarıyorum. İstanbulda bulunan fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler başta olmak üzere üniversite öğrencileri, iş adamları, fransız kültürüne meraklı olup kendini geliştirmek isteyen her yaştan her meslek grubundan kişiler meslek hayatım süresince öğrencim olmuştur ve olmaya devam edecektir.

EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR ►

MES DOMAINES D'ENSEIGNEMENT-EĞİTMENLİK YAPTIĞIM ALANLAR

Grammaire – Littérature – Biologie ( Pour les élèves des écoles françaises - Fransız kolejlerinde eğitim gören öğrenciler için )

Préparation au concours organisé par L'Université de Galatasaray - Galatasaray Üniversitesi iç sınavına hazırlık

Préparation au concours de langue étrangère - YDS (Üniversite Yabancı Dil sınavı) ye hazırlık

Toutes sortes de conseils d'orientation scolaire en France (licence, master) - Fransa’da yüksek öğrenim (lisans , yüksek lisans) görmek isteyen öğrencilere, üniversite seçimlerinden motivasyon mektubu yazımına kadar her türlü alanda eğitim danışmanlığı

Etudes spéciales (privées ou en groupe) pour les adultes -Yetişkinler için kişiye özel birebir ve grup çalışmaları

Cours de la langue Turque (grammaire - conversation) pour les étrangers - Yabancılara türkçe (dil bilgisi ve konuşma) dersleri

BLOGU BİRLİKTE GELİŞTİRELİM (Développons ensemble le contenu du blog)

Le contenu du blog est bilingue. Le blog sera développé grâce à la contribution des abonnés. On présentera les oeuvres des écrivains français, on partagera des résumés ainsi que des analyses et des commentaires sur le blog. Pour mieux concevoir la littérature contemporaine, on va traiter les nouveaux auteurs et courants, on va discuter sur les extraits de leurs oeuvres pour autant la littérature classique et antique. On va honorer les célèbres auteurs classiques en parlant de leurs oeuvres et des courants qu'ils ont initiés à la très chère littérature française. Parfois, on parlera d'une époque soit artistique, soit historique; ou bien on va donner des informations générales ou spécifiques sur la France, la culture française etc...
Pour tout cela il est nécessaire que nos abonnés soient en contact et en collaboration avec nous.

İçerik hem türkçe hem fransızcadır. Siz takipçilerin katkılarıyla gelişecektir blog yazıları. Fransız yazarların eserlerinin tanıtımı kimilerinin özetleri, farklı dönemlerden yazarlar ve eserleri hakkında analiz ve yorumlarla çeşitlendireceğiz blogumuzu. Klasik edebiyata olduğu kadar çağdaş metinlere de önem vereceğiz yeni yazarları işleyeceğiz eserlerinden alıntılar yapacağız. Kimi zaman bir dönemi ele alacağız, bazen de Fransa ile ilgili genel bilgiler, tanıtımlar yapacağız. Katkılarınızı bekliyoruz...

Merci Bien - Teşekkürler

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Böylece,bir gün üyesi olmayı hedeflediğimiz Avrupa Birliğine katıldığımız zaman farklı kültürlere uyum sağlamakta zorluk çekmeyeceğiz.

14 Eylül 2010 Salı

La richesse de la presse pour la jeunesse
Pour les parents désireux de maintenir et de développer le lien de leur enfant avec la langue et la culture française, une sélection des meilleurs titres de la presse pour la jeunesse. Des journaux pour tous les âges, pour tous les goûts.


La presse pour la jeunesse constitue un outil précieux qui permet aux enfants et aux jeunes vivant à l’étranger – qu’ils soient scolarisés en français ou pas - de garder un lien privilégié avec la culture et la langue françaises. Plus de vingt éditeurs (Bayard, Milan, Fleurus, Playbac, Faton …) offrent un choix d’environ 125 titres adaptés aux goûts et à l’âge de chaque enfant.

A chaque enfant son journal
Truffée de récits haletants, de conseils, d’informations, de gaieté, de couleurs, d’invention, d’entretiens, de lettres de jeunes lecteurs passionnés, la presse pour la jeunesse est d’une richesse extrême. Quand on vit loin de sa terre et de sa langue d’origine, que ce soit momentanément ou pour longtemps, il importe de garder un lien fort et continu. Les journaux et les magazines sont pour cela irremplaçables.
L’offre, très étendue depuis les années 70, ne cesse de s’étoffer et d’explorer tous les domaines imaginables. La presse jeunesse française est une des plus diversifiée au monde, en proposant des titres adaptés aux différentes tranches d’âge.
Dès l’âge de six mois, les tout-petits sont stimulés par les couleurs et les dessins (Popi, Papoum, Picoti…). Après, en grandissant les enfants seront heureux de retrouver leurs personnages préférés dans de nouvelles aventures de vie quotidienne ou de fiction à partager avec les parents (Pomme d’Api, Wakou, Winnie…). A partir de 7 ans, pour ces petites personnes avides de découvrir, curieuses d'explorer, soucieuses de comprendre, plusieurs gammes de titres destinées aux jeunes lecteurs sont disponibles. Pour ceux qui découvrent le plaisir de lire des histoires : J’aime Lire, Je lis déjà … ; pour les passionnés de découvertes, d’actualité : Wapiti, Images Doc, Le Petit Léonard… ; autant de titres plein d’informations et de documents pour comprendre le monde qui les entoure. Et pour ceux qui aiment rire et raconter des blagues : Astrapi, Le Journal de Mickey… Enfin pour les adolescents des magazines pour répondre à toutes leurs envies (Okapi, Science & Vie Junior, l’Etudiant…).

Pour chercher le titre le plus adapté aux besoins et aux envies de vos enfants, rendez-vous sur www.uni-presse.fr qui propose une sélection de titres jeunesse disponible dans plus de 190 pays.

La presse comme auxiliaire pédagogique
Tous ces magazines participent en quelque sorte à l’éducation de votre enfant, en développant sa curiosité et en l’ouvrant vers le monde qui l’entoure. La presse se révèle un véritable auxiliaire pédagogique, l’enfant apprend à s’informer, à exposer, à échanger. Pour les plus grands, en faisant le choix d’aborder des questions d’actualité et de société, de nombreux journaux comme Le Journal des Enfants, Le Petit Quotidien, l’Actu offrent la possibilité de partir à la découverte des autres, de leur histoire, de leur culture tout apprenant à décrypter l’information.
Le coup de gigot
..)Mary Maloney attendait le retour de son mari. Elle regardait souvent la pendule, mais elle le faisait sans anxiété. Uniquement pour le plaisir de voir approcher la minute de son arrivée. Son visage souriait. Chacun de ses gestes paraissait plein de sérénité. Penchée sur son ouvrage, elle était d’un calme étonnant. Son teint - car c’était le sixième mois de sa grossesse - était devenu merveilleusement transparent, les lèvres étaient douces et les yeux au regard placide semblaient plus grands et plus sombres que jamais.

Á cinq heures moins cinq, elle se mit à écouter plus attentivement et, au bout de quelques instants, exactement comme tous les jours, elle entendit le bruit des roues sur le gravier. La porte de la voiture claqua, les pas résonnèrent sous la fenêtre, la clef tourna dans la serrure. Elle posa son ouvrage, se leva et alla au-devant de lui pour l’embrasser.

«Bonjour, chéri, dit-elle,
— Bonjour», répondit-il.

Elle lui prit son pardessus et le rangea. Puis elle passa dans la chambre et prépara les whiskies, un fort pour lui, un faible pour elle-même. De retour dans son fauteuil, elle se remit à coudre tandis que lui, dans l’autre fauteuil, tenait son verre à deux mains, le secouant en faisant tinter les petits cubes de glace contre la paroi.


Pour elle, c’était toujours un moment heureux de la journée. Elle savait qu’il n’aimait pas beaucoup parler avant d’avoir fini son premier verre. Elle-même se contentait de rester tranquille, se réjouissant de sa compagnie après les longues heures de solitude.

La présence de cet homme était pour elle comme un bain de soleil. Elle aimait par-dessus tout sa mâle chaleur, sa façon nonchalante de se tenir sur sa chaise, sa façon de pousser une porte, de traverser une pièce à grands pas? Elle aimait sentir se poser sur elle son regard grave et lointain, elle aimait la courbe amusante de sa bouche et surtout cette façon de ne pas se plaindre de sa fatigue, de demeurer silencieux, le verre à la main.

«Fatigué, chéri ?
—Oui, dit-il. Je suis fatigué». Puis il fit une chose inhabituelle. Il leva son verre à moitié plein et avala tout le contenu. «Chéri, dit-elle, veux-tu un peu de fromage ? Je n’ai pas préparé de dîner puisque c’est jeudi.
—Non, dit-il. (...)

—Si tu es trop fatigué pour dîner dehors, reprit-elle, il n’est pas trop tard. Il y a de la viande dans le réfrigérateur. Tu pourras manger ici-même, sans quitter ton fauteuil».

Ses yeux attendirent une réponse, un sourire, un petit signe quelconque, mais il demeura inflexible.

«De toute façon, dit-elle, je vais commencer par t’apporter du fromage et des gâteaux secs.
—Je n’y tiens pas», dit-il. (...)

Elle se leva et posa son ouvrage sur la table, près de la lampe.

«Assieds-toi, dit-il. J’en ai pour une minute. Assieds-toi».

C’est alors seulement qu’elle commença à s’inquiéter.

«Assieds-toi», répéta-t-il.


Elle se laissa retomber lentement dans son fauteuil, ses grands yeux étonnés toujours fixés sur lui. Il avait fini son second whisky et regardait le fond de son verre vide en fronçant les sourcils.

«Écoute, dit-il. J’ai quelque chose à te dire.
—Quoi donc, chéri. Qu’y a-t-il ?»

Á présent, il se tenait absolument immobile, la tête penchée en avant. La lampe éclairait la partie supérieure de son visage, laissant la bouche et le menton dans l’ombre. Elle remarqua le frémissement d’un petit muscle, près du coin de son œil gauche.

«Je crains que cela te fasse un petit choc, dit-il. Mais j’ai longuement réfléchi pour conclure que la seule chose à faire, c’était de te dire la vérité. J’espère que tu ne me blâmeras pas trop».

Et il lui dit ce qu’il avait à lui dire. Ce ne fut pas long. Quatre ou cinq minutes au plus. Pendant son récit, elle demeura assise. Saisie d’une sourde horreur, elle le vit s’éloigner un peu plus à chaque mot qu’il prononçait.

«Voilà, c’est ainsi, conclut-il. Et je sais que je te fais passer un mauvais moment, mais il n’y avait pas d’autre solution. Naturellement, je te donnerai de l’argent et je ferai le nécessaire pour que tu ne manques de rien. Inutile de faire des histoires. J’espère qu’il n’y en aura pas. Ça ne faciliterait pas ma tâche». Sa première réaction était de ne pas y croire. Tout cela ne pouvait être vrai. Il n’avait rien dit de tout cela. C’est elle qui avait dû tout imaginer. Peut-être, en refusant d’y croire, en faisant semblant de n’avoir rien entendu, se réveillerait-elle de ce cauchemar et tout rentrerait dans l’ordre.

Elle eut la force de dire : «Je vais préparer le dîner». Et cette fois, il ne la retint pas.

En traversant la pièce, elle eut l’impression que ses pieds ne touchaient pas le sol. Elle ne ressentit rien, rien excepté une légère nausée. Tout était devenu automatique. Les marches qui la conduisaient à la cave. L’électricité. Le réfrigérateur. Sa main qui y plongea pour attraper l’objet le plus proche. Elle le sortit, le regarda. Il était enveloppé. Elle retira le papier. C’était un gigot d’agneau. Bien. Il y aurait du gigot pour dîner. Tenant à deux mains le bout de l’os, elle remonta les marches. Et lorsqu’elle traversa la salle de séjour, elle aperçut son mari, debout devant la fenêtre. Elle s’arrêta.


«Pour l’amour de Dieu, dit-il sans se retourner, ne prépare rien pour moi. Je sors». Alors, Mary Maloney fit simplement quelques pas vers lui et, sans attendre, elle leva le gros gigot aussi haut qu’elle put au-dessus du crâne de son mari, puis cogna de toutes ses forces. Elle aurait pu aussi bien l’assommer d’un coup de massue.

Elle recula. Il demeura miraculeusement debout pendant quelques secondes, en titubant un peu. Puis il s’écroula sur le tapis. Dans sa chute qui fut violente, il entraîna un guéridon. Le tintamarre aida Mary à sortir de son état de demi-inconscience, à reprendre contact avec la réalité. Étonnée et frissonnante, serrant toujours de ses deux mains son ridicule gigot, elle contempla le corps.

«Ça y est, se dit-elle. Je l’ai tué». (...)

Elle alla dans la cuisine, alluma le four et mit le gigot à cuire. Puis elle se lava les mains et monta dans sa chambre en courant. Là, elle s’assit devant sa coiffeuse, se donna un coup de peigne, se repoudra et mit un peu de rouge à lèvres. Elle tenta de sourire. Le résultat fut lamentable. Elle fit une nouvelle tentative.


«Bonjour, Sam, dit-elle joyeusement, à haute voix. La voix, comme le sourire, lui parut dépourvue de naturel. Pourriez-vous me donner quelques pommes de terre ? Et puis une boîte de petits pois ? »

Cela allait mieux. Pour le sourire et pour la voix. Elle répéta plusieurs fois son petit texte. Puis elle descendit, prit son manteau, sortit par la petite porte, traversa le jardin pour se trouver dans la rue. Il n’était pas tout à fait six heures et l’épicerie était encore éclairée.

«Bonsoir, Sam, dit-elle joyeusement à l’homme qui se trouvait derrière le comptoir.
— Bonsoir madame Maloney, comment allez-vous ?
—Pourriez-vous me donner quelques pommes de terre ? Et puis une boîte de petits pois ? »

L’homme lui tourna le dos pou descendre du rayon la boîte de petits pois.

«Patrick a décidé de ne pas sortir ce soir, il est trop fatigué, dit-elle. D’habitude, nous sortons le jeudi soir, vous savez bien. Et je m’aperçois que je n’ai pas de légumes à la maison.
—Et de la viande, madame Maloney, vous n’en prenez pas ?
—Non, merci, j’en ai. J’ai un beau gigot congelé.
—Ah !—Au fond, je n’aime pas tellement faire cuire de la viande congelée, Sam. Mais cette fois-ci, je vais essayer. Qu’en pensez-vous ?

—Personnellement, dit le commerçant, je ne crois pas qu’il y ait une différence. Voulez-vous de ces pommes de terre de l’Idaho ?
—Oh oui, ça ira très bien.
—Et avec ça ? demanda l’épicier en souriant. Comme dessert ? Qu’allez-vous lui donner comme dessert ?
—Eh bien... que me conseillez-vous, Sam ? »
L’épicier passa en revue ses rayons. «Ce beau gâteau au fromage, par exemple ? Je crois savoir qu’il aime ça.
—Parfait, dit-elle. Il adore le gâteau au fromage».
Puis, après avoir payé, elle dit avec un sourire radieux :
«Merci, Sam. Bonsoir !
—Bonsoir, madame Maloney. Et merci ! » (...)

Elle posa son paquet sur la table et passa dans la salle de séjour. Et lorsqu’elle le vit, étendu par terre, les jambes en bataille, un bras replié, ce fut réellement un choc assez violent. Elle sentit rejaillir en elle tout un torrent d’amour perdu, de tendresse ancienne. Elle courut vers le corps, tomba à genoux et se mit à pleurer à chaudes larmes. C’était facile. Pas Nécessaire de jouer la comédie.

Au bout de quelques minutes, elle se leva et alla au téléphone. Elle savait par cœur le numéro du poste de police. Et lorsqu’elle entendit une voix au bout du fil, elle dit en pleurant : «Venez vite ! Patrick est mort !
—Qui est à l’appareil ?
—C’est Mme Maloney. La femme de Patrick Maloney.
—Vous voulez dire que Patrick est mort ?

—Je le pense, sanglota-t-elle. Il est étendu par terre et je crois qu’il est mort.
—On arrive», dit la voix.

Le car arriva en effet très vite et lorsqu’elle ouvrit la grande porte, elle tomba tout droit dans les bras de Jack Noonan, en pleurant avec hystérie. Il l’aida gentiment à s’asseoir sur sa chaise, puis alla rejoindre son collègue qui venait de s’agenouiller près du corps.

«Est-il mort? pleura Mary.
—Je le crains. Que s’est-il passé ? »

Elle raconta brièvement qu’elle était descendue chez l’épicier et qu’elle avait trouvé Patrick étendu par terre en rentrant. En écoutant son récit coupé de sanglots, Noonan découvrit une paillette de sang gelé sur les cheveux du mort. Il la montra aussitôt à O’Malley, qui se leva et courut au téléphone. (...)

Il y eut d’autres chuchotements, et, à travers ses sanglots, elle put capter des bribes de phrases :
«... Comportement absolument normal... très enjouée... voulait lui préparer un bon dîner... petits pois... gâteau au fromage... impossible qu’elle... » Un peu plus tard, le photographe et le docteur prirent congé. Deux autres policiers firent leur entrée pour emporter le corps sur un brancard. Puis l’homme aux empreintes digitales se retira à son tour. Les deux détectives restèrent, ainsi que les deux agents. Ils étaient tous remarquablement gentils et Jack Noonan voulut savoir si Mary n’avait pas envie de quitter la maison, d’aller , par exemple, chez sa sœur ou, peut-être, chez sa femme à lui qui prendrait soin d’elle et qui l’accueillerait volontiers pour la nuit.
«Non», dit-elle. Elle lui expliqua qu’elle ne se sentait pas la force de bouger. Qu’elle aimerait mieux rester où elle était pour l’instant. Qu’elle ne se sentait pas bien. Pas bien du tout.

Jack Noonan lui demanda alors si elle ne voulait pas se mettre au lit.
«Non», répondit-elle encore. Elle préférait rester dans son fauteuil. Un peu plus tard peut-être, quand elle se sentirait mieux, elle prendrait une décision.

Ainsi ils l’abandonnèrent dans son fauteuil pour aller fouiller la maison. Mais de temps à autre, l’un des détectives revenait pour lui poser une question. Jack Noonan revint à son tour et lui parla doucement. Son mari, lui dit-il, avait été tué d’un coup violent sur le crâne, administré à l’aide d’un instrument lourd et contondant, probablement en métal. Ils étaient actuellement à la recherche de cet objet. L’assassin avait pu l’emporter avec lui, mais il avait pu aussi bien s’en débarrasser sur les lieux.
«C’est une vieille histoire, dit-il. Trouvez l’arme et vous tenez le bonhomme ! »

Plus tard, l’un des détectives remonta de la cave et vint s’asseoir près d’elle. Il lui demanda si, à sa connaissance, il existait dans la maison un objet ayant pu servir d’arme. Et si cela ne l’ennuyait pas d’aller voir s’il ne manquait rien, une grosse clef anglaise, par exemple. Ou un vase de métal.
Elle lui dit qu’elle n’avait jamais eu de vase de métal.
«Et une clef anglaise ? »
Elle ne pensait pas en avoir. Á moins qu’il n’y en eût une au garage.

Les recherches reprirent. Elle savait que d’autres policiers se trouvaient au jardin, tout autour de la maison. Elle entendait le gravier grincer sous leurs pas et, de temps à autre, elle entrevoyait la lueur de leurs torches par une fente du rideau. Il était tard. Près de neuf heures. Après tant de vaines recherches, les quatre policiers parurent un peu exaspérés...


«Jack, dit-elle, lorsqu’elle vit entrer le sergent Noonan. Auriez-vous la gentillesse de me donner à boire ?
— Mais certainement ! C’est du whisky que vous voudriez !
—Oui, s’il vous plaît. Mais très peu, rien qu’un doigt ! Je me sentirai peut-être mieux après».
Il lui tendit le verre.
«Pourquoi n’en prenez-vous pas vous-même ? dit-elle. Vous devez être terriblement fatigué.
—C’est que, fit-il, ce ne serait pas strictement régulier. Mais j’en prendrai bien une goutte, pour rester en forme».

Un autre homme entra. Après quelques encouragements, ils étaient tous là, debout, tenant gauchement leur verre à la main. Intimidés par la présence de la veuve, ils s’efforçaient de prononcer des mots réconfortants. Puis le sergent Noonan alla faire un tour à la cuisine. Il revint aussitôt et dit : «Vous savez, madame Maloney, votre four est toujours allumé et la viande est dedans !
—Oh ! mon Dieu ! s’écria-t-elle, c’est vrai !
—Voulez-vous que j’aille l’éteindre ?
—Vous seriez très gentil, Jack. Merci mille fois».
Lorsque le sergent Noonan revint pour la seconde fois, elle leva sur lui ses grands yeux sombres et mouillés : «Jack Noonan, dit-elle
—Oui ?
—Voulez-vous me rendre un petit service, vous et vos collègues ?
—Certainement, madame Maloney
—Eh bien, dit-elle, vous êtes tous des amis de mon pauvre Patrick et vous êtes ici pour m’aider à trouver son assassin. Vous devez avoir faim, après tant d’heures supplémentaires, et je sais que mon pauvre Patrick ne me pardonnerait jamais de vous recevoir ici sans rien vous offrir. Pourquoi ne mangeriez-vous pas le gigot qui est au four ? Il doit être cuit à point.
—Impossible d’accepter... bredouilla Jack Noonan.
—S’il vous plaît, supplia-t-elle, faites-le pour moi. Moi-même, pas question que je touche à quoi que ce soit. Tout me fait trop penser à lui. Mais vous, c’est différent. Vous m’aurez rendu un immense service. Et ensuite, vous pourrez vous remettre au travail».
Les quatre policiers eurent un long moment d’hésitation ; mais comme ils mouraient tous de faim, ils finirent par se laisser convaincre. Ils se rendirent à la cuisine pour attaquer le gigot. La jeune femme demeura à sa place, ce qui lui permit de les écouter par la porte entrouverte. Elle put ainsi les entendre parler, la bouche pleine, de leurs grosses voix pâteuses.
«Un autre morceau, Charlie,
—Non. Vaut mieux ne pas tout manger.
—Elle veut qu’on mange tout. C’est ce qu’elle a dit. Ça lui rend service.
—Bon, si ça lui rend service, passe-moi encore un petit bout.
—Qu’est-ce qu’il a bien pu avoir comme gourdin, le type qui a bousillé le pauvre Patrick ? dit l’un d’eux. Le toubib dit qu’il a une partie du crâne en miettes, comme broyée à coups de marteau.
—On finira bien par trouver.
—C’est ce que je pense aussi.
—Qui que ce soit, il n’a pas pu aller bien loin avec son truc. Un truc comme ça, on ne le trimballe jamais plus longtemps qu’il ne faut».
L’un d’eux éructa.
«Á mon avis, la chose doit se trouver ici, sur les lieux mêmes.
—Probablement. Nous devons l’avoir sous le nez.
Tu ne crois pas, Jack ? »
Dans la pièce voisine, Mary Maloney se mit à ricaner.
Coup de gigot tiré du livre Kiss, kiss , de Roald Dahl

13 Eylül 2010 Pazartesi

SCHOPENHAUER


Sa philosophie► idéalisme athé

“L’univers est notre représentation”

Il est fondateur du pessimisme, il considère que tous les mondes possibles notre monde est le pire qui soit.
La volonté est le principe fordamental de l’univers, elle est source de vie, source de progrès. C’est cette volonté universelle dont la conscience individuelle n’est qu’un moment fugitif qui pousse l’être à se nourrir du désir de bonheur, bonheur inatteignable qui engendre la souffrance et la douleur, l’état naturel de l’homme selon Schopenhauer seul échappatoire: “détruire en nous, par tous les moyens la volonté de vivre” et s’évader du désir inassouvable (inassouvissable) par l’anéantissement dans le nirvana bouddhique et la contemplation esthétique.

Pour lui, vivre est une souffrance. L’existence est une suite de dizaines de tourments. Il n’y a point de désir qui ne soit suivi de déception, de plaisir qui n’ait pour contrepartie lassitude, de jouissance qui n’amène le dégoût.


Le cours de la vie est misérable. Le passé ne nous appartient plus, le présent n’est qu’un moment qui fuit sans cesse, l’avenir est une page fermée et indéchiffrable. L’enfant n’a point conscience de soi, le jeune homme qui est plein d’illusions cherche à réaliser ses rêves, l’homme mûr est désenchanté, se fatigue pour maintenir une existence; le vieillard assiste à sa destruction torturée par la maladie et miné par le chagrin. Tout est vain et rien n’est plus vain que l’amour qui d’abord embrasse l’être humain et qui semble l’élever au-dessus de lui-même. L’amour est la manifestation de la volonté qui cherche à produire la vie, les charmes de l’amour ne sont que la tromperie de la volonté qui nous enivre afin de nous amener à entretenir la vie.

L’homme, pour Schopenhauer est éphémère, une manifestation fortuite d’une puissance occulte et à celui dont le cerveau est assez développé pour approfondir la nature des choses, la vie n’apparait que comme une farce qui se joue dans la douleur et les angoisses. Arrivé là, il n’y a plus qu’à conclure, comme les bouddhistes que la vie étant un mal, il vaudrait mieux qu’elle n’eût jamais commencé.

Le monde est la volonté sous des formes diverses et à des degrés nombreux. Si on agit avec les volontés, si on agit avec connaissance rationnelle le monde est une représentation.


Les tendances et les aspirations qui se manifestent dans notre plaisir et dans notre douleur, dans notre peur et dans notre espérance, dans tous nos sentiments sont une révélation du fond derrière l’existence qui nous donnent une clef pour comprendre la nature.
CLAUDE CHABROL (1930-2010)
Claude Chabrol est né à Paris, le 24 juin 1930. C'est un fils de pharmacien et il dévore la Comtesse de Ségur. Il débute dans le cinéma dés l'âge de 12 ans comme projectionniste dans un garage d'un petit village de la Creuse.
Après ses études secondaires, il se lance dans des études de Droit, puis une licence de lettres et des études de pharmacie. Déjà rusé, il gagne son argent de poche en écrivant de fausses dédicaces d ‘Hemingway et de Faulkner et profite du snobisme parisien pour en tirer un bon prix.
Claude Chabrol entre aux "Cahiers du Cinéma" en 1953, ses amis François Truffaut et Jacques Rivette y font déjà leurs premières armes depuis quelques mois. C'est d'ailleurs grâce à eux, rencontrés à la Cinémathèque de Langlois et dans les ciné-clubs du Quartier Latin, que Chabrol a pu être introduit auprès d'André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, fondateurs de la toute jeune revue de cinéma à couverture jaune.
Dès ses débuts il défend la "politique des auteurs", pas encore strictement définie, mais déjà présente en puissance. A propos du film Chantons sous la pluie de Kelly et Donen, Claude Chabrol écrit : "il s'agit bien, cette fois, d'un film d'auteur, ce qui est rare dans ce genre de production". Le jeune critique cherche alors à convaincre ses lecteurs qu'à l'intérieur même du carcan des studios hollywoodiens, un réalisateur, malgré les règles et les conventions qui régissent les productions, peut imposer son style pour ainsi se positionner en véritable auteur de film
Chabrol reprendra ces idées quelques numéros plus tard pour partir à la défense d'Alfred Hitchcock, considéré alors par la critique comme simple technicien efficace et non comme un auteur à l'univers passionnant.
En 1957, il publie avec Éric Rohmer un livre sur Alfred Hitchcock.
Il participe ainsi au lancement de la Nouvelle Vague française en étant critique aux Cahiers du cinéma.

Ses premiers films
Il se marie très jeune à Agnès, une riche héritière ce qui lui permet de fonder sa société de production. Il produit, pour démarrer, un court métrage de Jacques Rivette, "Le Coup du berger" (1956) avec Jean-Claude Brialy et François Truffaut, dont il est aussi scénariste. Il peut réaliser ses premiers films.
"Le beau Serge" en 1959 avec Jean-Claude Brialy, un drame campagnard qui dénote avec ses futurs thèmes de prédilection, sera son coup d'essai en tant que réalisateur, d'emblée couronné par un succès commercial conséquent.
"Les Cousins" qui sort la même année est une crépusculaire étude de mœurs dans un Paris partagé entre existentialisme et misère.
Il montre déjà son originalité et son regard à la fois féroce et plein d'humour.
L'année suivante, il est mal compris avec "Les bonnes femmes" où l'on trouve une vision acide des femmes. La bêtise de ces femmes pathétiques effraie le public qui se sent visé et méprisé.
Claude Chabrol divorce pour épouser en 1964 la comédienne Stéphane Audran, qui sera très souvent son interprète.

La maturité
La bêtise va devenir un des thèmes clés de l'œuvre de Chabrol qui se dit fascinée par elle : "la bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a ses limites tandis que la bêtise n'en a pas. Voir un être profondément bête, c'est très enrichissant et l'on a pas à le mépriser pour autant." "Les Godelureaux", l'année suivante, ne rencontre pas plus de succès. Il se lance alors dans la réalisation de films d'espionnage souvent parodiques et toujours plein d'humour, mais boudés par la critique.
Il renoue avec le succès à partir de 1968 avec une série de films : "Les Biches", "La femme infidèle" (1969), "Que la bête meure" (1969), "Le boucher" (1970). Claude Chabrol aime s'entourer de ses acteurs fétiches et on y retrouve Michel Bouquet, Jean Yanne et toujours et encore sa femme, Stephane Audran.
Il poursuit son analyse décapante des mœurs de la petite bourgeoisie avec "Docteur Popaul" (1972) ou "Violette Nozière" (1978) où apparaît la jeune Isabelle Huppert qui deviendra l'égérie du cinéma de Claude Chabrol dans les années 80-90.
En 1982, il adapte un roman de Simenon, "Les fantômes du chapelier", véritable tableau des mœurs d'une petite ville de province. Le film est empreint d'une violence inquiètante, retenue et intériorisée que l'on retrouvera dans "Masques" en 1987.
Les années 1990 sont peut être plus que jamais les années Chabrol avec des chefs d'œuvre comme "La cérémonie" (1995) servie par les interprétations époustouflantes de Sandrine Bonnaire et d'Isabelle Huppert, inquiétantes dans leur folie ordinaire, ou encore "L'enfer" (1994) avec la très belle et troublante Emmanuelle Béart et le très torturé François Cluzet.

Le style de Chabrol
A l'inverse d'un Resnais mûrissant longuement chaque œuvre, Claude Chabrol a tourné beaucoup de films, plus de cinquante, rejoignant ainsi Jean-Luc Godard. "Rien ne va plus" est son cinquantième film en 1997.
Bien sûr certains de ces films sont des films alimentaires fait pour renflouer sa société de production (et payer ses impôts, selon ses propres aveux !) : ainsi la série des “Tigre”, sans compter des séries pour la télévision.
Mais il sait aussi prendre des risques comme par exemple en 1980, en se lançant dans l'adaptation du "Cheval d'orgueil", le roman breton de Pierre Jakez-Elias, avec des comédiens peu connus du grand public.
Claude Chabrol a été marié avec Stéphane Audran de 1964 à 1980. Son épouse actuelle, la troisième, est Aurore Paquiss, actrice et assistante de production.

Filmographie de Claude Chabrol
1959 : Le beau Serge
1959 : Les Cousins
1959 : À double tour
1960 : Les Bonnes femmes
1961 : Les Godelureaux
1962 : Les sept Péchés capitaux ( sketch L'avarice)
1962 : L'Œil du Malin
1963 : Ophelia
1963 : Landru
1964 : Les plus belles Escroqueries du monde (sketch L'homme qui vendit la Tour Eiffel))
1964 : Le Tigre aime la chair fraîche
1965 : Paris vu par...(sketch La Muette)
1965 : Marie-Chantal contre docteur Kha
1965 : Le Tigre se parfume à la dynamite
1966 : La Ligne de démarcation
1967 : Le Scandale
1967 : La Route de Corinthe
1968 : Les Biches
1969 : La Femme infidèle
1969 : Que la bête meure
1970 : Le Boucher
1970 : La Rupture
1971 : Juste avant la nuit
1971 : La Décade prodigieuse
1972 : Docteur Popaul
1973 : Les Noces rouges
1974 : Nada
1975 : Une Partie de plaisir
1975 : Les Innocents aux mains sales
1976 : Les Magiciens
1976 : Folies bourgeoises
1977 : Alice ou la Dernière Fugue
1978 : Les Liens de sang
1978 : Violette Nozière
1980 : Le Cheval d'orgueil
1982 : Les Fantômes du chapelier
1984 : Le Sang des autres
1985 : Poulet au vinaigre
1986 : Inspecteur Lavardin
1987 : Masques
1988 : Le Cri du hibou (d'après un roman de Patricia Highsmith)
1988 : Une Affaire de femmes
1990 : Jours tranquilles à Clichy
1990 : Docteur M
1991 : Madame Bovary
1992 : Betty
1993 : L'Œil de Vichy
1994 : L'Enfer
1995 : La Cérémonie
1997 : Rien ne va plus
1999 : Au coeur du mensonge
2000 : Merci pour le chocolat ( prix Louis-Delluc)
2003 : La Fleur du mal
2004 : La Demoiselle d'Honneur
2006 : L'Ivresse du pouvoir
2007 : La Fille coupée en deux
2009 : Bellamy

Madame Bovary, de Claude Chabrol, sorti en 1991, durée 140 mn, adaptation assez fidèle du roman homonyme de Gustave Flaubert►
avec Isabelle Huppert (Emma Bovary), Jean-Francois Balmer (Charles Bovary), Christophe Malavoy (Rodolphe Boulanger), Lucas Belvaux (Léon Dupuis), Jean Yanne (Homais, le pharmacien), Christiane Minazzoli (Mme Lefrancois), François Périer (Le narrateur), Florent Gibassier (Hippolyte), Jean-Claude Bouillaud (Rouault), François Maistre, Thomas Chabrol, Jean-Louis Maury, Henri Attal.

Isabelle Huppert dans le rôle de
"Madame Bovary"
Fille d’un riche paysan, Emma aspire à une vie pleine de passions dignes des romans sentimentaux qu’elle a lus au couvent. Dans cet espoir, elle épouse Charles Bovary, médecin à Tostes en Normandie, mais elle déchante bien vite. L’ennui est son lot quotidien. Pour dissiper sa mélancolie, le couple s’installe à Yonville, bourgade plus importante où ils compteront parmi les notables, entre l’ambitieux pharmacien, Homais, le curé Bournisien, le notaire et son jeune clerc, Léon Dupuis.
La naissance d’une petite fille ne lui procure pas plus le bonheur espéré et Emma se laisse séduire par les regards langoureux du jeune Léon. Mais c'est un riche propriétaire, Rodolphe Boulanger, qui en fait sa maîtresse et elle se jette avec fougue dans l’amour adultère. Elle pousse par ailleurs son mari à accomplir une opération chirurgicale inédite d’un pied-bot mais celle-ci échoue.
Le mépris d’Emma pour son mari est alors sans appel et elle échafaude un plan pour fuir avec son amant. Ce projet romanesque ne plaît guère ou effraye celui-ci, qui l’abandonne. Désespérée, elle sort de sa léthargie grâce à Léon, retrouvé par hasard à Rouen. Cette deuxième liaison la pousse à contracter dette sur dette auprès d’un marchand faussement compatissant, Lheureux. Celui-ci, pour recouvrer son argent, menace de la faire saisir mais Emma se suicide avant une telle déchéance. Charles assiste impuissant à son agonie et à son propre déclin. Il meurt de chagrin, non sans avoir pardonné.
Lorsque Chabrol décide d’adapter l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française, il lance non seulement un défi au lecteur-spectateur qui croit connaître tout du roman, mais encore il réinterprète Flaubert tout en lui vouant un regard naturaliste. L’étonnante modernité, qui en 1857 caractérisait Madame Bovary par rapport à la production romanesque antérieure, touche plus que jamais notre société. Chabrol fait de ce livre une étude analytique des mœurs de province et reconstruit un bovarysme ironique et plus réaliste que jamais.
Une majeure partie de la production du cinéaste se fonde sur la critique d’une société française qui étouffe et qui se meurt dans la jalousie, dans l’intérêt, dans les manipulations affectives et familiales. Le cinéma de Chabrol, chargé d’atmosphères lourdes et oppressantes, rend le roman de Flaubert encore plus moderne. Madame Bovary à l’écran reste une femme d’aujourd’hui qui fuit la médiocrité et la monotonie quotidienne de la vie au foyer sans travail.
Claude Chabrol développe une empathie ironique sur un tempérament féminin qui se perd entre ses pulsions et ses intérêts. Tout le récit filmique est vu sous l’angle de la dérision : l’héroïne meurt parce qu’elle a des dettes. Ainsi, le cinéaste respecte l’œuvre initiale. Madame Bovary représente non seulement l’auteur, évoquons la fameuse phrase ironique de l’écrivain « Madame Bovary, c’est moi », mais elle s’adapte implicitement aux intentions du réalisateur. Le film de Chabrol interprète la modernité du roman, il la met au goût du jour et surenchérit l’ironie flaubertienne. Emma à l’écran sombre entre le pragmatisme et le romantisme.
Les descriptions de Flaubert sont d’une telle acuité visuelle que le réalisateur n’a plus qu’à cueillir les mots pour les mettre en mouvement. Le réalisateur fait des grands plans d’ensemble lorsque Emma ressent ce que Flaubert a décrit.
L’héroïne n’est pas intéressée par la soirée mais par ce que les autres disent : « Pour madame Bovary, ce bal est la révélation du luxe, de ce qui échappe, de ce qui appartient aux autres. » Cet univers la fascine et l’attriste en même temps et Isabelle Huppert rend merveilleusement bien cette ambiguïté.
Lorsque Emma a l’impression d’appartenir à cet univers, les plans s’élargissent dévoilant la noblesse, sa vie fastueuse et outrancière : on brise les fenêtres lorsqu’il fait trop chaud. Quand elle se met à danser, le réalisateur filme le visage d’Emma et Isabelle Huppert devient radieuse. Chabrol traduit cette ivresse par un gros plan sur les robes qui tournoient avec le rythme de la valse.
Madame Bovary, sans être une criminelle, demeure une variation de Violette Nozière, jouée d’ailleurs par la même actrice. Chabrol affronte le cœur de l’horreur dirigée par la passion : « cette part obscure de l’être humain, liée au sexe et à la mort, relève de l’inexplicable. Tel est aussi le problème du Mal, qui pour certains théologiens, se traduit par la déroute et l’angoisse de l’esprit devant le non-sens. »
Madame Bovary fut l’objet de nombreuses adaptations au cinéma, les versions les plus connues sont celles de Jean Renoir (Madame Bovary, 1933) , de Vincente Minnelli Madame Bovary, 1949 et de Claude Barma en 1953, pour la télévision.
Celle de Claude Chabrol restera à la fois parmi les plus personnelles et les plus respectueuses de l'esprit de Flaubert.
Les principales réactions au décès de Claude Chabrol


- Gérard Depardieu, sur RTL:
"Claude était la joie de vivre même, et on ne pouvait pas penser qu'il puisse mourir. C'était la gaieté. Je n'arrive pas à imaginer qu'il soit parti. A aucun moment il ne parlait de la mort (...) Il avait tout, il avait l'histoire du cinéma, il avait la passion, il avait aussi l'enfance, le rire, aussi le plaisir. Pour moi, il ne répond pas au téléphone, mais j'aime à dire qu'il est là, qu'il est présent partout".


- Jean-Pierre Mocky, sur France-Info:
"Malheureusement mon ami est mort (...) C'est un vieux compagnon, on se connaît depuis 1952, ça fait 58 ans (...) L'ancêtre (Eric) Rohmer est parti, le cadet (Alain) Corneau est parti. Maintenant il reste M. Alain Resnais, mon vieil ami, moi et (Jacques) Rivette".


- Claude Lelouch, sur RTL:
"Il représente à la fois une révolution et une tradition, c'est-à-dire qu'il a participé à un mouvement qui a remué un peu le cinéma français dans ses habitudes. Et, une fois qu'il a été consacré, il a fait un cinéma assez classique, il est revenu à un cinéma de tradition, et c'est tout à son honneur parce qu'il a fait peut-être ses plus beaux films quand il respectait surtout les comédiens et les histoires qu'il racontait".


- Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, sur France-Info:
"C'est un peu comme un coup de tonnerre, parce que Claude Chabrol avait 80 ans mais continuait à travailler et l'énergie, la joie de vivre et le sentiment qu'il était là pour toujours donnaient aussi le sentiment qu'il était là pour toujours. Claude Chabrol fait partie du patrimoine national, et ce n'est pas du tout péjoratif quand je dis ça, par ses films et puis aussi par sa personnalité. C'est quelqu'un qui, dans l'équipe des jeunes "Turcs" qui formeront plus tard la "Nouvelle vague", avec (François) Truffaut, (Eric) Rohmer, (Jacques) Rivette, (Jean-Luc) Godard, étaient de ceux qui ont réinventé la cinéphilie mondiale (...) Je crois qu'on va retenir la diversité des sujets qu'il entreprenait. Et puis surtout, je crois qu'on retiendra son amour des acteurs. C'est quelqu'un qui est identifié à plein de générations d'acteurs".


- Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque, sur France-Info:
"C'était un homme absolument délicieux, malicieux, d'une intelligence incroyable et dont il ne laissait percevoir que quelques aspect. Il aimait rire, il aimait les blagues, il blaguait et il se masquait en blaguant (...)
Ce que je retiens surtout, c'est l'oeuvre. C'est le cinéaste français qui a fait le plus grand nombre de films depuis 1957-58 (...) C'est surtout une oeuvre d'une cohérence incroyable, j'aime énormément les films de Chabrol (...) C'est une oeuvre incroyablement forte. J'ose dire qu'il y a eu une période dans le cinéma français, je pense à la fin des années 1960, quand il fait "Le boucher", "Que la bête meure", "La femme infidèle", où il est à mon avis le meilleur cinéaste français".


- le comédien François Berléand, sur LCI:
"Il épinglait la bourgeoisie de province (...) Ces plateaux étaient très drôles, tout le monde s'amusait, c'était un vrai bonheur. C'est quelqu'un qui découvrait les plateaux en même temps que les acteurs (...) C'est quelqu'un qui était amoureux de la vie (...) Pour moi c'est une grande perte, c'était un ami".


- Nicolas Sarkozy, en déplacement en Dordogne:
"Il tenait de Balzac par la finesse de sa peinture sociale. Il tenait de Rabelais par son humour et sans doute aussi par sa truculence. Mais il était surtout lui-même dans ses films, comme dans sa vie. Je suis certain qu'il manquera beaucoup à chacun".


- le Premier ministre François Fillon, dans un communiqué:
"Avec le décès de Claude Chabrol, le cinéma français vient de perdre l'un de ses maîtres. Ce grand réalisateur, producteur et scénariste fut l'une des grandes figures de la "Nouvelle vague", qui révolutionna le style et les techniques du cinéma et inventa l'image du vécu, du vrai, de l'indiscret et du subtil (...) Personnage populaire, gai, à la fois sceptique et passionné, Claude Chabrol était devenu un grand témoin des us et coutumes de notre société. Son oeuvre restera comme un exemple de ce qu'un grand créateur peut dévoiler de son époque".


- le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand:
"Claude Chabrol était l'une des personnalités les plus fortes du cinéma français. Il y a maintenant plus de cinquante ans, ses articles des "Cahiers du cinéma" et son premier film, "Le beau Serge", l'imposèrent comme l'une des figures de proue de la nouvelle vague et du souffle prodigieux qu'elle fit passer dans le cinéma français (...) Analyste subtil, drôle et féroce de la société et de ses travers, doué d'un regard à la fois malicieux et foudroyant, il était l'anticonformiste par excellence, un maître de l'ironie".


- l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, dans un communiqué:
"Claude Chabrol était le symbole même de la vie. Il l'a dévorait avec passion et ses films expriment cette énergie vitale (...) Sans avoir jamais cherché à l'être, il était objectivement l'une des plus brillantes et truculentes incarnations du cinéma français".


- la Première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry:
"Tout à la fois critique, artisan de la Nouvelle Vague, homme de cinéma et de télévision, cinéaste d'art et de films plus grand public, Claude Chabrol était un immense artiste et un résumé saisissant de l'histoire du septième art en France (...) Le cinéma de Claude Chabrol fait partie de ces oeuvres qui ont construit le regard que notre société porte sur elle-même. A partir d'histoires simples et intimes, avec un regard d'une grande finesse, il savait montrer toute la complexité des relations humaines et sociales".


- le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand:
"Claude Chabrol portait haut les couleurs de la culture cinématographique française, et avec sa disparition, le cinéma français perd aujourd'hui l'un de ses plus talentueux représentants".


- le maire de Paris Bertrand Delanoë, dans un communiqué:
 "Avec lui, disparaît l'inventeur d'un cinéma inspiré, foisonnant, et profondément humain. Depuis "Le beau Serge", il y a cinquante ans, jusqu'à "Bellamy" en 2008, c'est un monde que Claude Chabrol a su créer, avec ses personnages complexes, ses atmosphères singulières, et un regard tendre et féroce sur la société de son temps. Il a, au long de sa carrière, permis à des talents aussi considérables que Michel Bouquet, Jean Yanne, et bien sûr Isabelle Huppert, de donner toute leur mesure, voire de se révéler. A travers "Madame Bovary", "Landru", ou encore "La cérémonie", Claude Chabrol a ainsi produit une oeuvre immense, particulièrement originale, qui se dresse aujourd'hui comme un monument du cinéma français".
De "The Associated Press" (CP)

12 Eylül 2010 Pazar

JACQUES PRÉVERT

Né avec le siècle à Neuilly-sur-Seine, dans un milieu de petits bourgeois trop dévots, dont il ne cessera de moquer les obsessions et les convenances, Jacques Prévert sera l'aîné des trois enfants qu'auront Suzanne Catusse et André Prévert. Il se passionera dès son plus jeune âge pour la lecture et le spectacle. A 15 ans, après son certificat d'études, il entreprend des petits boulots. Incorporé en 1920, il rejoint son régiment. Là, il forme un trio d'amis avec "Roro", un garçon boucher d'Orléans, et Yves Tanguy qui sera envoyé peu après en Tunisie. Prévert, quant à lui partira pour Istanbul où il fera la connaissance de Marcel Duhamel. De retour à Paris en 1922, Jacques s'établira au 54, rue du Château qui sera bientôt le point de rencontre du mouvement surréaliste auquel participent Desnos, Malkine, Aragon, Leiris, Artaud sans oublier le chef de fil André Breton. Prévert finira part prendre position contre l'autoritarisme du "Maître".
Un peu plus tard, il prendra ses distances avec le Parti communiste auquel il n'adhérera jamais. Sa vie durant, il défendra les faibles, les opprimés, les victimes, avec une générosité bourrue mais toujours discrète. Avec Prévert, un univers à part se crée fuyant l'ordre voulu par Dieu et les "contre-amiraux" (l'une des nombreuses figures sociales qu'il tournait en dérision).


En 1933, le groupe de théâtre "Octobre" dont il fait parti, prend part à l'Olympiade du théâtre de Moscou obtenant un premier prix qui ne sera jamais remis...

Depuis lontemps Prévert écrit, participant à des créations collectives, mais de plus en plus, souvent avec son frère Pierre, il produit les scénarios de quelques-uns des sommets poétiques du cinéma français: "Le crime de Monsieur Lange" (1935) pour Jean Renoir, "Quai des brumes" (1935), "Drôle de drame" (1937), " Le jour se lève" (1939), "Les visiteurs du soir" (1941), "Les enfants du paradis" (1944), "Les portes de la nuit" (1946), tous pour Marcel Carné. Enfin, "La bergère et le ramoneur" (1953) sera repris par Paul Grimault pour donner naissance, en 1979, à un dessin animé absolument fantastique intitulé "Le roi et l'oiseau". Ses textes suscitent l'image et ses dialogues sont époustouflants de naturel, de justesse et d'humour.

Rayé des contrôles de l'armée en 1939, il quitte Paris l'année suivante et descend vers le sud s'établissant à la Tourette- sur-Loup, où Joseph Kosma, le photographe Trauner et bien d'autres encore le rejoignent pour travailler à des réalisations de films.


Jacques Prévert écrit aussi de fabuleux poèmes en prose qu'il donne à son ami Kosma qui les met en musique pour Agnès Capri, Marianne Oswald, Juliette Gréco, les "Frères Jacques" ou encore Yves Montand pour ne citer que les plus célèbres. Les "Paroles" de Prévert seront réunies pour la première fois en 1945 par René Bertelé. Bien que certains libraires avaient prophétisés que "ça intéressent que quelques jeunes gens de Saint-Germain-des-Prés", l'ouvrage est accueilli comme une immense bouffée d'oxygène dans le climat littéraire d'après la libération et est réédité à 5000 exemplaires dans la semaine suivant le jour de sa publication.

La deuxième guerre mondiale finie, Prévert revient à Paris. Ses poèmes sont sur toutes les lèvres ou dans le pli d'un collage, avec un parfum de bonheur nostalgique et de liberté retrouvée. Prévert restera toute sa vie d'un antimilitarisme à toute épreuve et son pacifisme ne souffrira aucun compromis.

Jacques Prévert s'éteindra auprès de sa femme Janine en 1977 à Omonville la petite. Curieusement, c'est ce révolté qui avait en sainte horreur les institutions que la république des lettres allait couronner en baptisant de son nom quelques collèges et lycées et en le faisant entrer, à partir de 1992, dans l'illustre collection de la Pléiade.
PREVERT ET SES POEMES
Dans ses poèmes, Prévert manifeste tous les états d’esprits par lesquels un homme peut passer, du chagrin à la gaieté, de la méchanceté à la bonté, de la joie au désespoir. Ces états d’âme se reflètent entre autre dans ses poèmes sur l’amour.

POUR TOI MON AMOUR
Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j’ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour        
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j’ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j’ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour
Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t’ai cherchée
Mais je ne t’ai pas trouvée
mon amour





ALICANTE
Une orange sur la table
Ta robe sur le tapis
Et toi dans mon lit
Doux présent du présent
Fraîcheur de la nuit
Chaleur de ma vie.






LE JARDIN
Des milliers et des milliers d’années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d’éternité
Où tu m’as embrassé
Où je t’ai embrassée
Un matin dans la lumière de l’hiver
Au parc Montsouris à Paris
A Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.


CET AMOUR
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoireTremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au millieu de la nuit
Cet amour qu faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Lá où tu es
Lá où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous

DÉJEUNER DU MATIN
Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré
LE CANCRE

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.
                                    JACQUES PREVERT


COMPOSITION FRANÇAISE

Tout jeune Napoléon était très maigre
et officier d’artillerie
plus tard il devint empereur
alors il prit du ventre et beaucoup de pays
et le jour où il mourut il avait encore
du ventre
mais il était devenu plus petit.
                     JACQUES PREVERT

11 Eylül 2010 Cumartesi

TAKASHI MURAKAMI – L'univers manga à Versailles
Le plasticien japonais Takashi Murakami s'invite cet automne à Versailles, malgré quelques protestations. Contrairement aux apparences, l'artiste qui s'inspire et détourne l'univers manga, n'est pas l'héritier du Pop Art. Ses fleurs et ses monstres gentils sont d'autant plus souriants qu'ils sont critiques de la société actuelle

Une exposition exceptionnelle va s'ouvrir le 14 septembre et ce jusqu'au 12 décembre prochain au château de Versailles. L'artiste japonais Takashi Murakami (AFP) y exposera une vingtaine d'œuvres dont neuf créations dans les grands appartements, la galerie des glaces et les jardins de l'ancienne demeure de Louis XIV.

Un artiste qui dérange …
Le plasticien né dans les années 1960, se réjouit de pouvoir confronter ses œuvres inspirées de la culture manga au classicisme versaillais. D'autant plus que ce genre d'exposition ne serait pas possible au Japon : "la famille impériale ne veut pas de confrontation avec la modernité. Ce n’est pas un a priori négatif, c’est un principe ! Et d’ailleurs, la droite extrême serait furieuse, donc il ne faut pas y compter" Pourtant, même en France, l'arrivée de l'art contemporain dans l'un des plus importants monuments de l'histoire française ne fait pas l'unanimité. Plusieurs pétitions ont été lancées et une manifestation aura lieu le 14 septembre pour empêcher cette exposition. Jean-Jacques Aillagon, président de l'établissement public du Château de Versailles, estime que ces protestations "émanent de cercles d'extrême-droite intégristes et de cercles très conservateurs". L'ancien ministre de la Culture assure que les œuvres ont été choisies avec le plus grand soin pour ne pas choquer le plus jeune public.

… qui confronte …
Takashi Murakami est peut-être connu pour ses fleurs et ses ballons aux couleurs criardes et ses petits monstres kawaii (mignons) –Mr DOB, Kakai, Kiki …- mais l'artiste n'utilise les codes manga que pour mieux choquer. Sa sculpture My Lonesome cowboy – vendue en 2008 13.5 millions de dollars par Sotheby's – représente ainsi un jeune homme aux cheveux hirsutes se masturbant et utilisant un jet de sperme comme lasso. Versailles ne présentera pas l'œuvre, préférant se passer de ce genre de publicité, deux ans après avoir déjà fait polémique avec une exposition Jeff Koons. La venue de Takashi Murakami dans le château du Roi soleil a peut-être de quoi étonner mais pour cet amoureux des bandes dessinées japonaises, c'est presque une évidence, le manga La rose de Versailles avait déjà travaillé son imaginaire fertile. "Tout comme les Français peuvent avoir du mal à recréer dans leur esprit une image exacte de l’époque des Samouraïs, l’histoire de ce palais s’est étiolée pour nous dans la réalité.", explique l'artiste à l'éternel bouc et chignon. Murakami avertit les futurs spectateurs : "Je suis le chat du Cheshire qui accueille Alice au pays des merveilles avec son sourire diabolique, et bavarde pendant qu’elle se balade autour du Château.".

… qui critique et qui se vend !
Le fils d'un chauffeur de taxi et d'une femme au foyer amatrice d'art est un des artistes contemporains les plus connus au monde. Pape du mouvement Superflat, neo-pop japonais inspiré par le manga, ses œuvres (sculptures, tableaux, animations) se veulent très critiques des codes de la société contemporaine japonaise. Murakami repeint ainsi d'une couleur layette des reproductions de parties génitales pour se moquer de l'immaturité nippone. Son Lonesome Cowboy n'est qu'une représentation symbolique de la génération otaku : ces jeunes qui s'isolent dans un monde imaginaire pour ne pas affronter la réalité. "J'exprime le désespoir", affirme-t-il. Le manga, issu de la pauvreté japonaise, est son arme de choix mais passé maître dans l'art Nihonga (peinture japonaise du 19e-20e siècle), Murakami détourne également les œuvres des grandes figures de l'art nippon. Si l'ultraconsumérisme japonais est pour lui une source inépuisable d'inspiration, il en use aussi pour construire son empire. Les produits dérivés ciglés Murakami sont légion et son entreprise Kakai Kiki Corporation emploie une centaine de personnes. La marque de luxe Louis Vuitton l'avait même choisi pour apporter son style si particulier à sa collection 2004. Le plasticien superstar contribue également au renouveau de la scène artistique japonaise en endossant le costume de commissaire d'exposition et en sponsorisant de nouveaux artistes comme Chiho Aoshima.
Si la présence de Takashi Murakami à Versailles peut choquer certains, elle n'a rien d'étonnante. Après tout, comme le souligne Jean-Jacques Aillagon "le château de Versailles est un monstre international. Takashi Murakami l'est également" et tous deux sont "des machines à inventer et à diffuser des images".

rédigé par Damien Bouhours
vendredi 10 septembre 2010

ARÈS


Origine
Il est le fils de Zeus et d'Héra (qui tous deux, paraît-il, le détestaient!), comme Héphaïstos, Hèbè et Ilithye. Il appartient donc à la deuxième génération des dieux Olympiens et compte parmi les douze grands dieux.

Dès la littérature archaïque (Homère) Arès apparaît comme le dieu de la guerre, ou, plus exactement, de la fureur guerrière, qui se réjouit dans le carnage et le sang (Homère, Iliade). C'est pourquoi on lui donne parfois comme mère Éris, divinité de la Querelle, pour expliquer son humeur brouillonne et belliqueuse ; mais il est aussi lâche quand il souffre, il gémit et fuit quand il est blessé (Homère, Iliade). Zeus, en ce cas, ne le plaint guère... (Homère, Iliade) Selon les mythologues, il est aussi personnification de l'orage. En dehors des combats, il représente tout fléau mortel pour les mortels, ainsi, par exemple la peste (Sophocle, OEdipe-Roi)

Il a une taille surhumaine (sept plethres, soit deux cents mètres!) et pousse des cris terribles.
On le représente muni d'une cuirasse et d'un casque et armé du bouclier, de la lance et de l'épée. Il combat le plus souvent à pied mais on le voit aussi sur un char dont les chevaux l'emportent avec une rapidité impétueuse. Il est accompagné de démons qui lui servent d'écuyers, en particulier de deux de ses enfants, les jumeaux qu'il a eus d'Aphrodite, Deimos et Phobos (l' Épouvante et la Terreur) (Hésiode, Le Bouclier). Il est également accompagné d'Éris (Discorde, Querelle). Les Grecs n'aimaient pas beaucoup Arès, contrairement aux Romains qui honoraient Mars, son équivalent latin . Aucune cité ne lui était dédiée et l'on disait de lui qu'il vivait en Thrace, pays sauvage au climat rude du Nord de la Grèce, d'où viennent les frimas et les tempêtes et traversé par des populations guerrières ; c'était là que vivaient les Amazones, femmes guerrières, ses filles (Apollonios de Rhodes, Argonautiques). À Thèbes il reçoit un culte particulier car il passait pour être l'ancêtre des descendants de Cadmos, fondateur de la ville. Quand celui-ci, pour accomplir un sacrifice, voulut puiser de l'eau à la "source d'Arès" il tua le dragon qui défendait cette source (Euripide, Phéniciennes). Pour ce meurtre Cadmos dut servir Arès comme esclave pendant huit ans.
La plupart des mythes qui font intervenir Arès sont évidemment des récits de combats ; mais le dieu n'a pas toujours le dessus (Homère, Iliade) et il semble que les Grecs aient pris un certain plaisir à lui opposer victorieusement la sagesse d'Athéna entre autres. Pendant la guerre de Troie, Arès a choisi le camp des Troyens comme Aphrodite, qui l'aimait, et, à deux reprises, sous les murs de Troie, l'intervention d'Athéna dans une mêlée où figure Arès aboutit à un échec pour ce dernier. D'ailleurs, entre Athéna et Arès la lutte est insolite : c'est d'abord la défaite du viril dieu de la guerre, ensuite la façon dont il est vaincu ; au lieu, en effet, d'une arme noble c'est un engin primitif (une énorme pierre) qui le met hors de combat (Homère, Iliade). Pendant qu'il se lamente et gît dans la poussière, Aphrodite, volant à son secours, est abattue par une arme encore plus primitive : une formidable claque d'Athéna (Homère, Iliade).

Mais les mésaventures d'Arès ne se bornent pas au domaine des combats. Par exemple, tenu pour responsable de la mort d'Adonis à la chasse par les Aloades (deux fils géants de Poséidon) ceux-ci l'enferment, enchaîné, pendant treize mois dans un pot de bronze dont Hermès finit par le libérer (Homère, Iliade).
Il eut un grand nombre d'aventures amoureuses dont la plus célèbre le montre uni clandestinement à Aphrodite ; il est vrai que celle-ci avait été mariée par Zeus à Héphaïstos ; or, le dieu forgeron était laid et difforme et Aphrodite était tombée amoureuse d'Arès. À noter ici une différence entre l'Iliade et l'Odyssée : dans l'Iliade Héphaïstos est l'heureux époux de Charis et Aphrodite n'a que peu de rapports avec Arès ; en revanche, dans l'Odyssée l'aède Démodocos rapporte un conte traditionnel chez les rhapsodes en Ionie. Lorsqu'Héphaïstos apprend du soleil sa mésaventure, il laisse tomber une nuit sur les deux amants un filet qu'il est seul capable de manoeuvrer et convie tous les dieux de l'Olympe qui, à ce spectacle sont pris d'un immense fou-rire. Sur l'intervention de Poséidon, Héphaïstos retire le filet et les deux amants, tout confus s'enfuient, l'une vers Chypre et l'autre vers la Thrace...(Homère, Odyssée)
Ses liaisons avec les mortelles furent aussi très nombreuses et ses enfants étaient des hommes violents qui attaquaient les voyageurs et se livraient à toute sorte d'actes de cruauté. L'un d'entre eux, Cycnos, s'attaquait aux pèlerins se rendant à Delphes. Sur la prière d'Apollon Héraklès intervient et tue Cycnos. Arès veut venger son fils mais Athéna dévie sa javeline et Héraklès blesse le dieu à la cuisse (Hésiode, Le Bouclier).

Enfin le nom d'Arès se retrouve dans la colline de l'Aréopage à Athènes où se jugeaient les crimes d'ordre religieux. La légende raconte qu'il y avait jadis une source au pied de cette colline ; un jour, près de celle-ci, Arès aperçut Halirrhothios, fils de Poséidon, tentant de faire violence à l'une de ses filles, Alcippé. De colère Arès tue Halirrhothios. Poséidon fait alors comparaître Arès devant un tribunal d'Olympiens réuni sur la colline (Euripide, Électre) mais ceux-ci acquittent le meurtrier.

Attribut ►
Les animaux consacrés à Arès sont le vautour et le chien; mais c'était faire injure au chien que de le choisir comme animal d'Arès.

Équivalent romain : Mars
Mars et Vénus de Boticelli
MARS

Nous l'avons signalé ; les Romains honoraient Mars bien plus que les Grecs n'aimaient Arès. De nombreuses différences apparaissent, de fait, entre Mars et Arès et ce n'est qu'assez tard que le dieu romain fut identifié à l'Arès hellénique.
D'origine italique Mars préexista à l'introduction d'Arès dans la religion romaine. Son nom, dont le sens est inconnu, avait pris tout d'abord la forme de Mavors, Marspiter (Macrobe, Saturnales) ou Mamers (de l'étrusque Maris). Il semble avoir été à l'origine un dieu agraire et, à une époque très ancienne, il fut identifié au dieu de la végétation, Silvanus. Selon une tradition romaine, Junon l'avait enfanté sans le secours de Jupiter ; jalouse, en effet, de la naissance de Minerve, jaillie spontanément de la tête de Jupiter, Junon avait voulu à son tour concevoir seule un enfant. Elle s'adressa à Flore, déesse des jardins et des champs cultivés, qui lui donna une fleur magique dont le simple attouchement rendait une femme féconde (Ovide, Fastes). C'est ainsi que Junon donna le jour au dieu dont le nom est porté par le premier mois du printemps. Notons que ce Martius mensis était, dans l'ancien calendrier romain, le premier mois de l'année (Ovide, Fastes et Macrobe, Saturnales). Une légende, qui semble d'origine italique, rapporte que Mars, tombé amoureux de Minerve, avait choisi comme intermédiaire la vieille Anna Perenna, une déesse locale du Latium, qui dupa le dieu en se substituant à Minerve lors d'un rendez-vous nocturne (Ovide, Fastes). Il y aurait là le symbole de la vieille année qui s'en va lorsque commence la nouvelle. Ce dieu agraire aidait les paysans du Latium à défendre leurs cultures et leurs troupeaux. On lui avait donc consacré, pour qu'il les écarte des moissons et des bergeries, tous les animaux que l'on craint à la campagne, en particulier le loup ; mais le pivert, annonciateur de pluie, était son oiseau favori.
Cette caractérisation de Mars comme dieu primitivement agraire, est contestée par certains mythographes. En tout cas, à l'époque classique, quand Rome devient une grande puissance militaire, ce dieu du printemps est essentiellement un dieu guerrier (Virgile, Énéide). Mais il faut noter que c'est au printemps que recommence la saison de la guerre. Il est en même temps le dieu de la jeunesse parce que la guerre est l'objet de l'activité de la jeunesse. Il était particulièrement révéré par l'armée, ce qui lui valut le surnom de Gradivus (= "qui s'avance à grands pas" [au combat] ou, selon d'autres, "qui fait pousser" [les moissons])

Ce dieu de la jeunesse guide, lors du ver sacrum (le printemps sacré) les jeunes gens qui émigrent des cités sabines pour aller fonder de nouvelles villes. En effet, les Sabins, en cas de grave malheur, consacraient à Mars, en propriété absolue, toute la production végétale, animale et même humaine du printemps suivant. En ce qui concerne les enfants, devenus grands et alors considérés comme "sacrés", c'est-à-dire mis en dehors de la communauté, ils partaient, guidés en général par un animal consacré à Mars, le loup ou le pivert, en quête d'une nouvelle patrie où ils puissent s'établir par la force des armes et grâce à la protection du dieu de la guerre auquel ils étaient voués. L'histoire romaine nous apprend que les Romains, après le désastre de Trasimène ( 217) décidèrent de consacrer, à la manière sabine, un ver sacrum mais à Jupiter; mais ils ne s'acquittèrent de leur voeu que...vingt-deux ans plus tard, incomplètement (uniquement les productions végétales et animales) et, à une époque où le désordre régnait dans le calendrier, le voeu fut "accompli" en hiver, c'est-à-dire avec beaucoup d'économie !
Peut-être faut-il rattacher aussi à la tradition sabine la fameuse légende de Romulus et de Rémus sauvés par une louve. Rappelons cette légende : Albe-la-Longue, jadis fondée par le fils d'Énée, Ascagne, vit son roi Numitor dépossédé de son trône par son frère Amulius. Celui-ci fit périr tous les fils de Numitor et voua sa fille, Rhéa Silvia, au culte de Vesta, la vouant ainsi à la virginité. Mais celle-ci, par sa beauté, séduisit le dieu Mars qui l'aperçut un jour se rendant à la fontaine; il la rendit mère, pendant son sommeil, de jumeaux, Romulus et Rémus (Ovide, Fastes)). L'ayant appris, Amulius fit enfermer la mère et exposer les deux bébés dans des marécages près du Tibre en crue (Tite-Live, Histoire romaine) ou sur le sommet du mont Palatin, selon les légendes. Une louve, animal sacré, envoyée par leur père, les nourrit (Virgile, Énéide) avant qu'ils soient recueillis par un berger et sa femme, qui les élevèrent jusqu'au moment où ils purent rendre son trône à Numitor et fonder Rome. On a signalé que cette légende devait s'être développée autour d'une statue très ancienne figurant une louve à l'abri de laquelle se dressait l'image de deux petits hommes, symbolisant peut-être la race sabine et la race latine. En tout cas, dans la religion d'État, à Rome, le culte de Mars revêt la plus haute importance puisqu'il aurait ainsi fondé la race romaine (Virgile, Énéide), et c'est la raison pour laquelle la jeunesse romaine était souvent appelée "enfants de Mars".
Le dieu donna aussi son nom au Champ de Mars, sur lequel les jeunes Romains s'exerçaient à la guerre. C'est également au Champ de Mars que se faisaient, tous les cinq ans (période appelée lustre) le recensement et la purification du peuple (lustrum ou lustratio), au cours desquels on célébrait les suovetaurilia, triple sacrifice d'un verrat, d'un bélier et d'un taureau offert au dieu Mars (Tite-Live, Histoire romaine).

Le culte de Mars était essentiellement représenté par un collège de prêtres, choisis parmi les patriciens, appelés Saliens (= les "sauteurs" ou "danseurs"). Tous les ans, à la fête du dieu, ces prêtres, vêtus d'une tunique de pourpre et portant sur la tête un bonnet pointu (apex) exécutaient, au cours d'une procession dans les rues de la ville, (Tite-Live, Histoire romaine) des danses sacrées, peut-être, à l'origine, en l'honneur de divinités rustiques. Mais, dès le règne de Numa, ils rythmaient la cadence de leurs pas par des coups frappés avec une lance sur des boucliers mystérieux appelés "anciles"; ces boucliers et les lances, conservés dans le sacrarium Martis de la Regia (résidence du Pontifex Maximus) étaient censés posséder un pouvoir d'oracle : le mouvement spontané des lances (hastæ) était un présage inquiétant. La légende prétendait qu'un de ces boucliers était un jour tombé du ciel comme gage de la protection des dieux sur Rome. Craignant de voir ses compatriotes privés par quelque audacieux ennemi de cet objet sacré qui leur assurait la protection des dieux, Numa en fit fabriquer onze autres exactement identiques ; les douze boucliers restaient suspendus pendant le reste de l'année dans le temple de Mars et confiés à la garde des prêtres saliens, sans qu'on pût distinguer le bouclier miraculeux des autres (Ovide, Fastes). La procession s'achevait par un repas dans le temple du dieu.
Quant aux anciens Sabins, ils adoraient Mars sous l'effigie d'une lance (quiris) ; d'où le nom de Quirinus donné à Romulus après sa mort et sa divinisation, et celui de Quirites employé lorsqu'on s'adressait officiellement à l'ensemble des citoyens romains.
À Rome se trouvaient plusieurs temples consacrés à Mars ; un des plus importants était celui qu'Auguste lui dédia sous le nom d'Ultor (le Vengeur) pour commémorer le rôle de l'empereur dans sa victoire sur les assassins de Jules César, Brutus et Cassius.

Donc le dieu Mars, en ordre d'importance, venait pour les Romains juste après Jupiter ; il se trouve, en effet, en seconde position dans la triade Jupiter-Mars-Quirinus, et ses attributs sont le bouclier, la lance et le casque. Des légions, une surtout, (Cicéron, Philippiques), lui étaient consacrées et, au début d'une campagne, le général ne manquait pas d'entrer dans le temple où l'on conservait les "anciles" ; il venait y faire bouger d'abord ceux-ci, puis la lance et la statue du dieu et disait, en frappant les boucliers de sa lance : "Mars, aie l'oeil bien ouvert" (Mars, uigila).
Dans le domaine littéraire, les aventures prêtées à Mars ont reproduit peu à peu celles rapportées par la littérature grecque pour Arès, comme, par exemple, les amours de Mars et de Vénus (Ovide, Métamorphoses). Mais nulle part, on ne trouve l'équivalent du côté lâche et geignard de son correspondant hellénique Arès.
Mars et Venus pris dans le filet de Vulcain
(1536)d'après Maerten Van Heemskerk
Outre les Romains, d'autres peuples avaient le dieu pour "ancêtre" : les Marses, population sabine avec laquelle les Romains furent longtemps en lutte, ou les Mamertins ; leurs noms mêmes indiquent les rapports qui les unissaient avec le dieu.

AUTEURS et LEURS OEUVRES

  • Louis Aragon (20ème siècle)
  • Samuel Beckett - "En Attendant Godot" (20ème siècle - Théâtre)
  • Eugène Ionesco - "La Cantatrice Chauve", "Rhinocéros" (20ème siècle - Théâtre)
  • Aimé Césaire - "Cahier du Retour au Pays Natal" (20ème siècle)
  • Jacques Prévert - "Paroles" (20ème siècle)
  • Marguerite Yourcenar - "Alexis ou Le traité du Vain Combat" (20ème siècle)
  • André Breton - "Nadja" (20ème siècle)
  • Jean Cocteau - "Les Enfants Terribles" (20ème siècle)
  • Jean-Paul Sartre - "Huis Clos", "Les Mouches", "La Nausée", "Le Mur" (20ème siècle)
  • Albert Camus - "L'Etranger", "La Peste" (20ème siècle)
  • Colette - "Les Séries de "Claudine" (20ème siècle)
  • Guillaume Apollinaire - "Calligrammes" (20ème siècle - Poésie)
  • André Gide - "Les Nourritures Terrestres", "La Symphonie Pastorale", "Les Caves du Vatican", "Les Faux Monnayeurs" (20ème siècle)
  • Paul Verlaine - "Romances Sans Paroles" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Arthur Rimbaud - "Le Dormeur du Val" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Mallarmé - "Poésies" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Charles Baudelaire - "Les Fleurs du Mal", "L'Etranger" (19ème siècle - Symbolisme)
  • Emile Zola - "Germinal", "L'Assommoir", "Thérèse Raquin", La Bête humaine" (19ème siècle, Naturalisme)
  • Guy de Maupassant - "Papa de Simon", "L'Auberge", "Aux Champs", "La Ficelle", "Pierrot", "Toine", "La Bête du Maitre Belhomme", "La Parrure", "La Dot", "La Rempailleuse" (19ème siècle - Réalisme)
  • Alexandre Dumas - "Les Trois Mousquetaires", "Le Comte de Monte Cristo", "La Reine Margot" (19ème siècle)
  • George Sand - "La Petite Fadette", "La Mare au Diable" (19ème siècle)
  • Gustave Flaubert - "Madame Bovary", "Salammbô", "L'Education Sentimentale" (19ème siècle - Réalisme)
  • Honoré de Balzac - "Le Père Goriot", "Eugénie Grandet", La Peau de Chagrin", "Le Colonel Chabert", "Le Lys dans La Vallée", "Illusions Perdues", "Le médecin de Campagne", "Les Chouans" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Stendhal - "Le Rouge et Le Noir", "La Chartreuse de Parme", "Vie de Rossini" (19ème siècle - Romantisme et Réalisme)
  • Victor Hugo - "Notre Dame de Paris", "Les Misérables", "Le Dernier Jour d'Un Condamné", "Les Orientales", "Hernani", "Cromwell", "William Shakespeare" (19ème siècle - Romantisme)
  • Gérard de Nerval - "Odelettes" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Vigny - "La mort du Loup" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Alfred de Musset - "Les Caprices de Marianne" (19ème siècle - Romantisme, théâtre)
  • Alphonse de Lamartine - "Méditations Poétiques" (19ème siècle - Romantisme, poésie)
  • Bernardin de Saint-Pierre - "Paul et Virginie" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Madame de Staël - "Colline et Delphine", "De l’Allemagne" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Senancour - "Oberman" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Benjamin Constant - "Adolphe" (19ème siècle - Préromantisme)
  • François René de Chateaubriand - "Mémoires d'Outre-Tombe", "René" (19ème siècle - Préromantisme)
  • Le Sage - "Gil Blas de Sentillane" (18ème siècle)
  • Marquis de Sade - "Justine ou Les Malheurs de la vertu", "Les 120 jours de Sodome" (18ème siècle)
  • Choderlos de Laclos - "Les Liaisons Dangereuses" (18ème siècle - Roman Epistolaire)
  • Jean-Jacques Rouseau - "Emile ou de L'Education", "Les Confessions", "Julie ou La Nouvelle Héloïse" (18ème siècle)
  • Voltaire - "Candide", "Zadig", "Micromégas" (18ème siècle)
  • Diderot - "Le Neveu de Rameau" (18ème siècle)
  • Beaumarchais - "Le Barbier de Séville", "Le Mariage de Figaro" (18ème siècle - Théâtre)
  • Marivaux - "Le Jeu de L'Amour et du Hasard" (18ème siècle - Théâtre)
  • Montesquieu - "L'Esprit des Lois", "Les Lettres Persanes" (18ème siècle)
  • Jean Racine - "Andromaque", "Bérénice", "Britannicus", "Phèdre", "Iphigénie" (17ème siècle - Tragédie)
  • Pierre de Corneille - "Le Cid" (17ème siècle - Tragédie)
  • Molière - "L'Avare", "Le Bourgeois Gentilhomme", "Les Précieuses Ridicules", "Dom Juan", "Le Malade Imaginaire", "Tartuffe", "L'Ecole des Femmes", "Amphitryon", "Les Fourberies de Scapin", "Les Femmes Savantes" (17ème siècle - Comédie)
  • Madame de la Fayette - "La Princesse de Clèves" (17ème siècle)
  • Jean de La Fontaine - "Les Fables" (17ème siècle)
  • Joachim du Bellay - "Regrets" (16ème siècle)
  • Pierre de Ronsard - "Sonnets pour Hélène", "Sonnets pour Marie", "Sonnets pour Cassandre" (16ème siècle)
  • Michel de Montaigne - "Les Essais" (16ème siècle)
  • Thomas More - "L'Utopie" (16ème siècle)
  • Erasmes de Rottherdam - "L'Eloge de la Folie", "Les Antibarbares" (16ème siècle)
  • François Rabelais - "Gargantua" , "Pantagruel" (16ème siècle)